‹ Souvenirs et anecdotesChapitre 18 sur 56 · UN ADMIRABLE SONNET · texte numérisé non relu

UN ADMIRABLE SONNET

GRAVÉ SUR LA PORTE DU CIMETIÈRE DE LA TRINITÉ A CHERBOURG, ET ATTRIBUÉ AU COMTE DE MODÈNE.

Lorsque Jésus souffrait pour tout le genre humain, La Mort, en l'abordant au fort de son supplice, Parut tout interdite, et retira sa main, N'osant pas sur son maître exercer son office.

Mais Jésus^ en baissant la tête sur. son sein, Fit signe à la terrible et sourde Exécutrice Que, sans avoir égard aux droits du Souverain, Elle achevât sans peur le sanglant sacrifice.

L'Implacable obéit, et ce coup sans pareil Fit frémir la nature et pâlir le soleil, Gomme si de sa fin le monde eût été proche.

Tout s'émut: tout trembla sur la terre et dans l'air; Et le pécheur fut seul qui prit un cœur de roche, Quand les rochers semblaient en avoir un de chair!

Le directeur d'une de nos principales scènes de genre était, au su de toutle personnel de son théâtre, fort épris d'une de ses jeunes et jolies pensionnaires, à laquelle il faisait une cour assidue.

Un matin que l'on répétait sous les yeux du directeur, la jeune actrice en question grignotait des pastilles qu'elle puisait dans une mignonne boite en or ciselé.

Notre Céladon s'approche de l'objet de sa flamme et lui dit en coquetant :

— Eh quoi? gourmande! vous ne m'en offrez pas?

— Prenez,... dit gracieusement la jeune première, en présentant la boite ouverte à son directeur.

— Oh! pas comme cela,... fait celui-ci avec un regard langoureux : prenez-la vous-même et me l'offrez...

L'actrice puise dans la boite, en tire une pastille qu'elle tend au directeur, qui, roulant des yeux pleins de tendres effluves, entr'ouvre ses lèvres.

La jeune artiste s'approche en riant, et deux de ses doigts nacrés introduisent dans la bouche du vieux galantin charmé le bonbon convoité.

Un des pensionnaires dudit théâtre, qui ne manquait pas d'esprit ; et qui avait aperçu le manège amoureux de son directeur, dit finement à un de ses camarades :

— C'est « la prise de la pastille ».

On a essayé et fait bien des pastiches du style de Victor Hugo. Je n'en sache pas de plus fin et de plus amusant que celui-ci d'un écrivain

anonyme, qui, admirant le grand poète, le connaissait sans doute à fond. Nous ToiTrons comme échantillon, sinon primeur.

Page 1