Déjazet avait, à cette époque, soixante-dix-sept ans
je voulais mettre au bas de mon dessin. Mais avant, je me rendis le lendemain chez Victor Hugo, ' — qui lenait Déjazet en ^ande estime, — pour lui soumettre ma modeste inspiration.
— On devrait, me dit le poète, graver vos vers sur la tombe de Déjazet.
— Oh ! maître, j'en serais bien heureux, surtout en raison de la profonde affection que nous avions pour notre amie, mais ce n'est pas à moi, hélas! que doit appartenir un tel honneur...
— On ne saurait faire d'elle, en si peu de mots, une épitaphe plus simple, plus émue, et plus touchante à la fois, me dit gravement Victor Hugo.
On juge de ma joie devant la bienveillante appréciation du maître.
L'inauguration du monument de Déjazet eut lieu deux ans plus tard au Père-Lachaise. Il est des plus simples et d'un goût exquis : une fauvette sculptée sur une croix, chantant près d'un masque et d'une lyre brisée, symbolise le talent léger et gracieux de Déjazet.
C'est à Victor Hugo que je dois le très grand bonheur de voir attaché au nom de notre il-
lustre amie, le nom des deux frères qui la chérissaient. En effet, nous sûmes que le fils de Déjazet avait soumis au maître un grand nombre d'épitaphes envoyées par des admirateurs de sa mère. — Victor Hugo me fit Thonneur de choisir celle-ci, qui, sur le devant du tombeau de l'artiste regrettée, est gravée en lettres d'or, sur marbre noir :
A DÈJAZET
Ton esprit, ton talent, égalaient ta bonté.
cœur d'or tant de fois béni par la souffrance. Ton nom sera toujours doux et cher à la France, Dont tu fus à la fois le charme et la gaîté !
Voici une pièce curieuse. Nous en possédons l'original qui nous fut jadis envoyé de Brest par Armand Gouzien.