DÉJAZET
Paris, 22 février 1874.
J 'avais composé pour elle 1 es paroles et la musique d'une chanson qui lui avait beaucoupplu. Déjazet n'était pas musicienne par éttide^mais elle était douée d'une facilité prodigieuse pour apprendre. On lui chantait deux fois un air; elle le savait. Et de quelle façon elle Tinterprétait! Le goût, la grâce et le style étaient innés en elle.
Je ne relaterais pas la lettre ci-jointe — beaucoup trop élogieuse pour moi, et que je ne méritais certes pas! — si je ne voulais montrer combien grande étaitla modestie de cette artiste incomparable. Voici ce qu'elle nous écrivait :
Paris, 22 février 1874.
Chers et excellents frères,
Je vais avoir quelques soirées chez des amis. Je voudrais chanter votre Belle Jeanne, mon cher Anatole,
avec vos charmantes broderies, que je n'ai pas la prétention de faire aussi bien que vous, mais dont je prendrai ce que je pourrai faire.
J'espère enfin une pièce nouvelle, mes chers amis, et je veux y chanter l'air qu'Anatole a composé pour moi : mais je veux le bien chanter. Si vous le vouliez, je pourrais peut-être y parvenir avec quelques-unes de vos leçons. Allons, rendez-moi ce service. Mon avenir en dépend peut-être ! ^ ,., Je ne vous en dis pas plus!
Vous serez bien heureux dans quelques jours, chers enfants; vous allez revoir votre mère que vous aimez tant. Le vrai bonheur est celui que nous donne notre mère! Elle est et sera toujours notre seul et sincère ami!
Bien àvous deux qui ne faites qu'un dans mon cœur!
DÉJAZRT.
Notre pauvre amie mourut le 1" décembre 1875. Son fils Eugène Déjazet me demanda de faire son portrait. Je passai six heures à reproduire les traits de l'amie qui nous avait honorés de son estima et de son affection. Déjazet, dans la mort, ressemblait beaucoup à la duchesse de Berry.
Rentré chez moi, dans la nuit glaciale du 2 décembre, après avoir terminé mon portrait à trois heures du matin, je fis un quatrain que