‹ Souvenirs et anecdotesChapitre 41 sur 56 · SS · texte numérisé non relu

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II y a quelque temps, je rencontrai mon vieux collègue du Caveau, Dupin, le vaudevilliste, que nous appelons tous familièrement papa Dupirij (Il a quatre-vingt-dix-huit ans !)

Fort soigné et fort élégant dans sa mise, — comme toujours, du reste, — il était, ce jour-là, tiré à quatre épingles, et descendait assez allègrement, ma foi, et d'un air pimpant et joyeux, la rue Notre-Dame-de-Lorette, où il habite.

— Où courez-vous donc ainsi, tout guilleret, mon papa? lui dis-je.

Mais Taimable vieillard, tout en continuant son chemin, me dit précipitamment, et comme quelqu'un qui ne veut pas être arrêté dans sa course :

— Bonjour, bonjour, cher enfant!... Je suis attendu... Puis il ajouta en souriant avec finesse : Je vais chez ma maîtresse pendant que son vieux n'y est pas !...

L'excellent comédien Bouffé, qui fit jadis la fortune du Gymnase, le créateur de tant de rôles où il fut admirable, est un des grands artistes auxquels une vive amitié nous unit.

Nous lui devons, comme à Frederick et à Déjazet, tant de bonnes soirées de notre jeunesse !

Le digne et bon vieillard eut le bonheur de célébrer ses noces d'or, sa cinquantaine, le 9 novembre 1876, en la petite église d'Auteuil.

Il s'était donné la peine de gravir nos quatre étages pour venir nous convier à sa réunion de famille.

Après le dîner, je lui chantai les couplets suivants, que j'avais composés en son honneur :

Je voudrais avoir un talent Digne de te chanter, ô maître !

Aussi bien, n'est-ce qu'en tremblant, Que j'ose ici me le permettre.

Mais tu seras dédommagé De mes vers, — médiocre aubaine — Car j'ai prié l'ami Grange De célébrer ta cinquantaine.

Il l'a fait en couplets émus, Que je chanterai tout à Theure Devant toi, devant les élus Admis ce soir en ta demeure.

Que ri*ai-je son style charmant, Sa forme d'élégance pleine, Pour célébrer plus dignement, G cher Bouifé, ta cinquantaine !

Mais, ti défaut d'esprit vainqueur, Pour te dire ce que je pense, Je n'écoute ici que mon cœur.

Ami, c'est ma seule éloquence.

Je bois au grand comédien Qui, du plus loin qu'on s'en souvienne, Fut toujours cet homme de bien Dont nous fêtons la cinquantaine.

Nous avons pleuré bien souvent Aux accents de ta voix si obère !

Sur ton beau visage émouvant Passait ton âme tout entière!

Ton grand art fut la vérité Qui te rendait sublime en scène.

Cher maître de tous respecté.

Dont nous fêtons la cinquantaine.

G Bouffé, je bois en ce jour A la femme heureuse et bénie.

Au saint objet de ton amour, A la compagne de ta vie.

Puisse le ciel, ô chers époux, En sa clémence souveraine.

Dans dix ans nous réunir tous Pour fêter votre soixantaine!...

Notre vieil ami, tremblant d'émotion, et pleurant, se jeta dans mes bras. Il ne put que balbutier : ,

— Tu m'aimes donc bien?

Le cher maître fut encore plus heureux que son illustre camarade Samson qui, ainsi que lui, avait pu célébrer ses « noces d'or »

(et dans la même petite église, par parenthèse).

J'eus le bonheur, le 9 novembre 1886, de célébrer, après dix années, les 7ioces de diamant de notre cher Bouffé, la soixatitaine que mon cœur lui avait souhaitée.

On lira plus loin le nouvel et respectueux hommage que j'adressai à notre vieil ami, ou plutôt que je vins lui dire devant toute sa famille, réunie dans sa petite maison du Hameau- Béranger, à Auteuil.

On pouvait lire dans le Figaro, à la date du âS septembre 1882 :

« Nos deux amis Anatole etHippolyte Lionnet

nous envoient, de Saint-Jean-de-Luz, ou ils passent Tété, une intéressante communication.

Saint-Jean-de-Luz, 25 septembre 1882-

Mon cher Magnard,

Quelques jours avant notre départ de Paris, notre ami Monval, bibliothécaire du Théâtre-Français, sachant que nous venions à Saint-Jean-de-Luz, où dans notre jeunesse nous avons passé plusieurs années, nous pria de rechercher, dans les archives de la mairie, l'acte de naissance du fils d'un comédien du Roy, faisant partie de la troupe de Molière, nommé Pitel, natif de Saint- Jean-de-Luz. Ce document est utile pour les archives de la Comédie-Française.

Grâce à l'obligeance du secrétaire de la mairie, et après de longues recherches, nous avons fini, en effet, par découvrir, dans un vieux registre à moitié rongé par les rats, cet acte qui date de 1660. Mais voici l'intéressant pour, le secrétaire de la Comédie-Française, et pour les gens de théâtre eh général : c'est qu'ainsi que vous le verrez par la copie textuelle ci-jointe, ce lils de comédien a été tenu sur les fonts baptismaux au nom de Monsieur,frère unique du Roy Soleil, et de Son Altesse Royale, Mademoiselle de France. Rien que caÈl...

En outre, je vous adresse un second document, peut être plus intéressant encore que le premier.

C'est l'acte authentique du mariage de Louis XIV

avec Tinfante d'Espagne, à Foniarabie; cérémonie qui précéda le mariage officiel du roi, dans l'église de Saint-Jean-de-Lnz.

On voit encore, sur le mm* de ladite église, la trace de la porte par laquelle entrèrent les illustres époux. On fit immédiatement murer cette porte, et oncques depuis personne n'y passa.

Je puis TOUS affirmer que nul encore n'a eu la copie textuelle de ces deux actes. Nous vous les adressons, cher ami, pensant qu'ils intéresseront les lecteurs du Figaro.

Recevez, mon cher Magnard, l'assurance de notre amitié dévouée.

ANATOLE LIOiNNET, HIPPOLYTE LIONNET,

Voici les documents dont il s'agit :

Le 26 may 1660, a esté baptizé Philippe Louys, lils de Hanry Pi tel, sieur de Longchamps, comédien du Roy, et d'Anne le Grand, sa femme. Le parrain a été messire Charles Marsel, comte de Caire, capitaine des gardes de Monsieur, au nom de Monsieur, frère unique du Roy, fils de France; la marraine a été Mademoiselle de Vandy, au nom de Son Altesse Royale Mademoiselle, par moy.

DK HAYET, CUré.

Le neufvième du mois de juin mil six cent soixante a été ratifié par parole de présents, le mariage de Très haut et Très puissant seigneur Louis quatorzième du

nom, Roy de France et de Navarre, et de Très haute et Très puissante princesse Dame Marie-Thérèse d'Autriche Infante d'Espagne; D' Louis Mendez de Haro, premier ministre de S. M. C. ayant, par procuration de S. M. T. C. épousé en son nom, le trois |du même mois, cette princesse à Fontarabie. La messe chantée de la cérémonie du mariage a été célébrée par Monseigneur Dolez, notre Évêque, ayant pour diacre Monsieur de Forcoat, aumônier de Sa Majesté, et pour sous-diacre Monsieur de Hayet, notre curé.

p. DE LissARDY, vicairc.

Pour un banquet spécial que le Caveau organise tous les ans, en été, et qu'on appelle le banquet des mots donnés^ le Comité proposa, en 1881, comme sujet : les Fleurs. Chaque membre ayait à traiter une fleur différente. 11 nous fut dévolu, à mon frère : le Narcisse, et à moi : le Souci.

Nous eûmes l'idée de fondre nos deux sujets en une seule chanson. Il nous avait paru intéressant de traiter ainsi le contraste qu'offrent les deux fleurs.

Nous fûmes assez heureux pour voir notre

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fraternelle collaboration obtenir un gentil succes avec les vers que voici :

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