‹ Souvenirs et anecdotesChapitre 46 sur 56 · A MONSIEUR ET MADAME BOUFFÉ · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ET MADAME BOUFFÉ

Poisse le ciel, d chers époux.

En sa clémence sonveraine.

Dans dix ans nons rénnirtons, Poor fêter votre soixantaine !

9 noTembrv 1876.

Le neuf novembre, ô chers époux.

Est un touchant anniversaire :

En ce jour, mes vers vont à vous.

Tremblants d'émotion sincère.

Je saluais, voilà dix ans.

De votre hymen la cinquantaine ; Le cœur attendri, plein d'élans.

Je chante votre soixantaine.

Amis, par la tendresse unis.

Votre sort est digne d'envie ; Vous fûtes par le ciel bénis.

En traversant à deux la vie.

Aimés de lui, le doux Seigneur, En sa clémence souveraine.

Vous fait marcher cœur contre cœur.

Au jour de votre soixantaine.

Vous avez, en vous soutenant.

Ensemble gravi la colline Que vous descendez maintenant :

Ému, devant vous je m'incline !

Qu'importent, quand on va s'aimant, Les soucis dont la vie est pleine !

Vos cœurs battent plus saintement Au jour de votre soixantaine!

A toi, maître admiré dans l'Art, A ta vénérable compagne, J'offre cet hommage, ô vieillard Qu'un renom de gloire accompagne !

Que Dieu de la fin de vos ans Fasse la date encor lointaine.

Lui qui bénit vos cheveux blancs, Au jour de votre soixantaine !

ANATOLE LIONNET

9 novembre 1886.

Nous étions à Chambon, chezYillemessant, qui nous avait invités à passer quelques jours à sa maison de campagne.

Le fondateur du Figaro nous dit, un matin :

— Mes enfants, puisque je vous tiens, vous seriez bien gentils de chanter dimanche à Téglise de ce petit village. Je serai heureux de faire cette surprise à mon bon vieux curé.

J'attends justement Paul DoUingen demain ; il vous accompagnera à Torgue. Mes filles ont de la musique religieuse. Vous chercherez dans leurs recueils.

Nous trouvâmes en effet VAve Maria de Gounod et VAve verum^ à deux voix, de Mo-

zart, quo nous chant&mes à la grand^messe.

Le dimanche soir, après le dîner auquel Yillemessant avait invité le curé, celui-ci, bon vieillard à demi aveugle, aperçoit, suspendu au mur du salon, une fort jolie lithographie représentant une jeune femme vêtue de blanc, à la physionomie douce et poétique.

— Oh ! la belle sainte ! s'écrie le bon prêtre.

— Elle vous fait plaisir? dit Yillemessant, eh bien, emportez-la, monsieur le curé!

Le digne homme s'en alla tout joyeux, emportant le cadeau sous son bras.

Et voilà comment on a pu voir, dans la sacristie de Téglise de Chambon, la belle image en question.

Elle représentait M"* Doche dans la Dame aux Camélias!

Depuis la mort de Lesueur, qui était de TAcadémic, notre doyen actuel du Caveau est le bon papa Duvell eroy, le célèbre éventailliste du passage des Panoramas.

Figurez-vous, encadrée sous une couronne de cheveux blancs comme neige (il a 88 ans !), une physionomie rose et vermeille, gaie, ac- •corte, pleine de bienveillance et d^aménité.

L'ermite de Nogent-sur-Marne , — comme il s'intitule lui-même, — par son esprit, par sa bonté, tient à la fois et de Tépicurien et du prélat. Imaginez une sorte d'évèque Myriel, aimant à prendre, moitié paternellement et, ma foi, moitié galamment encore, le menton de sa servante, et à fredonner gaiement les flonslions de Désaugiers, vous vous ferez une juste idée de cet aimable et digne vieillard. Chaque semaine se réunissent chez lui les plus fervents adeptes de la Chanson : nos amis Nadaud, Bourdelin, Charles Vincent, Duprez, Garraud, Saint- Germain, lo charmant et spirituel comédien, Montariol, Fusch, Piesse, Chebroux, Lagoguée, Georges Duvelleroy et tant d'autres, qui, tous, troussentlestement et finement le couplet.

C'est dans cette riante propriété de logent qu^ Alexandre Dumas père a écrit son drame la Conscience, créé par Laferrière. Duvelleroy en a le précieux manuscrit. Il y a reçu

aussi tour à tour Béranger, Lamartine, Félix Pyat, Gavarni, Litolff, et tant d'autres.

C'est là, me racontait notre cher vieil ami, qu'un matin, il vit arriver un homme misera* blement vAtu d*uue veste en lambeaux, et d'un pantalon rouge de soldat, pantalon tout efiiloque, couvert de poussière. L'homme, un bâton à la main, sentant la misère, s'arnHa sur le seuil, où était venu le recevoir sonh6te...

Duvelleroy reconnut... qui? je vous le donne en cent... Ilégésippe Moroau qui, ayant traversi"; tant de jours de détresse, venait demander un abriàsonami. Le pauvre poète (comme, plus tard, Glatigny) avait fait à pied bien des lieues. On lui donnait trois sous par étape.

C'est chez Duvelleroy qu'il écrivit cette exquise et admirable poésie : la Fermière^ pour remercier une brave paysanne qui lui avait donné l'hospitalité en chemin. C'est, avec la Voulzie, le chef-d'œuvre qui l'a immortalisé.

Mon seul beau jour a dû flnir, Finir dès son aurore,

Mais pour moi re doux souvenir Est du bonheur encore!

DES FRÈRKS LIONNRT. 305

En fermant les yeux, je revois L*enclos plein de lumière»

La haie en fleurs» le petit bois»

La ferme et la fermière «

Si Dieu» comme notre curé

Au prAne le répète»

Paie un bienfait» même t^garé,

Ah! qu'il songe à ma dette!

Qu'il prodigue au vallon les fleurs»

La joie (\ la chaumière»

Et gaixle des vent$ et des pleurs

La ferme et la fermière !

Chaque hiver» qu*un groupe d*enfants

A son fiiseau sourie»

Comme les anges aux flls blancs

De la Vierge Marie!

Que tous» par la main» pas à pas»

Guidant un petit fVère»

Réjouissent de leurs ébats

La ferme et la fermière !

Pauvre Hi^gésippe ! que de succès ne lui avons-nous pas dus avec ces vers exquis que« pendant vingt ans, nous avons partout récités ou chantés. C'était, et c'est toujours, une des perles les plus précieuses de notre répertoire.

J'ai vu plus d'une fois couler une larme d'at*

tendrissement dans les yeux de notre bon vieil hôte de Nogent, lorsqu'il m'entendait chanter la Fermière.

Il y a quelques années, Berthelier et Léonce se promenaient bras dessus, bras dessous, sur les boulevards.

Ils rencontrent leur jeune camarade Cooper, de la Renaissance, qui leur dit :

— Vous savez la nouvelle?

— Non! répondent les deux amis.

— Eh bien, on vient de lever la répétition au théâtre. Offenbach est mort.

— Ah ! moil Dieu ! fait Léonce.

Puis il ajoute d'un air consterné, Tœil fixe, en regardant la terre :

— Offenbach... Désiré... Léonce!

— Qu'est-ce que tu dis? lui demande Berthelier.

Et l'autre repart, toujours mélancolique et nombre, avec ce sérieux de clown anglais que chacun connaît :

— Offenbach... Désiré... Léonce... C'est mon tour!...

• — Qu'est-ce que tu nous chantes? ajoute Berthelier. Tu es encore plein de vie et de santé, .nom d'une brique ! Tu ne vas pas te frapper ainsi?

— Je vais te dire,., reprend Léonce, toujours avec ce sang-froid, ces intonations étranges et burlesques qui, passant de la basse à la petite flûte, caractérisent Tindividualité de Tamusant fantaisiste, ce n'est pas la mort qui m'effraie... pas le moins du monde!

mais... ce sont les souffrances qui précèdent la mort. Ah! si je ne devais pas souffrir pour aller dans Tauti^e monde, je dirais à la mort : « mort! me voici, partons, je suis prêt, bravo! nous allons faire route ensemble... » Mais, tu comprends? subir toutes sortes de tortures physiques avant de partir...

non! ça, ça m'effraie et ça me rend tout rêveur. . .

— Voyons! voyons! réplique le joyeux Berthelier, ce n'est pas tout ça... Tu vas venir avec moi ; nous allons nous rendre tous deux

HîlîiMîIsjfiii

2n 'B»i.SS-.«?.V£ïi ÉÉ \25L S.^ fis p " .ÎS aa

'gfjl&fl'I5il=|'^'"'»i<"'-

■Ij|p'ÉiBi|Pg?e*'. «pp"-

CS WliCfi mlWtmiSiloae ses

„4iE|at!il'â'^ vlffiHi^ras mon £rj|>a)'V<ï|>|| Il tjiirmurer, "'S^#.«..«..!!(. • l^5^^3j&:«l^{ii:Désiré. . .

'B'"1*SW'4!«S! lo regi»-

3iO SOUVENIRS ET ANECDOTES

C'est à mes joyeux amis du Caveau que je dédie la chanson suivante :

Page 1