I II
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— Voilà un joli quatrain! nous dit Dumas.
Puis :
— Je vous disais donc tout à l'heure que, chaque fois que je vous vois, vous me faites penser aux deux chats de mon père...
— Ah! oui, lui dis -je, les deux petits chats qu'il appelait Hippolyte et Anatole?...
— Précisément! vous vous rappelez ce petit drame? ajouta-t-il en riant.
— Parfaitement, cher maître! D'autant plus que nous priâmes votre excellent père de vouloir bien nous donner copie de la charmante lettre qu'il écrivit, à ce sujet, à Millaud, qui était, je crois, à cette époque, directeur du Petit Journal. Nous la conservons précieusement dans nos autographes...
Nous donnons à nos lecteurs la reproduction de cette lettre, où l'on reconnaîtra, une fois de plus, l'esprit et la sensibilité du célèbre romancier.
Elle fait opposition à l'histoire plaisante des Deux Chiens de Dumas, relatée également dans ce volume.
Paris, 30 mai 1865.
Mon cher directeur.
J'ai toujours ri de Fliistoire de la mère Michel qui avait perdu son chat, et qui promettait une récompense à qui le rapporterait.
Il ne faut jamais rire du malheur d'autrui.
J'avais un chat de plus que la mère Michel ; j'avais deux chats charmants, blancs comme des hermines et n'ayant pas même, au bout de la queue, cette tache noire qui, sur la simarre des juges et la palatine des femmes, semble dire hautement qu'il n'y a ni justice ni vertu sans taches.
Mes deux chats étaient donc plus blancs que la blanche hermine.
Ils faisaient le bonheur d'un enfant de quatre ans, qu'ils n'avaient jamais eu même l'idée d'égratigner; de même que le poil de leur robe était sans tache, le velours de leurs pattes était sans griffes.
Ils étaient en outre si pareils qu'on les appelait Hippolyte et Anatole, comme mes jeunes amis les frères Lionnet, et qu'on avait été obligé, pour reconnaître Hippolyte d'Anatole, de mettre un ruban rose au cou d'Anatole et un ruban bleu au cou d'Hippolyte.
Il faut vous dire, pour Tintelligence de la chose, — ^ et il n'y a qu'une circonstance qui puisse me faire faire en public une pareille confidence, — il faut vous dire que je demeure au premier, au coin de la rue des Pyramides, et que je jouis de la portion du balcon qui s'étend devant mes fenêtres, balcon qui règne sur toute
la rue, — et qu'une petite grille divise à chaque maison nouvelle.
Eh bien! Hippolyte — le ruban bleu — a passé hier à travers la grille de mon balcon, et s*est trouvé sur le balcon de mon voisin. Mon voisin, qui n'aime pas les chats, a mis Hippolyte à la porte. Hippolyte est descendu chez le restaurateur du rez-de-chaussée ; le restaurateur du rez-de-chaussée, qui n'aime pas plus les chats que mon voisin du premier, a mis Hippolyte à la porte. Une femme qui passait, et qui aimait les chats, a mis Hippolyte dans son panier.
De là, désoJation dans la maison, mon ami! L'enfant, qui n'a plus qu'un chat, pleure. Anatole, qui n'a plus de frère, refuse toute nourriture et paraît décidf à se laisser mourir de faim. De sorte que, malgré la précaution que j'avais prise d'avoir deux chats, si la personne qui a pris mon chat n'a pas la bonté de me le rapporter, je n'aurai bientôt plus de chat.
Bien entendu qu'il y aura récompense honnête pour la personne qui prendra cette peine.
Signalement :
Angora de race, blanc de robe; âge : six mois; yeux jaune vert, ruban bleu au cou, répondant au nom d'Hippolyte, mais d'une façon capricieuse et distraite.
Au nom de la Société protectrice des animaux, je vous adjure, mon ami, de mettre ma lettre dans votre journal, et toutes les âmes qui aiment les chats vous remercieront avec moi. Tout à vous^