FRÉDÉRIC FEBVRE
Je m'étais, quelque temps auparavant, rendu chez notre grand ami, pour lui annoncer ce que nous préparions pour lui, et lui dire quels
étaient Jes témoignages empressés que nous avions reçus de toutes parts.
En entrant, il me sembla le revoir dans l'acte de la Dame de Saint-Tropez^ où il était malade. Maigre, Tœil bistré, la barbe longue et grisonnante :
— Ah ! mon cher enfant I s'écria-t-il en souriant. Comprenez-vous ceci ? Frederick ne pouvant plus se nourrir que de bouillon et de panade !... Je ne peux plus avaler... je meurs de faim !
Puis, l'œil plein d'éclairs, redressant sa grande taille, et avec un rire ironique et terrible, levant ses bras au ciel :
— Et je me sens de force à jouer Kean encore !
Rien ne saurait rendre le geste sublime de Titan foudroyé qui accompagna cette phrase.
Les affiches de la représentation que nous avions organisée allaient être apposées le lendemain, lorsque Frédérick-Lemaître mourut dans la nuit du 26 janvier 1876.
A la demande de ses fils, j'eus la pieuse mission de retracer, sur son lit de mort, les
traits du grand artiste, qui ne sera jamais remplacé !
Au bas de mon dessin, que Diaz m'engagea à envoyerà l'Exposition, et qui y fut admis, on a pu lire ces vers du plus humble des admirateurs du grand comédien :
Ton nom, qui du Théâtre éblouira Thistoire,
Apprendra ton génie à la postérité.
Repose, plein de calme et de sérénité,
Dors en paix, Frederick, dans ton linceul de gloire!
-«fr
Faure qui, le jour des obsèques de Frederick, jouait Hamlet à l'Opéra, se leva à huit heures du matin pour venir chanter à l'église des Marais-Saint-Martin.
Nous publions ici pour nos lecteurs le programme fort intéressant que nous avions pu composer, et qui n'a jamais paru.