IJ\.URIER - CHAPLEAU - MERCIER
^^e& trois hoinines U's plus populaires de noti'e 'leinps...
Ils se ressemblent peu sous l'aspect physique ou moral.
Laurier est le plus grand des trois, il a plus de six pieds: il porte la tête haute, son port est noble, son pas léger, on dirait qu'il ne touche la terre que du bout des pieds.
Chapleau est moins grand, moins élancé, plus fort en chair, plus vif. plus nerveux, il porte la tête basse, une belle tête couverte d'un(> chevelure abondante et déjà blanche.
Mercier est le plus massif des trois, le plus fortement constitué, le plus musculeux ; il est grand, a les yeux et les cheveux noirs et porte une forte moustache — un vrai type de mousquetaire — la ])ersonnitication de la force et de l'énergie. Il marche pesamment, avec l'assurance d'un homme qui croit que la terre lui appartient, il n'a ni l'élégance, ni la dignité personnelle des deux autres, de Laurier surtout.
Leur genre d'éloquence diffère comme leur organisation physiqiie.
Voyez Laurier : ses sentiments, ses pensées sont nobles, élevés comme sa tête, comme son regard, on voit qu'ils viennent d'en haut, des hautes régions du monde intellectuel. Son langage est correct, élégant, gracieux comme ses manières, sa voix douce, sonore, harmonieuse.
Cliapleau est moins élevé, moins correct, moins vf^suré dans sa tenue et son langage, moins logique, mais plus vif, plus sympathique, plus vibrant, plus ér.ou-
vaut, il a pluri de cliakair. de mapiiétisine et d'électricité — c'est une batterie électritiue. Il regarde, pendant qu'il parle, à droite et à gauehe, comme pour s'inspirer de tout ce qu'il voit et entend.
Mercier ne regarde ni en haut, comme Laurier, ni autour de lui, comme Chapleau, mais droit devant lui ou plutôt dans les yeux de son auditoire. Laurier parle par devoir, pour le plaisir de dire de belles et bonnes choses qui porteront leurs fruits un jour ou l'autre; Chapleau, pour plaire à ses amis, se faire applaudir, pour constater l'effet magique de sa parole sur une asseml)léo publique : Mercier, pour persuader, et convaincre, pour se faire des partisans et des admirateurs, pour remporter une vnctoire, un triomphe.
Mercier est le plus solide, le plus vigoureux, le plus pénétrant. Pénétrant est bien le mot qui caractérise le mieux son éloquence. Voyez son geste, on dirait le mouvement de la hache qui frappe l'arbre à la racine, et dont chaque coup enlève un morceau. Il est moins fascinateur que Chapleau par la voix, le geste, la physionomie, mais il l'est plus par la manière habile de présenter une question, de la tourner et retourner sur tous les sens, de la rendre lumineuse, de la faire pénétrer dans les esprits les plus prévenus. Il est moins poète, moins artiste que Laurier et Chapleau, mais il est plus avocat et il sait mieux se mettre au niveau du peuple, il séduit et attire ses auditeurs et les enlace dans les mailles d'une argumentation dont ils ne peuvent sortir.
Laurier est le plus distingué, le plus parfait. Moins sentimental et moins démonstratif, moins enclin à faire des professions enthousiastes de foi et de patriotisme, moins fertile en expédients et en ressources, mais croyant plus que ses deux rivaux à l'influence de la raison, de l'IionTieur et de la vertu, des nobles sentiments, des grandes pensées.
I/éloquence de Chapleau est plus ou moins vague et désordonnée, elle brille comme l'éclair à travers les