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ment les portes de renier, et, quand il le fait, c'est à bon escient. Ses fonctions lui permettent de faire des études i>sychologiques intére.ssant'CS. Il dit, par exemple, que les romans de ])umas, de Balzac, de Bourget et même de Zola lui sont plus souvent demandés quo les ouvrages de Smith, de Le Play ou de Montes- (piieu, par des députés, des ministres même à cheveux l)hincs, à l'air sévère. Ils disent, pour expliquer leur choix, ([u'ils ont besoin de faire diversion à leurs profondes études, à leurs travaux fatigants, par des lectures légères et attrayantes: ils n'ont pas peur de l'enfer, et DeCelles leur en ouvre à demi les portes.
Il a fait ses études au séminaire de Québec où il a laissé un excellent souvenir de son talent. Il était jeune, en (piatrième seulement, lorsqu'il fut chargé de la rédaction de Y Abeille, petite feuille hebdomadaire publiée et rédigée par les élèves du Séminaire. Il n'avait pas même complété son cours d'études quand le célèbre Cauchon l'appela à rédiger, pendant son absence en Europe, le fameux Journal de Qnéher, l'un dcf organes les plus populaires, à cette époque, du j)arti conservateur. C'était le temps où Cauchon, qui avait publié, quelques années auparavant, une brochure célèbre pour condamner tout projet de confédération, cherchait à démontrer qu'il ne se contredisait pas en soutenant le projet du gouvernement. T>a tâche était rude, mais Cauchon était aussi un rude et puissant jouteur. Il était violent, exigeant et n'était pas loin de penser que lui seul savait écrire. Mai? DeCelles avait dès son enfance une patience d'ange qui lui aurait permis de vivre en bonne intelligence avec Belzébuth.
D'ailleurs Cauchon, qui savait apprécier le talent, ne mit pas de temps à constater qu'il avait sous la main un sujet de premier ordre, né journaliste. Il s'intéressa h lui et se fit gloire de dire qu'il allait le former et en faire un homme, il aurau pu prédire, sans crainte d'exagération, qu'un jour l'élève surpasserait le maître.
En 1872, Dausereau. co-propriétaire avec les MM.
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Duvernay et direetuur de la Minerve, ayant besoin d'aide pour les luttes acharnées de l'époque, s'adressa à DeCelles et l'attacha à la rédaction de son journal. Le parti conservateur traversait une crise sérieuse, car les Lltramontains, qu'on appelait aussi les Castors, y créaient une division profonde.
Dansereau était le conlident de Cartier, l'interprète le plus autorisé de ses vues politiques. Puissamment aidé par DeCelles, il défendit la politique du vieux chef contre les forces coalisées des libéraux et des castors. La question des écoles du Xouveau-Brunswick. le contrat du Pacifique et l'insurrection des Métis du Xord-Ouest mettaient des armes terribles entre les mains des ennemis du gouvernement. Quand on relit la Minerve de cette époque, on ne peut s'empêcher d'admirer le talent, la vigueur et la science avec lesquels on y traitait les questions les plus délicates, les plus compliquées.
A cette époque, les annonces n'accaparaient pas presque complètement les colonnes d'un journal; il fallait le bourrer d'articles, d'écrits politiques et littéraires. La rédaction l'emportait sur l'annonce. Mais aussi, il faut bien l'avouer, les journaux vivaient pauvrement et peu de temps, et ceux qui y collaboraient, à quatre ou cinq colonnes par jour, se hâtaient de quitter une carrière aussi ingrate. C'est un malheur, car ils abandonnaient le journalisme juste au moment où leur expérience et leurs connaissances les mettaient le plus en état de rendre service à la société.
DeCelles fit comme les autres, comme Provencher, Dunn. Gélinas, Suite et dix autres; en 1880, il accepta la position d'assistant-bibliothécaire du Parlement.
Plusieurs cessent de travailler lorsqu'ils entrent dans le monde officiel et déposent leur plume pour devenir de simples ronds de cuir.
On ne peut faire ce reproche à DeCelles. car il a continué d'écrire pour les journaux et il a publié des livres qui resteront. Il a su profiter des sources de connais-
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sauces, des trésors de science qu'il a sous la main, dans rintérêt de la société, pour instruire ses concitoyens.
Ses j)rinci|)au\ ouvrages sont:
l'ersécutluns et Rcparations (1881), U ne paioisse canadienne au dix-septième siècle (188;^), Notre arenir (1887), La crise du régime parlementaire (1888), ^1 la conquête de la liberté (1890). 11 a aussi écrit des biographies intéressantes d'Oscar Dunn. de ]{outhier, de I.^costc et de Jolm Cloison. Mais les œuvres qui l'ont davantage fait conuaître et apprécier sont ses fortes nionogra|>l)ies de Papineau, de Lafontaine et de Cartier, publiées réci'nnueut. oi"] son talent d'écrivain et sa sûreté de jugenieut se maui lestent avec plus d'éclat, (.'elles de Papineau et de Lafontaiiu' surtout sont remanfuablcs et constituent des [)ages d'histoire dont l'intérêt ira toujour.s grandissant. Il a bien dit tout ce qu'il fallait pour faire connaître ces deux grands hoinnies. pour indiquer le rôle qu'ils ont joué et les motifs qui les ont animés.
DeCelles est certainement, de tous nos écrivains passés ou actuels, l'un des plus complets, sa pensée est vigoureuse, saine et substantielle, sa phrase est forte, correcte, nourrie, large et claire, froide et sévère parfois. Mais il a mis dans .ses uuinogi'aphies plus de vernis et de chaleur (|ue dans ses autres œuvres; son amitié, son admiration pour ceux dont il parle réchauffent et embellissent son style.
Son étude de Cartier se ressent de sa s^Tnpathie j)aturelle pour le puissant homme d'Etat dont il a été l'un des champions les plus ardents. Ceux qui écrivent sur les événements auxqiuls ils ont pris part ou qui parlent des hommes qu'ils ont aimés, sont naturellement fidèles à leurs opinions, à leurs sentiments, ils ne peuvent se contredire.
DeCelles fait un éloge mérité fht^ fortes f|ualités qui caractérisent Cartier, et il souligne quelques-uns de se«: défauts, mais il glisse légèrement sur des faits et des erreurs nui ex'pliquent la décadence de ce vaillant chef de parti et la perte de sa popularité. 10
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On reprochait à Cartier, dans les dernières années de sa vie, sa conduite envers les Métis, son refus de reeonnaître les promesses d'amnistie faites à Riel, de sauver l'homme qui lui avait cédé son siège à la Chambre des Communes, sa participation au fameux contrat du l'acifique et le fait qu'il avait lui-même reçu de l'argent de sir Hugh Allan pour son élection, Sel violence à l'égard de ses adversaires et sa rudesse môme pour des amis. On disait, relativement à sa vie domestique, bien des choses plus ou moins exagérées, mais dont le fond était vrai. Et puis, la question des écoles du Xouveau-Rrunswick, comme celles des Métis et de rémigration lamentable des Canadiens-f rinçais aux Etats-I'nis. fournissaient des armes formidables à ceux qui prétendaient que la Confédération, fait« en grande partie par Cartier, n'avait pas tenu ses promesses et justifié les prévisions de ses auteurs.
Je crois donc que les déboires et les échecs qui attristèrent les dernières années de Cartier ne s'expliquent pas uniquement par l'ingratitude des hommes. Mais je suis sur un terrain dangereux où les opinions et les jugements subissent toujours plus ou moins l'effet des sympathies politiques.
Je passe au livre que DeCelles a écrit sur les Etats- Unis. C'est un précis historique bien composé, une analyse précieuse des institutions américaines, de leur origine et de leur fonctionnement. L'honneur fait à cet ouvrage par l'Académie française des Sciences politiques et morales, qui lui a décerné un prix de WO francs, en prouve la valeur.
En résumé l'œuvre de M. DeCelles est bonne, solide, éminemment respectable et nationale; elle constitue une portion brillante de la littérature canadienne. DeCelles occupe une place honorable dans la galerie des écrivains nui ont enrichi depuis quelques années notre histoire de travaux remarquables, il brille au premier rang dans le groupe où figurent les Chapais. les Suite, les Eouthier, les Dionne, les Roy, les Gosselin.