‹ Souvenirs et biographies, 1870-1910Chapitre 5 sur 44 · L'HON. H.-T. TASCHEREAU · texte numérisé non relu

L'HON. H.-T. TASCHEREAU

M. Henri Taschereau, qui vient d'hêtre nommé Juge, a fait sa marque dans la littérature, la politique et au barreau.

Il y a quinze ans, au collège même, on lui prédisait un avenir brillant, et on le voit sans étonnement arriver, à l'âge de trente-sept ans, à la magistrature. Doné d'aptitudes remarquables pour les lettres et la politique, il est néanmoins avant tout, avocat.

Il avait la parole un peu froide pour la Chambre et la tribune ; sur le banc, oii il faut surtout du jugement, du sens légal, de la précision dans les idées et le langage, il se distinguera.

Dans la famille Taschereau on est juge de père en fils et même en ligne collatérale; et on arrive au banc sans effort, naturellement.

M. Taschereau est petit, maigi'o et ])âle : il a l'air maladif, un peu morose ; son caractère est sérieux et réservé; il parle peu, mais à propos, son opinion en toutes choses a du poids.

Il est fils de l'hon. Jean-Thomas Taschereau, qui vient de démissionner comme juge de là Cour Suprême, et de feu Louise-Adèle Dionne. fille de Thon. Amable Dionne, seigneur de Saint-Roch des Aulnets et de Sainte-Anne La Pocatière, et conseiller législatif. Madame Dionne a laissé d'excellents souvenirs dans la société canadienne-française de Québer, où elle brillait par son esprit, sa charité et sa )iiétc.

Il est le reveu do Sa Crandcm- l'archevêque de Québec.

11 iuu|uil à QuL'bc'L-, le (i oi-tubre 183D, et lit ses éludes au petit séminaire de cette ville, où il se distingua dans les tiernières années de son cours spécialement et obtint le degré de bachelier ès-lettres en 1859. Son essai d'éloquence (discours d'un chef arabe au calife Omar pour le dissuader du projet de brûler la bibliothèque d'Alexandrie) fut vivement admiré, et est encore cité comme une des meilleures compositions littéraires des divers concours de l'Université depuis sa fondation.

Il eut l'avantage de faire ses études de droit à l'Université Laval de Québec, sous le célèbre professeur franiçais Aubrv, dont il fut l'ami intime et l'un des meilleurs élèves.

Xous avons souvent exprimé ro])inion qu'on reconnaissait les élèves de l'Université Laval entre mille à la supériorité de leurs connaissances légales. M. Tascherean se plaisait à dire qu'il devait ses succès rapides dans la profession à l'enseignement qu'il avait reçii dans cette institution.

Admis au barreau, le 5 janvier 1863, il pratiqua d'abord seul, puis en société avec M. Montambault et ensuite avec M. Taschereau-Fortier. Son savoir et son application lui attirèrent en peu de temps une clientèle considérable, et il plaida avec talent et succès, devant les plus hautes cours du pays, des causes importantes.

Il épousa, le 22 juin 18G4, Mademoiselle Louise- Séverine Pacaud, fille cadette de M. Edouard l'acaud, d'Arthabaskaville, l'un des hommes les plus spirituels d'une époque où ils étaient nombreux.

Elu membre du conseil-de-ville de Québec en 1870, il contribua puissamment à réveiller le projet de chemin de fer du Nord, parcourant avec l'hon. M. Cauchon les comtés de- Champlain, Portneuf, Joliette, Berthier et l'Assomption pour obtenir des souscriptions.

En 1863, il se portait candidat contre l'hon. M. Langevin, dans le comté de Dorchester, et n'était défait que ])ar une majorité de 35 voix, après une lutte acharnée qui fit sensation dans le temps. En 1872. il était élu à

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Montniagny contre l'iion. M. Beaubieii, ol réélu fii IXM par acclamation. Il ne s'est pas présenté aux dcrnicres élections.

11 prit i>art, dans la ("hamhre, à la discussion de <[m'Stions importantes et donna une haute opinion de son talent d'argumentation, de la solidité de ses idées et de ses principes. M. Taschereau était un des chefs libéraux les plus sincères et les plus inflexibles, voulant l'apjilication rigoureuse des principes du libéral isnu^ ])olitique; entier et logique dans ses opinions et sa conduite, admettant difficilement les mesures de conciliation, les moyens termes.

Le 30 décembre 1875. M. Taschereau ])rononça le discours de circonstance, à la séance solennelle donnée par l'Institut Canadien de Québec, à Toccasion du centenaire du siège de Québec par les Américains.

Il fit admirer, dans ce discours, les aptitudes littéraires, la hauteur de vues, la finesse des aperçus et le style élégant et châtié qui en auraient fait l'un des meilleurs écrivains du pays, s'il se fût livré à la littérature.

Comme la ]>lu])art de nos hommes de talent, M. Taschereau a passé par le journalisme; il publia, en 1862, avec ses ressources personnelles, le journal />m Drbnts, dont les écrits furent très remarqués, et en 18fi3, il fut l'un des rédacteurs de la Tribune.

Il a bien employé sa jeunesse; il a lieaucoup travaillé, réfléchi surtout; c'est de))uis longtemps un homme mûr. et, quoique jeune encore, personne ne songe à dire ([u'il Test tro]) pour umnter sur le banc.

P. S. — Sa carrière dans la magistrature a été digne des Taschereau. Un peu vif et entier, absolu dans ses idées, il a été droit, juste, impartial, honorable et laborieux, toujours à la hauteur de toutes les questions nombreuses et importantes auxquelles un juge, à Montréal, doit faire face ])resque tous les jours. Lorsque sir Alexandre Lacoste donna sa démission comme juge

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en chef de la Cour d'Appel, personne, ni a\i barreau, ni sur le banc, ne fut jugé plus digne de le remplacer que le juge Taschereau, et il justifia la confiance générale. Malheureusement la mort se hâta tro]) à mettre fin à une carrière qui devenait de plus en plus utile à la société. Ils sont précieux et dignes de l'admiration des Iioninies les magistrats qui à la science joignent un profond sentiment du devoir, une probité à toute é|)reuve. (|ui considèrent la magistrature comme un sacerdoce.

ALTÎAXI

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