ALB ANI
Une de ces créatures privilégiées qui naissent avec une auréole au front. Organisations fTélito, faites des fibres les plus délicates, des tissus les plus fins de l'humanité. Incarnations sublimes de toutes les harmonies de la nature, depuis le murmure des ruisseaux et le gazouillement des oiseaux, jusqu'au bruit sonore -des flots de la mer et des arbres de la forêt agités par la tempête. Véritables sensitives qu'un rien affecte, qu'un rien dilate ou flétrit; harpes éoliennes qui résonnent au moindre souffle; sylphides charmantes qui traversent le monde sur un flot d'argent, dans un nuage d'encens. Le monde se précipite dans le sillon lumineux qu'elles laissent derrière elles et ré])ète. dans le ravissement, les accents harmonieux qu'elles jettent aux quatre vents du ciel. Les rois baisent l'empreinte de leurs pieds et répandent de la poussière d'or sur leur passage ; riches et pauvres font retentir l'air de leurs acclamations, car elles ont des accents pour toutes les émotions de l'Ame, eWes ont le don de faire vibrer toutes les cordes de cet instrument incomparable qu'on appelle le cœur.
On a cru longtemps que ces natures délicates ne pouvaient naître sous notre ciel inclément, qu'il leur fallait, comme à certaines fleurs, les chauds rayons du soleil, la tiède haleine d'un printemps éternel. Déjà, les muses ont prouvé, plus d'une fois, qu'elles aimaient à habiter les rivages grandioses de nos fleuves et de nos lacs, les sommets de nos poétiques montagnes. T^ musique, surtout, cette fille aimée du ciel, on la trouve partout.
36 SOUVENIRS ET biogra;phies
I-,c's éti-aii<i(-'rs se plai.si'iil à rwoiinaît ic k' jioût et les aptitiuk's du i)eupkj caïuulicii j)<)iir cet art attrayant.
Tou:> k'S jours, on rend hommage à des tak-nts ([ui, sur un tliéâtre plus vaste, eussent égalé ces grands artistes dont les noms courent le monde.
Enirna Lajeunesse, la première, a l'i-anehi les limites (pie notre renommée semblait ne [)()uvc)ir dé])asser. Oiseau captif, elle a brisé le lil (pii l'empêchait de prendre son essor vers les sommets de la renommée. Aussi favorisée des dons du ciel f|ue les grandes cantatrices de TEurope. elle n'avait qu'à vouloir ])our monter jusqu'à elles. C'est déjà fait, l'écho apporte de temps à autre sur nos rivages le bruit de ses triomphes, le retentissement de ses succès. Alhani est un nom aussi jjopulaire aujourd'hui en Italie {[ue celui de la Patti et de la Xeilsson. Elle porte ce nom en l'honneur de la ville où son talent reçut ses premiers encourageuients.
Ees journaux d'Euro))e ont tant réjiété qu'elle est américaine, que tout le monck' a tini par le croire, les Américains les premiers. Nous avons pourtant si peu de gloires dans le domaine des arts, (pi'on devrait bien nous laisser celles qui nous appartiennent.
Emma Lejeunesse est une Canadienne-française pur sang. Elle est née à Chambly. et tout le monde se souvient de cette jeune fille, à la figure ]>âle et rêveuse, il la physionomie lumineuse, qui. dès l'âge de douze ans, nf)nnait des concerts avec sa petite sœur dans nos villes et nos villages. Idole d'un père (|ui poussait le pressentiment des hautes destinées de sa fille jusqu'à l'exaltation, elle grandit dans la ])ensée d'aller en Europe, ("n moment, on crut qu'elle se ferait religieuse; les bonnes dames du Sacré-Cœur l'espéraient, et Emma avait fini par se faire à cette idée.
Mais, un jour, elle partit jiour les Etats-T^nis; et, quekpie temps après, on apprit que la population d'Albany se rendait avec empressement à la cathédrale catholique de cette ville, pour entendre chanter une jeune fille dont la voix était merveilleuse.