L AKIVEXIOX DE LA THESSALIE I
Calamas vers la mer Ionienne proposées par M. U addiugton et les Yotant à runanimité. Tout semblait en bonne voie : il y avait cependant un point noir : Tarticle XXIV du traité n'avait pas été discuté sérieusement avec la Porte; loin d'être rédigé en termes, précis et péreniptoires comme les stipulations bulgares, serbes, roumaines et monténégrines, il se bornait à s'en référer au protocole XIII, renvoyait la Turquie et la Grèce à a s'entendre » sur cette .^ rectification de frontières v et leur offrait éventuellement la médiation de l'Europe.
Ainsi, au lendemain du Congrès qui croyait avoir, en manifestant sa volonté, assuré l'agrandissement de la Grèce conformément au tracé qu'il avait adopté, la situation demeurait en définitive beaucoup moins claire qu'on ne supposait à Berlin et surtout à Athènes. Le texte officiel visait, il est vrai, un vote acquis, mais ne lui donnait pas la consécration d'un article spécial et développé; bien plus il faisait appel aux négociations ultérieures des intéressés, à une médiation future, et ne déterminait pas, comme pour les autres répartitions de territoire, les limites nouvelles du royaume. On ne doutait pas au palais Radziwill — j'entendais sans cesse exprimer cette opinion comme certaine — qu'il no dut recevoir la Tliessalie et l'Epire; mais, en vérité, je ne sais Uop pourquoi on l'affirmait si bien puisqu'après tout le traité ne parlait d'une extension de frontières que vaguement et ne traçait aucune ligne décisive. Néanmoins, le sentiment général était que les deux provinces ne pouvaient manquer d'être réunies à la Grèce, et le Cabinet athénien, aussi bien que toutes les populations helléniques, accueillaient celte solution avec un joyeux enthousiasme.
On se hâtait beaucoup trop de se féliciter d'une aussi heureuse fortune; on n'en était encore qu'à de belles espérances. L'initiative de l'Europe et le protocole XIII les autorisaient sans doute : mais le silence du traité et la perspective des pourparlers futurs et d'une médiation mal définie autorisaient aussi les résistances de la Porte. Trois ans devaient s'écouler avant qu'on arrivât à une solution. J'ai vu se dérouler tous les incidents de cette affaire, et je puis dire que peu de négociations ont mis plus en lumière les hésitations de la diplomatie collective, et mieux exercé, à travers plus d'équivoques, le subtil esprit des hommes d'Etat. On a pu
juger alors à quelles contradictions étranges peuvent se résigner les Puissances, à quels sophismes elles osent avoir recours, à quels dénouements elles conduisent les affaires les mieux commencées, lorsqu'elles n'ont en réalité ni assez de conviction, ni assez d'union, ni assez d'énergie pour construire solidement l'édifice et le couronner. En cette conjoncture, elles ont mécontenté à la fois la Turquie et la Grèce, failli les mettre aux prises, et abouti par lassitude à une combinaison boiteuse d'où sont sorties plus tard des complications regrettables, même une guerre, et d'où sortiront inévitablement encore, comme toujours quand on agit capricieusement et sans principes solides et fixes, des agitations périodiques et peut-être des conflits orageux. Voyons d'abord quelles ont été les conséquences de l'article XXIV du traité de Berlin.
On peut résumer en trois mots la situation singulière où l'on était placé : 1" la Grèce estimait bonne et valable la ligne indiquée par le protocole; 2° les Puissances n'avaient donné aucun commentaire de leur vote et l'avaient seulement cité au traité sans le définir; 3" la Turquie avait constamment prolesté et se réservait expressément de discuter la question avec les Puissances. Toute une série de malentendus et de polémiques était léguée par le Congrès aux États intéressés et l'on put tout de suite s'en apercevoir.
A peine les plénipotentiaires s'étaient-ils séparés que les deux Etats conviés à s'entendre attestèrent par des manifestations contradictoires les divergences absolues de leur politique. Le Cabinet d'Albènes affectait, ce qui était prématuré, sans doute, mais fort babile, de considérer la ligne à laquelle se référait le traité, comme désormais sienne, et les pourparlers à suivre avec la Porte comme une simple formalité. Quatre jours après la clôture du Congrès, le gouvernement du roi se déclara prêt à procéder au travail de rectification de la frontière. La Turquie, de son côté, se liàta de prendre position, et publia, le 8 août, un mémorandum réso-