L'A\\EXIO\ DE LA THES SALIE
îiégociation et les hommes qui la conduisent, on la modifie ellemême; mais, quand il s'agit d'une difficulté de principe et de prétentions directement contraires, le dissentiment reparaît n'importe où l'on traite et quels que soient les agents des adversaires. Les objections réciproques se reproduisirent donc immédiatement à Constantinople, et après quelques séances, encore bien qu'on eût pris le protocole de Berlin pour base tout en admettant qu'il pût être amendé, on dut reconnaître que cette concession même était inutile, et que jamais une discussion entre les deux États intéressés n'aboutirait à un accord. Les Turcs renouvelèrent leur opposition fondamentale à toute annexion, ou n'offrirent que quelques districts en se réservant de les restreindre encore : le protocole n'était à leurs yeux qu'une vaine formule. Les Grecs, au contraire, se croyaient fondés à élargir cette base, puisqu'elle n'était plus considérée comme fixe : ils réclamaient donc la chaîne de l'Olympe et le faîte extrême des hauteurs septentrionales, tandis que la Porte ne concédait que les hauteurs méridionales, excluant les vallées en cause, si bien que, dans cette hypothèse presque ironique, la Grèce n'aurait eu que la vue de la Thessalie et de l'Epire. Vainement, à la dernière heure de ces stériles entretiens, M. Waddington suggéra, dans l'espoir d'en finir, de substituer la ville de Aletzovo à Janina qui resterait aux Turcs; ce projet mixte ne convenait à personne : il était clair que, bon gré mal gré, on devait en venir à l'ingérence directe de l'Europe, en un mot, à la médiation. Les Puissances hésitaient cependant encore, et l'année 1870 se termina avant qu'elles fussent parvenues à s'y résoudre.
Sur ces entrefaites, une crise ministérielle, amenée par des incidents de politique intérieure, se produisit en France. M. de Freycinet remplaça M. Waddington aux Afiaires étrangères et à la Présidence du Conseil. Heureusement pour la Grèce, le nouveau ministre ne lui était pas moins favorable que son prédécesseur. Son esprit élevé et délicat s'inspirait des mêmes traditions libérales. Il apprécia sur-le-champ la situation avec le plus ferme jugement, la sagacité la plus prudente. Sans désavouer ouvertement la dernière proposition de M. Waddington, il se montra fort résolu à ne pas laisser la question s'égarer davantage en dehors des principes posés à Berlin et se dénaturer par des interprétations vagues. Le Cabinet anglais, livré aux oscillations réitérées d'une
diplomatie incertaine, gênait sensiblement nos efforts : tandis que nous soutenions avec énergie que le tracé de Berlin, même avec ramendement de Metzovo, était une '^ délimitation rationnelle « et conforme à la pensée des Cours, lord Salisbury en revenait à considérer l'initiative du Congrès comme un " simple conseil « ; puis, s'écartant de ce système, invoquait ti l'action morale de l'Europe, produite avec décision «; puis enfin, changeant de tactique au moment où on le croyait rallié à la médiation directe, demandait la nomination d'une commission technique, qui eût entraîné de nouvelles lenteurs en remettant l'affaire à des agents subalternes. On examinait cette proposition, que M. de Freycinet, sans la repousser absolument, estimait fâcheuse et inutile, lorsqu'un fait considérai)le et inattendu changea l'aspect des choses : en mai 1880, le Cabinet tory fut renversé. AI. Gladstone prit la place de lord Beaconsfield, et lord Granville celle du marquis de Salisbury au Foreign-Office. En ce qui concerne spécialement la question grecque, on peut dire que le rôle de ce dernier était épuisé : il était nécessaire que la diplomatie anglaise prit une attitude moins indécise et contribuât ainsi à préparer une solution urgente.
Le ministère whig eut le mérite d'apercevoir qu'on était un peu lassé par tant de pourparlers sans issue, et qu'il était temps pour l'Europe, aussi bien que pour les deux Etats intéressés, de substituer la médiation à des atermoiements dangereux. II alla donc droit au but et proposa : I" l'envoi à la Porte d'une noie collective la mellant en demeure d'exécuter le protocole; 2° en cas de refus, la réunion d'une Conférence d'ambassadeurs, soit à Paris, soit à Berlin, assistée de délégués pour les travaux topographiques. Ce plan de campagne, qui simplifiait les choses et remettait aux Puissances la direction de l'affaire, fut immédiatement accueilli par les grandes Cours. Elles décidèrent, en outre, que les Cabinets d'Athènes et de Constantinople ne prendraient point part à la dis- (Mission et seraient seulement avisés de la convocation et des décisions des plénipotentiaires. On voulait éviter ainsi de remettre en présence la Grèce et la Turquie; mais n'était-ce pas, et pour la seconde fois, trop présumer de l'autorité européenne? Etait-il correct de prétendre disposer d'un territoire sans se concerter avec la Puissance qui le possédait? et, en laissant à la négociation son