L AXXEXIOX DE LA THESSALIE
vice originel, n'allait-on pas au-devant des mêmes difficultés? La Porte, il est vrai, acceptait la médiation, mais elle avait pris soin de réserver formellement « son indépendance et la liberté de ses propres délibérations » : notre ambassadeur à Constantinople prévenait qu'elle entendait maintenir ses offres dérisoires, et qu'elle qualifiait de " suicide -^ l'abandon de l'Epire et de la Thessalie. Le Cabinet de Vienne demandait avec une anxiété prévoyante '■- comment les décisions de la Conférence seraient exécutées» ? Sans doute, l'Europe, en intervenant, mettait un terme à des pourparlers mal engagés et obscurs, mais il y avait bien des nuages à l'borizou.
AL de Freycinet les avait aperçus et s'efforçait au moins d'en diminuer le péril. Il pressentait et redoutait des équivoques et s'attacba à les éviter par la netteté de son langage. Dans une dépèche du 13 juin 1880, il détermina exactement les lignes qui devaient être la base des travaux de la Conférence et de la délégation technique : le cours du Calamas, le partage des eaux depuis le massif du Pinde jusqu'à l'Olympe et à la mer Egée, c'est-à-dire les trois places de Larisse, de Metzovo et de Janina. En même temps, pour être encore plus clair, AL de Freycinet précisa le mandat des représentants de l'Europe, appelés à rédiger « une décision « indiquant le tracé et notifiée ensuite simultanément aux deux parties et avec l'invitation de s'y conformer « . D'après ce document, qui ne souleva aucune objection de la part des autres Cours, il ne semblait pas qu'il pût subsister aucune incertitude sur le caractère de l'œuvre qu'on allait accomplir. Quoi qu il dût advenir plus tard de précautions aussi sages, M. de Freycinet avait le mérite d'avoir formulé un programme nettement circonscrit, et posé les véritables termes de la question.
La Conférence s'était réunie à Berlin sur ces entrefaites. Elle était présidée par le prince Hohenlohe, secrétaire d'Etat par intérim aux Affaires étrangères, qui représentait, avec une incon-
testable compétence et aussi une expérience profonde, la politique de l'Empire allemand. Les autres plénipotentiaires étaient les ambassadeurs des Puissances auprès de TEmpereur : pour rAutriclie-Hongrie, le comte Széchenyi, diplomate de haute distinction, et dont l'esprit n'était pas moins agréable que ferme; pour la France, le comte de Saint-Vallier, dont j'ai décrit plus haut le rôle au Congrès de IJerlin, et qui était assurément alors l'un des hommes d'Etat les plus avisés de l'Europe; pour l'Angleterre, lord Odo Russell, qui apportait dans la négociation une science politique pour ainsi dire héréditaire; pour l'Italie, le comte de Launay, vieilli dans la carrière, ancien membre du Congrès comme ses collègues de France et de la Grande-Bretagne, enfin, pour la Russie, M. Sabourow, naguère ministre à Athènes, et qui connaissait à fond les affaires orientales. Les souvenirs du Congrès, où j'avais rempli les fonctions de secrétaire, avaient paru aux ambassadeurs me désigner pour le même poste auprès de la Conférence, et M. de Freycinet, avec un empressement bienveillant, m'avait autorisé à l'accepter. J'avais pour collaborateur AL Busch, le savant conseiller intime du ministère des Affaires étrangères d'Allemagne. Quant à la Commission technique, elle était composée d'officiers spécialement compétents des divers pays contractants : les délégués français étaient le colonel Perrier, membre de l'Académie des sciences, et le capitaine de la Ferronnays.
Il avait été entendu que, pour relier la Conférence à la tradition du Congrès, le plénipotentiaire français prendrait le premier la parole et présenterait, comme autrefois !U. Waddington, le projet de tracé. M. de Saint-Vallier s'acquitta de cette tâche en reproduisant la ligne frontière définie par M. de Freycinet quelques jours auparavant. Son texte fut accepté dès la première séance, et sans réserve, par l'Angleterre, l'Italie et FAliemagne : le plénipotentiaire d'Autriche le prit ad référendum, en laissant pressentir son adhésion prochaine. L'ambassadeur russe, loin de le contester, manifesta l'intention de développer davantage les acquisitions de la Grèce. La Conférence demeurait donc fidèle à la politique du Congrès, et elle était même tellement résolue à la maintenir, qu'elle écarta, sans délibération et avec une égale indifférence, un document turc renouvelant les propositions que