L'AXNEXIO\ DE LA THESSALIE
tioii du compromis que l'ensemble de la réponse semblait écarter : il se disait prêt, en effet, à prendre possession des territoires cédés; or, cette seule parole annulait toutes les considérations précédentes destinées à contenter les politiciens grecs. A Taide de cet artificieux détour, M. Coumoundouros se dispensait d'accueillir ouvertement la transaction, mais il se fiait à notre perspicacité pour le comprendre; en réalité il acceptait la note collective, puisqu'il en revendiquait la conséquence pratique, à savoir l'annexion des territoires qu'elle avait désignés. C'est en ce sens que nous eûmes soin d'interpréter sa réponse en la transmettant à nos gouvernements.
Ceux-ci eussent pu sans doute exiger davantage, mais, avec beaucoup de finesse et de bonne volonté, ils se bâtèrent de déclarer ladliésion de la Grèce comme acquise, coupèrent court à toute explication ultérieure, et consentirent seulement, sur la demande instante de \I. Coumoundouros, à lui promettre verbalement, pour fortifier sa situation personnelle, ■■ qu'ils s'intéresseraient aux populations cbrétiennes restées en dehors de la future frontière ■• L'entente était donc désormais complète, et les ambassadeurs procédèrent aussitôt avec la Porte à la rédaction du traité qui consacrait l'œuvre de la médiation dans les termes que j'ai indiqués plus haut : ils y joignirent quelques paragraphes accessoires sur le partage de la dette, les propriétés et la liberté religieuse des musulmans en Tbessalie. L'instrument diplomatique fut signé le 24 mai 188L Cinq semaines plus tard, le 2 juillet, une convention turco-grec([ue contenant le texte international régla les relations des deux Etats limitrophes. L'entreprise commencée au Congrès de Berlin se trouvait ainsi achevée après trois ans d'efforts. Le traité ne réalisait qu'une partie des intentions primitii'es, mais enfin l'Europe avait rattaché à un Etat chrétien une province chrétienne, associé des populations de même race suivant le principe des nationalités, et, momentanément du moins, pacifié la péninsule des Balkans.
C'était riionneur de notre longue campagne. Mais, si maintenant, après avoir constaté l'importance indéniable du résultat, on examine l'ensemble des négociations qui se sont succédé pendant cette laborieuse période, on devra, je crois, reconnaître qu'elles ont été bien défectueuses, et qu'elles n'ont pas été conduites avec la sûreté de vues et la fermeté de main qu'on est fondé à attendre du concert international. Si nous récapitulons les divers incidents que nous avons étudiés, nous verrons les Puissances tantôt hautaines et entreprenantes au point de ne pas même s'occuper des répugnances ottomanes, tantôt reculant devant elles jusqu'à leur devenir trop complaisantes, surexcitant tour à tour et rebutant les espérances grecques, s'embarrassant elles-mêmes et s'aventurant à travers des raisonnements qui semblaient démentir leur propre langage. Elles ont un instant failli perdre la direction de l'affaire qu'elles avaient engagée et paru douter de leur force et de leur droit. Lorsque, à la dernière heure, elles se sont montrées clairvoyantes et résolues, encore ont-elles dû substituer à la solide frontière délimitée par leurs représentants une combinaison arbitraire et incorrecte qui laissait en présence, sur un terrain mal constitué, les rancunes défiantes de la Porte et les ambitions des Hellènes. De sorte qu'après avoir été tenues longtemps en échec, elles n'ont obtenu qu'une demi-victoire. Or, tout se retrouve en politique, et les événements qui ont suivi ont prouvé une fois de ])lus qu'il ne faut pas se fier aux transactions boiteuses et aux résignations transitoires.
Néanmoins, et ces réserves faites, comme, après tout, les idées élevées et généreuses ont en elles-mêmes une vertu féconde, même lorsque les oscillations des hommes et les obstacles matériels ont entravé leur marche e^ restreint leur étendue, un grand fait s'était accompli : l'affranchissement d'un groupe chrétien considérable, l'annexion de la Thessalie, étaient entrés désormais dans le droit public européen. Assurément la situation de l'Epire et