‹ Souvenirs et causeries d'un diplomateChapitre 4 sur 40 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA COXFÉREIVCE DE COXST A\'TIIVOPLE ET l'eSSAI DE REGIME PARLEMENTAIRE E\ TURQUE (1876-1878)

Lorsqu'en mars 1871, la Délégation étant dissoute, nous revînmes tous à Paris, le comte de Chaudordy nous recommanda chaleureusement au ministère : en ce qui me touche, il voulut bien exprimer le désir que je fusse bientôt nommé premier secrétaire. Cette preuve d'amitié m'était extrêmement précieuse, mais je ne pouvais prétendre en recueillirdès lors le bénéfice. Plusieurs collègues de mon grade, beaucoup plus anciens que moi et très méritants avaient droit de me devancer. Je repris donc mon poste de rédacteur à la direction politique, satisfait de ma situation et surtout des marques de haute bienveillance et des espérances qui m'avaient été données. J'avais le rang de second secrétaire à la sous-direclion du Midi et de l'Orient, et j'en profitai pour compléter mes études des questions du Levant dans la pensée d'être un jour envoyé comme premier secrétaire à Constantinople.

Je ne me trompais pas, car, quelques années après, en juillet 1875, leducDecazes, sur la présentation de notre directeur, M. Desprez, me désigna pour ce poste auquel j'étais plus préparé qu'à tout autre, et qui offrait un intérêt particulier au moment où allaient éclater la crise de 1876 et la guerre turco-russe. J'avais ainsi la chance heureuse d'être placé sur le théâtre des conflits vers lesquels se concentrait l'attention de l'Europe, et je me félicitais en outre de me savoir sous les ordres d'un ambassadeur instruit, prudent, écrivain distingué, le comte de Bourgoing, ami de ma famille. Je suis resté près de trois ans à Constantinople au milieu de circonstances difficiles, mais essentiellement favorables au développement de mon expérience et à

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mon avenir puisque les péripéties orientales ayant amené le départ de M. de Bourgoing, au commencement de 1877, je demeurai Chargé d'affaires pendant treize mois jusqu'au traité de San-Stefano (mars 1878).

Je n'ai pas l'intention d'exposer ici cette époque agitée : mais je rappellerai quelques-uns des incidents que mes fonctions ellesmêmes m'appelaient à voir de près, tels que la Conférence de Constantinople, les fluctuations de la politique ottomane, et surtout l'étrange essai de gouvernement parlementaire tenté par le sultan Abdul-Hamid pour déconcerter la Russie et l'Europe, et si vite abandonné quand, la guerre étant achevée, il reprit sans rencontrer de résistance l'exercice du pouvoir absolu. Toutefois ces divers épisodes se rattachent de telle sorte les uns aux autres et à la plupart des faits hisloriques d'alors, que je suis nécessairement amené à indiquer et à résumer quelques autres souvenirs de la période diplomatique à laquelle j'ai assisté pendant mon séjour en Orient.

J'ai à peine besoin de résumer ici la série des faits qui avaient, depuis quelques années, singulièrement ébranlé la monarchie ottomane. Insurrections, guerres, concession d'autonomies, interventions et surveillances européennes, avaient donné tour à tour des résultats, les uns funestes à sa puissance, les autres infructueux. Elle avait opposé la force d'inertie, et les rivalités des Cabinets garants lui avaient été utiles; mais la combinaison des épreuves subies et des réformes avortées avait amené dans son état intérieur une sorte de langueur générale et d'anarchie latente non moins redoutables que les crises. Elle en était venue à l'une de ces phases, de ces échéances politiques où, les moyens d'action étant successivement discrédités, des renouvellements quelconques s'imposent. Plusieurs incidents sinistres qui se produisirent coup sur coup, symptômes d'un mal profond, démontraient l'imminence du péril.

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