‹ Souvenirs et impressions de NorvègeChapitre 3 sur 15 · DE K · texte numérisé non relu

DE K

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10 Juillet. — Arrivés à Lacdiirhoren lï près do 4 heures du matin, nous louons nue voilure couvcrle, la carriole primitive étant trop fatigante pour un long trajet. En nous promenant dans le petit hameau, t'onmie ses maisons n'ont toutes qu'un rez-de-chaussiM' très bas et que les fenêtres sont sans volets ni rideaux, nous voyons à travers les vitres les paysans et les paysannes couchés... Ce sont les vraies maisons de verre! Une jeune mère dort, le bras étendu sur h berceau de son nouveau-né; une antre repose, calnu^ et souriante, l'enfant entre ses bras. Il y a là des scènes d'intérieur, des jeux de lumière et d'ombre qui feraient le bonheur d'un peintre hoUandais.

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L'a lumiier riche du pays monte dans une cari'ioli' 1res élégante avec une collection complète d'instru-

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ments de pèche au saumon.

A {\ heures, nous partons dans luie espèce de

calèche primitive, tirée par deux petits chevaux, alezan clair, aux crins ras. Le cocher, heau-frèrc du

loueur, MUs Oyc est un grand jeune homme de '19 ans à la physionomie douce. Nous suivons le cours du

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Lacdarl, le long de grands rochers qui sont comme des remparts ravinés par les avalanches. Cà et là se

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sont amoncelées des mo;T///îe? énormes, rochers roules par les glaciers.

La route est creusée dans un immense roc qui la sui'plombe. A droite un torrent furieux fait un bruit

formidable, en bouillonnant sur son lit de moraines.

A mesure que nous nous élevons vers les hauts

sommets, le bruit devient plus sourd; le torrent

disparaît sous la montagne et reparait à une profon-

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deur de plus en plus grande. Tout à coup un autre

tori-ent se précipite de cent pieds de haut en cascade

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finnante.

Après Blorflateii, c'est de plus en plus sauvage...

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Ce n'est pas la incr de glace, mais la mer de

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iiHifaines

La route passe devant une sorte de porte de Géants ouverte dans le roc. De tout côté, des bouleversements titanesques... c'est inouï de grandeur!

A Saltumbo, il y a de larges grottes sous les moraines. Le torrent que nous côtoyions redevient brusquement un paisible ruisseau. La i^oute descend au fond du ravin, comme dans un puits d'où l'on a peine à voir le ciel.

La cascade de Holgralcn, à plusieurs chutes écuiiieuses, rappelle les plus belles cascades de la Suisse, mais en plus grandiose, plus sauvage, plus effrayant. Nous voyons sauter un énorme saumon dans les eaux limpides du torrent. Par intervalles, les moraines sont si colossales qu'on dirait une montagne qui vient de s'écrouler.

A Husum, le brave hôtelier vient avec sa femme nous saluer cordialement. Trois voyageuses anglaises, sèches et raides, étaient en train de déjeiÀner. L'hôtelier nous dit qu'il est là fermier depuis 33 ans. Sa fillette de 12 ans à peine conduit une carriole; un petit garçon, plus jeune encore, ramène un chevaL C'est ici une de ces stations de poste, très primi-

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lives dans toute la Norwège, mais qui rendent de précieux services aux voyageurs. L'auberge est isolée, construite toute en bois, peinte en jaune et blanc. Quelques autres maisons, plus loin, sont grossièrement faites de troncs non équarris, à moitié veruioidus. La pièce de l'auberge qui sert de salle à manger est propre, très simplement meublée. Nous y remarquons cependant une grande commode, ancienne, toute décorée de Heurs peintes aux nuances les plus vives. Une inscription sur le tiroir du haut semble indiquer que ce meuble a été un cadeau nuptial.

Nous suivons, en quittant Husum, deux torrents sur lesquels sont jetés, de distance en distance, de jolis ponts rustiques. Une chute d'eau énorme tombe à pic, avec un fracas assourdissant. On arrive, aussitôt après, sans transition, sur les bords d'une prairie arrosée par iine rivière des plus calmes.

Nous allons visiter la très curieuse église de B&rgimd près de Hàg. Construite au xii" siècle, elle a sept toits superposés tout recouverts de tuiles en bois à formes d'écaillés. Sur le devant s'élève une croix entourée de dragous et d'emblèmes extrèuK^-

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iiiciit, bizaiTcs. L'église a une double enceinte : les murs extérieurs sont séparés de la chapelle proprement dite par un couloir qui fait cloître tout autour. Ce curieux monument vraiment extraordinan-c et pour ainsi dire fantastique est le mieux conservé de tous ceux qui existent encore de la même époque. Sur la porte on lit celle inscription en caractères Cliniques :

Thoi-ir raist runar ihissar titan Ohm misso.

Thillai Kirhia a KirkinvelU.

Le sens n'est pas très clair, mais il paraît indiquer <iue l'église avait été placée sous l'invocation de S. Olaf.

Une ancienne église du même genre, Stavchirha existe à Iliticrdals sur la route de Clu-istiania à lijukanfos. Les chapiteaux, les pihers, tous les détails <ic l'architecture rappellent les constructions anglonormandes des xic et xiP siècles. L'enceinte extérieure était primitivement à jour pour que l'on pût voir de tous les côtés. Plus tard, on ferma complètement les bas-côtés, et le cloître supérieur, autour du chœur, resta ouvert, supporté par de légères colonnes. Par dessus le toit du cloître circulaire apparaissent les

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l'enùtrcs, de coush'uclion plus récente; car à rorigiuc il n'y avait que des trous, destinés au passage de l'air. Toutes les boiseries sont couvertes de sculptures fantastiques, de di'agons, de feuillages, de figures grimaçantes. Ce sont dos antiquités extrêmement curieuses.

Nous déjeûnons à la maison de poste à'Haveij avec des tranches de mouton, nageant dans une longue sauce innommée, des pommes de terre qui remplacent le pain et une sorte de crème montée à la colle, arrosée d'un sirop de groseilles chaud. C'est de la cuisine locale.

Avant d'arriver à Mariestiien, nous suivons une ancienne rontc, vrai chemin de chèvre. Nous sommes pris tout à coup dans une sorte de bourrasque de montagne, vent violent, pluie torrentielle; les chevaux glissaient, c'était presque dangereux. Brusquement l'orage cesse et le ciel redevient bleu. A Mariestucn, nous grimpons sur un sommet à 2,635 pieds audessus du niveau de la mer; de là, nous comptons 38 petits glaciers espacés sur sept pics qui se toucheiil. On distingue très bien les pierres plates, dénudées, polies qui, au soleil, paraissent des glaciers.

Le soir, nous Iravcrsons des plaleaiix moiilati'neiix. ('e sont de grandes landes stériles où ne poussent guère que des genêts blanchâtres. Aucune liabitation, pas un oiseau, pas un être vivant, on se sent en plein désert. Enfin voici un alpage : des vaches dont les cornes sont boulonnées comme des fleurets; petites, de couleurs claires ou blanches et noires, elles grimpent à des liauteurs incroyables, broutant dans les creux des rochers, disparaissant dans les lentes; leurs clochettes, dont on entend les tintements harmonieux, signalent seules leur présence. A côlé des alpages sont de nombreux glaciers.

La route monte encoi'e do 600 pieds ; nous nous l'etrouvons en pleines landes grisâtres avec de larges plaques de mousse brune. Dans les coins les moins arides croissent des fleurs blanches, cotonneuses, rappelant VEdehveiss.

Notre cocher nous arrête près des sœters, bergeries, où vit son père, un beau vieillard très vert. Une bande de tout jeunes enfants s'approche : nous leur distribuons quelques pièces de monnaie. Un garçon de G à 7 ans salue gravement et nous serre la mam, remerciant d'une manière sérieuse au nom de la petitiî

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