‹ Souvenirs et impressions de NorvègeChapitre 6 sur 15 · partie inhabitables · texte numérisé non relu

partie inhabitables

Nous avons une occasion d'étudier, à bord de VHaacon, l'éducation des femmes en Norvvègc. Trois

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jeunes filles voyagent seules, simplement recommandées au capitaine : elles vont de Trondyem à Bergen,

chez des amies. C'est un usage du pays do laisser

i j jl aller ou voyager seules les jeunes filles ; elles ne sont pas sauvages, mais montrent beaucoup plus

de retenue que les jeunes américaines. La flirtation

n'existe pas du tout ici, elles îs^orwégiens sont peutêtre les hommes qui savent le mieux être polis avec

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les femmes, sans la moindre galanterie.

La plus âgée dos trois jeunes filles, qui peut avoii'

19 ans à peine, parle un peu le français. Elle est timide et répond : yes ! ya ! oui ! en rougissant et en

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riant. Elle a lu Flcuranrjc et VAbbé Constantin qu'elle

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li'ouvc très clioli et fecile. Elle u un visage ovale d'une exquise purelé de lignes el deux grands beaux yeux de gazelle du Nord. Ses deux compagnes écrivent leurs impressions très A'ite, très vite, sur des feuilles volantes, destinées sans doute à des mères, à des sœurs. Parfaitement élevées, gaies, rieuses entre elles, ne s'elfarouchant pas si des étrangers leur parlent, réservées sans pruderie, elles ont tous les attraits que donne une éducation simple et naturelle. Dans le grand salon de Vlîaacon est un bon piano : la plus jeune se met à jouer un lictlcr de Mendelsobn. Deux gentlemen anglais fort distingués se joignent à nous et insistent pour qu'elle nous fasse entendre quelques airs suédois. Elle joue alors : Rosm i Nonkmslwg, Rose de la forêt du Nord ; Vàr Sang, chanson du printemps ; Ta bcrget klockan hlingàr, la cloche de la montagne ; Môrgôr Simg, citant du matin. Tous ces airs sont très doux, très primitifs, ont je ne sais quoi de pur et de suave. La tillctte est vraiment charmante d'aplomb simple et modeste à La fois; par ses altitudes si naïves et si gracieuses, elle nous paraît jolie quoiqu'elle ne le soit pas. Par une attention délicate, elle joue un chant anglais :

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Sweethomc! qui touche les genllemca. On décide la sœur à jouer un morceau à quatre mains de

Guillaume Tell. C'est comme un lien entre la Norwège et la Suisse, qui ont tant de rapports. Le concert se

termine par un air du Barbier rendu avec une expression toute italienne. Il est vraiment étonnant

que les filles d'un simple capitaine de navire mar-

chand de Trondyem aient reçu une éducation aussi

soignée et aussi complète.

Nous avions l'cmarqué à bord un type assez

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étrange, une espèce de vieux savant, causant bien de toutes choses, moitié en anglais, moitié en allemand.

De temps en temps, quand le vent fraîchissait, il

V ■ disparaissait sous une sorte de couverture de cheval

Ij 1 {( ; qui avait un trou pour passer la tète. Les jeunes

; illies nous révèlent que c'est un compositeur de

musique de Trondyem. On le prie de jouer: il répond

assez brusquement qu'il n'est pas un orgue de

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barbarie. 11 finit par s'humaniser, nous dit qu'on

aime beaucoup la musique ix Trondyem et qu'on

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y organise des chœurs excellents.

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Il nous indique les titres de quelques-unes de ses

composiiions, publiées à Clirisliania: > Norsh Bon-

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delin, tcxl af Munch, musik af Udbije; 2» Tolvsange fur S. A. J. Bas al JJdbye.

Udbijc est le nom du conipositcur, assez renommé dans toute la Nonvègc.

Avant d'arriver à l'eniréc du Sognfiord, nous traversons comme un bassin, encadré de roches plates, crevassées, noires, sinistres. On dirait un volcan que la mer vient d'étciadrc. Les vagues se glissent partout, eu mille plis et replis. On aperçoit une terre au second plan, on croit que c'est le continent. Non ! c'est encore une île, et l'on voit reparaître, derrière, la nappe bleuâtre de la mer, se déroulant comme un long serpent.

La chaîne de monts pelés, désolés, à l'entrée du Sognfiord prend nn aspect des plus sauvages. Cà et là émerge une cabane en pierres qui a l'air d'une excroissance de rocher. On a nne impression de solitude, d'ile perdue au bout du monde. Quelques glaciers entrevus sur les sommets lointains sont presque ce qu'il y a de plus vivant. C'est une île de Caliban où l'on s'attend à voir apparaître des monstres antédiluviens !

Api'ès cette solitude de pierres sinistres, le moindre

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