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' ' ilot, tant soit peu vert, ressort cornm3 une émcraude.
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: ' Dieniôt les maisonncUes à toit rouge se mulliplicnl
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et rompent à merveille le gris uniforme des roches. C'est la note gaie. On comprend l'aveugle-nô disant
que la couleur rouge est sans doute ce qui chante. , ' La mer moutonne de plus en plus, mais comme
nous avons vent arrière, nous roulons moins. Les flots aux longues ondulations sont d'un bleu lapis
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qui fascine. Aussitôt qu'il y a un peu de mer ouverte, le vent devient très fort, la vague extrêmement rude;
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on peut se faire une idée de ce que doivent être les terribles tempêtes de l'hiver. Un îlot tout raviné a
sur sa pointe extrême un tumulus de cailloux, peutf j : être en souvenir d'un naufrage. Les côtes s'aplatissent,
prenant sous les morsures de la mer les formes les
plus bizarrement coutournées. Dans le fond dominent j !; ; de très hautes montagnes, coupées par de nondjreux
glaciers. Nous approchons de Bergen.
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'DE "BERGE'-M ^ LAEDARLSOREn.
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DE lERGEN A iAEDARlSOREN
io Juillet. — Nous arrivons à Bei'gcn un diinan- <'lie. A bord, d'énormes bibles avaient été placées sur toutes les tables. Les voyageurs des dernières classes, surtout, lisaient les livres sacrés avec recueillement. Le sentiment religieux paraît plus profond ici qu'en Allemagne, mais sans affecter le caractère triste, ni l'ardeur de propagande des sectes lulbériennes.
Nous fjuittons VHaacon à 6 heures du soir. IJei'gen est une assez grande ville qui s'étend en large amphithéâtre autour de son port et de son Harhouv, golfe aux courbes arrondies. De très hautes montagnes vertes, qui descendent par des pentes raides jusqu'à la mer, forment une étrange et gracieuse
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ceinUire. La ville, elle-même, est bàlie par monts et par vaux avec de jolis points de vue à chaque détour de quais ou de places. Nulle part, peut-être, on ne trouve un pareil mélange de ville et de campagne. C'est si vrai que le soir, en écoutant la musique dans un square près de la gare, ne voyant ni poi't ni ville, admirant les beaux sommets tout verdoyants qui nous entourent, oa pouvait se croire à Isclil ou à Tnlerlalicn.
Des fenêtres de notre chambre à riiôtel Skandinavi, nous avons une vue superbe du Ilarhoitr. Les montagnes qui font face sont étrangement découpées ; au bord de l'eau, on voit une petite église au clocher élancé ; auprès, un parc planté de grands arbres; plus loin, des usines d'où parlent sans cesse de petits bateaux à vapeur qui vont aborder au fond du golfe. Là sont les docks, les bassins de radoubs et tout le mouvement maritime; mais un mouvement sans bruit, toujours calme qui s'harmonise avec l'ensemble du paysage presque alpestre. On ne se lasse pas de celte magnifique vue du Harhour. La lune, dans son plein, disparaît avec une rapidité prodigieuse derrière les montagnes et quand on ne la
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voit plus, il l'ait oiieorc plus clair qu'avaul; il est pourtant II heures 1/2 du soir.
Frédérilishcrçi est un haut promontoire qui sépare le port du Harboiir. A sa pointe s'élève une vieille forteresse. On a là une promenade ravissante avec la vue la plus complète sur toutes les parties de la ville. Le côté g-auche du port est bordé de très anciens niagasins à arcardes dont les terrasses donnent sur l'eau. Il n'y a même pas de passage, le long du port, de ce côté ; c'est une lacune à réparer. Le côté droit est occupé en entier par une immense rangée de docks, tons pareils, qui étaient habités autrefois par les fameux clercs des négociants hanséaliques.
La Ligue hanséatiquo avait établi sa factorerie à Bergen, vers le milieu du xvi« siècle. Ayant obtenu de nombreux et importants privilèges du gouvernement danois, elle avait successivement monopolisé à son profit tout le commerce de la Norwège, à l'exclusion des commerçants Anglais, Ecossais, Allemands et Norwégiens eux-mêmes.
La Ligue, enhardie par ses richesses toujours croissantes, exerça un monopole des plus oppressifs. C'est alors que les clercs hanséatiques constituèrent
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une sorte d'oligarchie riche et insolente. (Ihrislophe
AValkcndorl', en 1559, forma un parti national de
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résistance qui parvint à entamer et à réduire, peu à
peu, la puissance abusive de la Ligue. Ses comptoirs
subsistèrent encore pendant deux siècles; mais en 1763, des négociants Norwégiens acquirent tout ce
qui restait des propriétés hanséatiques et le commerce national prit sa libre expansion qui s'est toujours
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développée depuis.
La ville de Bergen est coupée dans le sens longitu-
dinal du port par quelques rues assez larges avec do
beaux magasins: Strandgaden, Store Marheveicn,
Nyveien. Des ruelles excessivement étroites où deux
personnes de front ne pourraient pas passer, relient :
les rues aux ports. Des pentes très raides mènent sui-
les coUines où sont aussi des quartiers riches. Du
côté du Musée, derrlèi-o la gare et l'église catholique,
on a élevé do vastes maisons en pierres, quelques-
unes assez artistiques, en forme de chalets ou de i
villas italiennes avec vérandas.
:/7 Juillet. — L'une des curiosités de Bergen est
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son marché aux poissons. Il se tient dans des barques
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amaiTées au bas du gi-and débarcadère. Des femmes en foule passent leurs corps à travers les barres de fer qui forment la barrière des quais. Elles discutent vivement les prix avec les pécheurs aux casquettes en fourrures de forme russe. Il y a des bateaux entièrement iTmplis de tous petits anchois, les fameux anchois de Norwègc ; de maquereaux, de divers poissons minuscules. On les donne à pleine pelle, pour 20 œurc (25 centimes). Nous avons vu aussi de grands poissons, espèces de loups de mer, d'un demi mètre de long, très gros, vendus pour 30 à -40 œure. D'autres barques étaient pleines de poissons ouverts et conservés dans une eau saumàtre ; des poissons secs comme de potilos morues ; de gros rougets é ventres et séchant.
Ce qui rend ce spectacle du marché plus intéressant, c'est qu'on y retrouve beaucoup d'anciens costumes de femmes. La jupe en gros drap noir ou bleu est toute plissée ; une veste de la même étoffe sans manches dont le bord est brodé en couleur, ou une veste rouge, bordée de noir, avec manches blanches ouvertes ; l'ensemble est gracieux.
On voit de singulières coiffures : des bonnets de
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laponnes, larges béi-ets en drap noif ou ronge ; tles Ijonnels flottants, posés en arrière, dont le dessous est ouvert, de sorte que le vent s'y engouffre cl les gonfle comme des ballons allongés f[ui tourbillonnent autour de la tète ; de très hauts et de très larges bonnets en toile blanche empesés, ayant presque la forme des chapeaux de gendarmes. C'est très curieux.
D'autres paysannes partagent leurs magnifiques cheveux en deux nattes qu'elles entourent complètement de galons de laine rouge ; elles les portent en couronne, très avancée sur le front et par derrière flottent des glands aussi de laine rouge.
C'est encore la couleur rouge qui domine dans les casaques, les bas très voyants sous les jupes courtes. L'aspect de ces divers costumes est des plus pittoresques. Ce sont surtout les marchandes de lait qui ont des coiiïures extraordinaires. Pour 10 œurc, moins de 15 centimes, on a un litre et demi d'excellent lait. Le lait aigre ou petit lait dont on a d'énormes quantités pour presque rien est le fond de la nourriture des pauvres, avec les pommes de tei'n.! vendues, également, à très bon marché sur les bateaux.
Nous allons dîner à Aups llolel, Jonlla lablc criiotc est renommée dans le pays. La salle à mangxu' est très vaslc, bien décorée avec une tribune ponrorcbcstrc. On nous sert comme mets tout à fait local des pâles au poisson et au fromage que l'on mange avant le potage. C'est un singulier apéritif. Le reste du dîner est presque à la française. Parmi les types de la table d'hôte, nous remarquons une jeune l'enime blonde, assez jolie, armée d'un binocle et d'an aplomb inoui. On nous dit qu'elle est de Stutlgard, qu'elle a parcouru tout le Maroc, passant douze heures à cheval par jour, allant, partout seule avec sa iVunnie de chambre. Elle n'a rien à envier aux plus hai'dies
La visite du Musée de liergcn nous a intéressés.
Nous y avons vu, en détail, tous les vêtements, tous les ustensiles, tous les meubles vraiment authentiques des Lapons. Ils aiment beaucoup les ornements rouges découpés sur fond noir. Les couronnes pour mariées sont très riches ; pour les nouveaux mariés, il y a des calottes brodées en perles qui ressemblent à des gâteaux saupoudrés de non pareil. Les costumes de gala sont en drap l'ougc ou bleu. La femme porte
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' ' un bôguiii en di-;ip avec broderies sous lequel passe le bord d'un bonnet blanc. L'homme a les cheveux
longs, plats, sous un l)onnet de drap rouge ou bleu.
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l'appelant la forme des coiffures de lanciers. Los sou-
, il licrssontcnpoilsdercnnes,pointus,à lapoulaine.Meufr' ' blés et ustensiles, dans le genre russe, sont en bois
peint de couleurs vives où le rouge et le bleu dominent. Il y a an Musée la plus étonnante colleclion de
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monstres marins: lions de mer à dents d'éléphant, phoques énormes, baleines immenses, tels qu'on n'en
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voit nulle part ailleurs. Les lions de mer, longs de 4 mètres, avec 3 mètres de circonférence, ont le
{■orps tout velu. I^es phoques, de 3 mètres do long, ont la peau mai'bi'ée. Deux monstres antédiluviens
ont l'un 30 mètres, l'autre une longueur plus grande «ncore. Un étrange squale d'un gris ardoise avec les
nageoires ti'ès bleues, le corps rond et le museau très pointu est désigné sous le nom dcsdaclte maxima.
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Ce sont des nionslres superbes.
Nous parcourons les quais oncombi'és de véritables
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montagnes do morues sèches. On coupe les queues
à la hache. Le commerce des morues est, ici, la
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grande, l'unique préoccupation.
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A la Ijourso, on venait d'afficher une lettre du Labrador annonçant que la pèche avait été très bonne, que les bancs de glace ne l'avaient pas contrariée.
En suivant le côté droit du port, on arrive à la forteresse, Bergcnhus, où nous voyons tout le personnel d'une batterie d'artilleurs en armes se faisant photographier. Ne bougeons plus ! crie le photographe Bcrgenois, et rien n'est curieux à voir comme ces artilleurs immobilisés en attitude de tir. C'est le commandant de la batterie qui se paie ce plaisir.
L'arsenal, qui renferme deux anciennes constructions historiques Kougsltall et Valkendorfs Taarn, vit'illes tours, est petit : il contient un certain nombre de mortiers primitifs qu'on est en train de repeindre. Un vieil officier supérieur ayant la figure et la moustache blanche de Mac-Mahon paraît être chargé d'inspecter les ouvriers. Derrière l'arsenal se dressent les arbres d'un beau parc. La vue du fiord avec ses deux passes au Nord et au Sud est magnifique. Par un temps couvert, tout le paysage prend un aspect sévère et quand les montagnes sont blanches de neige, le tableau doit être morne et trisle. C'est ici surtout que le soleil est le grand magicien.
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Nous faisons une excursion à Sccrlcdikel. Derrièie
le paie ou plutôl le grand square où joue la musique
niililaire esl un vaste bassin d'où parlent, chaque quart d'heure, de petits steamers pour Sirommen et
Ij^i ,', Flauen. Le stoamei' est charmant, avec son bouquet f 1 J"' 1 de fleurs à la proue. On traverse un joli lac, entouré
de villas, de chalets, de parcs ou de prés d'où les Foins coupés nous envoient des odeurs fortifiantes.
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Le steamer a l'arrière couvert en gondole ; les Bergenois sont frileux et s'y mettent à l'abri. Nous
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restons à l'avant pour jouir de la vue, qui est déli-
cieuse. A Flauen, nous suivons un chemin c{ui grimpe
à travers de jolies campagnes. Nous voyons construire un chalet en bois, très confortable et élégant
avec une large véranda. Il y en a plusieurs, dans ce genre, haut perchés : chacun a son grand mât ave('
pavillon flottant, ce qui nous rappelle les fameuses bastides des anciens capitaines marins, aux environs
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de Marseille. Un moulin caché par un fouillis de
verdure, un l'uisseaii cascadant, et tout à coup
apparaît le petit lac de Svertcdiket, encaissé au pied
de monts escarpés et pierreux. Ses eaux un peu
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sombres et d'une immobilité de plomb donneraient
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vinc impression de soiitiido Irislc et désolée, si eu lOLirnant les yeux on n'apercevait dans des prairies mamelonnées des paysans et des paysannes occupés à faucher, ayant tous l'air riant et heureux.
Le soir, do notre chambre de l'hôtel Skandinavi, nous admiions, vers 10 heures '1/3, un magnifique coucher de soleil : le cercle des monlagncs est tout on feu ; les arêtes se détachent avec une neltelé inouïe, sur un fond rouge ardent et au-dessous la mer s'étale toute scintillante.
Bergen nous a laissé une impression originale et charmante avec ses deux porls, son grand (iord largement ouvert, ses hautes montagnes, ses maisons élagées, ses villas grimpantes, ses beaux points do vue de Frederiksberg, ses costumes si pitloresqucs. Les Bergenois ont l'air plus vil et plus gai; ce sont les méridionaux de la Norwège. Leur grande ressource est la pèche des morues, des harengs, des saumons et même des huîtres et des homards. Ils font aussi la chasse aux veaux marins. L'ensemble de ces produits donne un revenu annuel de deux millions de hvres sterling. En même temps, le commerce des blés prend une extension de plus en plus con-
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sidérable. Bergen verra croître rapidement sa prospérité.
i8 Juillet. — Nous partons, à heures du matin, sur le Fyalir pour foire le tour du Sognfiord, l'un des fiords les plus intéressants, les plus complets par ses aspects variés de toute la x\orwège. Une brume assez épaisse couvre les montagnes entre lesquelles nous passons. Nous croisons plusieurs barques où rament des paysannes aux bonnets flottants, qui portent leurs marchandises aux quais de Bergen. Le détroit se resserre : on tire sur le Fyalir un coup de canon qu'un puissant écho répercute plusieurs fois. A droite et à gauclie, dans de petits ilols, nous découvrons des coins perdus, délicieux. Les faneuses aux manches blanches, aux bretelles de couleur, aux larges bonnets tombants ressortent admirablement sur le gazon foncé des grceiis. C'est comme si l'on passait de petit lac en petit lac. Seuls, les goélands nous rappellent que nous sommes sur la mer. Le bateau se glisse, on ne sait comment, par des chenaux mhniscules. Des tableaux en miniatures défilent sous nos yeux à côté d'autres grandioses. I>os ilots,
nus et déserls, donnent parfois des impressions de Robinson.
Plus loin, une église en vedette apparaît au dessus d'un petit fouillis d'arbres verts. Il y a des groupes de cabanes blanches et rouges, des recoins ravissants de tous les côtés. Des vaches noires ou d'un gris souris paissent dans les creux de rochers, s'accrochanl aux moindres pierres, grimpant comme des chèvres à des hauteurs étonnantes. Je ne sais quoi de sauvage se mêle partout au pittoresque et y ajoute une saveur plus grande.
Parfois des maisonnettes rouges se mirent dans l'eau, au fond de toutes petites criques oîi elles se sont cachées à l'abri des bises glaciales. D'assez grands bateaux de pèche, en panne faute de vent, sont tirés à la l'ame par leurs barques. Les petites iles se multiplient et deviennent plus rocailleuses. Voici un archipel tout pelé, tout désert : à peine y aperçoit-on un batelet à côté d'une misérable hutte. On se demande quel paria peut vivre sur ces rochers perdus. Plus que jamais on se convainc que la bcaut(i vient surtout de contrastes, devant ces rives du fiord tantôt désolées et sauvages, tantôt vertes et riantes.
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Le Fyiilir fail mille tours et détours pai' d'ctroiles passes cl l'on croirait (ju'il va touclicr les bords à
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l'arrivée à Shcrjchavii, où il s'arrcie pour décliart^-er des tonneaux de se! à harengs.
Nous avons quelques types curieux à bord. Un brave négociant de l'ert^en, qui a la fibre admirativc
poussée à l'extrême, praie de Paris avec des oh ! des ah! des exclamations, des roulements d'yeux inouïs.
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Causeui- intelligent d'ailleurs, il nous donne dos détails intéressants sur son pays.
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Il y a à lîergen nu juge unique de la cité, grand
juge de [laix à compétence étendue ; un tribunal de
trois juges, à la fois civil et criminel, statuant môme
sur les affaires capitales. Le tribunal d'appel réside
à Christiania. Il y a peu de crimes, tout au plus 8 à
10 assassinais en 40 ans, dans toute la ?yor\Yège. Chaque année 50,000 émigrants environ partent
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pour l'illinois, le Mitchygan, le Canada. Plusieurs reviennent au pays natal avec une fortune. La bonne
foi, la probité sont générales. Nous en avons eu nous mômes, plusieurs preuves.
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Après avoir dépassé Evindvik, les montagnes deviennent moins arides. On voit dos sapins clair-
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si'iiics : sur les soinmels, dans de petits creux brillent <le larges plaques de glace ; toujours quelques oase (oasis) dans les fonds des criques abritées. On y lauclic les foins, on les fait sccber sur des étendoirs. Sur le clienal circulent de petites barques aux voilures les plus primitives. Nous remarquons plusieurs rocs lirisés, "fendus dans leur longueur comme par des I remblements de terre ; c'est le double effet des torrents et des glaces.
A Ludwik nous pénétrons dans le Sognfiord proprement dit. A gaucbe se dressent des montagnes escarpées, à pic, de formes bizarres ; à droite, des collines assez vertes; au fond, déliantes montagnes noires, et au dernier plan, de nombreux glaciers. L'ensemble rappelle un peu le lac de Lucerne.
Ce sont les fortes et sévères impressions; c'est la grande nature aux horizons élevés. Qu'on se trouve eu face des Alpes ou de l'océan, c'est toujours l'élan vei's l'infini qui nous inspire les mêmes pensées de vague et profonde mélancolie. Seulement les glaciers ici semblent petits, en comparaison des géants alpes- Ires; mais la mer, même au cœur du fiord, garde sa
grande supériorité sur les lacs.
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A Vahlein, nous admirons un fond de monlagncs vei'les doni, les courbes se croisent gracicusemcnl comme des draperies. Au milieu une prairie s'élali; en amphithéâtre : il y a un côté d'ombre, un côté lumineux, le riant et le grandiose. C'est un tableau unique ! Un torrent à droite, une cascade fumante à gauche et comme contraste, dès qu'on tourne les yeux, des montagnes sauvages se dressant à pic. Quelques huttes en pierres se confondent avec les rochers du bord.
La jolie église de Kikebo offre d'étranges reflets de lumière dans ses vitraux ù triple ogive. Plus loin, une belle cascade entre des forêts de sapins ; uu petit vallon vert grimpant et en haut quatre ou ein(( huttes grises, très misérables ; à côté une jolie villa et, dominant le roc, un groupe de maisonnettes rouges. A Yic une crique étroite, une vallée assez étendue, quelques cabanes de pécheurs, aux toits couverts de mousses; d'autres moins rustiques, peintes en rose vif, impriment au paysage un caractère particulier. Deux petites églises à mi-côte montrent leurs fa»}a(les blanches à travers les bouleaux et les sapins. Qu entend, de tous les côtés, tinter les clochettes au son
îii'goiitin des vaclies dispersées sur les versanls des montagnes.
Tout le village descend sur la berge pour venir saluer le steamer qui est le grand agent de communication. Les jeunes filles assez jolies sont coiffées •le iichus aux teintes vives ; le rouge est toujours leur couleur favorite. Les jeunes garçons portent aussi à leurs vestes des manches de laine rouges. Aux paysans se mêlent des soldats, des officiers mal coiffés de calottes vulgaires ou de chapeaux ronds à l'Iumcts en crins.
A Balholmen nous avons une des plus hcUcs vues 'hi Sognfiord. Une montagne très haute est fièrement campée au milieu. A droite et à gauche, de grands glaciers viennent presque se mirer dans les eaux du fiord. Il y a là, par ces helles nuits si pures, si lumineuses, une scène grandiose d'une mélancolie et 'l'un charme saisissants.
La nuit était assez froide. Il n'y avait plus de place Jans les salons ; le poste des fumeurs sur le pont était, lui-même, envahi par les femmes. Une jeune dame anglaise voulait s'asseoir sur le bastingage : la moindre secousse pouvait la faire tomber à Fcau et
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dans la niiil, le sauvetage aiivail été diffieilc. Nous la décidons à venir se récliautTcr près de la macliine à vapeur.
C'est une Miss Ecossaise, sœur d'un ?«itv/er d'Edimbourg. Très simple, très gaie, très instruite, elle rappelle les types de femmes si bien dépeints pai- Walter Scott. C'était son premier abroad et elle se montrait enthousiaste de la Norwège.
Un gentleman du Sognfiord, ayant fort bon air, vient nous baragouiner qu'il aime beaucoup la Erance parce que ses anccstrcs en étaient ; sa grand'mère appartenait à une famille noble de La Rochell(; qui avait émigré après la révocation de l'Edil de Nantes. 11 nous dit que les Norwégicns et les Normands sont frères et qu'il y a entre eux des sympathies de race indissolubles.
Après Sogndal nous admirons encore une succession de magnifiques glaciers. Au fond d'un bras très étroit du iiord est Laedarisoren, entre d'énormes ravins d'où s'échappent des cascades murmurantes.
Cette traversée du Sognfiord vaut, à elle seule, les fatigues du voyage. En s'enfoncant de plus en plus dans les terres, le fiord ressemble beaucoup à un lac ;
lii.-iis (-'(îst loujoiii's la iHcr et on en a la scnsalion. 1-es aspects sévères, sombres, teri-ibles, sont ce qui IVappe le plus, ce qui va le mieux à la grande nature <Ju Nord. Non seulement les montagnes rocheuses sont nues, pelées, décharnées, mais elles ont des formes brisées, heurtées, je ne sais quoi de monstrueux et d'effrayant qui fait songer à d'horribles Icmpctcs. Ou comprend mieux l'énormité et la hideur de ces grands monstres marins du Nord, les squales, les baleines gigantesques. Avec la moindre imagination, on se crée tout un monde en dehors du réel, riiori'ible des horribles, plus infernal par moments que les rêves de Dante. Ce qui charme, c'est le passage si brusque de l'affreux au riant, au joli même. Au fond d'une cricpie est un hameau aux toits rouges, de petits bateaux , des filets étendus , des prés ondoyants, du foin qui sèche, une église au clocher élancé. On a souvent de ces surprises si douces à l'œil et aussitôt se dressent les énormes glaciers, les rochers gigantesques, sinistres, inlVanchissablcs. C'est comme un paysage surnaturel !
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