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LA TOUR DE LA REINE-BLANCHE ET LE SOUTERRAIN

Entre Saint-Paër et Nantie, il y a, de l'autre côté de la grande route de Paris à Rouen , une riche et belle vallée. On dit que Nantie, en 856, était une ville considérable; aujourd'hui il n'en reste plus que la moitié d'une tour, mais cette moitié est encore de toute son ancienne hauteur : on dirait que depuis sa plate-forme jusqu'au sol elle a été fendue en deux : j'ai vu peu de ruines de cet effet.

Cette tour passe dans le pays pour avoir été habitée par la reine Blanche, non la mère de Louis LX, mais Blanche d'Évreux , la princesse la plus accom-

plie de son temps, que Philippe de Valois, âgé àe cinquante-six ans, épousa, alors qu'elle n'en avait que dix-sept ; cette union ne dura pas deux années. Blanche demeura veuve cinquante ans, et vécut loin des intrigues de la cour dans le cbâteau de Nantie, dont il ne reste que le débris dont je vous ai parlé, et qui s'aperçoit de bien loin au-dessus des bois qui recouvrent le coteau.

On prétend qu'entre la tour de Naufle et le château de Gisors il existait une communication souterraine. Pendant mon séjour chez mon ami Théodore de Ronaud , voici ce que j'ai lu dans le Mémorial des sciences et des arls : « La reine Blanche , îissiégée dans Gisors par une armée formidable, fit une vigoureuse sortie contre les assaillants; mais, cernée par eux, et ne pouvant rentrer dans la ville, elle se réfugia au coucher du soleil , avec les chevaliers qui la suivaient, sur la montagne et dans le fort démantelé de Naufle, à une lieue de la place. Les ennemis, campés dans la plaine, environnaient de toutes parts la tour, où ils étaient certains, au point du jour, de faire la reine prisonnière.

L'aurore paraît; ils s'élancent impatients vers la citadelle ruinée, où Blanche ne peut s'échapper. 0 surprise ! ils montent sans obstacle;... les murs sont déserts ! . . . . L'écho répond seul à leurs cris de guerre ; pas un soldat , pas une arme , pas un drapeau ; les

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guerriers de Blanche et Blanche elle-même se sont évanouis avec Faurore, comme les vapeurs de la vallée.

Qui peindrait l'étonnement des soldats désespérés? Les uns se persuadent que Blanche, protégée par les enfers^ a été invisiblement enlevée avec ses troupes par les esprits du noir abîme ; les autres s'imaginent que la veille à la chute du jour, en la poursuivant dans la vallée, ils ont été abusés par les brouillards de la rivière, qui, sans doute, à leurs yeux avaient pris la forme fantastique d'un bataillon fuyant.

Tandis que, sous les remparts solitaires de Naufle, leur imagination se nourrit de fantômes et se perd en conjectures, Blanche soudain s'élance hors des murs de Gisors, fond comme la foudre sur l'ennemi épouvanté de ces sortilèges, et remporte une victoire complète.

Comment expliquer le miracle?

Rien de plus facile ; la tour de Naufle et la citadelle de Gisors , quoiqu'à plus d'une lieue l'une de l'autre, se communiquaient sous la vallée et la rivière qui les séparent, au moyen d'un long souterrain, et ce souterrain était inconnu à Tennemi. »

Le long souterrain de Naufle existe encore , on y entrait il y a peu d'années. Dans une note d'un de ses ouvrages , le vicomte d'Arlincourt a écrit qu'un

ouvrier qui a travaillé dans ces souterrains l'a assuré avoir vu et touché de belles grilles de fer ; dans le pays , parmi les gens de la campagne et parmi bien des habitants des petites villes , on prétend que d'immenses trésors sont cachés derrière ces portes de fer.

Marchangy en avait entendu parler, et dans son Tristan le voyagem^ on lit :

« Il est à savoir, mes beaux seigneurs, que de la citadelle de Gisors au château de Nantie est un souterrain immense. On voit de loin la belle tour de la Reine-Blanche, au-dessus des bois de Sainl-Eloi et de Bézu-le-Long. Aujourd'hui ces lieux, dévastés par les guerres que se firent sans cesse les rois de France et d'Angleterre sur ces frontières de leurs États, sont rendus à une nature sauvage, qui de toutes parts revient sur les plateaux agrestes , dont elle était expulsée. Les créneaux s'écroulent dans les fossés et se cachent sous la mousse et les fleurs ; l'érable perce les fortes murailles que n'avaient pu renverser les béliers ennemis ; le souterrain , fermé de vingt portes à barreaux de fer, recèle des trésors qui feraient la fortune de bien des rois. Il est un jour, une heure, un moment dans l'année oii il est possible de pénétrer dans cette caverne profonde ; c'est tandis que le prêtre lit la généalogie de Jésus- Christ à la messe de minuit... J'entendis des femmes

qui, ne sachant ce qu'étaient devenus leurs maris, pensaient qu'ils étaient engouffrés dans cet abîme, et les appelaient à l'entrée avec des cris épouvantables. On nous raconta des aventures sinistres , qui nous firent perdre l'envie de descendre dans ce souterrain. »

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