‹ Souvenirs et indiscrétionsChapitre 16 sur 42 · COPIE DE LA NOTE · texte numérisé non relu

COPIE DE LA NOTE

REMISE PAR JIOI A U RÉD \CTE f R E N C U T F D L Coil^li' tutiOHIiel ET COMMUNIQUÉE PARI, UI AU G K R V >i T P F l,A SOCIÉTÉ.

« J'ai cinquante-sept ans. En entrant au Constitutionnel, on me demande de donner un dernier coup de collier.

» En effet , pour être utile au journal dans le sens et au degré où on me le demande, il faut que j'y écrive souvent, régulièrement, — un jour par semaine, — pendant des années, sans manquer jamais. C'est cette assi-

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diiitë qui assure des lecteurs el qui, par suite, procure des abonués.

» Je m'engagerais pour trois ans ou cinq ans. Un tel travail va m'absorber tout entier, et je dois renoncer à tous autres travaux et à rari-angement de ma vie, telle que je l'avais étal.die depuis sept ans et que je comptais la mener quelques années encore.

» Je renonce à ma place de professeur à l'École normale (6,000 franco d'appointements) que je remplissais depuis quatre ans, lesquels, avec les trois années que je me proposais de faire encore, et eu les joignant à trois années antérieures du Golléo'e

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de Fi'ance, me devaient former dix années de service, dont sept trèslaborieuses, et le tout m'aurait assuré (eu égard à la bienveillance du ministère de l'Instruction publique) une pension de retraite qui ne pouvait être moindre de 1,200 francs. C'est ainsi du moins que je calculais,

» De plus, je dois renoncer à la collaboration du Moniteur où je suis depuis huit ans, où je n'ai jamais rencontré que de bons procédés, où je puis mettre des articles tous les lundis, lesquels, depuis janvier 1861, me sont payés 300 francs, ce qui est le prix des articles du Constitu-

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tionnel : ainsi de ce côté nul avantage. » De plus, grâce à cette vie moins active et non absorbée que je menais, j'étais sur le point, en ce même mois d'août, de faire avec les libraires Garnier un traité pour une Histoire de la Littérature française en plusieurs volumes, résultat de mes Leçons à l'École normale. Ce traité, pour lequel j'étais fort sollicité par MM. Garnier (et même par M. Michel Lévy en concurrence avec euxj et qui allait décider de la direction de mes travaux pour mes dernières années actives, devait me rapporter une somme assez considérable comptant.

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» Je renonce à tout cela, j'ajourne indéfiniment tout autre travail, tout autre projet, pour me replonger, à cinquante-sept ans, dans le plus vif de la presse et dans la mêlée littéraire.

» Indépendamment du prix de chaque article , il est impossible que je n'aie pas droit à une somme dont il ne m'appartient pas de fixer moi-même, le premier, le chiffre, mais qui ne fera que représenter un dédommagement, une indemnité équitable ; car moi aussi, je me trouve pour cause d'utilité, de service public, exproprié de tous mes autres emplois et travaux.

» Ce 12 août 1861. »

Et M. Saiiilo-îî^uvc ajoute, s'adressant cette fois (lirecfemenl à sou avoue qu'il consulle, àson ami LavQux :

« C'est là-dessus que le chiffre de ^0 à 25,000 francs a été articulé et proposé par ces messieurs du Constitutionnel, et par moi accepté comme premier mot, sauf à régler le mode de payement, »

Ce n'est pas le côté le moins intéressant de la biographie d'un homme célèbre que le chiffre de sa fortmie. Ces notes intimes, et qui n'étaient pas destinées à la publicité du vivant de M. Sainte-Beuve, nous ont fait pénétrer trop avant dans sa façon simple (et qu'il n'ambitionnait pas plus brillante pour luimême ) d'interpréter la vie du travailleur voué aux Lettres, pour que nous hésitions encore à joindre ici quelques cliiflVes.

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M. Sainte-Beuve a laissé 6,000 francs de rentes, plus une maison sans locataires ( partant sans rapport ) . Il en avait hérité près de 4,000 de sa mère, ainsi que la maison. Il a donc ajouté à ses revenus environ 2,000 francs de rentes : le Constitalionnel a pu y être pour quelque chose, mais, dans tous les cas, c'est son travail littéraire qui l'a enrichi.

Voyons, y a-t-il dans ce qu'on vient de lire des soifs démesurées de fortune et d'honneurs ? et que voudrait-on attendre de moins exigeant de la part d'un écri\ ain en réputation et en vue, illustre même, qui, après une carrière d'assidu labeur bien remplie jusque dans le professorat, aspire à s'assurer 1,200 francs de retraite? — Il n'y a là, on l'avouera, de quoi contenter que les plus modestes.

On n'a pns oublié la mauvaise querelle qui fut faite à M. Sainte-Beuve en 184 8, à propos d'une

prétendue révélation de la Revue Rétrospective. M. Sainte-Beuve avait été trouvé inscrit sur une liste de fonds secrets pour la somme de cent francs ! Il a raconté lui-même, dans la préface de Chateaubriand et son Groupe littéraire, ce qui avait donné naissance à cette absurdité et à cette calomnie. A bout de voie, ne sachant comment s'expliquer une si grossière injure, il finit par découvrir ou plutôt par se rappeler que, du temps qu'il avait son logement à la Bibliothèque Mazarine, il avait fait raccommoder un jour une cheminée qui fumait, ce qui avait peut-être occasionné à l'Etat une dépense de cent francs. Mais la manière maladroite dont certains amis cherchaient à le justifier ou à le disculper d'une accusation honteuse, donna lieu de sa part à une enquête très-vive, qu'il poussait activement de toute son indignation, s'adressant tantôt au ministre M. Carnet, tantôt à M. Charion, dont il était l'ami, et envers qui il garda jusqu'à la fin de sa vie un souvenir reconnaissant de la façon délicate et digne avec laquelle il l'avait aidé à éclairer l'enquête. — J'extrais d'un dossier, relatif à cette sotte affaii'e, la note suivante, écrite tout entière de la main de M. Sainte-Beuve. Elle est péremptoire et capitale, mais surtout son mérite essentiel est dans

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ceci qu'elle n'avait pas été écrite pour voir lo jour. Ce nesl point une plaidoirie. J'oublie en ce moment (et pour n'y plus revenir dans ce volume) le motif qui en provoqua 1 envoi. M. Sainte-Beuve était au-dessus de semblables attaques. Je ne vois que le caractùre indépendant et élevé qu'elle met en relief :

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