PROLOGUE
Ecoutez ! c"est la chute et c'est le vent du nord Qui nous api'orte ici sa voix par intervalle ! Ii'ei:iendez-vous mugir et, dans chaque rafale,
Le bruit s'accroître '? Allons ! courage v^rs le fort
Mous pourrons nous guider : la Vache est toute proche Du ravin qui descend à la Pànte des Ours ; De là p'iur la prairie on n'a plus que deux jours. La chute est bien nommée et, soit dit sans reproche, Elle beugle plus fort qu'un troupeau tout entier
— Comme il parlait ainsi, la flamme du brasier Qu'il avait nllumé, s'alfaissa pâlissantt^.
Et bientôt s'éteignit La brise vacillante
Se tait, et de nouveau, le silence et la nuit Affligent à la fois la p luvre caravane. Alors vous eussiez vu, dans l'ombre diaphane, Les tristes voyageurs, pour ressaisir le bruit, Se coucher sur le sol, et d'une oreille avide
Ecouter écouter L'herbe au loin frémissait,
El dans la vaste plaine, un murmure passait. Comme un chuchotement prolonge mais timide
— Père, qu'en pensez-vous ? Est-il loin, le rapide ? Quand serons-nous au fort ? — Le vieillard répondit : Enfants, ne craignez rien ; enfants, prenez courage. Moi, j'ai cru bien ries fois, dans ce pays maudit,
Ne jamais voir la fin d'un tro|i rude voyage ; Bien souvent, j'ai perdu la trace du retour ; Bien souvent, j'ai cru voir brillei mon d rnier jour, Lorsqu'après une nuit où je ne dormais guère, J'entendais au matin les féroces Pieds-noirs, L'un l'auire s'appelant, pousser leur cti de guerre. On s'y fait, croyez-moi. Les plus riches manoirs N'offrent plus aucun charme au chasseur intrépide. Il brave avec ardeur, et loin de tout foyer. Les cornes du bison, la dent du loup-cervier, Le tomahawk sanglant et la flèche rapide
— Père, vous qui savez sans nombre des récits
De combats ou de chasse, ou bien de ces merveilles
Qui, d'âge en âge, vont étonnant les oreilles
De ce qu'ont fait jadis les follets, les esprits ;
O père, contez-nous, contez-nous quelque chose,
Pour, en vous écoulant, que chacun se repose !
— D'herbe et de rameaux secs, il nourrit avec soin >
.Le feu, qui se rallume et resplendit au loin ; ., )
Puis, à denii-couchè, roulé dans sa couverte,
A cpux qui l'écoutaient la bouche <rrande ouverte,
Et tous rangés en cercle : — ' Il faut donc vous conter
Quelque ■ hose de neuf ; car de se répéter,
C'est ennuyeux, dit-il