‹ Souvenirs et légendes (volume 2)Chapitre 88 sur 89 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Ces contes, dira-t-on, sont à dormir debout !

Je le veux bien, lecteurs, si c'est là vntre goût,

Mais chaque jour pourtant, dans vos papiers-nouvelles,

Que de conies aussi ! .... Vous en lisez de belles !

Réclames, faiis divers, feuilletons et rtmans,

Sjiiritisme, magie, absurdes nfcromans,

Remè'ies à tous maux, pancartes revernies,

Vieilles inventions ]ilus ou moins rajeunies,

Anecdotes, bons mots, fabriqués au besoin,

"Vains propos de salons recueillis iivec soin,

Discours improvisés, mais imprimés d'avance,

Eiogt^s à prix fait ou portant redevance.

Faisant de tout cela votre jiain quotidien.

Vous n'avez rien à dire au plus crédule indien !

Du reste, on n'a pas su le dernier mol encore De tous ces vieux récits que le vrai peuple adore, Plus d'un sage docteur met de l'eau dans son vin, El ne se mtque plus du merveilleux divin. Ni de l'autre. Ils s nt même, à leurs heures, aimables Au point de regarder comme chose~ prubables Ce que d'honnèles gens ont pu voir <le leurs yeux 1 C'est le poète angl.iis qui nous le certifie, Plus de prodiges sont sur terre et dans les cieux, Que n'en rêva jamais notre philosophie Ce qu'un grand homme admet, on le voit trop souvent Fièrement repousse par le demi-savant, Chose bizarre au fait, tandis que Ja science Hesile ei se récuse, on entend l'ignorance Nier brutalement. Tous nos bons épiciers, Se croyant plus fins qu'eux, se moquent des sorciers.

Légendes, doux récits, qui berciez mon enfance. Vieux contes du pays, vieilles chansons de France, Peut-être un jour, hélas 1 vos accents ingénus, De nos p> tits n veux ne S' ront plus connus. Vous vous tairez, ou bien l'echo de votre muse Ira s'aflaiblissant i artout où l'on abuse De ce grand vilain mot, si plein d'illusion, Et trop long pour mes vers : Civilisation.

O poèmes naïfs, dont le peuple est l'auteur, Légendes que transmet à a folle jeunesse. Avec un saint amour, la prudente vieillesse, Votre charme est surtout aux lèvres du conteur, Et, maigre vttre nom, il faut bien vous le dire, On ne vous croira plus lorsqu'on pourra vous lire 1

NOTES

Qaelqnes locutions particulières au pays, ont dû trouver place dans ces légendes. Pour le lecteur étrangler elles demandent des explicatiuiis. Au lieu de h<^ris''er le texte de notes trop nombreuses on a cru mieux l'aire en les rejetant à la tin.

La vache est toute proche

Du ravin qui descend à la l'imite ile-i Our^

De là i)()ur la prairie on n'a plus ((ue deux jours

La chute est bien noinmpe ; et soit dit sans reproche

Elle beugle plus fort qu'un troup au tout entier

Ce nom était donné autrefuis fainilièiement à plusieurs sauts ou

rapides. Les images ou les onomatopées sont partout de l'essence du

langage populaire.

— Va chercher le curé, dit ma mère, va, cours : Ce piuvre lualheuieux, c'est le meilleur secours Qu'on puisse lui donner ; tandis que Madeleine Et moi, nous lui femns un fameux bon imig-i/riii, Chariot pourra t'aider ; prends le gros cheval gris ;

Prends la calèche neuve, etji^e au presbytère

On trouve dans Bescherelle : " Saxg-gris, sorte de boisson très-forto en usage aux îles françaises de l'Amérique. Le sang-gris se fait avec du vin de Madère, du s'icre, du ju-^ de citon, un peu de canelle et de gircfle, beaucoup de muscade et une croûte de pain lôtie Quand tous les ingrédients ont eu le temps de macérer ensemble, on passe la liqueur pair un linge tin. Le sang-gris est rafraîchissant et surtout fort agréable a,, boire. '

On trouve aussi dans Worcester. — " Sangaeee. — (Spanish anngre, blo'i'l.) A beverage made of wine, water, sugar and nutmeg ; said to bave been first used in the West Indies."

Comme on le voit le nang-f/ri'i (on prononce ici assez généralemant saingris) e-t une boisson rafnitchiHufnitc d' nt la recette vient dtn lies. Les Antilles français s avant la conquête et les Antilles anglaises jusqu'à ces dernières années eurent toujours un très grand commerce avec le Canada, commerce qu'il s'agit de rétablir â-ujour i'hui. C'était de là que nous vena'ent direct fuient le rum, les liqueurs, le sucre, la mêlasse, le café et les épicïS. L'érvuiologie es|iagn(>le du mot se r^ipporte très bien à la couleur rouge foncée du liquide, ici surtout où ce breuvage se faisait plutôt avi-c du vin d'Oporto, ou quelqu'autre vin de couleur rouge qu'avec du vin de Madère. Qu? de xriniiriid'is canadiens ont prescrit un bon snnf/-</rin snns songer à cette étymologie si voisine du sobriquet par lequel ou les désigne ! Que de braves gens transis de froid se sont réchauffas avec cette liqueur préten lue rafraîchissante !

File au preiihjjtère.— On dit familièrement en France, ^/er pour 2>a?-/iV, s'en aller /jroni/'teiiient. Mais il me semble que.^/e^ à un endroit, pour s'y rendre promjAement ne se dit qu'au Canada.

Croyez, après cela, si le sorcier m'emporte 1 Ici comme en France le sorcier se dit pour le diable. C'est l'agent pris pour son princijxd.

— Mes beaux mangeurs de lard, malgré votre désir. On appelle mangeurs de lard ou mieux encore mangeux d'iard, lee débutants dans la carrière de woyagrfMr. Les véritables voyageurs ceux qui ont fait plusieurs courses dans les pays d'en haut sont très portés à se moquer des nouveaux arrivants qui sont comme les conscrits à l'armée, en butte aux plaisanteries des gens plus aguerris. Le lard entre pour beaucoup dans la nourriture de l'habitant canadien, et, il est asstz rare dans celle du voyageur ; ceux-ci nourris de sagainité de maïs, et au pémican de bison — regrettaient le lard comme les Israélites regrettaient les oignons d'Egypte. Voyez Forestiers et Voyageurs par M. Charles Taché.

^ " J'étais dans le banc du Seigneur,

Parmi les droits seigneuriaux était celui qu'avait le seigneur de posséder un banc dans l'église. Ce droit a été limité par quelques arrêts au seigneur patron de l'église.

Et je vis qu'à la place

Du visage, il avait un nuage léger,

Quelque chose de gris enfin comme une trace

De fumée ou d'encens."

Dans les légendes et même dans les récits merveilleux plus modernes, les esprits se présentent assez souvent sous la forme d'une petite colonne de vapeur grisâtre. Voyez la savante dissertation de M. de Mirville sur les apparitions du presbytèra de Cideville dans son livre Des esprits et de leurs manifestations.

Ce qui pardessus tout n'était pas drôle à voir. C'était bien le navire à l'antique structure. Qui promenait son ombre à la nef suspendu. Dans presque toutes nos anciennes églises, il y avait un joli petit

modèle de navire très complet et souvent très bien fait, suspendu à ,1a

voûte. D'où venait cet usage ?

Sachez que, par la suite

Il devint prêtre et, bien pire que ça jésuite.

Dans le langage populaire pire veut souvent dire mieux ou plus fort. Une curieuse anecdote à ce sujet. L'honorable M. J. E. Turcotte, orateur, (président) de l'Assemblée Législative avait fait don d'un terrain à la ville des Trois-Riviôres pour une place publique qui fut appelée le Boulevard Turcotte. Un électeur de son comté entendant parler de cela dit : " Cré Jo Turcotte ! Il est bien pour avoir toutes les places 1 Ils l'ont bien fait boulevard ! C'est-il pire qu'honorable '? "

Et d'un excellent vin qu'un^bourgeois d'Amérique

Avait laissé chez lui .

L'Amérique pour un canadien c'est la république des Etats-Unis. On dit aujourd'hui les américains comme on disait autrefois les Baitonnais,. Dans certaines parties du district de Montréal lorsqu'on veut parler d'une

invasion possible on dit encore " l'Amérique va descendre." Les anglotanadiens disent aussi the americans pour les citoyens de la République.

Et mon bon cométic refaisait d'anse en anse

Le chemin parcouru

Le cométic est un traîneau long et très léger auquel on attelé les chiens esquimaux ; c'est le nom en langue sauvage.

Comme fait ce chasseur courant sur un nuage. Avec des chiens nombreux la veille d'un orage. Vous l'avez vu sans doute ; on vous en a parlé

Du moins dans votre enfance

La change- galerie est une des croyances populaires les plus répandues au Canada. Les gens qui l'avaient vue n'étaient pas rares autrefois. Les bizarres reflets de la lune à travers les nuages, aidant à l'imagination prévenue d'avance ont pu causer ces visions. C'est du reste une des superstitions les plus anciennes et les plus répandues en France et dans bien d'autres pays.

Et je me demandais comment, a,ya.ntemheUe A penser au bon Dieu, j'avais pu m'empêcher Etant seul dans les bois ou bien dans ma cabane

De le prier souvent ;

Avoir emhelle à faire une chose— prendre son embelle — l'avoir embelle — Toilà des locutions très usitées a Canada et dont les gens les plus instruits se servent à chaque instant. Embelle est un ter me de marine qui désigne une partie d'un vaisseau. Il est particulièrement en usage sur les vaisseaux des pêcheries de Terreneuve, nous disent les dictionnaires. Notre locution qui m'assure-t-on est aussi en usage dans plusieurs parties de la France, aurait-elle là son origine? Ou viendrait-elle du Tieux mot français bel souvent pris pour 6eaM— voir une chose en bel pour la voir oi beau f Avoir bel à faire une chose pour avoir beau ? Embellie est aussi un autre terme de marine— c'est un changement favorable dans le temps, dans l'atmosphère ; on profite d'une embellie pour mettre à la voile. De là peut être l'avoir embelle ou avoir embelle ?

Puis me mis à jongler

Comment on avait pu si raide l'étrangler. D'après les dictionnaires jo»(//e/- veut dire faire des tours de passepasse ; mais cela se dit ici pour : penser très-sérieusement à une chose, s'absorber dans ses réflexions. Voyez l'introduction.

Peut-être

Est-ce un ami, repris-je, et non point le grichou. On dit le grichou pour désigner l'esprit infernal auquel on donne toutes sortes de petits noms pour ne pas avoir à l'appeler de son vrai nom. C'est le cas dans le langage populaire de tous les pays. On dit aussi un grichou pour dire un diablotin, une jeune personne très éveillée et très espiègle.

Père, vous arrivez bien mal d'une façon, Dis-je en ouvrant la porto, et pas trop mal do l'autre. " D'une faç'in iniis pas de l'antre "' est une manière de pnrler tros commune chez nos hnhitonfs, qui comme les paysans partout ailleurs ne craignent rien tant que Je se compromettre par une assertiim quelconque Je me souviens des réponses suivantes donnée s par un témoin dans un procès p mr ditfa'mtion. Question. — Le demandeur jouit-il d'une

bonne rcputation ? R^/ionse. — 0 li monsieur, d'une façon mais pas

de l'autre.— Q Comment cela ? -Dane il passe pour un homme chanceux.— Q. Que vrtulez-viius dire ? — R. Une fois il a trouvé une grosse corde dans le chemin. — Q. Après cela ? - Il y avait une paire de bœufs au bout; il les a mis dans son étable puis il est allé les vendre à la ville."

Un flat^on d'eau bénite et son gros formulaire. Le Formulaire des prièreu chr^tiermex à l'uinge de» Melif/ieiines Umniines livre d'un assez grand format est très répandu, dans le pays. Dans bien des familles c'était autrefois le livre de prière, par excellence.

Là dessus je contai mon histoire : d'abord Le bourgeois qui m'avait fait revirer de bord. Virer de bord ou encore mieux revirer de bord, expression mritime qui comme bien d'autres de même origine est très usitée surtout dans la région de Québec.

Après avoir fouillé

Partout, on découvrit un coffre-fort rouillé

Tout petit, mais bien lourd ; pistoles, portugaises, ♦'

Piastres d'Espagne, écns, doublons, piastres anghiises. Tout compté, formaient bien plus de trois mille francs. * Les billets de banque étaient inconnus à cette ^-poque ; les monnaies d'or et d'argent décrites dans ces deux vers formaient le numéraire. Rien qu'à les entendre nommer on se rappelle les jours d'abondance où ces belles pièces renfermées le plus souvent dans un bas ou dans un chausson s'entassaient dans les coffres de nos habitants.

Mais, cependant, à peine avaient-ils pris le large, Qu'un nordais enragé vint secouer leur barge. Au Canada comme dans plusieurs provinces de France on dit nordais pour nord-est. Le vent de nordui» comme je l'ai dit ailleurs est un véritable fléau indigène pour certaines parties de notre pays.

Il y a plusieurs autres locutions canadiennes qui se rencontrent à plusieurs reprises dans ces vers ; entr'autres l'emploi du pronom impersonnel on à la place de noxcu. Cette manière de parler est très usitée dans toutes les classes de la société ; elle est caractéristique et peut servir à déceler aux oreilles d'un puriste européen, ceux-là même de nos compatriotes qui parlent le français le plus correctement. On surtout avec notre sonne très curieusement pour un français de la vieille France On va dire notre chapelet. 3

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