En grec, auvSouXoi
3° L'Humilité. — Des néologismes du même genre annoncent une troisième vertu, née, comme la charité, du christianisme, et peut-être plus inconnue encore au monde païen , l'humilité. Humilis, humilitas, se disaient, au propre, des choses peu élevées, basses; au figuré, des gens de condition obscure , ou de certaines choses de l'esprit par rapport à de plus élevées ; par exemple, du style simple comparé au style sublime. Personne n'avait songé que ce mot dût exprimer un jour la vertu opposée à l'orgueil. Encore moins eût-on pensé aux pieux barbarismes d'humiliO; humilior3 humiliaiio. En fait de perfection, la morale païenne n'imaginait rien au-dessus de ce contentement de soi qui fait du sage l'égal de Jupiter, « de cet état d'enflure et d'exagération de l'âme1 », dans lequel, loin des spectateurs, elle ne veut plaire qu'à elle-même. Et pourquoi se passe-t-elle de spectateurs? C'est qu'elle s'estime seule digne du spectacle qu'elle se donne, et que son orgueil solitaire lui est plus savoureux que la gloire !
A ce monde qui s'adorait dans sa vertu comme
1. Amplitudinem et quasi quamdam exagerationem quam altissimam animi (Cic. Tusc, n, 26).
dans son propre ouvrage, la morale chrétienne venait dire : « Heureux les humbles d'esprit ! » Elle disait au sage du stoïcisme, isolé dans son contentement superbe, son seul spectateur sur le théâtre de sa conscience : « N'aspirez pas aux choses relevées ; soyez du même sentiment que les humbles; ne présumez pas de vous-même1. » Et à ceux qui admiraient le sage : « Si quelqu'un dans ce siècle vous paraît un sage, puisse-t-il devenir fou pour être sage 2 !» Le principe de l'humilité, connu de la morale juive, n'avait point passé le seuil de son sanctuaire jaloux, et rien ne paraît en avoir transpiré dans la philosophie païenne. Cependant l'érudition a voulu le reconnaître dans un passage des Lois de Platon, où ce grand esprit oppose l'homme humble 3 et réglé qui suit la justice à l'orgueilleux que Dieu abandonne4. Il n'est pas étonnant qu'un Platon ait entrevu l'humilité ; mais c'est l'humilité du sage antique, lequel est orgueilleux même d'être humble. Quelque chose y a ressemblé peut-être : c'est la douceur de Socrate;