Epict., Diss. iv
dont les pensées ont mérité de devenir des règles de conduite pour les autres hommes ; laissons-en l'honneur à l'esprit humain qui, sans secours surnaturel, à mesure qu'il s'élevait, devenait de plus en plus délicat sur le devoir, en sorte qu'on pourrait marquer les progrès de la civilisation par les progrès de la morale. Mais, si quelque chose peut prouver combien ce secours était nécessaire, c'est que des esprits d'une si grande portée et des vies d'un si grand exemple, un Socrate, un Platon, un Gicéron, un Épictète et le saint Louis du paganisme, Marc-Aurèle, se soient élevés si haut, et n'aient pas pu s'élever plus haut. Qu'on ne s'y trompe pas : ce qui semble un dernier degré à franchir pour que les deux morales se confondent, est un abîme. Imaginez une âme formée de la sagacité de Socrate, de l'élévation de Platon, de l'honnêteté intelligente de Gicéron, de la finesse d'esprit d'Epictète, de la bonté de Marc-Aurèle, je la défie de faire un pas de plus. En appelant la morale d'Epictète et de Marc-Aurèle un acheminement vers la morale chrétienne, j'ai eu tort ; car acheminement signifie qu'on arrivera, et on ne serait pas arrivé. Ges sages continuent à chercher avec l'intelligence ce qui ne devait se révéler qu'au
cœur. Plus cette intelligence pousse en avant, plus elle semble s'éloigner de la vraie découverte ; plus son idéal s'élève, plus ses doctrines deviennent stériles.