LE BILLARD DE LA CIÏADELLK
m'en mit une dans les bras, me laissant aussi embarrassé que s'il m'avait fallu combattre, lance en main, contre un chevalier armé de toutes pièces.
Cette perche était la queue ; mais elle n'offrait guère plus de ressemblance avec la ^ queue légère des billards modernes qu'un enfant au maillot avec un tambour-major.
De tels engins lourds, épais, massifs et sans flexibilité éloignaient aune longue portée le joueur du billard. Naturellement on n'employait que la masse, et quoiqu'il ne s'agît que déjouer au même, c'est-à-dire de lancer une bille contre une autre pour la loger dans l'antre appelé blouse, je faisais preuve sans doute d'une singulière gaucherie en manœuvrant cette queue sur le tapis vert, car la même voix de chouette éraillée qui avait ordonné le commencement du jeu s'écria :
— La houlette ! la houlette !
Mon ami, qui avait déjà quelque teinture du jeu et connaissait la langue de l'établissement, m'enleva la lourde perche dont je me servais si maladroitement et me tendit un instrument plus en rapport avec mon innocence. C'était un bâton recourbé à l'extrémité, en formée de pelle à feu, et dont le bois, posé à plat sur le tapis, devait empêcher d'ajouter une déchirure nouvelle aux anciens accrocs raccommodés avec du fil blanc et déshonorants pour le monument.
A l'aide de cette houlette je devins plus facilement un