LE BILLARD DE LA CITADELLE
berger capable de gouverner le troupeau des billes; aussi quel orgueil s'empara de moi quand j'arrivai à faire tomber une des boules d'ivoire dans la muselière !
En ce moment tout était oublié : le collège, la fatiglie (on devait faire trois ou quatre lieues en circulant autour de l'immense meuble), et il fallut la tombée de la nuit pour que mon ami abandonnât la perche, et moi la houlette.
Nécessairement j'avais perdu.
— Paie, me dit mon compagnon.
Ce ne fut pas sans inquiétude que je me demandai quelle somme immense pourrait solder la source de jouissances, qui avait peut-être duré quatre heures.
— Donne-moi un sou, ajouta mon ami.
Un sou ! Je crus qu'il se moquait de moi.
Il alla vers la vieille endormie dans son fauteuil.
— Voilà pour la partie, dit mon camarade sans rougir. Et il eut l'effronterie de remettre un sou à Mlle Lallemand, dont la parole faisait règle.
Elle avait dit : La partie commence! Mais comme de coutume, le roulement des billes sur les planches sonores du billard avait déterminé Tassoupissement de la vieille demoiselle, .et les joueurs eussent pu continuer arbitrairement la même partie jusqu'au lendemain, qu'elle n'eût pas réclamé plus de frais.
Avec plus de hardiesse je descendis le noir escalier du billard de la citadelle, et gaîment Je repris le chemin de la