‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 29 sur 46 · LES AVENTURES D U N AG ENT DE POL I CE · texte numérisé non relu

LES AVENTURES D U N AG ENT DE POL I CE

chantait parfois^ ses courses à l'argent, ses duels, et surtout comment rendre sa pantomime, ses guenilles du jour, ses élégances du lendemain, ses efforts de dignité sans cesse traversés par un langage de rapin, et cette audace, cet œil vif, cet abord imprévu qui subjuguaient tant de femmes !

Rarement on a vu tant de vitalité dans un individu; mais cette vitalité tout extérieure nuisait au mouvement des idées. Voilà pourquoi mon ami l'écrivain n'écrivait jamais.

On avouera que pour mes débuts dans les lettres je reçus un singulier enseignement.

LA BOhImE

A celte époque je me liai avec un aimable garçon qui^ bientôt fatigué de Tagitation parisienne, courut les aventures» traversa les mers et alla tenter fortune en Australie où il devait mourir sans trouver le sort glorieux d'un Raousset-Boulbon. Il se nommait Fauchery, et exerçait la profession de graveur, non pas précisément par amour de r^irt, car déjà germaient les inquiétudes qui le poussaient vers des pays lointains.

U tenta d'abord de se lancer dans les lettres^ ayant TaptilLide des natures parisiennes qui comprennent vite et semblent propres à toutes choses; mais les qualités particu-

Hères aux grandes villes sont doublées d'un défaut qui en paralyse la spontanéité .

Il est pour ainsi dire refusé à ces esprits primesautiers de s'appesantir sur une œuvre et de suivre longtemps la même voie.

Fauchery, à qui la fortune littéraire sembla sourire tout d'abord, étudia sans doute sa propre nature et reconnut qu'elle se prêtait médiocrement aux travaux herculéens qui attendent plus tard tout écrivain qui veut conserver sa réputation. Les premiers succès dans les arts sont aussi dangereux que le premier florin gagné au trente-et-quarante. Sans avoir marqué par une de ces pages qui font que le début d'un homme est salué par la critique^ Fauchery trouva des amitiés qui lui ouvrirent les portes des éditeurs et des directeurs de théâtre; mais la chaise de paille ne convenait pas à un homme préoccupé d'agir pardessus tout.

C'est le trône deTécrivain que la chaise de paille, c'en est aussi la torture. Penser, rêver, combiner, prendre des notes, regarder des hommes et des femmes agir, étudier le rouage des passions, disséquer des vices, scruter la pensée des grands génies, ce n'est rien; mais s'asseoir sur la chaise de paille, devant une t^ble, exprimer sur le papier le suc de ses observations et de ses études, sauter de son lit pour retrouver toujours cette terrible chaise, voilà des angoisses que ne comprennent pas les êtres heureux qui n'ont jamais

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