I.KS AVENTURES d'UN AGENT DE POLICE
el je crus voir disparaître derrière un guichet de prison mon ami qui s'élançait sous la porte cochère, en me criant : « Recommande ton âme à Dieu, singe, il n'y a que onze heures de fiacre ! »
Je conmiençais à me repentir d'avoir prêté la main à ce complot. Si riionnête Lachapelle, feuilletant le manuscrit, avait la prétention d'y chercher le lien mystérieux dont il était fait mention dans la préface, mon ami toucherait-il la somme convenue? Qui paierait le cocher ? Et si le cocher n'était pas payé, qu'arriverait-il ?
Après une demi-heure de transes, mon compagnon reparut triomphant, secouant dans son chapeau de véritables pièces de cent sols qu'il faisait sonner joyeusement. — Maintenant, s'écria-t-il, à la tour de Nesles !
Un soupir de satisfaction s'échappa de ma poitrine en descendant de fiacre.
Nous voilà devant une pauvre masure du quartier latin, grimpant un mauvais escalier branlant, dont une corde servait de rampe. Une porte entr'ouverte,au dernier étage, laissait passer une faible clarté. C'était là que demeuraient les deux sœurs en compagnie d'un petit chien L'une était assise sur une chaise boiteuse, l'autre sur un mauvais lit. En nous voyant elles poussèrent un cri de surprise; ces filles ne pouvaient s'imaginer qu'elles dîneraient ce jour-là, et quand mon ami eut fait tinter les pièces de cent sous, ce fut une fête dans le galetas.
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— Allons, petite drogue, dit-il à la plus jeune, va chercher à diner ; tu rapporteras du vin, des côtelettes de porc frais, des pommes de terre frites, de la salade , du café, voilà de l'argent.
Quel repas joyeux! mais quelles pauvres filles, si la gaieté n'eût chassé la misère pour un jour !
Tout en mangeant, on causait littérature. L'aînée raffolait des Mousquetaires. — Je n'aime, disait-elle, que les livres au-dessus de ma condition.
Un volume crasseux de Manon Lescaut était à demi ouvert sur la cheminée. — En le lisant disait la plus jeune, je me figure que tout ça m'arrive.
Cette soirée me laissa une vive impression, et si plus tard la petite nouvelle de Chien-Caillou fut remarquée, la mansarde et Tinsouciance de ces enfants y entrèrent pour une large part.
Mon ami ne voyait pas le cadre dans lequel s'agitaient chaque jour ses singulières aventures : à raconter sa vie pleine d'incidents et le catalogue de ses conquêtes presque aussi nombreuses que celles de Restif de la Bretonne, il eût écrit un livre à la Casanova; mais il était trop acteur dans ces comédies improvisées, et sa vie dévorante ne lui laissait pas le temps de regarder .
En traçant un léger croquis de sa personne je n'ai côtoyé la réalité que de loin. Comment dépeindre les bizarreries de l'jiomme, ses taquineries, son amour de la vertu qu'il