UNE PETITE VILLE SOUS LA RESTAURATION
On a pour système actuellement de détruire les cadres des anciens monuments pour les entourer de vastes places. Ce sont des empereurs sans sujets. L'espace les amoindrit et les rapetisse. Les échoppes qui y étaient adossées formaient une échelle de proportions.
A Laon, on ne se contenta pas de détruire le cadre, on démolit le tableau du même coup. Cette tour imposante, située au milieu du vieux bourg, tomba, et avec elle les souvenirs de l'affranchissement des communes parti du plateau de la montagne. L'iconoclaste sans le savoir est quelquefois aussi dangereux que l'iconoclaste emporté par le courant révolutionnaire. En 1793, le peuple avait voulu abattre la tour, en haine des souvenirs féodaux ; il ne réussit qu'à détacher quelques pierres du couronnement : en 1830, un conseil municipal bourgeois, pour construire un hôtel-de-ville régulier, décréta la démolition du monument. En voyant la platitude architecturale qui orne la place actuelle de la mairie, on comprend Tindignation que causa à Victor Hugo (1) ce vandalisme d'une si médiocre utilité.
Sans doute, les peintres et les poètes ont abusé du pittoresque, des anciennes maisons de bois, des ruelles tortueuses, des fouillis de constructions bizarres. Une vieille ville ne saurait être prise pour un de ces objets de curio-
(\) Littérature et philosophie mêlées^ 1834.