‹ Souvenirs et portraits de la révolutionChapitre 10 sur 40 · LES DEPITES EA MISSION · texte numérisé non relu

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talent. Il commença par rappeler les faits de son passage à Yesoul , et par expliquer la conduite qu'il y avoit tenue. Il entra franchement dans le fond de la question, en déclarant, comme il l'avoit fait, qu'à l'exception de quelques grandes communes il n'y avoit point de fédéralistes dans les départements. Il ajouta que le nombre des suspects avoit été multiplié par une extension cruelle des lois, et porté beaucoup au delà de son expression raisonnable. Il insinua adroitement que c'étoit une manœuvre de l'aristocratie cachée sous le masque d'une fausse ferveur patriotique , et qui cherchoit à prouver à l'Europe que ce n'étoit pas l'immense majorité de la France , la France presque unanime , qui vouloit la révolution. Il termina cette déduction adroite de principes en déclarant que le devoir des patriotes étoit de faire adorer la Montagne , et non de la faire craindre. Il n'évita pas de laisser échapper le nom de la terreur , terme alors sacramentel , et de lui rendre des actions de grâces, mais en ajoutant, ce sont ses termes, que ce système étoit sauveur et non conservateur, et qu'utile au triomphe de la liberté il ne pouvoit que nuire à son affermissement. C'étoient là les généralités de la question.

Il passa ensuite à ce qui lui étoit particulier , c'est-àdire à ses rapports n\ ec Bernard de Saintes , et à la dénonciation que celui-ci avoit portée contre lui. Celle partie de la discussion , très-longue et très peu variée dans la forme, est ce qui m'a laissé le sentiment le plus positif de la direction essentielle de son esprit. Ce fut une interminable ironie sur la nullité morale et politique de Bernard de Saintes , toute nourrie d'allusions à l'exiguité de son corps. « Il croyoit que quelqu'un de ce nom s'étoit glissé dans la Convention nationale par le

trou de la serrure. S'il s'étoit trouvé auprès de Bernard, c'étoit sans l'apercevoir. Il se souvenoit à peine de l'avoir vu s'effacer quelquefois entre deux membres de la Montagne ; il ne l'avoit reconnu à Vesoul que parce qu'il étoit sûr de n'avoir jamais rien rencontré de plus mince. » Les éclats de rire des tribunes couvroient tous ces quolibets débités avec un calme effrayant ; j'allois dire cruel, tant ils révéloient de haine et de froide vengeance dans un homme qui tenoit une si grande part de l'omnipotence révolutionnaire.

C'est dans ce moment que le président crut devoir faire intervenir son autorité conciliatrice. Il interrompit Robespierre et conjura sa colère au nom des intérêts de la liberté , dont les défenseurs ne se divisoient pas sans danger pour elle ; au nom de l'harmonie des citoyens, qui étoit troublée par ces débats: au nom de sa propre gloire et de l'illustration d'une famllie appelée à de si hautes destinées. Celte phrase, échappée à une mauvaise habitude de cour ou à un faux calcul de convenances , suggéra à Robespierre jeune un mouvement remarquable. Il me parut éloquent , et c'est une raison pour que je ne cherche pas à rendre ses paroles. Il s'éleva contre cette illustration et ces destinées promises à une famille. Il s'indigna contre le penchant de certains hommes à rétablir dans l'opinion les privilèges qu'on venoit d'arracher à la noblesse; il indiqua cette tendance comme un des plus grands obstacles qu'on pût opposer à la liberté. Il ajouta que, si son frère avoit rendu quelques services à la cause de la patrie , son frère en avoit reçu le prix dans la confiance et l'amour du peuple , et qu'il n'avoit , lui , rien à réclamer. « Ces » acceptions de noms, continua-t-il , sont une des cala- » mités de l'ancien régime! >ous en sommes heureuse-

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