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Souvenirs et problèmes spirites

C’est pour plus tard que j’aurais voulu réserver mes souvenirs et problèmes spirites, mais l’heure presse, les événements se précipitent et tout porte à croire que la société est à la veille de se reformer sur de nouvelles bases. Ce qu’il y a de plus grave, c’est que « la vieille foi » se meurt, si elle n’est déjà morte! Il me semble donc qu’il faut au plus vite que chacun apporte sa pierre, quelque petite qu’elle soit, à l’érection de l’édifice futur de la vérité, pour qu’enîin la certitude scientifique vienne remplacer cette « foi » par une conviction profonde et inébranlable. Car, à moins d’être indifférent, on ne peut, étant spititualiste, voir d’un œil tranquille l'âme humaine s’égarer dans un matérialisme abrutissant, aussi honteux que déce¬

vant.

Ceux de la vieille école, c’est-à-dire ceux qui veulent maintenir l’ordre social en gardant un bandeau sur les yeux, en un mot, ces conservateurs de choses caduques et vermoulues, ne cessent de dire : « La religion s’en va; bientôt, il n J y aura plus de religion. » Mais s’expriment-ils bien ? Ne se font-ils plutôt une fausse conception de ce que seul on devrait appeler « religion » ? D’après l'étymologie et la philosophie du mot, la religion ne devrait signifier que le lien qui unit le monde visible au monde invisible. Eh bien! peut-il cesser d’exister ce lien, s’il est un fait réel ?

Ce que les arriérés appellent « religion » est tout simplement la foi aveugle, c’est-à dire non raisonnée y dans de prétendues révélations divines et des interprétations arbitraires de ces memes révélations ; en plus, c’est la pratique d’un culte conventionnel et la soumission à des lois liturgiques, plus ou moins raisonnables, mais toujours absolues.

En effet, cc-tte religion « s’en ira » toujours davantage !

11 est vrai, les églises sont encore pleines le dimanche. Mais est-ce là une preuve de dévotion ? Une foule élégante ou du moins endimanchée, selon l’endroit où le temple s’élève, se presse aux heures conventionnelles. C’est la mode d’aller à l’église le dimanche. Quand ce ne sera plus la mode, on n’ira plus.

En attendant, questionnez les personnes assemblées en face du prêtre qui dit l’office, questionnez-les une

n une sur ce qu’elles croient réellement de l’immortalité de l’ame, du ciel, de l’enfer, etc., bien peu vous répondront d'une façon convaincue sur le premier point ; quant au second, chacune, si vous la mettez au pied du mur, aura une conception personnelle sur le dogme des peines et récompenses post mortem que l’autorité ecclésiastique impose et sur une foule d’autres points du catéchisme.

Je m’en suis convaincue chaque fois que j’ai tenté une enquête à ce sujet, j’ai même vu les prêtres différer à l’infini sur la manière d’interpréter et d’appliquer les dogmes, quand je les ai interrogés un à un, sous forme de renseignement personnel. Qu’estce donc alors que cette fameuse union catholique qui tire sa force « de ce qu’à travers les siècles elle brave, sans varier ni faiblir, toutes les attaques contre son critérium infaillible » ?

Qu’est-ce autre qu’une union factice ? A vrai dire, son enceinte ne ressemble-t-elle pas à un édifice vaste -et imposant à l’extérieur, mais complètement vide à l’intérieur, à cause de ses murs vieillots, moisis et peu hospitaliers ? En effet, contre quoi la foi catholique protège-t-elle ? Certainement, ni contre le doute, ni contre le mal ( ni contre le désespoir.

D’ailleurs, voyons ceux qui se disent catholiques!

D’un côté, ce sont des hommes qui se servent de l’étiquette catholique comme d’un tremplin politique (à part quelques-uns, bien rares, qui puisent leurs croyances épurées et élargies précisément à la même

source que les spirites-chrétiens) ; de l'autre, ce sont des femmes qui, ou, toutes jeunes, sortent exaltées de foi mystique du couvent, ou vieilles, sans réfléchir, se consolent, comme elles peuvent, par des pratiques et cérémonies, des prières inventées par un autre et répétées machinalement ; — sans parler des femmes du monde qui vont à la messe et au confessionnal pour se distraire et par genre.

(Naturellement, les enfants ne comptent pas, puisqu’ils ne font que suivre la voie qu’on leur trace.)

Mais est-ce la une religion, un culte à la hauteur d'un siècle, si cette religion, ce culte, ne peut être adopté par la masse pensante de ce même siècles Est-ce une religion viable, celle qui a comme agent conducteur la politique, la mode ou une léthargie mentale complète ?

Non, on ne saurait en disconvenir.

Mais alors à quoi conclure ?

A ce que les cultes qui ne peuvent donner la certitude religieuse, qui ont besoin d appeler la Joi une grâce , sont appelés à disparaître sous peu.

Je l’ai dit plus haut : la religion est et doit être le lien qui unit le monde visible au monde invisible. Il faut ajouter que de ce lien même découle la seule vraie et unique morale, car sans ce lien, aucune morale sociale ne peut être démontrée comme réellement juste et logique.

Pour les matérialistes, la religion est uniquement le lien entre les humains du monde visible. C’est là que

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gît leur faiblesse ; car libre à chacun de nier ce lien. L’erreur des matérialistes vient de leur myopie à laquelle ils se refusent de croire. Cependant les convaincre du contraire est parfois plus facile que d’arracher le bandeau épais des erreurs qui couvrent les yeux de ceux qui sont inféodes aux dogmes. C’est donc plutôt à eux que s’adressent les preuves convaincantes qu’on peut tirer des expériences spirites qu’aux « croyants », quoiqu’en simple logique cela paraisse le contraire. En effet, qu’est-ce donc que tous les cultes religieux ? Où ont-ils tous pris leur naissance? Quelle est leur raison d’être ?

Qu’on lise attentivement l’histoire de chaque peuple depuis son origine, qu’on se renseigne chez les peuples sauvages actuels, partout nous ne voyons, comme base de leur religion , rien autre que ce qu’on ap pelle actuellement l es « faits ou pratiques spirites ». Ainsi, toute l'histoire hébraïque est remplie de faits médianimiques et ce qu’on désigne par le mot sonore de « révélations divines » n’est pas autre chose. Toute l'Asie, depuis les temps les plus anciens, ne respire que spiritisme (le bouddhisme, !e brahmanisme, la Kabbale, les mystères des temples égyptiens), les oracles chez les Grecs et les Romains, toute la science théosophique cle nos jours n’est qu’une preuve permanente du spiritismejm extrême Occident comme aux pays septentrionaux, jusqu’aux plus excentriques, il en est de même.

Partout ce sont les morts qui se manifestent, les

esprits qui se révèlent, qui créent la conviction d’abord, les religions ensuite.

Le Christianisme sans les faits spirites n 'existerait pas . Le Christ sans les miracles n "aurait pas été écouté ; ses maximes sublimes, il les aurait prêchées dans le désert. Et si les apôtres et les disciples du Christ n’avaient pas reçu les dons de médiumnité, dont parlent les Evangiles, ils n'auraient pas trouvé moyen de se faire écouter. On n’attire la foule que par des faits extraordinaires, non par des sermons d’une moralité sévère et, en tous cas, en opposition avec la routine à l’usage du jour. Ceux qui refusent tout crédit aux « miracles » attribués au Galiléen, croient à un miracle plus grand que ne sont les phénomènes merveilleux qui lui sont attribués. En effet, d'où serait venue la conviction profonde des disciples qui leur donnait la force du martyre, d’où l’enthousiasme des foules qui suivaient le Maître?

Y a-t-il une fumée sans feu ?

Hommes seulement, sans une force mystérieuse qui les entourait, les animait, les inspirait, auraient-ils eu le prestige de se faire entendre, Lm\ simple ouvrier charpentier, eux, simples pêcheurs !

Si le Christianisme a donc rapidement étendu ses rameaux sur l’humanité civilisée entière, c’est grâce au spiritisme. •

L’Eglise de Rome appelle ce spiritisme « l'histoire des miracles du catholicisme », en ne reconnaissant leur évidence ou bien leur provenance non satanique

que quand ils ne prouvent pas d’une façon absolue contre ses déductions erronées (i).

Elle a donc une manière de voir étroite, à moins qu’elle n’agisse par tactique habile.

Evidemment, pour une humanité scientifiquement moins évoluée, une simple croyance imposée pouvait suffire. Aujourd’hui, il n’en est plus de même. La science officielle étant en contradiction avec le dogme officiel, il faut que l’un des deux champions sorte vainqueur d’une lutte qui se continuera à outrance jusque-là. Comme le mot « science » indique par luimême « invincibilité », elle vaincra « l’infaillibilité » ignorante et ce n’est donc pas « sa défaite » qui peut être prédite à heure fixe, quoi qu’en ait dit un des grands champions de l’Eglise romaine.

La vérité est que l’humanité, surtout en France, est à la veille d’un changement religieux. Dans toutes les séances spirites, vraiment sérieuses, ce changement est annoncé depuis quelque temps.

Le Christianisme de jadis ayant dévié de sa direction première, il faut qu’il soit rénové pour s’adapter à la mentalité actuelle. Le remarquable ouvragede M. l’abbé Petit, La Rénovation religieuse, prépare, bien plus, indique la voie dans ses grandes lignes. Cependant cette œuvre de haute initiation ne peut s’adresser qu’à ceux qui ont la conviction non seulement de la survie,

(1) Voir le Üvrj de Dom Maréch iux : Le Merveilleux divin et le Merveilleux satanique .

SOU V EM HS ET PROHI.ÈMES SPIRITES

mais de l’existence du monde invisible qui nous environne et qui influence les événements sur terre. Le Christ, sa mission, toute son œuvre de morale sociale et d’élévation mentale ne peuvent être comprises qu’ensuite. Il importe donc de prouver la survie par l'ingérence du monde spirituel dans révolution du monde matériel.

Le seul moyen pour y arriver est de laisser parler « les faits », de les soumettre à la science officielle et à la libre discussion.

Comme Strada l a dit et répété : « le fait seul est critérium ». C’est d’une évidence absolue, à condition qu’on ne tire pas, comme les diverses Eglises, des conséquences arbitraires de ces faits, qu on ne conclue pas à un système escatologique étroit aux dépens du salut de l'humanité entière, et surtout qu’on n'impose pas ses conclusions, peut-être justes et bonnes pour une époque , mais fausses et néfastes pour une autre, comme des articles de foi inattaquables, soi-disant parce que Dieu lui-même en a inspiré l’interprétation.

Non, établissons les faits. Reconnaissons-les, après les avoir discutés sincèrement, et nous aurons bientôt le fond d’un critérium unique . Celui-ci formera ensuite la base de la grande religion humaine . Peu importe si les interprétations varient dans les parties secondaires, pourvu qu’on tombe d’accord sur l’essentiel : la survie et Dieu. Dieu personnel ou impersonnel? Encore peu importe!

Dieu, le « Père », que le Christ nous a révélé, ne

nous demande pas de le connaître au point de pouvoir le discuter en chaire, sans cela il ne resterait pas depuis les siècles des siècles le Deus abscondiius . Je répète : Il est nécessaire que les faits arrivent à convaincre et à forcer la réflexion ! Pour ma part, je suis persuadée que la réflexion longue et profonde mènera non seulement au Déisme, mais au Christianisme. Non à un Déisme et Christianisme étroits qui excluent et damnent , ainsi que je le démontrerai succinctement dans mon Arrière-Propos, mais à une conviction religieuse assez large pour y englober l'humanité entière.

Cependant, qu'on ne m’accuse pas de vouloir, à mon tour, imposer mon opinion ; quelle que soit parfois la violence de mon attaque et l’insistance que je mets à défendre la cause spirite, je n’ai point cette prétention. La raison a été donnée individuellement , pour qu’on s’en serve individuellement .

Mais, tel qu’il a été remarqué souvent : « la lumière jaillissant de la discussion », je vais discuter, presque un à un, les faits spirites ou, du moins, anormaux, que je raconterai sans, ni les travestir, ni les enjoliver, afin que le lecteur puisse d’autant plus facilement, en combattant mes raisonnements, tirer des conclusions utiles à la recherche de la grande vérité.

Concordantes ou discordantes, elles ne manqueront point leur but, si toutefois elles sont sincères à l’instar des miennes.

Mon souvenir le plus lointain remonte au temps où je ne connaissais le spiritisme que de nom. (Ceci comme preuve que mon imagination ne pouvait être préparée de façon à me crée* les sensations dont je vais avoir à parler.)

Voici les faits :

J’avais environ quatorze ans. Un soir, à peine couchée comme d’habitude, sans être ni troublée, ni effrayée, en un mot, les nerfs absolument au repos, non seulement je sentis tout à coup l'approche d une chose indéfinissable, mais j’entendis des paroles nettement articulées, quoique inintelligibles et si près de mon oreille quutie haleine chaude semblait la Jrôler .

Epouvantée, je pousse un grand cri. Toute la maison accourt, on me demande ce qui m arrive. Je raconte le fait. On croit à un voleur. On cherche partout. Rien. Mon père déclare que j’ai dû avoir un cauchemar. On me quitte et on me recommande le calme.

Revenue de ma frayeur, je cherche à me rendormir. La, à peine seule, j’entends de nouveau ces mêmes

chuchotements et, cette fois, il me sembla même discerner plusieurs voix ensemble. Je n’osais plus appeler. Je savais qu'on m’aurait grondée. Et puis à quoi bon, puisqu’on n’avait rien trouvé ! Je pris donc mon parti et ne bougeai plus. En attendant, ma peur, ou plutôt mon épouvante, était si grande que j’eus de violentes palpitations. Elevée dans la foi en Dieu, je me mis à prier ; enfin je m’endormis.

Aujourd’hui que de longues années ont passé sur ce fait, je l’aurais sans doute oublié si, à partir de ce même soir, les mêmes chuchotements ne se fussent répétés, pendant huit ans environ . Comme j’en parlais à beaucoup de personnes, même à divers médecins, on conclut à des troubles dans mon ouïe, à de l’anémie ou à une excitation permanente de mon imagination. On me conseilla toute espèce de choses. Rien n’y fit, quoique j’eusse obéi à tous les conseils.

Les chuchotements continuèrent, tantôt avec plus, tantôt avec moins d’insistance. Même quand nous changions d’habitation, aucune trêve ne se produisait ; à la ville comme à la campagne, à l’étranger comme au foyer paternel, toujours j’entendais des voix.

Quelquefois, il me semblait qu’il s’agissait d’une conversation animée entre plusieurs personnes ; d’autres fois, et le plus souvent, comme si l'on s’efforçait de me faire une communication. Cependant j’eus beau prendre mon courage à deux mains, pour écouter avec calme, jamais je ne pus discerner un mot intelligible.

SOCVRNIHS HT PHOBI.ÈMES SPIHITES

Vis-à-vis de cet insuccès, je m’énervais. Je me mettais en colère contre ces voix qui me poursuivaient à la sourdine, comme si elles me narguaient. J’avais horreur de me coucher et finalement je n’essayais plus de m’endormir qu’après avoir bouché mes oreilles d’ouate, Alors seulement je n’entendais plus rien.

Cette constatation n’exclut-elle pas d’emblée l’hypothèse facile d’une autosuggestion ?

Mais alors qu’était-ce ?

L’histoire nous parle des voix qu’entendit Jeanne d Arc, la chronique hébraïque nous cite de nombreux faits de ce genre. Ceux qui n’ont jamais « rien vu, ni entendu », comme ils disent, se contentent de nier les faits qu'ils ne peuvent expliquer. C’est une manière plus que facile de sortir d’un dilemme embarrassant. Ils ressemblent à des sourds et à des aveugles qui, en niant les sons et les couleurs, accuseraient de folie ceux qui les discutent.

Les sages ici-bas sont ceux qui admettent même ce qu’ils ne comprennent pas. L’avenir leur donne très souvent raison ; car les plus insondables des problèmes à une époque ne sont qu’un jeu d’enfant à une autre.

Mais j’abrège pour revenir au fait.

Les fameux chuchotements, après avoir cessé pendant de longues années, se firent réentendre, il y a juste dix ans. Là, un soir, au début de mon sommeil, je fus réveillée en sursaut par une voix qui me parla très bas à l’oreille. Cette fois-ci, chose bizarre, quoique dans ma surprise je ne pusse discerner les mots, arti-

MOUVEXIKS ET i»hoblèmes simkites

culés cependant nettement, je saisis | comme au vol, le sens d’une phrase entière, très intelligible. Cette phrase m’est restée dans la mémoire à cause de son importance.

Depuis, quoique je pense de temps en temps à ces interlocuteurs mystérieux, dans les nuits où le sommeil me fuit, je n’entends plus rien qui y ressemble.

Quelques années plus tard, à l’àge de dix-neuf ans, sans que le fait, que je viens de citer, eut encore cessé de se produire, je fus, pendant quatre ans, en proie à un phénomène tout aussi curieux, mais d’un autre genre. Si, peut-être, on peut classer le premier dans cette catégorie qu’on appelle clairaudience, le second me semble une espèce de clairvoyance. Ce qu’il y de plus bizarre, c’est que ces deux manifestations, tout en s’adressant à des organes différents, l’ouïe et la vue, se produisaient régulièrement à la même heure et dans les mêmes conditions, sans que pour cela elles parussent avoir un rapport entre elles.

En effet, tous les soirs, à peine couchée, pendant que mes oreilles percevaient cet étrange bruit de paroles, échangées en sourdine, mes yeux voyaient, à partir de l’époque indiquée, toute ma chambre entourée de guirlandes de fleurs merveilleuses ; elles formaient comme un cadre autour du plafond. Et j’eus beau écarquiller mes prunelles ébahies, le phénomène, après sa première apparition, se répéta tous les soirs, de sorte que je finissais par me trouver, à heure fixe, comme dans un jardin enchanté. La durée de ma vision fut

souvenirs kt problèmes spirites

d’environ trois minutes; du moins, chaque fois que j’avais appelé pour la faire remarquer, elle avait le temps de s’évanouir lentement, lentement, comme une nuée gazeuse. La vision ne changeait ni de forme, ni de ton, ni de durée. Cependant une fois, après m’être endormie et réveillée en sursaut, je vis devant moi un énorme bouquet de jolies fleurs variées. Il était comme suspendu à une petite distance de moi d’à peu près cinquante centimètres. Tout en étant effrayée de cette obsession, poussée comme par un sentiment de dépit, je me levai sur mon séant et cherchai aie saisir. Il se retira aussitôt pour disparaître, mais sans hâte.

Naturellement, je ne manquais pas de parler à toutes les personnes qui m’entouraient de mes continuelles visions de fleurs, comme auparavant des chuchotements étranges. Notre médecin aussi fut consulté. Comme j’étais saine de corps et d’esprit, il ne sut que dire. Certaines personnes me considéraient comme hallucinée ; d’autres me. firent remarquer que les fleurs sont un emblème de souffrance. Mais, en parlant ainsi, ces dernières expliquaient les fleurs qu’on voit en rêve , non à l’état de veille , ce qui était mon cas.

Maintenant, y aurait-il un rapport entre les perceptions que l’âme fait durant le sommeil du corps et les visions à l’état de veille au point de vue de l’emblématisme du moins (i)? Je ne saurais le dire ; ce qui est

(1) « La transmission à la conscience normale des impressions « perçues par la conscience impersonnelle paraît se faire de la a même manière que dans le rêve, c’est-à-dire dans une dramati-

SOUVENIRS et PROBLEMES spihitms

certain, c’est qu’à l’époque où les guirlandes de fleurs cessèrent d’orner ma chambre, ma véritable épreuve commença pour se continuer en une longue chaîne ininterrompue de souffrances physiques et morales.

D’après cette constatation, qui certes peut être fortuite, fleurs et souffrances seraient donc synonymes ! — Pensée consolante ! Car ce que nous prenons pour des calamités, des châtiments, de méchants jeux d’un hasard impitoyable et aveugle, seraient ainsi des fleurs mystiques dont les fruits se cueilleraient dans la vie d'outre-tombe-et-chagrins terrestres !

Après cette digression, arrivons au fait.

Ma vision de fleurs cessa pendant vingt ans environ.

Au bout de cette époque, parlant un jour de phénomènes occultes au docteur B..., je lui fis part des faits que je viens de rapporter, surtout du phénomène des fleurs. Quoique lui-même avancé en occultisme, il n’hésita pas à conclure, en substance, de la manière suivante : « Ce que vous avez éprouvé, dit-il, est un trouble de l’hystérie ; les névroses produisent souvent des phénomènes anormaux en apparence. V os idées de jeunes filles s’accompagnaient de leur représentation imagée, c’est-à-dire, elles prenaient une forme symbolique. Vos visions de fleurs ne constituaient qu’un cas d’amnésie, de troubles dans vos facultés visuelles ; le

« sation, une mise en scène, un tal leau qui exprime l’idée d’une <l manière concrète et symbolique. » Les Phénomènes psychiques , par J. Maxwell, pige 186 .

mariage devait nécessairement y mettre fin à cause de la transition entre la vierge et la femme. »

Je ne réplipuai pas, mais je fus peu convaincue.

Le lendemain même devait donner tort aux savantes conclusions du docteur.En effet,après quelques iustants passés t au lit, sans dormir , je vis, les yeux grands ouverts, à la lueur de ma veilleuse, une haute plante verte, à feuillage entrecoupé de fleurs rouges, le tout semblable à une branche de grenadier. Elle s’élevait du parquet et montait à deux mètres environ devant la glace de ma cheminée. Je la regardai avec autant de surprise que de contentement. N’était-ce pas comme si le phénomène lui-même voulait démentir le diagnostic médical ? — ou bien, comme si le souvenir d’un passé lointain ressuscitait en se matérialisant ?

En tous cas, très intriguée du fait, je fis visite le jour suivant au docteur B... pour lui prouver son erreur. Mais ce qui se passa alors dans son salon, devant plusieurs personnes, est un fait nouveau si étrange qu’il mérite d’être rapporté à son tour plus tard, afin d’être examiné à part.

Je dirai seulement, en attendant, que dans les nombreux livres spirites que j’ai lus, je n’ai pas rencontré un seul fait analogue et prêtant moins au doute sur l’intervention d’intelligences invisibles.

Mais je reviens à ma voyance de fleurs.

Quoique le lendemain du soir où je vis la branche de grenadier, j’y pensasse avec insistance, souhaitant

la répétition du phénomène, et à défaut de réussite, cherchant , à titre d’expérience, à me l'auto-suggestionner , je ne vis rien, absolument rien.

Ce n’est que trois années plus tard, au moment d’une nouvelle série d’épreuves, que je la vis réapparaître dans les mêmes conditions et de façon presque identique. De guirlandes, il n’y en eut plus jamais, mais bien, une fois, un assez grand bouquet de fleurs aux nuances sombres, semblables à des boutons de bruyère.

C’est ici que s’arrêtent les faits anormaux que j’ai à enregistrer dans la période qui précéda ma conversion au spiritisme chrétien et avant d’atteindre mon état actuel de médium sensitif.

Je l’ai dit : A l’époque où j’éprouvais ces deux sensations phénoménales, je ne savais presque rien du spiritisme, mon imagination n’avait donc pas été frappée par des récits mystérieux. Vivant d’une façon calme et retirée, il ne pouvait être question d une hypertension de mes nerfs. N’ayant pas davantage le culte exagéré des fleurs, je ne saurais admettre une autosuggestion ou bien « un automatisme psychologique », comme dirait un de nos savants modernes, lequel automatisme, d'ailleurs, quand il se produit dans les phénomènes occultes, est un fait non moins merveilleux que celui de l’intervention d’un agent invisible, et sûrement il prouverait, à lui seul, suffisamment, la dualité de l’être humain et la probabilité de la survie de l’un des éléments de cette dualité.

Alors, qu’était-ce ? L’effet d’un état morbide spécial, comme l’avait en quelque sorte indiqué le docteur B...? Mais les faits, tels qu’ils se sont succédé, et surtout enchaînés plus tard, n’admettent pas cette hypothèse.

Non, quelque récalcitrants que nous soyons à quitter la terre solide, il faut que nous arrivions quelquefois à envisager la possibilité d’une interpénétration du plan hyperphysique par une extension anormale et spontanée de notre pou voir visuel et auditif ; avec ou sans -agent extérieur, peu importe ici, puisque le fait même prouve l’existence du principe psychique.

La clairaudience comme la clairvoyance sont des faits rares, cependant pas assez pour n’avoir pas été affirmés et même démontrés par des hommes très avancés en sciences, positive et occulte L’erreur de la -science officielle est de nous croire tantôt plus complexes, tantôt moins complexes que nous ne le sommes, selon qu’elle arrange les choses pour les besoins de la théorie qu’elle soutient. On devient haletant à suivre certains hommes dans leurs savantes élucubrations de « conscience subliminale », de « dégénérescence géniale », d’ « hallucinations polygonales » et autres. Les spirites passent pour des amateurs de merveilleux, ces savants ne le sont-ils quelquefois davantage?

Là où l’enseignement officiel pèche par la base, -c’est dans la connaissance de nous-mêmes. Autant mentalement que physiquement, il a trop fixé la limite de notre pouvoir ! On nous apprend dans l’enfance que

nous avons cinq sens. C’est vrai pour la plupart des individus, pas potir tous (i).

En n’admettant jamais, pas même exceptionnellement, un sixième, peut-être un septième sens, la science restreint énormément le champ de ses investigations.

D’ailleurs, quand on dit dédaigneusement : « Tel effet a une cause physique », on croit avoir compris et imposé la compréhension. Il n’en est souvent rien, car, au tond, pour la moindre sensation, nous subissons forcément un processus dont nous sommes presque totalement inconscients. Pour la même raison, nous n’avons pas davantage la preuve que toutes nos impressions nous viennent du plan physique. Nos émotions, nos joies, nos tristesses, en un mot le thermomètre de nos bonnes ou mauvaises humeurs est peut-être plus souvent que nous ite le croyons y influencé par ce qui est sur ce qu'on appelle en occultisme : le plan astral .

Ainsi du plan astral aussi pouvaient me venir ces reflets de matières éthérées qui avaient l’apparence de fleurs, et de ce même plan pouvaient m’atteindre les étranges murmures que je percevais pendant si longtemps.

(1) Cette assertion qui paraît arbitraire et paradoxale aux yeux du profane, ne l'est pas pour celui qui connaît la loi générale de l'évolution; car il sait que tel que les sens physiques se développent graduellement chez les êtres, les sens hyperpbysiques s’acquièrent à la longue par l’initiation et la spiritualisation avancée.

S'il n’y a là, certes, aucune évidence scientifique, on ne saurait expliquer d’aucune autre façon rationnelle les étranges phénomènes dont je fus si longtemps témoin. On peut les nier. Ce serait facile, si je n’avais certaines preuves, par les coïncidences diverses et le témoignage que je puis invoquer contre une invention tardive pour le besoin de la cause.

Alors, à moins d’avoir un parti pris, il faut que le sceptique, à son tour, avoue qu 'il y a entre le ciel et la terre des choses qui ne s’expliquent, ni au moyen de la science officielle, ni au moyen du catéchisme.

C’est à quoi j’en voulais venir, car ce premier aveu sera le premier pas vers la connaissance, — vers la connaissance de cette mystérieuse complexité qui nous entoure et qui cache aux yeux du profane — quelquefois seulement pour un certain temps — une myriade de choses plus merveilleuses qu’il n’en vient, à l’ordinaire, frapper les rayons de nos yeux.

Après ces réflexions qui viennent clore les phénomènes, avant-coureurs de mes expériences spirites, je suis forcée de dire quelques mots sur mon état d’esprit entre les deux étapes mentales que me créèrent alternativement le catéchisme catholique et la philosophie des Esprits.

Certes, il est fâcheux de parler de soi, aussi l'éviterais-je avec soin, si je ne considérais pas cette exhibition, en quelque sorte de mon être intime, nécessaire à la compréhension, aussi bien de l’ensemble que des parties fragmentaires de mes récits.

D’ailleurs, désireuse de rester inconnue, n’est-ce pas comme si je parlais d une tierce personne en parlant de moi-même ? Du moins, c’est grâce à cette illusion que j’espère réussir à me voir « à distance », c’est-àdire avec une entière objectivité et sans me préoccuper du respect humain.

Elevée en partie au couvent, en partie par un père catholique néophyte, par conséquent orthodoxe, je grandis entre le catéchisme et la Bible (traduction et interprétation catholique), entre des chapelets inter-

minables, des neuvaines, des scapulaires — des Pères jésuites et des capucins.

Quoique souvent perplexe, dans mon enfance, en face de renseignement de la corrélation immédiate entre les textes de l’Evangile, souvent si simples et si naïfs, et cet échafaudage gigantesque de complexité, qu’est la théologie et la liturgie catholique; quoique m’accusant dans mon for intérieur d’une honteuse inintelligence pour ne rien comprendre aux explications données par les nonnes et les prêtres; quoique me révoltant intérieurement, sans cesse, contre le Jéhovah « du peuple élu » qui fulmine pour des peccadilles, qui encourage les fraudes, qui prend parti pour les uns contre les autres, etc., etc., arrivée à l’àge de seize ans, je m'enthousiasmais de la vie des saints et passais mes loisirs à courir aux églises entendre les orateurs ecclésiastiques ou à étudier des livres théologiques. Car il me semblait qu’aucune chose de ce monde ne pouvait rivaliser d’intérêt avec l’étude qui a pour sujet l’àme et son auteur !

Je lisais et lisais donc toujours une bibliothèque « sainte », pendant plusieurs années.

Cependant, naturellement portée vers l’analyse, et très éprise de logique, les objections ne tardèrent pas à s’imposer à mon esprit pour s’y accumuler au point de former bientôt un faisceau considérable !

Alors je pris le seul parti qui me restât à prendre. J’allai consulter mon confesseur pour mes difficultés mentales. C’était un Père jésuite. Il me reçut très

aimablement au parloir de son couvent et bien obligeamment il voulut m'expliquer — ce qui était inexplicable.

Pauvre homme ! Il se fatigua en vain.

L'ayant écouté attentivement et croyant dans ma naïveté de jeune fille pouvoir engager une discussion sincère , je me mis à lui exposer mes objections.

« Permettez, mon Père, lui dis-je, en substance, je ne comprends tou ours pas; car si Dieu était comme vous le dites, s’il jugeait comme vous le dites, s’il agissait comme vous le dites, non seulement il ne serait pas juste, mais il serait moins bon que moi, puisque, quoi qu’on me fasse, je me crois obligée de pardonner à la personne qui m’offense. »

Le révérend père se leva en fronçant les sourcils ; d’un geste gracieux et impérieux à la fois, il me montra le chemin de la chapelle, en me disant d’un air de profonde commisération : « Pauvre enfant, vous êtes orgueilleuse, allez vous agenouiller devant le maître-autel et priez Dieu qu’il vous accorde sa grâce. » Ce fut un coup de foudre pour moi. Un coup de foudre qui, subitement, déchira le voile épais qui, depuis mon enfance, enveloppait mon intelligence.

« Merci, mon Père », lui dis-je, en faisant un salut d’adieu, à lui et à sa doctrine — sans passer par la chapelle.

J’étais très scandalisée, tout à fait bouleversée.

Comment ! A mes objections très sincères et pieuses, un professeur en théologie n’eut rien à répondre

sinon « que j étais orgueilleuse ». Mais un prêtre de n’importe quelle autre religion aurait pu m’en dire autant. —Ainsi donc, l’Eglise catholique m’ordonnait tout simplement de m'incliner devant cc qui me semblait absurde ! Et ma raison ! pourquoi Dieu me l’auraitil donnée si, pour les choses les plus importantes, je ne devais pas en faire usage ? Il est vrai, j’avais l’illustre exemple de saint Augustin et de son C/edo qiiici absurdum; mais les temps avaient changé et ce qui était excusable, à son époque, me semblait coupable à la nôtre.

Brusquement je tournai donc le dos à l’Eglise de Rome et à ses décisions ex cathedra. (Mon père n’étant plus de ce monde, je ne rencontrais aucun obstacle à la libre direction de ma conscience.) Cependant, avec mon besoin de religion, je ne pouvais m’en tenir là sans chercher une nouvelle orientation. Je crus le trouver dans le christianisme protestant. Ses principes plus généreux et rationnels m’attirèrent tout d’abord, mais ayant lu quelques-uns de ses auteurs, sans trouver de réponses à mes objections, j'abandonnai définitivement l’étude du dogmatisme chrétien.

Plusieurs années sc passèrent dans ce que j’appelle aujourd’hui : ma torpeur psychique ; elle ne pouvait durer avec mon tempérament. En effet, bientôt une vie, sans pilote ni boussole, me sembla inquiétante, — effrayante même, par son incompréhensibilité.

En somme, toute sceptique que j'étais, je regrettais de l'être. Malgré moi, les mêmes réflexions revenaient

sans cesse, et soir et matin, je me demandais ; <i Pourquoi suis-je au monde, quelle est mon origine, quel est mon but ? Pourquoi suis-je née dans telles circonstances et non dans telles autres? Pourquoi sommesnous tous, plus ou moins, entourés de tourments et de peines ? A quoi aboutissent nos efforts communs ? — A la mort ? — Oui, à la mort.

Mais loin de chasser de ma fantaisie le hideux fantôme de ia mort, je me plaisais à le regarder en face, à me torturer l’esprit par la création de son image.

Bien plus, dans mes paroxysmes de fureur, j’arrivais à en vouloir aux auteurs de mes jours. Kn effet, qu’avaient-ils besoin de me tirer du néant pour me forcer à passer par les affres de l’agonie et de la mort ?

Chose bizarre, folie mentale ! J’aurais voulu me donner la mort pour lui échapper ; ou plutôt, j’aurais voulu trouver le moyen de ne pas être .

Vains efforts ! La loi péremptoire de la vie m'enchaînait à l’existence, comme tous ceux qui respirent ; à l’existence, que je croyais ne pas avoir demandée !

Un morne désespoir succéda à mon énervement.

Désormais, il me sembla que je ne vivais pas d’une vie positive, mais négative, c’est-à-dire uniquement pour courir, poussée par une fatalité méchante, au-devant de cette perspective impitoyable qu’est la mort — aux yeux des aveugles et des ignorants !...

C’est dans cet état d’esprit que je tombai un jour sur quelques volumes de philosophie. Avide de trouver

une solution, je me mis à les dévorer. Kant m’intéressa ; Rousseau et Voltaire me distrayèrent. Fichte, Leibnitz, Schelling me firent rêver. Une amie, un peu intellectuelle, me parla de Schopenhauer. Je le lus et m’y arrêtai. Décidément, ce sont ses théories qui répondaient le mieux âmes besoins ! Le « Nirwana», le généreux « Tat wam asi ». Je fus heureuse, enchantée !

— Mon enthousiasme ne dura guère. Bientôt mon esprit, toujours fureteur, découvrit les côtés faibles dans le système du philosophe pessimiste, car tout n’était pas d'accord ; trop d’objections restaient encore sans réponses.

Alors je recommençai à me décourager. Décidément, ici-bas, tout n’était donc que « Stückwerk », comme dit Goethe, toute philosophie humaine incomplète, toute psychologie ténèbres, toute spéculation transcendantale, pure élucubration fantaisiste. Alors de mon âme ahurie s’échappa, pour se répéter souvent, cette prière sincère et ardente : « Oh ! Dieu, si tu existes , envoie-moi un rayon ! »

Je fus exaucée.

Ce qui m’arriva, les matérialistes l’appelleraient un simple hasard ; pour ma part, je suis forcée de reconnaître aujourd’hui que, si hasard il y avait, ce hasard agissait comme une personnalité intelligente, comme une personnalité qui conduirait petit à petit, à pas lents, mais sûrs, vers une fin déterminée.

Un printemps, partie sceptique de Paris, j’y revins

SOrVENJKS ET PHOBU-MES SPIRITES

en automne avec la conviction absolue qu’il y avait quelque chose de plus que Schopenhauer n’avait deviné, c’est-à-dire, qu’après cette métamorphose qui s’appelle mort, il restait plus qu’un souffle inconscient, plus qu’une simple vibration de l’éther universel ; que le fameux « Tat wam asi » (toi c’est moi) n’était vrai que dans le sens de la loi de l’altruisme, non dans celui qui annihile la personnalité individuelle, après la désagrégation de son enveloppe matérielle.

Ma transformation fut l’œuvre d’un petit livre que je n'ouvris d’abord qu’avec mépris et répugnance et dans le seul but de la critique. Il a nom : La Voyante de Prévorst , par Justin Kerner (i). Mais ce que les enseignements théologiques inculqués dans mon enfance, à grand renfort d’argumentation, ce que les philosophes célèbres n’avaient pu me donner, en de nombreux volumes : la conviction ; le simple exposé de faits, constatés et racontés sans parti pris, avec une indéniable bonne foi par un médecin, poète et philosophe, à l’esprit indépendant, me le conféra en une fois .

En effet, très sceptique au début, aussitôt ma lecture achevée, je ne pus m’empêcher de m’écrier : « Et pourtant j’ai fait erreur ; il y a une survie individuelle et une justice suprême, quoique cette survie ne ressemble pas à l’immortalité de l’àme, enseignée par les catholiques, les protestants, les

(1) Je lus ce livre dans son texte original allemand qui est beaucoup plus complet que la traductinn française.

mahométans et autres, quoiqu’elle ne réponde point aux idées de Schopenhauer et autres constructeurs de systèmes métaphysiques ; la survie, je le vois maintenant, est la continuation de la vie de l’âme en dehors de son enveloppe matérielle, telle qu'elle s est manifestée, en se développant sur terre. Etrange, étrange ! me disais-je, nulle science humaine ne m’avait fourni cette solution ; il fallait qu’elle me vînt de par delà les tombes ( i) ! Merci, mon Dieu, du rayon indicateur. »

Et je me mis à étudier la philosophie spirite, l’enseignement des Esprits. Ma conviction alla en augmentant, quoique je n’eusse encore rien constaté par des expériences personnelles de médiumnité. Mais la vérité n’a-t-elle pas une force qui s’impose à quiconque ne lui oppose pas une résistance intéressée, à cause du sacrifice de ses idées anciennes ?

Ceci dit entre parenthèses, pour revenir à mon sujet.

Peu à peu, le raisonnement sur des « faits », rapportés par des témoins véridiques, ne pouvait manquer de faire naître en moi le désir de l’expérimentation. Je me mis donc à l’œuvre. Dans les premiers temps, je n’eus aucun succès. En effet, malgré les faits étranges dont je fus entourée dans ma jeunesse et que j’ai lieu de considérer comme le prologue de ma vie psychique, je n’avais pas, au moment d’expérimenter,

(1) l'ignorais alors les enseignements de Pytbagore et ne me souvenais pas des croyances de Druides, n’y ayant pas attaché d'importance.

SOUVENIRS ET PROMIMES SPIIUTK3

les qualités nécessaires pour entrer en communication avec l’Au-delà. Ma très mauvaise santé en fut probablement la cause(i). Il me fallait chercher un médium. Me méfiant des professionnels, à tort ou à raison, c’est parmi les personnes de ma connaissance que je m’efforçais de le découvrir. Les facultés médianimiques étant beaucoup plus répandues qu’on ne le croit généralement, je ne tardais pas à trouver une médiumnité, même remarquable, chez une femme du monde, jeune, d’excellente santé et point hystériqtie ; en plus, ignorante du spiritisme, de ses pratiques comme de ses effets, tout autant d’attributs précieux pour l’expérimentation et son contrôle.

Parmi les nombreux effets que nous obtînmes, je ne m’arrêterai qu’à ceux que les apôtres spirites ont qualifiés d’« intellectuels», nos phénomènes physiques constatés, ne dépassant d’ailleurs pas en merveilleux ceux obtenus par d’autres et racontés maintes fois. Pour ma part, du reste, je ne considère ceux-ci que comme « l'escorte », parfois très utile, il est vrai, des premiers, non comme des manifestations d’une valeur intrinsèque pour notre orientation transcendantale. En effet, quelque solidement enregistrés qu’ils puissent être un jour, par la science officielle, ils ne prouveront jamais plus que l’existence d’une force hyperphysique, longtemps ignorée en Occident, mais

(1) J’en fais mention à dessein, étant obligée d’y revenir plus tard à propos du phénomène le plus curieux que j’ai eu à enregistrer.

SOUVENIRS ET PIKJnr.KMES SPIRITES

complètement incapable de nous faire avancer audelà du seuil de la quatrième dimension.

Nos savants nous en donnent constamment la preuve.

Conformément à ce raisonnement, je ne dirai donc qu’en passant, afin d’affirmer la réelle médiumnité de la comtesse D. . ., mon médium, que je vis avec elle des phénomènes de télékinésie comme de parakinésie (pour parler le savant langage des coryphées en science psychique). Quelques exemples au hasard : Une fois, un grand abat-jour, couvrant une lampe appelée pied de parquet, par conséquent n’étant en contact avec aucune table, placé à environ deux mètres du médium et complètement isolé de toute personne présente, au milieu d’uue grande pièce fermée, mais éclairée a giorno , se tournait sans cesse , pendant environ dix minutes, comme poussé par un souffle violent ; une autre fois, un guéridon, à tiroirs assez lourds, se soulevait du sol à quinze centimètres de hauteur, pendant que des coups étaient frappés dans nos chaises, que la sonnette de l’entrée de l’appartement s’agitait au point de faire accourir les domestiques, que les portes s’ouvraient précipitamment ; une autre fois encore le médium lui-même était soulevé sur sa chaise, etc., etc.

Mais, je le répète, ces faits qui ne nous paraissent des phénomènes qu’à cause de notre ignorance des causes qui les produisent, n’entrent qu’accessoiremer.t dans mes récits, car mon but est surtout de faire réfléchir sur quelques expériences qui me sont person-

nelles et sur d’autres, appuyant ou amplifiant les enseignements des esprits.

Car, ayant puisé une grande consolation spirituelle dans la certitude, non seulement d’une survie normale et rationnelle de notre individualité humaine (l’immortalité de l’âme, selon l’Eglise, n’est ni l’une ni l’autre) r mais aussi de l’ingérence de gmdes invisibles dans toutes nos épopées terrestres, je crois comme un devoir de noter sincèrement tout ce qui m’a conduite vers cette conviction, afin que d’autres cherchent et — trouvent comme moi.

Beaucoup, et des plus savants psychistes, se sont buttés contre la prétendue impossibilité de prouver l’identité des êtres qui se manifestent par voie médianimique.

Je ne nierai pas que la preuve de l’identité ne soit la plus grande des pierres d’achoppement dans la voie qui mène à la conviction, mais s'avancer jusqu’à affirmer que jamais on n’a eu de sérieuses raisons pour se croire en face de la personnalité qui signe, se nomme ou se montre, c’est aller trop loin dans l’assurance négative.

Il est vrai que, pour certains penseurs, (( le doute quand même » passe pour le propre de l'intelligence supérieure;—comme l’on sait, tout un système philosophique s’est construit sur cette aberration mentale, d’ailleurs peu suivie aujourd’hui, -—c’est une de ces absurdités qu'engendre l’orgueil. Tout investigateur dans le domaine de l’invisible devra s’en lester avant

to

SOUVENIRS El PROREEMES SPIRITES

de faire le premier pas, car sans cela sa raison se perdra bientôt dans un labyrinthe inextricable.

Pour ma part, toute sceptique que je sois de nature (j’ai prouvé que j’ai résisté à la foi aveugle), je puis certifier que j’ai senti la présence réelle de plusieurs personnalités qui se sont communiquées à moi, au point d’avoir acquis une conviction inébranlable à leur égard. Je vais essayer de rapporter le plus fidèlement possible certaines particularités qui m’ont amenée à sentir leur identité.

En conséquence et afin de procéder par ordre, sans rien omettre, je suis obligée de commencer par plusieurs faits, que j’ai déjà rapportés ailleurs, en partie. Les voici :

Un jour, ayant évoqué l’esprit de ma mère, au moyen d’une planchette (i), celle-ci me signala sa présence. Je restai incrédule, car rien ne m'autorisait à croire que ce fut vraiment cet esprit plutôt qu’un autre. L’agent mystérieux, comme pour tuer mon scepticisme, me répondit tout à coup en langue étrangère, celle dont nous avions coutume de nous servir souvent, ma mère et moi s J ait qtte le medium ignorait complètement .

Ce jour-là, mon émotion ne me permit pas de continuer l’expérience.

Les jours suivants, ayant vainement cherché à me mettre en communication avec ma mère, sans l aide de

(1) Tout spirite connaît ce moyen de communiquer avec l’invisible.

la comtesse D..., comme pour me consoler de mon insuccès et en même temps raffermir ma confiance ) je fis dans la nuit le rêve suivant :

je me voyais avec des amis en train de tenter de nouveau l'expérience de la planchette. Ma mère se manifesta, mais je ne fus pas convaincue. Pour me donner une preuve, la planchette fit un dessin qui ressemblait à ceux que ma mère avait l'habitude de nous tracer, à mes sœurs et à moi, quand nous étions enfants ; j’en fus fi appée, mais restai hésitante.Cependant m'étant retournée, je vis devant moi ma mère elle-même. Elle était toute mince et diaphane, ressemblant à ce qu'elle était peu de jours avant de mourir. Un grand vêtement, couleur soufre, la couvrait à plis amples, ses manches avaient la coupe particulière de celles des robes des religieuses et sa tête était également enveloppée à la façon monacale.

A la vue soudaine de ma mère, un frisson me secoua et un instant j’eus envie de me sauver. Une voix intérieure me calma en me représentant l'inconséquence de ma conduite, vu le grand désir que j’avais manifesté de la revoir.

Je me ravisai et m’étant approchée de l’apparition, celle-ci me prit tendrement dans ses bras. A partir de ce moment, toute frayeur s'évanouit de ma part ; je me laissai embrasser et j'embrassai ma mère de mon côté. Ces premiers épanchements du cœur, échangés dans une émotion muette, soudainement je me sentis vivement enlacée et soulevée de terre.

Je perdis connaissance. Quand je revins à moi, la scène avait complètement changé : je me trouvais dans une petite maison, en train de monter un escalier avec ma mère. Nous entrâmes ensuite dans une chambre modeste où je vis deux êtres dans des costumes semblables à celui de ma mère.

Celle-ci me les présenta comme de bons esprits avec lesquels elle vivait. Je regardai, tout étonnée, et demandai où nous étions. Ma mère me répondit : « Dans Saturne (je souligne pour faire remarquer la corrélation avec les communications obtenues plus tard), où j’ai retrouvé de vieux amis »; et puis elle ajouta : « J’y suis aussi heureuse que je puis l’être pour le moment.)) Un peu revenue de ma première stupéfaction, je me jette de nouveau au cou de ma mère, en lui exprimant avec effusion ma joie de l’avoir retrouvée. Lui ayant demandé des détails sur sa mort, elle me dit : « Un instant, j'éprouvai une sensation de néant, et une frayeur indicible secoua mon âme en la sentant se détacher du corps dont elle avait l’habitude d’être enveloppée, mais bientôt je fus calmée, surtout en me voyant accueillie par de bons amis. »

Et ayant pressé ma mère de nouvelles questions, elle me dit : « Il est temps que je te quitte, je n’ai pas le droit de te garder plus longtemps auprès de moi. »

A peine eut-elle prononcé ces paroles qu’elle se jeta vivement en arrière et à mon désespoir et mon épouvante, je vis son corps s'évaporer ; d’abord ses bras et

puis son buste, jusqu’à ce qu’il ne restât plus rien de sa personne.

Je poussai un cri.

Ce cri me réveilla et me rappela à la réalité. Cependant l’impression de mon rêve m’occasionna une si vive émotion et de si violentes palpitations, que tout en faisant la part des accessoires fantastiques, peut-être , j’étais forcée de croire que j’avais vraiment serré dans mes bras l’ombre chérie de ma mère défunte.

D’ailleurs, ce qui caractérise les rêves proprement dits, c’est-à-dire ces mirages créés par l'ame pendant l’inaction du cerveau endormi, n’est-ce pas surtout l’incohérence d’abord, leur manque de netteté ensuite? Mon rêve peut-il être accusé de ces défauts ? Voici douze années passées, depuis que je l’ai éprouvé, et il est dans ma mémoire aussi net qu’au premier moment. Toujours je me souviens de ses moindres détails, dont je ne retrace, du reste, qu’une partie, pour abréger.

Mais je reviens au fait.

Quelques jours après le rêve que je viens de décrire, je recommençai mes essais d’écriture automatique avec le même médium.

Ma mère s’annonça aussitôt en entrecoupant encore ses phrases de cette langue étrangère, mentionnée déjà, et peu familière au médium. En plus, comme dans mon rêve , que j’avais eu soin de ne pas raconter à mon médium, elle traça un petit dessin dont je ne compris la signification que plus tard. A mes diverses questions, ma mère, ou la pseudo-entité se donnant pour

elle, me répondit avec les expressions qui lui étaient propres,

A propos d’une de mes sœurs que le médium connaissait à peine, elle parla en la désignant par un petit nom de tendresse, absolument inconnu au médium, mais dont elle avait l’habitude de se servir quand celle-ci était toute petite, nom dont le souvenir ne me revint qu’après coup.

Mais ce qui me frappa surtout, ce furent les réponses suivantes à mes questions :

Moi. — Où es-tu ?

Elle. — Dans Saturne .

Moi. — Alors mon rêve n’était pas une fiction de mon cerveau ?

Elle. — Non, c’est moi que tu as vue.

Moi. — Dis-moi maintenant ce que je voulais te demander au moment où tu as disparu dans mon rêve, « ne m’en as-tu pas voulu de ce que je ne sois pas restée auprès de toi dans cette nuit où tu as quitté notre monde » ?

Elle. —Non, je savais qu'il ne dépendait pas de toi de rester .

Il aurait été impossible au médium de trouver cette réponse. Elle fut frappante de réalité dans son laconisme et seulement compréhensible à qui savait les détails circonstanciés de son lit de mort.

Il n’est pas moins impossible que la réponse fut un effet de télépathie, car j’étais loin de m’y attendre. Voici pourquoi : Ayant vu une expression de douleur

SOU YT'NIKS

sur les traits de ma mère morte, j’avais gardé la pénible pensée que cette expression était due à mon absence pendant son dernier moment. La réponse de l’Esprit me surprit donc autant qu’elle me consola. D’ailleurs, chaque fois que dans le cours de mes pratiques spirites, j "ai tenté de suggérer mes propres pensées au médium, à fin d’expérience, j’ai toujours échoué.

C’est au point que je suis arrivée à la conclusion que la réussite télépathique est plus difficile que l'obtention d'une communication spirite.

Mais poursuivons :

MOI. — Faut-il que je prie pour toi ?

Ei.LE. — C’est inutile. La formule importe peu. Pense à moi. La religion du cœur est celle du solive nir.

Le médium ne pouvait se douter que ma mère, de son vivant, n'aimait point les religions dogmatiques avec leurs rites et leurs cérémonies ; par cette dernière réponse typique, je pouvais donc constater que l’Esprit, se disant ma mère, se manifestait avec son trait le plus caractéristique. D’un autre côté, la réponse obtenue ne pouvait pas être le reflet de ma propre pensée, car celle-ci allait en sens contraire, depuis ma lecture du livre de Justin Kerner où les Esprits souffrants demandent constamment des prières à la voyante.

Je continue le dialogue interrompu.

Moi. — As-tu retrouvé mon père ?

Elle. —Non. ( Tracé énergiquement .)

Moi. — Peux-tu me dire où il est ?

Elle. — Ne me parle jamais de ton père.

Moi. — Pourquoi ? Cependant tu le regrettais.

Elle. — Je ne sais pas où il est et je ne veux pas le savoir. Depuis que j'ai quitté la Terre j’ai appris des choses, — des choses — n’insiste pas.

MOI. — C’est incroyable ; qui est-ce qui t’a dit ces choses ?

Elle. — Ma sœur Mine.

Mine est une abréviation du nom de Guillemine. Ma tante qui portait ce nom était morte depuis nombre d’années. Jamais je n’eus occasion de parler d’elle à qui que ce soit et le médium, d’ailleurs, n’était qu’une relation mondaine, de date récente.

Et à ceux qui prétendraient, comme c’est arrivé, que la personnalité qui s’est manifestée aurait pu lire dans ma pensée (ou du moins dans une conscience inférieure ou supérieure) le « fait » auquel elle avait fait allusion, je suis obligée de répondre : Non, c’est absolument impossible, car rien de ce que je savais du « fait » n ‘aurait pu s'associer dans ma pensée à ma tante Mine ; pas plus par un effet rétrospectif du souvenir latent « de mes centres polygonaux ou inférieurs » que par une manifestation de ma conscience subliminale. Ce qui ne s’y trouvait pas, ne pouvait pas s’y lire.

Le fait dont il s’agit, non seulement ma mère l’avait toujours ignoré de son vivant, mais même ma tante Mine n’a pas pu l’apprendre sur Terre, ce fait n’étant connu que d’une de mes sœurs et de moi et que je puis garantir que ni elle ni moi nous n’aurions pu en parler

à ma tante, ma famille n’ayant plus de relations avec elle pour des raisons d’hostilité, réciproque, d’ailleurs.

La suite du dialogue, de plus en plus typique, va démontrer cette hostilité entre les deux sœurs, que le médium ignorait et que, pour ma part, je n’aurais pas cru de nature à survivre à la mort.

Mor. — Où as-tu vu ma tante Mine ?

Elle. — Bientôt après avoir quitté la Terre. Elle m a beaucoup fait souffrir . Je suis plus heureuse depuis que je suis dans Saturne , où je ne la vois plus.

Donc, dans cette communication caractéristique où se révèlent à la fois l’individu» le sentiment et les expériences que nous sommes susceptibles de faire encore après avoir quitté la Terre, l’échappatoire ordinaire des incrédules et irréductibles : la tricherie, comme la transmission de la pensée, sont également inadmissibles.

A une autre séance où j’avais appelé ma mère par le même médium, celle-ci s'annonça en écrivant spontanément son nom de famille.

Or, ce nom peu vulgaire est encore aujourd’hui inconnu au médium ; car ayant écrit au fond d’une pièce mal éclairée et le crayon ayant à peine appuyé sur le papier, le médium ne put déchiffrer un nom qui ne lui était pas familier. (Pour ma part, je trouvai inutile de le lui faire connaître, afin de garder plus longtemps un contrôle de plus.) Evidemment, ce dernier argument n’en est pas un pour ceux qui ne

peuvent se faire à l’idée que les morts reviennent, quoi qu’on en dise.

L’exactitude de ce nom ne prouve qu’un cas de télépathie pour eux. Je leur réponds : le nom s’écrivit au moment même où j’en projetais un autre par la pensée, afin de provoquer une certaine réponse. Or, si c’est là une preuve de télépathie que d’obtenir un effet n ayant aucune corrélation avec l'idée projetée , nous n’avons point besoin de faire des efforts pour en trouver. Non, de grâce, pour le simple plaisir de nier l’évidence, ne tombons pas dans un vrai maquis d’hypothèses aussi abracadabrantes que contradictoires.

Mais je reprends le fil de mon récit.

L’entité invisible, ayant écrit ce nom, se mit spontanément à parler d’affaires intimes de famille, quoique dans des termes discrets, afin de ne pas les confier au médium.

Répondant à d’autres évocations, au lieu du nom de famille, c’est le petit dessin dont j’ai déjà parlé qui se produisit avant toute communication. Il revenait même si fréquemment et toujours en haut de la page, à droite, qu’il formait comme un entête de lettres. Le plus souvent quand il se montrait, il fut suivi du nom d’un des membres de notre famille que ma mère avait particulièrement aimé et protégé de son vivant. A son égard, elle fit une recommandation dont nous crûmes ne pas tenir compte. Hélas ! nous avions tort ! Le dessin était comme l’expression synthétique d’une pensée qui hantait la chère morte. Ce ne fut que quel-

ques mois plus tard que nous le comprîmes. Ce fait prouvait que l’entité avait la vision d'un malheur qui était en voie de formation sur le plan astral. Pour le reste, la suite des événements depuis a rendu ses recommandations diverses de plus en plus compréhensibles.

En dehors de ces communications, si significatives pour nous, et à la même époque, le médium, la comtesse D..., vint un jour me trouver, disant qu’elle avait eu deux visions la nuit pendant son demi-sommeil. Ces deux visions, selon elle, étaient celle de ma mère et celle de ma belle-sœur, morte récemment, mais que, pas plus que ma mère, elle n avait connue. (Afin d’abréger, je ne parle point des diverses communications de cette belle-sœur absolument typiques comme langage et esprit, comme je passe sous silence une quantité d'autres.) Elle les décrivait toutes deux avec une rigoureuse exactitude , non seulement leurs personnes, mais leurs gestes , leur manière de parler . Et chose bizarre, ma mère lui était apparue dans le même costume comme à moi lors de mon rêve . (Je répète que je ne le lui avais pas raconté.) Par cette coïncidence, l’esprit n’a-t-il pas voulu donner une nouvelle preuve d’identité ? — Afin de nous convaincre, nous remîmes au médium un paquet de photographies, 1 invitant à chercher les portraits de ses deux visions. Elle les désigna sans hésitation.

Or, quelles preuves d’identité pourrait-on exiger en plus ?

D’après M. Béra, de la Revue Spirite (i), « trois conditions doivent exister pour remplir une preuve décisive de la persistance du Moi », après la mort : i° le fait doit être d’ordre intellectuel ; 2° le contenu de la communication ne doit être connu ni du médium ni des assistants ; 3° l’objet de la communication doit porter sur un fait appris par le communicateur après son décès. On aurait ainsi, ajoute M. Béra, «la preuve que la conscience du mort continue à faire des acquisitions , à s’intéresser à ses amis et n'est pas devenue une entité mystérieuse et incompréhensible en voie de désagrégation ».

Après les faits que j’ai rapportés avec la plus rigoureuse exactitude, dans le seul intérêt de la cause spiritualiste et en dépit de l’aversion que j'éprouve à livrer à la publicité le souvenir de mes plus chers morts, peut-on nier que toutes les conditions, exigées par M. Béra, aient été remplies, tantôt en partie, tantôt dans toute leur intégralité ? Ne faut-il même avouer qu elles aient été de beaucoup dépassées ? La coïncidence de ma vision en demi-sommeil avec celle de la comtesse D... et la réussite de l’épreuve des portraits, tous ces faits ne corroborent-ils pas à l’ensemble de l’expérience et laissent-ils le champ libre au moindre desideratum ?

Je ne le crois pas.

D’ailleurs, selon moi, ce qui constitue l’esse nce

(1) Mois de décembre 1902.

socvemhs i:t i‘hohlî:mes .spii-utks

fondamentale de notre Ego, déjà sur terre, ce n’est pas notre enveloppe matérielle qui, depuis sa genèse dans le sein maternel jusqu’à sa désagrégation complète, n’est pas un instant dans un état stable, mais toujours en voie, soit de se former, soit de se déformer, mais bien notre être intime, notre caractère qui, tout en se développant, reste un, notre façon et surtout notre force de sentir, notre tempérament, nos goûts, nos penchants.

Un être, que nous aurions perdu de vue depuis nombre d’années et qui se présenterait à nous complètement changé, n’arriverait-il pas à se faire reconnaître par sa notion intime des choses « connues » et « vécues » ensemble, mais surtout par ses sentiments et la manifestation de son caractère ?

Ce n’est guère douteux.

Alors pourquoi n’appliquerions-nous pas la même méthode à la reconnaissance des morts qui viennent se communiquer ?

Que les matérialistes, de parti pris, sourient à de telles propositions, je le comprends, j’aurais été avec eux du temps où j’étais « ignorante » comme eux, mais pourquoi les psychistes s’obstinent-ils à repousser la possibilité de la communication des visibles d’avec les invisibles ? Pourquoi préfèrent-ils se retrancher derrière la télépathie, comme derrière une enceinte fortifiée ? Pourquoi croient-ils plus distinguée (sic), plus « intellectuelle », l’épithète de psychiste que celle de spirite? Il est vrai qu’il y a des spirites qui déshonorent

l’enseignement des esprits-guides, qu’il y en a d’autres dont la mentalité ne dépasse pas celle des portières, mais qu’est-ce que cela prouve ?

Cela prouve, il me semble, qu’il y a spirites et spirites. Tel que l’humanité a vu de grands hommes être matérialistes à l’instar de simples gamins, tel un spirite philosophe et même chrétien, ou déiste du moins, peut avoir certaines convictions communes avec une personne simplement superstitieuse. Ce n’est donc pas d’après l’étiquette qu’il faut se régler ; c’est la vérité seule qui doit nous préoccuper.

D'ailleurs, être psychiste ou spirite est, au fond, la même chose. Le premier est moins logique, voilà tout, fe m’explique : Du moment qu’on prétend que le principe psychique est scientifiquement prouvé, que lame peut se communiquer à une autre àme pendant son état d’incarnation par la simple projection de la pensée (télépathie) ; que les fantômes des vivants (lisez des humains) peuvent apparaître, se faire sentir et entendre, comment peut-on nier la possibilité que l’àme, ayant un mouvement propre et indépendant durant son emprisonnement dans le corps matériel (sous certaines conditionsdumoins), conserve cettefaculté après la mort, la mort ne l’ayant pas atteinte, mais seulement délivrée des entraves ? J’avoue, pour ma part, n’avoir jamais compris la marche logique de la pensée des psychistes.

Ceci dit, je reprends la suite de mes expériences d'identité avec le même médium, me réservant pour plus

tard de parler des mêmes preuves obtenues par d’autres médiums.

Un jour, la comtesse D..., étant à Biarritz, m'envoya deux communications qu’elle me dit avoir obtenues de ma mère, deux nuits de suite où, faute de sommeil, elle avait cherché à évoquer des Esprits, afin de chasser l’insomnie. (En effet, j’avais eu occasion de remarquer qu’après chacune de nos séances, le médium, quoique femme de merveilleuse santé, s’endormait profondément sur place, après que ses yeux se fussent régulièrement injectés de sang.)

Ces communications, les voici dans leur texte intégral: Le médium. — Qui es-tu ?

L’entité. — La maman de Claire. J’aurais beaucoup de choses à lui communiquer — (jusqu’ici en langue étrangère) — mais je veux te parler français, j’ai décidément trop de peine à écrire en une langue que tu ne sais pas bien. D’abord, je serai bien contente quand tu ne seras plus dans ce pays méridional. Depuis que tu n’es plus à Paris, je ne puis plus communiquer avec ma fille bien-aimée. Quand tu es près d’elle, je pénètre plus facilement dans son air ambiant. Il fallait que vous vous rencontrassiez pour que je sois plus près d’elle par la pensée. Il lui fallait déjà en votre ?nonde une consolation , un refuge. Elle est beaucoup plus heureuse depuis que certaines idées la soutiennent. C’est mon devoir et ma joie de la maintenir dans cet état. Je veille toujours sur elle, qui fut même sur terre la chérie de mon cœur y la préférée de mon âme ; et je

veille aussi un peu sur toi. Prends provision de force, de courage ; tu passeras bientôt par de pénibles épreuves, mais tout s’atténue en ce monde comme ailleurs. il faut seulement subir la tristesse avec la conviction que toute douleur, vaillamment supportée, élève Pâme dans une région supérieure, jusqu’à ce qu’elle atteigne un bonheur... » Ici un mot illisible. « Je puis facilement causer avec toi, car tu es un merveilleux médium, d’une disposition individuelle spéciale et d’un grand pouvoir fluidique. — Il faut que je te dise qu’il y a, uniformément répandu dans l’univers, un fluide, en partie éther, qui établit l’influence mutuelle entre les corps célestes, la Terre et les corps animés. Ce fluide est capable de recevoir, propager, communiquer toutes les impressions. Quoique ce fluide soit universel, tous les corps animés n en sont pas également susceptibles, il en est même quelques-uns qui ont une propriété si opposée que leur seule présence détruit tous les effets de ce fluide.

« Mais tu es fatiguée ; je reviendrai demain à minuit. »

Communication du lendemain:

«Je suis de retour ici. Pour toi et surtout pour ma Claire chérie afin de parler de questions qui l’intéressent tant. Mais n’étant pas à même de les traiter assez explicitement, je vais communiquer avec toi par l’intermédiaire du savant allemand Burdach qui, il y a une cinquantaine d’années, était encore sur votre planète. — «Je m’étais surtout donné pour tâche de concilier le rôle et les droits respectifs de la matière et de l’esprit, dans ce

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qui constitue l’humanité, telle qu’elle existe sur Terre. On ne doit surtout pas perdre de vue ce qui caractérise la différence des sexes et à ce point de vue l'influence est grande de la matière sur l’esprit. Je vais m’expliquer et parler surtout de la femme, puisque c’est à elle que je m’adresse. Il faut lui reconnaître la prédominence sur 1 homme pour les qualités affectives, les penchants, les instincts, quoique douée de moins d'intelligence (i), de raison. De même, elle est plus belle que forte. Remarquez que les organes de la génération ont sur elle une influence beaucoup plus marquée et que les sensations qui en émanent retentissent dans tout son être et tourmentent profondément son existence. Le cerveau et les autres organes sont chez elles sous la dépendance de l’utérus. La nature a bien marqué les rangs respectifs de l'homme et de la femme par la différence même des organismes, l’excitabilité plus vive, la sensibilité plus aiguë chez la femme ; elle reçoit plus aisément les impressions de l’àme. Sa physionomie étant plus expressive, plus mobile, son àme est en quelque sorte transparente et moins confinée en elle-même. Elle est plus dépendante que l’homme de ce qui l’entoure, elle est «non distincte» du tout universel, et comme les instincts ont sur elle plusd’empire, elle est plus entière-

(1) Cette opinion n’était ni celle du médium, femme d’ailleurs, d'une intelligence très grande, ni la mienne ; d’où venait-elle, si l’on exclut la théorie spirite ?

ment avertie, plus sensiblement convaincue qu'un esprit infini gouverne et vivifie le inonde. La femme est dans une union plus étroite avec l’infini, et son esprit dépasse quelquefois les limites du temps et de l’espace et peut même entrevoir les choses qui s’accomplissent loin d’elle ou qui sont encore dans les secrets de l’avenir. Les plus privilégiées ont ce don de seconde vue, ces illuminations soudaines, ces vues de l’esprit à travers l’infini qui leur permettent d’écarter le voile mystérieux de la nature même et d’entrevoir des régions plus élevées. Je dis « entrevoir», car il est dans les dessins du Tout-Puissant de ne permettre à aucune de ses créatures de sonder l’infini et de se détacher de la matière avant que l’heure n’ait sonné. Tout être humain est un composé de matière et d'esprit, mais où la matière domine, l’âme dort.

« La preuve est qu’il y a des millions d’êtres vivants, mais ignorant, pour ainsi dire, leur esprit. »

Ces deux communications, quoique ne remplissant pas l’une des conditions de M. Béra : celle concernant la présence de témoins, ne fournissent pas moins une surprenante preuve d’identité en dehors de leur teneur, en partie, d’un intérêt général.

D’abord par la diversité de leur style qui prouve deux différents agents intellectuels ; ensuite par le sentiment qui se dégage de la première. En effet, quel autre esprit que celui d’une mère aurait réussi à s’affirmer autant par sa tendresse? N’est-elle pas typique cette tendresse dans toutes les phases que j’ai soulignées à dessin ?

Salomon le Sage, pour reconnaître la vraie et la fausse mère, quel moyen employa-t-il ?

Il mesura le sentiment maternel des deux femmes qui s’étaient présentées devant lui. Quelqu’un a-t-il jamais critiqué sa méthode ?

—* Pourquoi, dans ces communications, un Esprit étranger, sûrement mauvais , puisqiJil aurait menti t aurait-il su contrefaire ce que 1 àme d une mère peut seule inspirer ?

Du reste, quel intérêt aurait-il eu en agissant ainsi ?

Celui de se moquer de moi ?

Mais aurait-il pu jouer son rôle jusqu’au bout, ce rôle difficile d imiter la mentalité peu banale de ma mère, à travers nos nombreuses séances ?

Certainement, dans les communications obtenues à Biarritz, il n aurait pu puiser dans ma conscience subliminale les éléments indispensables à sa comédie, puisque je ny étais pas , ni dans celle de la comtesse D..., ce médium n'ayant pu se douter des sentimenis de préjérence que ma mère avait pour moi .

|e sais bien que les incrédules soutiendront que le médium a pu m’envoyer une élucubration de sa façon pour s’amuser à mes dépens. Je défierais qui que ce soit de réussir dans une telle entreprise. Au milieu des plus belles phrases, j’aurais senti quelque chose de cacophonique, si je puis dire ainsi, quelque chose qui ne pouvait venir de ma mère. D’ailleurs, pourquoi,

alors, ce changement de signature ? Pourquoi cette intervention de l’esprit nommé «Burdach », si ni l’une ni l’autre des deux entités n’avait eu droit au nom qu’elles assumaient ? Pourquoi me tromper par deitx noms? Un seul aurait suffi.

Le fait même que ma mère se préoccupait de me fournir des documents pour mon travail de féminisme spiritualiste, à peine entrevu à cette époque, et dont le médium ne pouvait se douter, est un phénomène de prémonition qui prouve la réalité du fait, avec exclusion de toute fraude.

M. Béra tient beaucoup à ce que l’esprit prouve avoir étendu ses connaissances personnelles après la mort. J'en ai eu des preuves multiples, dont j’ai cité quelques-unes suffisamment concluantes. Car, peut-on nier que l’entité qui se manifeste dans les diverses communications reproduites, prend part à ce qui m’intéresse et non seulement connaît les événements qui se sont succédé dans ma famille depuis sa mort, mais n’ignore pas mes divers changements d’avatar, si je puis m’exprimer ainsi ?

Mais il y a plus. Le fait qui prouve l’identité de ma mère d’une façon absolue, sont les termes suivants qui m’ont stupéfié : « la chérie de mon cœur, la préférée de mon âme ». Ces mots d’extrême tendresse furent parmi les dernières paroles que la chère morte m’adressa avant de nous quitter ! Si son esprit les a répétées dans une communication qu’elle me destinait, c’était évidemment afin de me donner davantage la

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conviction de son identité, conviction qu'elle savait être le pivot de ma force psychique.

Quant aux paroles adressées au médium : «Tu passeras bientôt par de pénibles épreuves », hélas ! elles furent prophétiques. Des malheurs inattendus et compliqués frappèrent tour à tour la jeune femme qui me fit l'amitié de me servir de médium. ..

Après avoir ainsi donné la preuve, peu réfutable, il me semble, de l’identité de l’Esprit qui s’est signalé dans les communications et manifestations précédentes, certes, d’un caractère exempt de banalité, — l’objection usuelle des détracteurs du spiritisme, —je vais, dans l’intérêt de l’animisme plutôt que du spiritisme, citer un fait qui prouvera, une fois de plus, l’indépendance de l’àme et la possibilité de son mouvement propre, même pendant son incarnation. Il est vrai, nombreux sont les témoignages dans ce sens, mais quand il s’agit de la vérité la plus importante, celle de la dualité humaine, chaque fait réel mérite d’être enregistré, afin d’étayer toujours davantage les affirmations, jamais trop nombreuses, à opposer à l’ignorance et à la mauvaise foi.

C’était un dimanche, au bord du lac Léman. Nous étions seuls dans notre villa, en attendant la visite de mon médium, nommé précédemment, la comtesse D...

Mon mari, subitement indisposé, s’était couché; moi, j "étais assise sur un balcon, cachée sous la verdure, lisant, la tête appuyée contre le mur de la maison.

Mais je m’arrête. Je crains de fatiguer par la répéti-

tion ; car c'est une lettre de la comtesse D... reçue le mardi suivant, par le premier courrier, qui va raconter la suite.

Cette lettre, la voici :

« Chère madame et amie,

« Riez, si vous voulez, mais il faut que je vous raconte un rêve ! Aujourd’hui, ce n’est que pour cela que je prends la plume. Voici d’abord ce qui s’est passé. Dimanche, c’est-à-dire hier, après déjeuner, voulant me reposer un instant avant de sortir, je m’étendis sur ma chaise longue. Sans m’en douter, je m’endormis. Quand je me réveillai, je me sentis les yeux baignés de larmes et dans tout le corps une fatigue extrême. Très étonnée, le jour ayant baissé, je regardai l’heure. Il était six heures ! J’avais donc dormi d’une heure à six heures. Mais avais-je dormi? J’ai lieu d’en douter. Il me semble plutôt avoir anticipé sur mon prochain voyage en Suisse. Vous allez en juger. Voici ce dont je me souviens comme d’une chose réelle, — au point d’en être brisée de fatigue. (Je le répète à dessein.)

« J’étais à Genève ; je ne sais comment j’y suis arrivée ; bref, j'y étais. Après avoir pris mon billet, je montai sur un bateau à vapeur qui s’appelait le Cygne et qui se mit en marche à deux heures. Je m’assis sur un banc et regardai le Jura, car nous longions la côte suisse. Tout à coup, je me vois arriver en face d’un coteau verdoyant sur lequel j'aperçus une villa rose, à pignons, couverte de verdure, flanquée à gauche d’im-

posants conifères et à droite d’une terrasse bordée de roses.

« Mon regard passe en hâte sur ce joli aspect, pour se fixer un instant sur le balcon du premier étage de la maison. Là, sous une banne à rayures rouges, je vous vois assise un livre à la main, appuyée contre le mur, uile branche verte caressait vos cheveux. Mes yeux pénètrent dans la chambre : votre mari y est dans son lit, l’air un peu souffrant. Mais le bateau marche, te coteau disparaît et la petite ville de N... approche. Je la regarde avec intérêt et regrette, qu’au pied de la colline, contre laquelle elle s’appuie, se trouve une vilaine cheminée, extrêmement haute, émergeant d’une bâtisse •disgracieuse sur laquelle je lis : « Fabrique de peignes ». Plus loin, un peu au-dessus, je vois: «Fabrique de porcelaines ». Mais, avant que j’eusse fini de regarder tout ce qui m’intéressait, pendant que le bateau s’était arrêté au port, le capitaine donna ordre de virer de bord. Nous tournons brusquement et je me trouve en face d'une chaîne de montagnes longeant le lac et bornant l’horizon.

« — Pardon, j’oublie une chose essentielle ! J’avais vu à l’horloge de la ville de N..., qu’il était quatre heures à notre arrivée.

« Ceci dit, je termine mon récit.

« Très contente de voir les Alpes savoisiennes, car, quoiqu’en rêve, je m’orientais parfaitement, je contemplais leurs cimes neigeuses, quand tout à coup un violent coup de vent s’élève pour devenir aussitôt une

SOUVKMHS ET l’IlOHM-'.MKS SPIRITE?

bourrasque. Je me lève pour chercher un abri. Mon mouvement brusque me réveilla. Au lieu d’être sur le joli lac bleu, hélas ! j’étais dans mon boudoir presque sombre.

« Maintenant, chère madame, c’est à vous de m’éclairer sur ce fait. Ai-je rêvé purement et simplement ou mon âme a-t-elle fait « un extra » sans mon corps ? Ce serait stupéfiant. J’ai tant de peine à croire à l’existence de l’âme ! Vous savez bien que tous les phénomènes ne m’en convaincront jamais. Je voudrais surtout, que ce ne fut pas vrai, que votre mari était malade. Rassurezmoi donc vite en me disant que tout est faux, que j’ai été le jouet d’une hallucination, etc.»

Nous aussi nous étions stupéfaits. Pas un détail n’était faux dans cette lettre, depuis le nom du bateau, ses heures de départ et d’arrivée, depuis l’itinéraire qu’il suivait jusqu’à la moindre description des lieux. Il n’y avait qu'une chose qui nous intriguait : nous n’avions jamais remarqué l’enseigne de la fabrique de peignes. Comme on ne peut la voir que sur le lac, en arrivant du côté de Genève, nous prîmes une barque pour aller nous convaincre. Nul doute. « Fabrique de peignes » était affichée en grosses lettres. Quoique nous fussions maintes et maintes fois passés devant, nos yeux distraits n’avaient pas remarqué ce que le corps astral de Mme D... sut percevoir sans l’aide de ses organes matériels !

Ayant raconté le fait à des amis portés au scepticisme, on m’opposa que la comtesse D..., afin de nous

SOUVENIRS ET l‘HO H LE MES SPIRITES

mystifier, avait pu raconter les détails d'un voyage antérieur.

L’hypothèse d’une telle mystification, déjà difficile à admettre à cause d’une longue série de mensonges préalables, qu’elle aurait nécessités, avec préméditation formelle, avant notre départ de Paris (où Mme D... ne cessait de nous exprimer sa joie de voir enfin le lac Léman), l’hypothèse d’une telle mystification, dis-je, tombe devant la coïncidence bizarre des faits narrés et ayant marqué la journée de dimanche en question. Comment, en effet, la comtesse D... aurait-elle pu savoir le lundi matin, en écrivant sa lettre, qui nous est arrivée le lendemain, que mon mari était malade ; que j'étais assise sur le balcon (personne n’ayant pu m’y voir, un feuillage épais me cachant aux passagers des bateaux circulant sur le lac) ; qu‘enfin un veut violent s’était élevé entre quatre et cinq heures?

Pour supposer une tricherie, il faudrait admettre que quelqu’un eût télégraphié depuis A jusqu’à Z toutes les circonstances décrites. C’est peu probable. D’ailleurs, je le répète, nous étions seuls . Nos domestiques en Suisse ne connaissaient pas la comtesse 1 )... De plus, aucun d’eux, n’ayant pénétré dans ma chambre, n’avait pu me voir assise au balcon.

Non, quoi qu’on objecte, nulle hypothèse n’est admissible, si ce n’est celle d’une réelle extériorisation de lame de Mme D... Et partant de cette constatation, nous avons une fois de plus la preuve de son existence fournie par son action propre extra-corporelle .

Cette preuve, à coup sur, obtenue maintes fois depuis l’origine de l’humanité, est « l’excuse » de toutes les religions spiritualistes sur terre ; quelque fausses qu’elles puissent être dans leurs préceptes, l’existence du principe psychique se trouve fatalement à leur base.

Dans ses légendes des saints, l’Eglise catholique cite un grand nombre de cas de bilocations humaines ; cependant, comme elle veut toujours prouver, par ces phénomènes, que Dieu ne donne ses dons surprenants qu’à ceux qui croient tout ce que Rome enseigne, elle arrête la marche de la vérité au lieu de l’activer.

Des expériences faites avec la comtesse D..., mon premier médium, je ne retirai, au fond, qu’une seule conviction, celle de notre survivance par la preuve de l’identité ; avec le médium que je trouvai par la suite, Mlle R..., recommandée par la femme du directeur d’une revue spirite, et rémunérée par moi, non pour ses expériences médianimiques, mais en raison seule du temps qu’elle me consacrait (je crois cette explication utile), je fus éclairée sur les problèmes de notre destinée humaine et initiée petit à petit, — la lecture des beaux livres des apôtres du spiritisme aidant (i) — aux mystères du monde invisible et au christianisme dans le sens le plus élargi du mot.

Cependant, avant d’arriver aux faits qui ont contribué à ce résultat, je suis forcée de dire quelques mots sur Mlle R... ; pour l’étude sérieuse des phénomènes, la personnalité du médium ne devant pas être traitée en quantité négligeable.

(1) Les livres d Allan Kardec, Léon Denis, Delanne, Nus, Russel Wallace, Crookes, Aksakoff, Stainton, Moses, etc., etc. ; les ouvrages intitulés : Spirites et Chrétiens, etc. ; les publications de la comtesse Wurmbrand, le célèbre médium autrichien, etc., etc.

SOUVENIRS F/r PROBLEMES SRI RITES

Contrairement à la comtesse D..., Mlle R... connaissait le spiritisme à fond, et longtemps avant moi. Malgré ses grandes convictions, elle fut et resta d’un caractère mondain et plutôt frivole. (Les mêmes causes produisent différents effets, selon les personnes qui les subissent.)

Nombreuses étaient les manifestations qu’elle avait obtenues avant de me connaître ; néanmoins, comme elle me le disait : « jamais elle n’avait reçu une communication sérieuse, encore bien moins supérieure, à elle seule. » Toutefois, il yen avait de fort curieuses. Ainsi, entre autres, elle me montra, écrites en un graphisme bizarre et un style plus bizarre encore, celui du XVII e siècle, des lettres d’amour, adressées à sa sœur par un courtisan de Louis XIV qui prétendait l’avoir connue et aimée dans une précédente incarnation.

Sa médiumnité, très remarquable, ne ressemblait cependant pas à celle de la comtesse D... Ses fluides ne produisaient que peu d’effets physiques et en général ne m’attiraient pas les mêmes entités.

La puissance médianimique de Mlle R... se manifestait de trois façons : par l’écriture automatique, par messages typtologiques et par des incarnations.

Pour obtenir une incarnation, voici quels étaient ses préparatifs :

Après avoir pris une tasse de thé bien fort (elle le disait indispensable à ses réussites) elle s’asseyait dans un fauteuil, en fermant les yeux et en invoquant les Esprits.

SOUVFNIKS KT PUOIU.KMKS HPIHITES

Au préalable, elle nous avait fait assombrir la pièce et demandé de nous recueillir par le silence.

Quant aux incorporations mêmes, voici ce que je pus constater :

Après une attente d’un quart d’heure, quelquefois d’une heure et plus, nous entendions le médium soupirer profondément et puis nous le voyions se lever, se raidir et finalement se plier en arrière pour se renverser lentement, lentement, comme si son corps avait été soutenu par une force invisible, jusqu’à ce qu il fut étendu par terre. Là, il restait quelque temps immobile, comme en catalepsie, en attendant que le phénomène se produisît. A chaque changement de personnalité, un bruit étrange se faisait entendre, bruit qui ressemblait à celui du dégonflement d’un ballon, rempli de gaz.

Quant au réveil du médium, il se faisait sans notre intervention, pareillement à son entrée en trance.

Généralement, Mlle R... s'étonnait de se trouver par terre ; elle ne se souvenait plus de rien, pas plus du moment précédant le phénomène, que du rôle qu’elle avait été forcée de jouer par les entités qui s’étaient emparées de son corps.

Les incarnations diverses, auxquelles j'eus occasion d’assister, n’étaient pas toujours intéressantes, ni même concluantes. Il y en avait souvent d’un caractère absolument vague. Je ne parlerai donc que des seuls cas qui me frappèrent.

Ce fut d’abord l’incorporation d’un médium qui se

soüvmnirs kt prohlèmks spiritfs

disait être le docteur X..., mort à 1 âge de quatrevingts ans, marié, etc., etc. (tout cela avec la voix d’un véritable vieillard, au point de donner le change à quiconque aurait écouté devant la porte). Le complaisant docteur alla jusqu’à nous ausculter et nous donner des conseils en bons termes médicaux.

Une autre fois, ce fut celle d’une suicidée.

Ce fut un spectacle émouvant : Subitement le corps du médium se mit à s’agiter et à se tordre dans des convulsions.

Aussitôt nous entendîmes des cris déchirants. Plaintes sur plaintes se succédèrent. Dans des termes lamentables, l’entité inconnue appela au secours.

Plusieurs personnes présentes, effrayées, et se méprenant sur la cause des cris proférés, demandèrent qu’on réveillât Mlle R..., afin de ne pas la faire souffrir davantage. Une voix étrangère, paraissant celle d’un homme, arrêta aussitôt leurs intentions par ces mots : « N’en faites rien, le médium ne souffre pas ; l’âme de Mlle R... s’est éloignée pour laisser sa place à une malheureuse suicidée. Ne vous inquiétez pas, maïs priez pour elle, cela la soulagera . » (Notez que ces paroles furent prononcées en meme temps que se faisaient entendre les plaintes de la personnalité incarnée dans le corps du médium.)

Mais l’incarnation la plus bizarre, et la non moins concluante, fut celle d une vieille paysanne de la Picardie, qui se disait s’appeler « Sophie » et qui nous raconta en patois picard, avec une volubilité extraordi-

naire, sa vie, passée au marché d Amiens, occupée à vendre des légumes et... à médire du monde. C est à cause de ce défaut, « avoua-t-elle », qu elle ne pouvait encore sortir de sa sphère inférieure sans une nouvelle incarnation.

Et c'est surtout le choix du milieu où cette incarnation devait avoir lieu qui sembla la préoccuper beaucoup. Un véritable colloque s'engagea sur ce sujet entre elle et les assistants. Une personne, trop disposée à rire, lui proposa de se faire « princesse ». Sophie lui répondit très judicieusement, mais en vraie paysanne, « qu’une telle existence ne lui profiterait guère ; qu’elle était trop ignorante encore, pour pouvoir escalader toutes les marches sociales à la fois. »• « Non », conclut-elle, « il me faudra cette fois-ci une famille modeste d’honnêtes bourgeois. »

J’ai indiqué que cette incarnation fut la plus concluante. En voici la raison :

Cette même entité, se disant s appeler « Sophie », s’est manifestée, par la suite, d’une façon absolument identique dans divers groupes spirites, en présence de sommités scientifiques, avec d'attires médiums qui ignoraient ce qui s'était passé chez moi et dont les expériences ne vinrent à ma connaissance que plus tard par les rapports de certaines Revues.

Or, je demande si cette coïncidence, impossible à expliquer par la voie ordinaire, naturelle, toute hypothèse de tricherie étant à écarter, n est pas à elle seule un argument décisif en faveur de la réalité des incar-

SOUVENIRS ET PRORI.KMES SPIRITES

nations ? Que pourront répondre les savants antispirites qui ne cessent de proclamer que la médiumnité est du ressort de la pathologie ?

En effet, si les médiums à incarnations, comme d’ailleurs tous les autres, ne sont que des névropathes, des neurasthéniques à soigner et... à guérir, comment divers médiums, qui ne se connaissent pas entre eux, ont-ils pu avoir — je ne dis pas les mêmes crises d’hypertension, non, — le même langage, nous apprenant les mêmes faits , pendant leurs accès ?

M. Janet, selon ses théories dans l’ Automatisme psychologique, pourrait-il encore nier le phénomène spirite, en l’expliquant par « une simple désintégration psychologique et l’affaiblissement de l’activité personnelle normale ? »

En effet, dans le cas de changement d’avatar par le phénomène d’incarnation, il y a « désintégration psychologique et affaiblissement de l’activité personnelle normale », puisque l’âme du médium est obligée de s’extérioriser pour céder sa place à une entité étrangère et qu’il en résulte fatalement, pour celui-là, un amoindrissement de son activité personnelle normale, mais ces symptômes ne sont-ils pas « effet » et non « cause », comme M. Janet le prétend ?

Les diverses incarnations de la vieille Sophie, excluant autant l’hypothèse d’une fraude que celle d’un désordre pathologique, démentent catégoriquement les conclusions de M, Janet, quand même elles auraient

trouvé leur justification dans les cas que ce savant a eu occasion d’expérimenter.

De cette digression un peu longue, je reviens au deuxième genre de la médiumnité de Mlle R.. ., à ces facultés qui produisaient les phénomènes appelés de typtologie.

Voici les faits se rattachant à ces phénomènes :

Ayant convoqué Mlle R.. . en Suisse, nous y fîmes, pour commencer, des expériences de table tournante, par l’application de nos mains sur un petit guéridon .

Nous n’eûmes pas longtemps à attendre.

Le guéridon se mit en mouvement presque aussitôt et non seulement il frappa violemment, mais il fit de telles cabrioles que nous fûmes obligées de nous déplacer constamment, finalement de cesser.

A notre reprise, la table s’étant calmée, je me mis à poser des questions à la force inconnue, quoique peu enthousiaste de ce genre d’investigation et un peu sceptique à son endroit.

Naturellement, nous convînmes de certains signes et le témoin qui assistait à nos expériences prit du papier et un crayon pour marquer les lettres de l’alphabet, à indiquer par le nombre de coups.

Bientôt un colloque s’établit.

Le commencement en fut banal, mais ayant demandé : « Qui êtes-vous, pourquoi frappiez-vous si véhémentement tout à l’heure ? », la table, ou plutôt la force inconnue, répondit : «Je suisM. de St..., l’ancien propriétaire

de cette villa ; j’ai frappé si fort pour indiquer ma colère contre votre mari. »

Exclamation de ma part.

La TABLE. — Je le déteste ; pas vous, mais lui. Que vient-il faire ici ? La villa est à moi seul.

Moi. — Comment cela? Mon mari ne l’a-t-il pas achetée ?

La Table. — Cela ne me regarde pas. Ce n’est pas moi qui lui ai vendu la villa. Or, je ne la vendrai pas, parce que je l’habite moi-même. Je me promène toujours dans la maison et dans le jardin et je ne suis pas content quand on vient faire le propriétaire chez moi.

Moi.— Depuis quand avez-vous quitté notre monde?

La Table. — Je ne me souviens plus. Je me suis suicidé à Genève.

MOI. — Vous feriez mieux de vous repentir de votre acte téméraire et de chercher à vous détacher de la terre.

La Table — Non, non, je m’y plais et j'y reste. Je ne sais où aller ailleurs.

Moi. — Alors, si vous êtes heureux, ne vous plaignez pas et ne soyez plus si violent.

La Table. —Je ne suis pas heureux, au contraire.

Moi. — Vous n'êtes surtout pas logique. Si vous n’êtes pas heureux, tâchez de le devenir. Priez Dieu, c’est le seul moyen de réussir. Voulez-vous que je prie pour vous?

La T AmÆ. (frappant violemment). — Non, non, non.

Et puis silence.

Or, si nous savions que M. de St. . . s'était suicidé, nous ignorions que cei acte désespéré se jût opéré à Genève . Après information prise, nous apprîmes que c'était réellement à Genève que le malheureux avait mis fin à ses jours. Quant au médium, au moment où le fait se produisit, il en était absolument ignorant. Comme preuve de télépathie, il me semble qu’elle est peu concluante.

Mais il y a autre chose à remarquer Jusqu’au moment même du message typtologique, j’étais persuadée que notre villa avait été le spectacle du drame lugubre qui termina la vie de l’ancien propriétaire.

Voici pourquoi :

A peine installés dans notre nouvelle demeure, en Suisse, j’avais constaté, autant par moi-même que par les dires des domestiques et de plusieurs personnes venues en visite, que la villa était hantée, et ayant su par la suite que M. de St... s’était suicidé, j’en concluais que ce devait être dans notre habitation même.

Maintenant, voici en quoi consistait cette hantise : tantôt c’étaient des pas qui traînaient dans l'escalier, le soir vers onze heures, des pas ayant l'air de provenir de quelqu’un montant péniblement les marches et se dirigeant vers une des chambres supérieures (nous sûmes dans la suite que ce fut celle habitée jadis par l’infortuné propriétaire), tantôt c’étaient des portes qu’on entendait ouvrir et fermer sans cause apparente,

et des pas d'homme traverser ma chambre, etc., etc.; sans compter que pendant les dix années de notre séjour dans la maison, je ne cessai d entendre quelqu’un faire les cent pas sur le sable de notre terrasse, chaque fois que je me réveillais la nuit. Une fois, le bruit des pas était même si fort que mon mari, 1 ayant entendu également, se leva pour se rendre compte si personne ne s’était introduit dans notre jardin.

Après cette explication sur la corrélation entre mes conjectures et les faits, je reprends mon récit interrompu.

Le soir même de notre expérience de typtologie et m’étant couchée, je fus en proie à un pénible et étrange phénomène.

Parfaitement éveillée, mais venant de fermer les yeux pour dormir, je me sens tout à coup empoignée par tout le corps. J’ouvre les yeux aussitôt. A la lumière de ma veilleuse, assez claire, je vois un homme penché sur moi, et si nettement, que je pus distinguer son costume. Ce costume consistait en un complet gris foncé, à petits carreaux, genre anglais. (J’insiste à dessein sur ce délail.)

Je voulus crier. L’entité, c’est-à-dire ce quelque chose qui me semblait un homme, m’en empêcha. 11 me serra même si fortement que je ne pus que gémir d’une façon désespérée. Heureusement, mon mari, habitant une chambre peu éloignée, m’entendit et, m’appelant, me demanda la cause de mes gémissements.

A l’instant même la forme disparut.

SOI J VF-MHS ET PROBLÈMES SPIRITES

Mon émotion calmée, je cherchai à m’endormir, me persuadant que j’avais rêvé.

Peine perdue. A peine les yeux fermés, le même phénomène se reproduisit. Ce n’est qu’après quelques instants d'efforts désespérés que j'arrivai à me dégager de mon mystérieux envahisseur.

Le lendemain, impressionnée autant qu’intriguée par cette aventure, je priai Mlle R. . ., sans toutefois la lui raconter, de se remettre au guéridon avec moi. Le même tapage violent se produisit aussitôt. Et ayant posé des questions à la force inconnue, par l’intermédiaire de la table, celle-ci s’exprima comme suit :

La Table. — C’est bien moi, M. de St. . . Qui voulez-vous que ce soit ? C’est moi également qui suis allé près de vous hier au soir.

Moi. — Pourquoi m’avez-vous effrayée ainsi ?

La Table. — Puisque vous m’attirez.

MOI. — Comment se fait-il que j’aie pu vous voir ? Vous me paraissiez avoir un costume anglais ?

La Table. — Ce n’était pas un costume anglais, mais un costume fait à Genève.

Je passe sur la suite des réponses de la personnalité ; elles furent toutes ou impies, ou frivoles, mais démontrèrent provenir d'une même mentalité inférieure et entêtée surtout.

En outre, f eus la preuve que les troublantes attaques que j’eus à subir ne furent point l'effet d’un délire onirique, comme j’aurais voulu le supposer moi-même, mais bien le fait d’une véritable obsession, et, en fin

de compte, que la maison était bel et bien hantée par l’esprit du suicidé, comme nous l’avions supposé. (Je ne saurais assez insister sur ce détail pour couper court à la sempiternelle hypothèse de télépathie dans les phénomènes spirites. )

Mes expériences de typtologie se bornèrent là Effrayée de ce qui m’était arrivé, je me gardai d’en retenter l’aventure, et aujourd’hui, me resouvenant des faits, je remercie mon bon génie de m’être préservée d’un grand danger. Car, il n’y a pas de doute, si j’avais continué à attirer l’entité malheureuse, j’aurais été maîtrisée par elle, au détriment de ma volonté et de mon énergie propre.

Ceux qui font tourner les tables pour s'amuser s’exposent sérieusement. Et même les scientifiques qui font des expériences avec un esprit trop sceptique, parfois hostile à toute idée religieuse, devraient se tenir sur leur garde. Les évocations spirites ne sont pas à comparer à des expériences de laboratoire : il faut les faire avec une mentalité spéciale, adéquate à la circonstance. Autour de notre sphère planétaire gravitent surtout les entités inférieures qui, par leur lourdeur spécifique, n’arrivent point à s’en détacher.

C'est aussi la raison pour laquelle leurs réponses sont le plus souvent frivoles et révoltantes, quand elles ne sont pas absurdes et incohérentes, par suite du trouble de leurs pauvres âmes et du désir qu’elles éprouvent de cacher la vérité.

Cette réflexion terminant à son tour le rapport de mes expériences typtologiques avec Mlle R,... t j’arrive à la partie la plus importante de mes récits : la faculté extraordinaire d’écriture automatique que possédait ce médium...

Le procédé que nous employions pour 1 évocation des Esprits était des plus simples. Mlle R... prenait un crayon, la main appuyée sur une feuille de papier. Elle restait ainsi immobile et assez indifférente à ce qui se passait. C’est moi qui demandais mentalement à Dieu la communication avec l’une ou l’autre entité invisible, pouvant m’éclairer sur les problèmes de notre vie terrestre.

Malgré les succès précédents de Mlle R... dans ce genre d’expériences médianimiques, nous n’obtinmes aucun résultat à la première séance, qui dura environ une heure. C’est à peine si sa main traçait quelques griffonnages illisibles.

A notre deuxième épreuve, huit jours après, à la mèine heure, déjà notre attente était moins longue. Des zigzags, des bâtons et enfin des caractères se formaient. Mlle R m ayant dit que, depuis quelque

temps, elle avait cessé ses évocations, je compris notre apparent insuccès et ne me décourageai pas. Je savais par l'étude des livres spirites que certains médiums ont besoin d'un entraînement, tandis que chez d’autres (j’en eus la preuve par la comtesse D...), le phénomène se produit presque instantanément. A la troisième séance, nous eûmes enfin un message. D’incohérent d’abord, il devint bientôt, par le changement du correspondant invisible, extrêmement clair et compréhensible.

Cette réussite fut le signal d’une longue suite de communications et de faits imprévus dont je m’efforr cerai de reproduire une grande partie ; du moins celle qui pourra servir à convaincre de laréalité de la survie* delà possibilité des rapports entre les deux mondes, visible et invisible, et enfin des enseignements utiles à en tirer.

Il existe, certes, un grand nombre de communications très intéressantes, mais peu, il me semble, ont autant le cachet individuel que celles, produites par la médiumnité de Mlle R... l’espère le prouver par la suite, car c’est précisément dans ce cachet individuel que réside toute la force persuasive du message spirite. En effet, de nombreux médiums ont écrit des pages très belles, automatiquement, et dont la teneur ne pouvait venir de leurs propres facultés, mais ce que non seulement les incrédules, mais même les psyckistes leur reprochent, c’est de ne /as Jonrnir la preuve , que ces superbes tirades ne viennent pas d’une

SOUVENJKS ET UHOBLÈMES SPIRITES

cellule particulière de leur souvenir latent et, par suite, leur valeur morale, quelquefois très grande, n’est pas suffisamment appréciée, surtout de la part de ceux qui n’ont pas assisté à leur genèse.

J’ai vu, en effet, certains expérimentateurs, très sincères, se demander s’ils ne se trouvaient pas plutôt en face de la manifestation d’une conscience collective que devant l’émanation intellectuelle d’une mentalité distincte, quoiqu’invisible et étrangère au médium. Par conséquent, le point important, dans les communications, n’est pas tant leur valeur réelle, que leur provenance d'un défunt , c’est-à- dire, d’un esprit humain de notre terre, de notre société meme, ayant franchi le seuil de l’énigmatique zone que nous ouvre ia tombe.

Avec les entretiens que m’a procurés la médiumnité de Mlle R.... (comme du reste celle de la comtesse D....), un pareil doute ne pouvait facilement surgir dans mon esprit. A chaque nouvelle signature, je me sentais , malgré ma tendance au doute, en face d’une personnalité nouvelle et distincte.

Beaucoup de spirites avancés ont recommandé de ne pas appeler différents esprits, ce procédé attirant des farceurs dangereux, et de se contenter des instructions d’un seul esprit-guide. Je ne leur donne pas tort. En règle générale, c’est plus prudent. Cependant, pour ma part, j’avoue que je n’aurais pas la conviction que je possède et ne considérerais pas la publication des pensées, quoique souvent très justes et quelquefois très belles, obtenues par ces communications,

comme utile, si je les avais seulement vues se produire automatiquement, mais sans changement de mentalité, par conséquent de moralité, de caractère, d’opinion, en plus, de nationalité et enfin de positio7i astrale .

En effet, quelque bien qu’écrivent parfois les invisibles, les grands écrivains de notre monde matériel les dépassent dans l’art d’écrire ; et quant à la morale qu’ils enseignent, l’on a prétendu, avec plus ou moins de raison, que ceux qui ont soif de préceptes supérieurs, peuvent se contenter de ceux que les grands initiés nous ont transmis, depuis Bouddha et l’incomparable Jésus jusqu’à nos jours.

['ajouterai encore : même ces messages spirites, si curieux, qui nous font passer le seuil d’un autre monde et qui nous éclairent sur notre destinée future, même ces messages, dis-je, sont dépourvus de valeur, si leur rédaction n’est pas, en quelque sorte, frappée de l’estampille de l’identité de leurs auteurs invisibles; car, sans cette estampille, ce cachet particulier, chacun a le droit indiscutable de se demander s il ne se trouve pas devant de pures élucubrations fantaisistes d un soi-disant médium qui veut nous conduire dans un pays de contes de fées (i).

(I) Je fais une sensible différence entre les communications qu’on obtient par la typtologie et celles qui nous viennent par l’écriture directe ou automatique. Les premières sont à classer parmi les phénomènes physiques malgré leur côté intellectuel. Or, c’est là ce qui les rend dangereuses. Aucun Esprit supérieur

SOU VENU* s ET PROBLÈMES SPIRITES

Ce qu’on a tant critiqué, voire ridiculisé : les évocations de personnalités connues, ce péché, je m en confesse, je l’ai à mon actif. Il ne m’en est pas résulté de malheur, puisque je suis saine et sauve, et si, d’autre part, leur publication ouvrait le champ à la discussion, loin de m en plaindre, je serais satisfaite, comme je l'ai dit ailleurs.

Le spiritisme surtout ne doit pas fuir la libre discussion. C’est dans ce système que git sa grande force convaincante.

En effet, loin de craindre les attaques, loin de crier « anathème » à ses détracteurs, « d’interdire » les livres qui le calomnient en le ridiculisant, au nom des théories d’un matérialisme sceptique et gouailleur ou d'un occultisme autoritaire et contradicteur, d’une théosophie, sublime certes, mais caduque sans l’aide du spiritisme, et eniin d’un satanisme abracadabrant— il provoque la controverse, au grand jour, sûr d’avance qu’il en sortira vainqueur.

Les admirables orateurs spirites l’ont maintes fois prouvé.

Quant aux communications diverses que je vais étaler au grand jour, je m’attends à les voir critiquées. Certaines ont déjà eu les honneurs du combat. Mais

ne viendra jamais se manifester par coups trappes. |e tiens ce renseignement de certaines entites elevees qui in ont dit qu’il leur serait impossible de se communiquer par la typtologie, en raison de la nature de leurs fluides, trop subtiles pour produire un effet sur une matière grossière, comme le bois d’une table.

qu’importe la raillerie ! Au fond, quoi qu’on en pense, elles serviront peut-être la cause de l’immortalisme et c’est là mon seul but.

Après cette déclaration qui ne me semble pas inutile, je reviens aux phénomènes intellectuels obtenus par l’écriture automatique de Mlle R...

Ayant dit qu’à la troisième expérience nous eûmes un message clair et compréhensible, je m’empresse de faire remarquer que dès le premier mot de ce message, signé par un nom de baptême masculin, la main du médium, sans qu’il y prît garde, s'inclina lentement vers la gauche pour produire cette écriture que les graphologues ont appelée sénestrogyre, et forma des caractères petits, légers, mais nets et très lisibles, quoique tracés avec une grande vitesse.

L’Esprit qui se communiqua s’offrit spontanément à me donner des leçons de philosophie. Far la suite, il me servit constamment de guide et nous amena tour à tour d’autres personnalités. Ces personnalités, nous finissions par les reconnaître à leurs diverses .écritures. En effet, celles-ci étaient si distinctes, si caractéristiques, qu’elles auraient pu servir d’études de graphojogie. Mais le fait plus bizarre était qu’elles se reproduisaient, â chaque retour d'un de ces invisibles correspondants, sans l’ombre de nuance, même à six mois de distance ! t.Jue je les appelasse, ou qu’ils vinssent de leur propre chef, souvent dès les premiers mots tracés, je reconnaissais mon mystérieux visiteur, du moins pour le personnage pour lequel il s'était

donné . L’Esprit-Guide intervenant, aussitôt la main du médium se renversait pour reprendre sa petite écriture ronde et fine ; jamais d’erreur sous ce rapport.

Par ce procédé si frappant — à moins de croire le médium d’une habileté inouïe -— il m était difficile de ne pas me sentir comme en face d une individualité nouvelle et distincte. J’ai gardé soigneusement toute cette collection de messages divers. Parmi ces écritures, il y en a de belles, de laides, de grossières, de curieuses et... d’illisibles. Il y en a que nous pouvions seulement déchiffrer à la loupe , d’autres, comme celle portant la signature d’Eugène Nus, n ont jamais pu être déchiffrées, quoiqu elles soient très formées, très coulantes, presque élégantes. (Bien différente de l’écriture du médium et impossible à imiter.)

L’entité du médecin dont j’ai eu occasion de parler à propos de nos phénomènes d’incarnations, nous écrivit des ordonnances absolument dans ce graphisme particulier, cher à presque tous les docteurs ès science médicale et que seuls les pharmaciens ont le génie de déchiffrer.

Un autre correspondant, se disant le chevalier de Baudricourt, nous parlant de son enthousiasme pour Jeanne d'Arc, traça des caractères qu’on aurait pu supposer provenir d’une épée plutôt que d un crayon.

Un ami mort et appelé, se fit facilement reconnaître à son écriture de vieux rhumatisant.

De mon père, j’obtins sa propre signature, extrêmement caractéristique. Un message de Pie IX et

dont je reproduirai quelques passages, nous frappa par la façon particulière de former les « s » dont ce pape avait l’habitude et que tout le monde a pu remarquer dans la signature en dessous de ses portraits»

En dehors de ces pages autographes, le médium produisait quelquefois cette écriture « à l’envers », qu’on peut seulement lire à l’aide d’un miroir et que les Allemands ont appelée « Spiegelschrift ». D’autres fois encore la main de Mlle R... écrivait, et sans regarder, de bas en haut et de haut en bas, alternativement, de sorte que pour lire, je dus tourner autour d’elle, ce qui avait l’air d’amuser le mystérieux interlocuteur, certes, un peu porté à la plaisanterie. Pour certaines écritures, la main du médium était comme soulevée du papier, un fluide ayant l’air de l'attirer ; pour d’autres, par contre, les fluides semblaient s’appesantir sur ses doigts en les rendant ainsi très lourds à remuer. Mlle R...se plaignait alorsde grande fatigue.

Toujours c’étaient les communications pieuses et morales qui étaient le plus légèrement tracées ; celles de personnalités mondaines ou banales, ou bien récemment décédées, s'annonçaient par leur graphisme noir et lourd.

Mais ce qui était plus remarquable encore que cette grande diversité d’écritures, c’était la facilité avec laquelle Mlle R... écrivait des messages en un grand nombre de langues dont elle ne connaissait pas une stule , qtielquefois pas même un mot .

Nous eûmes ainsi, outre les communications en fran-

çais, de nombreuses phrases entières en anglais, allemand, italien et espagnol ; une fois même, après quelques efforts, en grec !

Naturellement, dans ces cas, le médium ne put se lire lui-même.

Pour ma part, grâce à ma linguistique, j’eus l’avantage de pouvoir communiquer avec les invisibles, comme si j’étais seule. Et de nouveau, j’eus ainsi des entretiens fort intimes avec l’esprit de ma mère, dont les conseils et encouragements me paraissent aujourd'hui plus compréhensibles qu’alors, à cause des événements qui se sont succédé depuis.

Plusieurs personnes, auxquelles j’ai raconté le phénomène de ces messages polyglottes, prétendirent que le médium aurait pu simuler son ignorance, afin de me mystifier davantage. Cette hypothèse me parait difficile à admettre. On ne se fait pas passer pour plus ignorant qu'on est (sauf dans des cas spécialement graves et uniques ); d’ailleurs, dans la vie quotidienne et intime, une telle comédie ne saurait réussir.

D’autres supposèrent que ces messages en langues differentes pouvaient être le reflet de mes propre? pensées dans ces idiomes. Cette dernière supposition est facile à réfuter par ce fait, que je ne sais pas le grec et que, même en espagnol, je n’aurais pu m’exprimer aussi facilement que mon mystérieux interlocuteur.

Du reste, tous les Esprits ne parlaient pas egalement toutes les langues indiquées ; ils disaient même ne connaître que celles qu’ils avaient apprises dans leurs

incarnations précédentes. J’ai pu me convaincre de l’exactitude de ce fait, car, quelquefois, mes correspondants mystérieux me répondaient en français, tandis que je parlais une autre langue, m’avouant que, s'ils « sentaient » le fond de ma pensée, ils ne savaient y répondre autrement que dans les langues qu’ils avaient acquises dans leurs incarnations, et que même le médium avait connues dans une autre existence. Or, si tous ces messages en langues diverses n’avaient été que le reflet de mon propre savoir, l’effet de ce reflet aurait-il pu varier avec le changement des personnalités ?

Et d’ailleurs, comme je m’étonnais de la facilité avec laquelle le médium écrivait l’allemand, écriture que Mlle R... avait d’abord prise pour un gribouillis informe, on me répondit « qu’elle avait été précédemment incarnée en Allemagne ».

Par l’exposé des circonstances qui entouraient les phénomènes intellectuels de Mlle R..., je crois avoir suffisamment prouvé que toute idée de tricherie de sa part, ou de télépathie de la mienne, doit être exclue et que son écriture automatique ne laisse d’autres hypothèses (i) que celle de l’intervention d’entités distinctes et extra-terrestres.

Il est vrai, l’on a prétendu que, quoïqu'inconsciemment, le médium introduit toujours une part de luimême dans les communications qu’il donne. Ne vaudrait-il pas mieux remplacer le circonstanciel : « toujours », par celui de « quelquefois » ?

Mon expérience m’a procuré cette conviction.

(1) Certains savants ont prétendu qu’ils peuvent reproduire, à volonté, l'écriture automatique, à l’aide d'hystériques, que les graphismes divers et même les soi-disant entités ne prouvent que la force de la suggestion. Voici ce qu’en simple logique on peut leur répondre :

« L'expérience des écritures automatiques, faite avec le concours d’hystériques, ri exclut pas le phénomène médianimique, au contraire ; les hystériques sont souvent des médiums, quoique les médiums ne soient pas toujours des hystériques. Ni la comtesse D... ni Mlle R... n’étaient des hystériques, pas plus que les autres médiums dont j’aurai à parler par la suite.

Du moins, dans les communications qui vont suivre, il n’y a rien de la mentalité de Mlle R... (Ma sincérité m’oblige de reconnaître que, dans plusieurs messages d’un ordre privé et se rapportant au médium et à sa famille, il m'a semblé percer quelque chose qui faisait soupçonner que l’Esprit était influencé, voire gêné par elle.) Mlle R..., pas plus que la comtesse I)..., n’était d’une nature sérieuse, encore moins portée à l’étude de sujets théologiques. C'est donc tout au plus le style de l’invisible qui a pu subir, en partie, celui du medium. Ce ne serait, du moins, pas impossible, surtout les Esprits qui habitent des sphères éloignées, ayant de nombreux obstacles à vaincre pour se communiquer par l’intermediaire d’un organe étranger. Et ceci étant, il est d’autant plus surprenant que j’aie pu obtenir, comme je l’ai démontré précédemment, certains ternies jamiiiers aux défunts qui se communiquaient dans leur style propre et même dans des langues étrangères.

Après ce préambule, arrivons enfin aux communications.

J’ai dit que le premier message sortant de la banalité était signé d'un Esprit qui se proposa de me servir de guide et instructeur. Or, ce qui me sembla le plus utile pour commencer, c’était de lui demander « par quel moyen il pouvait correspondre avec les Terriens ».

Voici sa réponse :

« Nous sommes près de vous par rayonnement. Les Esprits qui sont déjà à un certain degré d’élévation

restent dans les sphères élevées ; leurs membres, qu’ils avaient sur la terre, devenus des rayons, sont d’autant plus nombreux que l'Esprit est plus éleve, en sorte que. si les inférieurs restent attachés à un endroit, les plus parfaits sont à plusieurs endroits à la /ois ) par la multiplicité de leurs rayonnements. »

Et lui ayant demandé « comment il fallait comprendre Dieu », il répondit :

« Il ne faut pas croire'que dans Pespace tous les Esprits voient ou connaissent Dieu ; il y a, d’ailleurs, pour chaque sphère des émissaires de Dieu. Pour la terre cest Jésus Christ qui est un de ces émissaires ; c’est pourquoi on l’appelle, avec raison, le Messie .

Jésus-Christ est donc comme le Dieu de cette planète. Il est une incarnation de la puissance divine ; c’est pourquoi il faut le prier comme P intermédiaire entre les Terriens et le Dieu, puissant créateur. C’est un Esprit supérieur, le plus merveilleux qui ait vécu sur la terre où du reste il est venu trois fois. Avant il s’ap pelait Chrisna. Sa première incarnation est antérieure à tout ce qui est connu des historiens . (Je sais cela, comme vous le saurez plus tard.)

Le Christ habite une planète d’un autre univers, ou plutôt d’une autre zone, celle des Esprits qui sont très voisins de Dieu. Priez le Christ et cela suffira.

Ce n’est pas telle ou telle formule qui conduit à Dieu, c’est la force du cœur s'élevant vers l’infini et cherchant à se rapprocher des messies pour arriver à Dieu. »

A une autre question dont je n’ai pas gardé la formule, il répondit : « Le cœur est la porte par laquelle nous arrivons aux sphères élevées, et Vamour du prochain est la loi inéluctable qui doit régner sur nos actes et nos pensées. »

Il me semble qu’on conviendra facilement que les idées ci-dessus reproduites ne sont pas celles d’une jeune demoiselle, avide d’amusements mondains ; il ne me reste donc qu’à répondre à ceux que j’appellerais volontiers « les télépathistes», à cause du cercle étroit de télépathie, dans lequel ils tournent sans cesse, et qui diront encore, comme cela est arrivé, « que l'enseignement del’Esprit-Guide n’était autre que le rayonnement de ma propre mentalité » .

Je leur réponds : Si ma mentalité, d’après l’exposé que j’en ai fait, peut prêter à cette supposition, mon explication'plus récente en tête de mes rapports avec Mlle R. . . l’a tuée dans le germe.

En effet, ne me suis-je pas empressée de dire : « De mes premières expériences, je n’avais retiré que la preuve de la survie et de l’existence de Dieu comme conséquence fatale ; je ne suis arrivée au christianisme que plus tard ! »

Or, rien de plus positif. A l’époque où l’Esprit-Guide se manifesta, je n’étais rien moinsque chrétienne, c’està-dire croyant au Christ . Celui que j’appelle aujourd’hui le «Maître sublime» me semblait, s’il n’était pas le héros d’un simple mythe, tout au plus une personnalité historique, quoique évidemment doublée d’un

homme extraordinaire. Pour cette raison, tout ce culte que je voyais lui rendre me scandalisait; il me paraissait comme un blasphème contre la Divinité unique.

« Diviniser un homme pour l’adorer comme Dieu, c est ressusciter le culte païen des Grecs ! » m étais-je souvent écriée.

Quel ne fut donc pas mon étonnement quand, dès la première missive de l’Esprit-instructeur, j y lisai le contraire de /’opinion que je m étais faîte ! Je ne savais quoi penser. Mon orgueil se révoltait, car il m’en coûtait de revenir sur mes pas, si la suite de mes investigations dans le domaine de l'invisible allait donner une sanction aux paroles de l’Esprit-communicateur.

Ce que j’avais vu du christianisme par les divers travestissements sectaires m’avait tellement déplu, qu il fallait l'étrangeté, le phénoménal, dans la voie de l’information, pour m’y faire seulement arrêter un instant.

Ainsi, comment les révélations de l’Esprit-Guide pouvaient-elles s’être produites par la lecture de ma pensée ?

En tout cas, une telle supposition ne pouvait surgir à mon esprit à moi, pas plus qu’elle ne viendra à l'idée de qui est vraiment libre de tout parti pris.

Il en est de même pour « les diverses incarnations du Christ » dont m’avais parlé le guide ; car cette pensée pouvait encore bien moins être le reflet de la mienne. (Je mets le médium hors de cause : pour frauder, elle n’avait pas besoin d’une invention nouvelle et à laquelle

SOrVENlItS ET PROBLÈMES SPIRITES

elle me savait hostile.) Aujourd’hui que je suis convaincue de la loi de la réincarnation, je me demande si cette parole qu’on prête à Jésus : « Avant Abraham je suis», et qui a été si étrangement interprétée par l’Eglise (qui ignore la vérité grande des vies successives), ne trouve pas son explication simple et claire dans le fait des diverses incarnations du Christ, énoncées par l'Esprit en question.

Mais je reprends mes communications où je les ai laissées, en dédaignant, désormais, de m’arrêter à toute hypothèse de télépathie, d’automatisme psychologique, de manifestation subliminale, etc., etc., pour poursuivre le fil de mes récits.

Donc, ayant, àl’évocation suivante de la même entité invisible, posé des questions sur le Christ, sur sa naissance, la nature de Dieu, etc., l’Esprit-Guide me répondit :

« Ecoutez-moi. Je ne puis vous renseigner ni sur la naissance du Christ, ni sur certaines parties de l’Évangile et de la nahtre de Dieu , pas davantage sur certains passages, restés obscurs, dans ce qui concerne la vie terrestre de Jésus. Ce dernier point, uniquement parce que vous ne comprendriez pas. Ce n’est pas que je veuille vous cacher quelque chose, mais parce que je serais obligé de me servir de mots inconnus et de termes dont vous n’avez pas l’équivalent. Tout cela sera décoîtvert dans un temps plus éloigné ; il faut que la science ait d’abord prouvé par les mathématiques ce ce qui est encore ignoré. L’astronomie fera de grands

SOUVEN1US E'r i'Kühi.èmes simiutes

progrès dans le prochain siècle (i) et lorsqu’elle se trouvera en possession de trois ou quatre éléments qui constituent la clef des mystères non dévoilés, on pourra faire encore un grand pas vers l’infini, mais la porte n est fias encore ouverte . »

Ne me sentant pas satisfaite par cette réponse et toujours avide de saisir quelques pensées, sujettes à réflexion, je posai de nouvelles questions à l’entité invisible. J’en extrais l’entretien suivant :

M OI . — Mais que faut-il penser des Évangiles en général? Il me semble impossible qu’ils contiennent, comme l’Église catholique le prétend, la vérité absolue}

L’Esprit-Guide. — Non, évidemment ; mais vous en savez bien assez pour être une bonne et charitable àme. Et puis, croyez-moi : si la lumière pouvait se faire en l’espace de quelques jours, par des communications, vous feriez d’énormes bêtises (sic).

MOI. — Alors j’ai tort d’avoir soif de vérité ?

L’Esprit-Guide. — Vous avez tort de vouloir aller au fond de cette philosophie. Personne nira de ce siècle: telle est la volonté de Dieu. Tout le monde cherchera et tout le monde tournera autour de la vérité.

Moi. — Donc, me voici arrivée à Tapogee de la vérité à acquérir. Il me semble que vous me répondez comme le Père Félix (2)!

(1) Ces communications datent de 1895.

( 2 ) Je reproduirai les curieuses réponses du Père jésuite en question, par la suite.

L’ESPRIT-GuiDE. — Non, je ne vous parle pas ainsi. Soyez raisonnable. Ne vous ai-je pas appris à aimer et à prier le Christ ? Je vous ai ouvert l'horizon aussi loin que vous êtes à même de le percevoir ; je vous ai fait franchir l’espace très rapidement, bien plus vite qu’on ne le franchit ordinairement, parce qu’en tout temps on a affaire à un médium peu formé et que sur cent communications, il y en a à peine dix qui vaillent quelque chose ; tandis que toutes celles que vous avez obtenues ont été un éclaircissement très vif. Ce n’est pas parce que vous aurez fait en trois semaines le chemin qu’on fait en dix ans, que vous devez croire, qu’à cause de cela, vous arriverez là où Dieu ne veut pas encore qu’on arrive. »

Ce jour-là, les fluides du médium étant épuisés, l’entretien cessa à cette exhortation qui ne me satisfit qu’à moitié. A une évocation ultérieure, la conversation suivante s’engagea entre l’Esprit-Guide et moi :

Mol. — Pouvez-vous me dire de quelle époque date le culte de Marie, la mère de Jésus, et quelle en a été l’origine ?

L’EsPKIT-Gltde. — Cela remonte au moyen âge. 11 a été du à quelques visions de moines et à la protection qu’elle leur a donnée.

Moi. —- Le culte de Marie n’est-il pas exagéré ?

L’Esprit-Guide. — On a toujours raison d’honorer et de prier les saints ; cependant les prêtres en ont abusé et le peuple ignorant les a imités. Dans certains pays,

SOUVENIRS ET PROHI.EMKS SI'IRITES

le culte de Marie ressemble à de l’idolâtrie : le progrès fatal le fera disparaître.

Moi. — Que faut-il penser de la résurrection de

Lazare ?

L’Esprit-Guide. — Lazare était dans un état très particulier, voisin de la mort ; le Christ, ayant des fluides extraordinaires, a pu empêcher le périsprit de Lazare de se dégager au moment où il allait le faire et ainsi ce périsprit est rentré dans la matière.

Moi. — Cependant, comment comprendre la décomposition du cadavre qui s'était Jait sentir ?

L 'Esprit-Guide. — Ce n’est pas conforme à la vérité.

Moi. —Une autre question. Qu’est-ce qu’il faut penser de l’Apocalypse ?

L’Esprit-Guide. — L’Apocalypse est une confusion énorme des visions des apôtres qui ont voulu se renfermer dans certains dogmes à eux , au lieu de se contenter d’examiner et d’étudier (i).

Moi. — [e m’en suis toujours doutée. Voulez-vous

(1) Cette phrase laisse à désirer comme clarté. Qui est-ce qui a fait cette « confusion énorme des visions des apôtres » ? Sont-ce les apôtres eux-mêmes ? Il est probable qu’il manque quelque chose au texte de la réponse. Peut-être faudrait-il la compléter de cette manière : « L’Apocalypse est une confusion énorme des visions des apôtres (de la part de leurs disciples) qui ont voulu se renfermer dans certains dogmes à eux au lieu de se contenter d’examiner et d'étudier. »

SOrVKNIHS HT PHOHLKMES SPIHITES

me dire maintenant ce qu’il faut croire à propos des miracles dont l'Eglise catholique s’honore? Y a-t-il jamais eu des faits qui dérogent aux lois naturelles et qu’aucune science ne saurait expliquer?

L’Esprit-Guide. — Non. Tout peut et doit s'expliquer, On a répandu un tissu d’erreurs qui ne servent qu’à développer le matérialisme. L’athéisme même a sa source dans la fausse doctrine sur la Divinité. Dieu n’est pas une personnalité définie qui a le don de l’ubiquité, par miracle , c’est une puissance indéfinie et infinie. Pour comprendre Dieu, il faut déjà être monté assez haut pour n’avoir plus rien de commun avec la Terre. Je vous le répète: N’attendez pas d’explications personnelles d’aucun de nous (i). Nous ne savons que par les dires de ceux très avancés qui viennent, de temps à autre, nous instruire en aidant à notre progression.

Moi. — Alors, parlons d’un autre sujet, peut -être plus à votre portée : des anges. Ai-je tort de ne pas y croire?

L’ESPRIT-GuiDE. — Les noms ne signifient rien.

Moi. — Par « anges », j’entends 'les Esprits, créés purs , tels que l'Eglise nous l’enseigne.

L’Esprit-Guide. — Il n’y a pas d’êtres créés plus parfaits les uns que les autres ; ce serait une monstrueuse injustice.

(1) Un « guide » n’est pas toujours un esprit d'une sphère absolument supérieure. D’après l'ensemble des enseignements spirites, les guides sont les âmes des parents et amis morts.

SOUVENIUS ET lUtOliLÈMES SIMUITES

Moi. — Alors les « archanges planétaires » de la Kabbale ?

L’Esprit-Guide. — C'est faux.

Moi. — Et ceux de l’Eglise catholique ?

L’Esprit-GüIDE. — C’est faux. Par archanges, l'Eglise catholique a voulu parler sans savoir. Ceux que réellement nous appelons ainsi, ce sont des Esprits habitant des planètes beaucoup plus elevées et qui sont Us savants de l'espace (i).

Notre entretien se termina par cette explication.

L’Esprit-Guide s’étant annoncé une autre fois, il écrivit spontanément ce qui suit :

« .Je vais vous dire quelques mots sur la nécessité de « croire en soi ».

Je m'explique :

« La nature humaine est faible ; elle ne porte pas

(l) Dans la Rénovation religieuse , M. l'abbé Petit, sous la dictée de guides d’un ordre très élevé,écrit à propos des chœurs angéliques : « On aurait tort d'y voir des individualités : ce sont des entités émanées de Dieu, participantes à sa nature, mai s n’étant pas Lui ; en d'autres termes, ce sont les lormes objec tives des facultés de Dieu... Comme hyposiases divines, ils portent alors dans l'Ecriture le nom d 'Elohbn, les dieux . » Ch. II, p. 40-41.

Il n’en est pas moins vrai que les défunts charges d'un message portent ajuste titre le nom d'anges, messagers , et même parfois celui d'archanges, quand le message comprend une association d’âmes réunies dans un but déterminé. Le nom d anges, messagers, désigne la fonction et non l’état ; il peut s appliquer indifféremment à quiconque parle et agit au nom de Dieu, c est-à dire avec une mission divine déterminée. Ainsi le nom d'anges a un sens plus étendu qu’on ne le croit généralement.

en elle-même la nécessité de cette croyance en soimême que Jésus-Christ a enseignée et préconisée par ces paroles :

« Si vous aviez la foi, vous transporteriez les montagnes. »

« Or, ceci est vrai ; nulle parole du Christ n'a été dite sans qu’elle doive porter ses fruits. En toute chose vous manquez de foi. Dieu a mis dans la nature humaine une parcelle de la Divinité, pour que vous vous sentiez le pouvoir de faire les choses avec la volonté de Dieu et avec votre puissance personnelle. Si vous croyez qu'une chose réussira, il est bien rare qu’elle avorte. Donc il ne faut pas douter. Il faut persévérer et avoir la confiance et la certitude de réussir. Je vous dis cela, parce que je sais que Dieu n’abandonne pas les siens et qu'il veille sur ses créatures. Oui,mon enfant, le doute est une arme que vous donnez aux Esprits mauvais qui cherchent à contrarier vos efforts. Ils se servent de vos émanations fluidiques pour faire avorter vos projets, tandis que par la foi immuable, qui est un fluide, une parcelle divine retournant à la Divinité , vous établirez un courant qui les empêche de vous approcher autant. En effet, ils sont effrayés alors et vous laissent, pour ne pas avoir à se garer de ces émanations, antipathiques à leur nature inférieure.

« Les jours meilleurs viennent toujours , ne serait-ce que dans la vie future. »

Revenant à mon objection contre 1 adoration du Christ, je dis à l’Esprit-Guide ce qui suit :

MOI. —Comment Dieu peut-il permettre qu’un autre que lui soit adoré comme Dieu, et que précisément les êtres qui ont poussé cette erreur très loin, soient très élevés après leur mort (i) ?

L’Esprit-Güide. — On vous a déjà répondu à ce sujet. Ea croyance en la divinité du Christ était la conséquence du siècle (2) qui donna naissance à ce dogme ; car il importe peu, comment le bien et la vertu existent, pourvu qu'ils existent . Reportez-vous aux paroles du pape (3). Du reste, tous ceux qui ont adoré le Christ ne se trouvent pas élevés et ensuite, puisque le Christ est le médiateur, il a le pouvoir de favoriser ceux qui lui sont fidèles.

Moi. — D’après ce que vous dites, il y aurait donc encore des privilégiés dans l’autre monde ; 1 injustice ne se bornerait pas à cette Terre ?

L’Esprit-Guide. — Non, vous comprenez mal. Ils ne sont pas privilégiés parce qu'ils ont adoré le Christ , mais parce qu’ils possèdent de nombreux mérites.

MOI. — Par conséquent, il est tout à fait égal que j’appelle Dieu : Allah, Bouddha, Jéhovah, Zeus, etc., etc.

(1) Je fis cette supposition comme conséquence à des communications d’autres Esprits.

(2) Concile de Nice au iv # siècle.

(3) Je donnerai plus loin une évocation signée de Pie IX où cet Esprit traite le même sujet.

L’Esprit-Guide. — Oui, absolument. D’ailleurs, Bouddha était aussi un envoyé céleste ; un Christ pour l’Extrême-Orient (i). »

Cette réponse m’ayant satisfaite plus que les autres, notre entretien en resta là.

L’Esprit-Guide, présidant presque toutes mes évocations et s’annonçant dans les intervalles qui séparaient la manifestation des diverses entités dont j’aurai à parler, je lui posai constamment des questions sur une foule de choses, se rapportant à nos croyances, à nos préjugés, à notre morale et même à nos légendes historiques. Un jour, lui parlant de Jeanne d’Arc, je lui dis :

Moi. — Pouvez-vous m’apprendre de qui émanaient les voix que cette jeune fille de Domrémy prétendait entendre ?

L’Esprit-Guide. — Elles émanaient d’Esprits qui voulaient le triomphe de la France.

Moi. — Mais elle était donc bien intéressante, la France de cette époque , pour que Dieu permît une chose aussi extraordinaire ?

L’Esprit-Guide. — Oh I elle n’était pas plus intéressante qu'à d'autres époques. Il s’est seulement

(1) Aux personnes religieuses qui se scandaliseraient de cette doctrine, il est utile de rappeler ce qui est dit du Christ, dans la Rénovation religieuse :

(( Le Christ est non seulement un personnage historique, mais un principe, principe divin agissant dans le moade. »

Le Bouddha et surtout Jésus ont été la manifestation dans la chair, l’incarnation du principe divin.

trouvé des circonstances particulières. I) abord, un médium comme Jeanne d’Arc, doublée d un grand patriotisme; puis le fanatisme de plusieurs Esprits guerroyeurs ; mais, surtout et avant tout, la nécessité de faire cesser une guerre qui durait depuis trop longtemps. Dieu ne pouvant plus tolérer un pareil carnage^ certains Esprits ont obtenu la permission de terminer la guerre en inspirant Jeanne d Arc. Mais Dieu, certes, voulait aussi aider le roi.

MOI. — Cependant il n était pas méritoire, Charles VII ! On comprend donc encore moins cette intervention particulière et extraordinaire à propos de sa pauvre personne.

^'Esprit-Guide. — Je crois que les vues de Dieu ne sont pas absolument pénétrables !

Et m’étant exclamée de nouveau, l’Esprit termina en s’écriant : « Les guerres, surtout autretois, étaient des fléaux nécessaires ; il fallait que chacun eut son tour de victoires et de défaites, afin de soutenir le progrès et permettre aux humains de ne pas trop s’enorgueillir. Dans un avenir, encore un peu éloigné, il est vrai, il n’y aura plus de guerre. C'est à l’époque où le vrai christianisme se sera répandu sur la Terre. »

Mais je laisse les entretiens avec cette entite qui se disait « mon Esprit-Guide » pour montrer les communications d’autres personnalités, le changement des personnalités, je le répète, me semblant être le point important dans la démonstration de la survie. Je dirai

SOUVENIRS ET PHOHLÈMES Sl'IRITES

seulement, avant de terminer cette série d’entretiens, qu’ayant demandé à cet Esprit « pourquoi il ne signait que d’un prénom et s'il ne voulait me dire le nom qu’il portait avant de quitter la Terre », il me répondit de la façon suivante :

L’Esprit-Guide. — 11 vous faut des noms et il faut encore que vous sachiez qui est cet Esprit et tel autre. Et les prénoms ne vous suffisent pas. Mais sachez donc que /’infini ressemble à une immense fra iernité où il n’y a que des prénoms et un seul nom de famille : fils de Dieu et de l’éternité.

Cette réponse me plut infiniment. Qu’elle vint de Paul, de Jean ou de Jacques, elle contenait un précieux enseignement pour nous autres Terriens, qui attachons une si grande valeur aux noms et ne regardons comme nos frères que ceux qui nous sont dûment présentés.

De cette réflexion, qui toutefois ne me paraît pas devoir s’appliquer aux évocations d’Esprits différents, toute la valeur du spiritisme étant dans ia possibilité de la communion avec les défunts, autant connus qu’inconnus, j’arrive à cette communication, obtenue de Pie IX, à laquelle précédemment il a été fait allusion. C’est PEsprit-Guide qui m’obtint « cette faveur »,

« grâce à mon désir extrême de m’instruire, pour arriver à ma conviction religieuse », comme il le disait lui-mème.

Naturellement, je ne prétends pas fournir la preuve absolue de l'identité du pape, comme cela ma été possible pour celle de ma mère. Sauf le graphisme de

SOUVENIRS ET PROBLÈMES SPIRI'l'ES 105

sa signature, je ne connaissais rien de lui. Aussi, en l’appelant, je fus un peu sceptique quant au résultat à obtenir. Je me proposais de faire de ses paroles une simple étude de comparaison.

Cependant à ceux qui prétendraient qu’on ne peut supposer qu’un pape se dérangerait pour une simple mortelle, une femme quelconque qui l’appelle, je répondrais que je ne puis être du même avis, quelle que soit l'humble condition de ma persotine. En voici la raison : Un pape, dans l’autre monde, sent parfaitement qu’il n'est pas plus qu’une entité quelconque, à moins de posséder une âme plus avancée ; ce qui n’est pas nécessairement le cas de tout pontife romain, comme l’histoire ecclésiastique ne nous le démontre que trop. Evoquer un pape décédé, n’est donc pas plus audacieux que d’appeler son curé vivant ou mort. La difficulté est d’obtenir une preuve de sa venue.

Or, abstraction faite de la ressemblance de l’écriture, l’identité ne peut se juger que d’après la manifestation du « moi ». Mais comme le « moi » n’est pas l’agglomérat de la matière qui donne la forme humaine, mais le reflet du corps causal par l’exhibition forcée de la mentalité, c’est à l’examen seul des pensées exprimées que nous devons nous attacher.

Je reproduis donc ma conversation avec l’esprit de Pie IX, telle qu elle s’est passée, après que l’entité nous eut saluées par ces mots écrits spontanément : Pax Vobis Pie IX.

Moi. — Si vous êtes vraiment le pape Pie IX, vous

voudrez peut-être m’expliquer pourquoi vous avez créé le dogme de l'infaillibilité ? A quoi servait tendre encore un nouveau piège à la conscience humaine, déjà si troublée et déroutée ?

L’ESPRIT. — Vous ne pouvez comprendre que le but était de reconquérir la suprématie qui semblait vouloir s’en aller ; sans doute nous nous sommes investis d’un pouvoir inconsidéré, mais nous espérions, en frappant l’esprit catholique d’un nouveau dogme, d’une nouvelle servitude, lui faire courber le front et régner avec une recrudescence de pouvoir et un nouveau prestige.

Moi. — Que pensez-vous aujourd'hui du résultat de votre espoir ? Votre attente n'a-t-elle pas été manquée ?

L’Esprit. — Evidemment, le but n’a pas été atteint.

Moi. — N’en est-il pas de même du dogme de l’immaculée Conception ? Il me semble qu’il était aussi inopportun, quoique j’admette l’àme immaculée de la mère du Christ ?

L’ESPRIT. — Ceci est vrai ; elle était immaculée, en effet, celle qui fut choisie de Dieu pour être la mère et la collaboratrice du Christ.

Moi. — Je ne crois pas qu’il faille entendre par

« Immaculée Conception » ce que l’Eglise prétend, c’est-à-dire qti elle Jut exempte du péché originel , ce péché qui n’a jamais existé que dans l’imagination des pères de l'Eglise.

L’Esprit. — Oui, vous avez raison. J'en conviens.

Mais elle avait purifié son âme dans une planète autre que la Terre et elle y était arrivée neuve et sans tache des souillures qui sont notre fardeau.

Moi. — Il est fâcheux que l'Église n'explique pas son dogme tel que vous venez de le faire ; il rencontrerait moins d’objections du côté de la raison.

\ oulez-vous me dire ce que vous pensez aujourd'hui delà nature du Christ et sur ce que l’Église enseigne au sujet de la deuxième personne de la Trinité ?

L Esprit — Par seconde personne , nous faisons en eur , je le reconnais avec humilité, mais votre doctrine spirite ne vous dit-elle pas que tout effet a une cause Autrefois, dans les premiers temps du christianisme, la doctrine d’un simple humain aurait eu si peu de valeur, que personne ne l’aurait suivie. Il fallait donc l’investir de l’autorité divine pour entraîner à sa suite la Terre entière. C’est ce que fît le Concile de INlicée, qui proclama que le Fils était l’égal du Père, qu il était éternel comme lui, engendré et non créé. Il fallait, pour frapper les masses, nettement formuler le dogme de la divinité du Christ.

Moi. —Je trouve qu’il est fâcheux qu’il faille enseigner P erreur , afin d'arriver au bien. D'ailleurs, un tel bien n’est jamais qu’un bien factice, du moins passager. Si la véritable personnalité du Christ n’avait jamais été travestie, que de guerres, que d’horreurs auraient été évitées ! Je crois que sans cette erreur grande de la part de l’Église, depuis longtemps toute l’humanité civilisée serait chrétienne ! Même les |uifs,

SOI'VENl US ET PHOHLEMES SPIKITES

sauf les orthodoxes, se seraient ralliés à la vérité. Mais en somme, que dois-je penser du Christ, d'après vous ?

L'Esprit. — Priez-le comme Dieu, puisqu'il le représente .

MOI. — Certains Esprits m’ont prétendu qu'il fallait toujours passer par le Christ pour arriver à Dieu?

L’Esprit. — Oui, c’est absolument vrai.

Moi. — Que faut-il penser des trois incarnations dont un Esprit me parla ?

L'Esprit. — C'est exact.

Moi. — La loi de la réincarnation serait donc réelle ?

L’ESPRIT. — Les prophètes en ont parlé. Seulement Dieu n'a pas permis de développer la doctrine. Aux peuples d’Orient il fallait la promesse du repos et de la béatitude après la mort ; une trop longue épreuve les eût épouvantés.

Moi. — Trouvez-vous qu il soit bon que le spiritisme se répande ?

L’ESPRIT. — Sous bien des cieux il est bon que le spiritisme triomphe, mais chez les peuples d Orient il vaut mieux qu’il retarde.

Moi. — Les prêtres ne devraient-ils davantage s'occuper de spiritisme ?

L’Esprit. — Oui, mais ils ne peuvent pas, parce que les ordres épiscopaux ne les laissent pas agir en vertu de leurs découvertes et que cela apporte alors le trouble dans leur conscience.

soi vknius i:r piujulkmes spihu ks

Moi. — Mais ne pouvez-vous travailler, maintenant que vous voyez plus clair, au progrès de l’Eglise catholique ?

L’Esprit. — Là n’est pas ma tâche, mais celle de mes successeurs.

Moi. — Puis-je vous demander quelle est votre tâche ?

L'ESPRIT. — Je veille à l’accroissement des idées chrétiennes.

Moi. — Que pensez-vous de Léon XIII

L’Esprit. — Il est plus progressiste que moi. Juste assez ; car il suit le tracé du plan divin.

Moi. — Que faut-il penser du pouvoir temporel ?

L'Esprit. — La masse aime le prestige et ne veut obéir qu’à ceux qui portent l’hermine et la pourpre.

MOI. — Mais croyez-vous au retour du pouvoir temporel ?

L Esprit. — Non, cela est impossible.

Moi. — Une autre question, si vous la permettez. L Eglise catholique a-t-elle raison d'imposer la croyance à l'indissolubilité du mariage ?

L'Esprit. — Non, dans ce monde, le mariage n’est pas indissoluble. Si l’Église a dit que les époux sont indissolubles comme Jésus-Christ et son Eglise, cela n’est pas pour notre pauvre planète. Jésus-Christ et son Eglise, ou plutôt sa doctrine, sont indissolubles parce que l’un est la conséquence de l'autre, ils se complètent ; mais sur cette Terre les époux n'étant presque jamais âmes-sœurs, ils ne se complètent pas. L’un peut

donc souvent n’ètre que la contradiction de l’autre. Le mariage étant un effet de l’amour immatériel, ne peut être dissous. Ceux qui sur la Terre se seront rencontrés âmes-épouses se retrouvent dans la succession des existences en d’autres sphères et par conséquent leur amour a toujours été indissoluble.

Moi. — Ne trouvez-vous pas que le célibat des prêtres soit une chose contre nature, par conséquent condamnable ?

L'ESPRIT. — IL est écrit : « La chair a des désirs contraires à l’Esprit », mais le mariage en lui-même ne peut être considéré comme un mal, même pour un prêtre ; seulement, l’Eglise ne peut y consentir, parce qu’avec la suppression du célibat, elle supprimerait la confession.

Moi. — Prétendrez-vous toujours que la confession soit indispensable ?

L’ESPRIT.—Tout s’enchaîne en fait de catholicisme. La confession serait une institution merveilleuse, si tous les pretres la pratiquaient comme le curé d’Ars.

Moi. — Je crois qu’elle ferait quand même plus de mal que de bien, les croyants prenant la forme pour le fond. D’ailleurs, il me semble immoral qu’une jeune fille aille confier ses plus intimes mouvements de coeur ou d’âme à un prêtre qui, malgré son état sacerdotal, ne peut s’empêcher d’être un homme. D’ailleurs, un Esprit désincarné, comme vous, doit avoir reconnu qu’il n’est pas indispensable d’aller à confesse pour « être sauvé » ?

souvenirs et prohlèmes spirites

] /Esprit. — Si vous voyiez dans la confession un passe-port pour le ciel, je vous dirais : « En effet, c’est une erreur. » Mais si vous voulez comprendre ceci, vous serez peut-être d’un avis différent : « La confession peut d’abord être pour le mourant un grand sujet d’humiliation par lequel il expie déjà; en second lieu, les prières et l’influence du prêtre peuvent exciter la contrition et forcer l’âme du moribond à s’élever dans un moment ou sa souffrance, sa faiblesse, peuvent ne pas le lui permettre; enfin, cette association de prières, tdnt avant qu’au moment du départ de l’àme, attire auprès de lui de bons Esprits et ces Esprits l’aident à franchir l’éternité, en le poussant vers Dieu. »

Moi. — Je comprends que dans certains cas la confession soit utile à l'âme humaine ; mais je crois que l’Église a absolument tort de l’imposer, surtout aux enfants et aux jeunes filles.

L’Esprit. — Évidemment, elle n’est vraiment utile que pour Jaciliier la transition .

Moi. — De la confession j’arrive à l’Eucharistie. Qu’est-ce que la transsubstantiation d'après vos convictions actuelles ?

L’Esprit. — C’est un symbole. Cependant, quand l’aspiration vers le divin est vraiment pîiissante, comme cela arrive aux âmes avancées des grands médiums, elle est plus qu’un symbole, car elle devient alors, en quelqtie sorte, une réalité par l’influx du corps éthéré du Christ qui se communique. — Ora bisogna

ch? vi abbandoni , perd mi piace molto par lare cou voi (i).

Moi. — Voulez-vous nous donner votre bénédiction }

L’Esprit. — Ve la dô. Che ïddio vi protegga ! (2).

Pie IX,

Morio da sedici anni (3).

Nul doute, pour ceux qui supposent qu’un pape dans (.( l’autre monde » doit absolument s'exprimer et se faire adresser la parole, comme Sa Sainteté, habitant le Vatican, ainsi que pour ceux qui croient que la mort change complètement nos idées, l’entretien avec l’Esprit, que je viens de reproduire, ne saurait prouver l’identité de Pie IX. Pour les premiers, le pontife aura été trop facile, trop aimable et en même temps trop avancé, trop spirite, trop peu catholique ; pour les seconds, au contraire, l’esprit du pape se sera montré trop imbu de ses anciens préjugés dogmatiques. Eh bien, chose bizarre, ce sont les objections de part et d’autre qui font ma conviction. En effet, un Esprit qui aurait parlé en pur catholique, m'aurait semblé une simple personnalité quelconque arriérée ; un autre qui aurait tranché les questions posées, sans un reste du

(1) Maintenant il faut que je vous quitte ; cependant j’ai du plaisir à m’entretenir avec vous.

(2) Je vous la donne. Que Dieu vous protège.

(3) Pie IX, mort depuis seize ans. (C’était exact au moment de l’évocation.)

dogmatisme apostolique et romain, ne m’aurait donné aucune preuve de son identité, puisque rien n’aurait transpercé de son « moi » d'autrefois connu , aimé ou détesté\

Malgré l’écriture si ressemblante et les phrases si facilement tracées en italien, j’aurais gardé un certain doute. D’ailleurs, n’aimant pas Pie IX, pour le mal que, selon ma conviction, il a fait à l’idée chrétienne, par le nouvel encombrement de ses dogmes inutiles — et jugés tels par un grand nombre d’évêques de son temps, — j’étais mi-sceptique, mi-hostile à l’entité invisible qui s’était annoncée comme étant le pape Pie IX. Cependant, à mesure que l’Esprit répondait avec patience et amabilité à toutes mes objections, voire à mes reproches ; à mesure qu’il se montrait sincère par l’enseignement de ses acquis spiritualistes depuis sa mort, mes sentiments changeaient à son égard ; ainsi en lui demandant sa bénédiction, je voulais le traiter en pape de ce monde, lui rendant politesse pour politesse, sans toutefois attacher un sens réel au geste de bénédiction. Quelle ne fut pas mon émotion quand aux paroles : « je vous la donne » (ve la dô), je me sentis inondée d'un jet de jiuides chauds et en si grande quantité , que je retombai en arrière sur mon fauteuil , au point que le médium et la personne, témoin de cette expérience, me croyaient subitement prise de mal. Ils ne furent pas peu étonnés quand, après quelques minutes, je pus leur expliquer la cause de ma défaillance. Naturellement, mon scepticisme fut vaincu

et il fallut quelques jours pour me faire revenir de mon émotion. En tous cas, cette expérience me prouva qu’une bénédiction n’est pas toujours un vain mot. Depuis, l’étude de la science des fluides, matière réelle, mais quintessenciée, m’a appris à comprendre ce qui me semblait alors incompréhensible.

Quant à la personnalité qui se disait être le pape Pie IX, si elle n’a pas prouvé son identité par l'exhibition de ses papiers dûment révisés, on conviendra que, si elle a joué un rôle, elle ne s’en est pas trop mal tirée, et que le phénomène ne pouvant être révoqué en doute, ni expliqué par aucune théorie sur les lois connues de la science matérialiste, dite positive, n’est pas moins réel et attend son explication rationnelle, si l’on ne veut admettre celle de l’intervention de l’esprit même de Pie IX.

Cette réflexion clorait mon incident hypothétique, si je ne me souvenais d’une question qui m’a déjà été faite, au sujet de ma façon de procéder pour rendre possibles mes différents dialogues avec les invisibles. On émettait, en effet, un doute, sur la réalité du fait tel que je le présente, « une telle présence d’esprit de ma part n’étant pas possible ». Voici ce que j'ai répondu : Ayant réfléchi d’avance sur les questions que je voulais poser, le cas échéant, à l’entité que j’avais l’intention d’évoquer, j’arrivais, quoiqu’avec une notable tension d’esprit, je l’avoue, à ne pas perdre le fil de mes idées. Ces idées, j’étais certes obligée de les modifier au fur et à mesure, selon les réponses

obtenues. Je ne les confiais cependant jamais à un papier quelconque dont le médium aurait pu prendre connaissance. Mais afin de retrouver, plus tard, le dialogue complet, j’écrivais en grande hâte et en abrégé mes questions formulées, tandis que le médium traçait la réponse de l’Esprit.

r Ce procédé ne prouve-t-il pas que questions et réponses ne provenaient pas de la mentalité du médium, — ni de la mienne pour les deux parties , du moins ?

Etant surtout désireuse de comparer les réponses des diverses personnalités, je leur posais souvent les mêmes questions. Le lecteur pourra se convaincre que quoique le fond desrenseignements obtenus soit souvent le même, — comment en serait-il autrement, La vérité n étant qtiune ? -— la forme et l’ampleur changent selon les mentalités, la sincérité ou l’avancement des invisibles informateurs. Et c’est là le cachet du fait spirite dont j’ai parlé plus haut. A moins de dédaigner un examen sérieux, on a pu constater que l'Esprit- Guide a un autre style, une autre mentalité que cette personnalité que, jusqu’à preuve du contraire, j’appellerai Pie LX. L’Esprit qui s’était fait mon complaisant protecteur parle plus simplement, plus en ami que le pontife, tout affable que celui-ci se montrât.

La personnalité dont je vais reproduire plus loin la communication est d’une mentalité encore tout autre que les deux précédentes. Loin d’être aimable, elle est autoritaire, pleine de vanité et d’orgueil de son

talent d’orateur d’autrefois. C’est le Père Jésuite, tel qu’on ne peut se le présenter avec plus d’exactitude. Habitué à être docilement écouté par les femmes, il se fâche contre moi, qui cherche à lui arracher quelques bribes de vérité reconnue. Ce fait caractéristique prouvera, à ceux qui ne sont pas prévenus, non seulement que les morts peuvent revenir pour se communiquer , mais que la philosophie spirite ne se trompe pas, quand elle enseigne qu’on garde son individualité, son caractère et, hélas ! ses défauts après la mort pour n’évoluer que lentement « après » comme « avant ». Le Père Félix, que ni le médium, ni moi, nous n’avions connu, prouvera cette vérité. Les deux dialogues obtenus à six mois d’intervalle, et dans lesquels l’invisible se fait reconnaître par la même mentalité ombrageuse (sans parler de la même écriture qui se reproduisit) est parmi les plus remarquables preuves spirites. Le lecteur en jugera.

Un jour, l’Esprit-Guide nous ayant tracé ces mots : « Si vous le désirez, je puis vous amener le Père Félix », et m’étant empressée de lui en témoigner mon contentement, le dialogue suivant s’établit entre le mystérieux visiteur et moi :

Le Père Félix. —J’ai fait des conférences à Notre- Dame et mon grand succès a été sous le règne de Napoléon III ; j’ai même prêché dans la chapelle des Tuileries en 1864 et en 1866.

(Je répète, afin d’insister, que ni le médium, ni moi, nous savions ce fait, Mlle R... n’étant pas née et moi

étant toute enfant à cette époque, de sorte que, si réellement on n’avait nommé ce prédicateur devant nous, nous n’aurions guère ajouté d importance à son existence.)

Moi. — Et depuis combien de temps avez-vous quitté la Terre ?

Le Pèke Félix. — Il y a sept ans. (L’évocation date du i Kr septembre 1895 ; je ne sais rien sur la mort de ce Père Jésuite et laisse aux autres le soin de vérifier.)

Moi. — Qui est celui qu’on appelle le Christ ? (Je passe sur mes paroles de circonstances, sans intérêt général.)

Le Père Félix. — C est le Fils de Dieu, comme tout Esprit dïviuisépar laperjection absolue. (Que le lecteur se rende compte de l’esprit jésuitique de cette réponse caractéristique ! La seconde partie de la phrase ne contient-elle pas cette restriction mentale qu’on dit habituelle aux Pères de la Compagnie de Jésus ?)

MOI. — Mais est-il la deuxième personne de la Trinité, comme l’enseigne l’Église catholique ?

Le Père Félix. — Il est la sainteté et peu importe qu’on l’appelle ainsi ou autrement.

(Je fais remarquer que l’F 2 sprit se dérobe de nouveau et que sa réponse diffère de celle du pape Pie IyC et de celle de l’P2sprit-Guide, quoique ce soit toujours le même médium qui la produise.)

Moi. — L’Evangile de saint Mathieu sur la naissance du Christ contient-il la vérité absolue?

I,E Père Félix. — Vous voulez trop savoir, trop approfondir; que l'humilité s'empare de votre âme! Courbez le front ! (Evidemment entre la première partie de la réponse et celle obtenue, des mois avant, par 1 Esprit-Guide, il y a une petite analogie, mais cette analogie dans la seconde partie de la phrase n’est-elle pas encore plus grande avec le conseil que me donna jadis le Père Jésuite que j’avais consulté étant jeune fille et cette coïncidence ne plaide-t-elle pas surtout en faveur du phénomène spirite?)

Moi. — Joseph est-il le vrai père de Jésus ? Ne voudriez-vous, au moins, m’éclairer sur ce point ?

Le PÈRE Félix. — Pourquoi cherchez-vous à humaniser les choses saintes ? Gardez Xidéal des enseignements de l’Eglise.

Moi. — Je préfère la vérité à l’idéal. D'ailleurs, l’Eglise, qui prétend être directement influencée par le Saint-Esprit, ne devrait enseigner que l’absolu. Comment, en outre, nous laisse-t-elle ignorer la loi fondamentale de la réincarnation, quoique l’ancien, comme le nouveau Testament, en témoignent d’une façon formelle ?

Le Père Félix. — Je ne nierai pas mes croyances. Elles, m’ont mené vers la béatitude... Grâce à mes enseignements, j’ai pu ramener beaucoup dames vers Dieu. J’ai semé la morale et la doctrine de Jésus-Christ dans toute son étendue et c’est ma vie ecclésiastique qui a donné l’essor à mon âme.

Moi. - - Cependant vous devez reconnaître aujour-

d’hui que ce que vous avez prêché n’était pas toujours conforme à la vérité que vous avez acquise depuis ?

Le PÈRE Félix. — En un mot, vous voulez que je vous dise que ma doctrine était fausse et que la vôtre est vraie. Eh bien, la vôtre n’est pas absolument vraie non plus, parce que Dieu n’a pas voulu et ne veut pas donner le dernier mot de ses secrets. Chaque époque a ses progressions forcées, mais il y a un arrêt dans la volonté divine. Là, Dieu vous entrave et dit: «Tu n’iras pas plus loin.» Vous vous révolterez contre cette volonté, car l’humanité veut savoir, mais vos yeux ne pourront supporter l’éclat du jour et de même que l’oiseau de nuit, cherchant à soutenir l'éclat du soleil, retombe aveuglé, de même vous vous retrouverez dans la nuit, plus sombre encore!

Moi. — Votre éloquence, mon Père, est superbe, je le reconnais, mais toutes vos belles tirades ne répondent pas à mes questions. Il me semble même que vous cherchez à les éluder. Eh bien, je veux savoir la vérité et je vous somme , au nom de L JJteu^ de me la dire !

Le Père Félix. — Vous parlez d’un ton de commandement qui n’est pas convenable.

Et le Père Jésuite invisible, ayant tracé ces mots courroucés, la main du médium fut comme entraînée hors du papier, pour rester quelques minutes immobile... Moi-même je fus interloquée. Je sentais que j’avais dépassé les bornes. Tout en critiquant 1 Eglise catholique, j’avais agi avec le Père Félix comme elle-

même agit avec les démons. L’Esprit s’était fâché et il avait raison.

Comme je déplorais l’incident, l’ami invisible, que j’appelle l’Esprit-Guide, retraça quelques paroles de consolation avec sa petite écriture, ronde et fine, qui nous était devenue si familière.

— Oui, chère amie, les Esprits ne se laissent pas plus commander dans notre monde que dans le vôtre et vous faites erreur, si vous croyez qu’ils sont obligés de répondre à vos questions.

Cette leçon me profita et désormais je me mis à traiter les invisibles avec plus de précaution. Mais quoique mes excuses fussent présentées à l’Esprit- Guide, le Père Félix ne se réannonça plus à aucune de nos séances.

Cependant, le i er février de l’année suivante (1896), ayant beaucoup insisté auprès de l’Esprit-Guide pour qu’il décidât le Père Félix à revenir se communiquer, enfin, je vis réapparaître son écriture très personnelle pour tracer ces mots: « Jésus soit loué! » f Félix. (C’est-à-dire une croix précéda son nom.)

Moi. — Si c’est bien vous, le Père Félix, merci d’être venu à mon appel. Vous souvenez-vous de notre discussion de cet été?

Le Pere Félix. —Je m’en souviens.

Moi. — M’avez-vous pardonné mon langage trop vif?

Le Père Félix. — Oui.

Moi. — Je puis donc espérer que vous me donnerez

une explication sur les paroles de l’Evangile : « Et le Verbe s’est fait chair ? »

Le PÈRE Félix. — Non , je ne vous la donnerai pas.

Moi. — Puis-je savoir pourquoi vous refusez ?

Le Père Félix. — Puisque vous n'ètes pas du tout catholique.

Moi. — Mais ce n’est pas une raison. Catholique ou non, j’ai droit à la vérité. Si j’étais strictement catholique, je ne m’adresserais pas aux Esprits pour me renseigner, je me contenterais des enseignements de l’Église. C’est de toute évidence. Je vous serais donc obligée de m’instruire.

Le Père Félix. — Je n’ai pas besoin de vous instruire.

Moi. — Cependant, je désirerais vivement être votre élève.

Le Père Félix. — Je n’ai pas d’élève comme vous.

Moi. — Je le crois volontiers. Cependant, pourquoi me refusez-vous l’explication d’une phrase qui me laisse dans le trouble?

Le Père Félix. — Vous en savez plus que les autres.

Moi. — Vous voulez plaisanter, mon Père. Vous savez bien que je ne sais rien. Or, je viens très humblement vous prier, au nom de la charité, de m eciairer sur la parole de l’Évangile que je vous ai citée.

Le Père Félix. — Soit. Je veux vous dire ceci :

SOI 1 VENIUS ET PRORLÈMES SPIRITES

c’est une manière de faire comprendre que la sagesse divine a pris place dans un corps d’envoyé mystique pour parler au nom de Dieu, trois fois saint.

Moi. — Peut-on, comme il m’a été conseillé par un catholique, faire prêter serment aux Esprits, sur cette formule: « Je jure au nom du Verbe fait chair » et se fier alors à leurs réponses (i) ?

Le Père Peux. — Non, cela ne signifie rien. Les mauvais P^sprits ne craignent pas les formules.

Moi. — Mais alors quel est le moyen à employer contre eux ?

Le Père Félix. — La seule sauvegarde, cest la Prière .

Moi. —- Merci de cette réponse. Voulez-vous maintenant me donner une définition de Dieu?

Le Père Peux. — Je le comprends trop peu pour le mettre à votre portée.

MOI. — Je vous serais obligée de me dire le peu que vous savez.

Le PÈRE Félix. — Non, je ne sais rien qui soit tangible pour vous.

MCI. — Dans ce cas, consentirez-vous à me faire une dissertation sur la Providence, comme vous l’eussiez faite, dans le temps, du haut de la chaire de Notre- Dame?

Le PÈRE P'ÉLIX. — J’aurais parlé différemment de ce qui est acquis à notre science extra-terrestre. Pour

(1) Je serai obligée de revenir plus tard sur ce sujet qui se rattache à un fait important.

nous autres, la Providence, c’est la suprême sagesse de cet être indéfini qu’on appelle Dieu, de cet être qui ne réglemente pas les épreuves et les foies terrestres, mais qui, cependant, apporte la trêve nécessaire dans les peines et qui console ceux qui prient et aiment le bien .

MOI. — Je vous suis obligée de votre franchise. Elle m’encourage à vous demander ce qu'il faut croire de la Bible. Est-elle, comme on le prétend, tout entière une révélation divine ou ne contient-elle que des vérités relatives et à la portée des diverses époques lointaines ?

Le Père Félix. — Non, la Bible ne contient pas la vérité absolue . Il y a eu beaucoup de changements par la traduction et déjà elle n’était pas exacte dans le texte original. A l’époque où la Bible fut écrite, les peuples étaient encore trop près de la Mythologie pour ne pas la mélanger, au moins dans la forme, à leurs croyances nouvelles.

Moi. — Que faut-il penser de l’Apocalyse?

Le Père Félix. — Il y a beaucoup d'erreurs et, en tous cas, c’est si mal expliqué et interprété, que les Pères de l’Église en ont fait un sens caché, ne pouvant eux-mêmes l’expliquer d’une façon claire et nette.

MOI. — Quelle est la vérité sur la résurrection de Lazare? Cet homme était-il réellement mort quand Jésus l’a réveillé ?

Le Père Félix. — Il n’était mort qu’à peu près ; cependant, ce n’était qu’un effet cataleptique.

SOl'YKNIHS ET PHOBI.MMKS BPI MITES

Moi. — Mais il est écrit : « quil sentait déjà » ?

Le Père Féux. — Non, ce n’est pas exact. L’odeur venait d’autres corps voisins.

Moi. — Voulez-vous, à votre tour, me dire quelque chose sur l’origine du culte de Marie? Dans la Bible, on ne fait que peu de cas d’elle. Même le Christ n’a pas l’air de la prendre en considération. A quel moment a-t-on eu l’idée de l’invoquer?

Le PÈRE Félix. — Cela date de très loin ; avant l’Inquisition. |e ne connais pas l’origine, mais je sais que c’est un sage parti de la prier, parce qu’elle est très puissante.

Moi. — Y a-t-il des êtres créés purs, c’est-à-dire des anges, tels que l’enseignent FEglise catholique et quelques religions de l’Orient ?

Le Père Félix. — Non, ceux que vous appelez « anges » sont des Esprits qui étaient purs, déjà avant la formation de notre planète .

Moi. — La grâce efficace, dont on a tant discuté, dans le temps, existe-t-elle ?

Le Père F'élix. — Oui, à peu près. Cependant la grâce n’existe que parce qu’en priant on élève son âme et ainsi on est plus fort pour supporter l’épreuve, puisqu on se place ainsi au-dessus des misères terrestres.

Moi. - Y a-t-il eu des miracles dans le sens orthodoxe ?

Le Père F'élix. — Non, tout a une cause.

MOI. — Que dois-je faire pour mon salut- selon vous, mon Père ?

SOL’VENIl(S ET PROBLÈMES SPIRITES

Le Père Félix. — Votre salut est en bonne voie. Vous vous y préparez par la vie spirituelle que vous menez.

Moi. — Ne dois-je rien changer dans ma manière de vivre ?

Le Père Féux. — Non, rien.

Moi. — Une dernière demande. Me feriez-vous la faveur de me dire une prière/

Le PÈRE Félix. — Non. Priez selon votre cœur et vos besoins ; la prière qui vient du cœur est la meilleure. »

La mentalité du Père Félix, dans les dialogues ci-dessus, ne démontre-t-elle pas avec une suffisante évidence la continuation de son existence propre et individuelle dans ce monde extra-terrestre qui, pour beaucoup d’entre nous, n est encore qu hypothétique, sinon chimérique ? Kn effet, à moins de prêter ail médium un génie de vaudevilliste doublé d’un théologien dissident, que pourrait-on conjecturer en face de ces curieuses réponses, dont pas un mot n’a été changé, encore moius préparé ? Voudrait-on toujours persister a les prendre pour des phénomènes physiologiques, des saltimbanqueries cérébrales, produites par Fhystérie ? |e me demande dans quel but on se plairait dans de telles extravagances ? C’est donc utile de nier la possibilité de la communion avec les morts ? Ou est-ce vraiment la faillite de l’intelligence que d’admettre cette possibilité ? — Comme il avait raison le Nazaréen quand il disait : « Il viendrait même quel-

qu’un des morts, qu’ils ne croiraient pas. » Nier tout, même l’évidence, croire à la matière omnipotente, toute fragile et périssable qu’elle soit, c’est là, en effet, selon la science officielle, faire preuve d’intelligence solide, d’esprit fort ! Mais, ne semble-t-il pas que le Credo quia cibsurdum ne s’adresse pas aux élucubrations théologiques seules , mais que les théories des matérialistes et des divers constructeurs de systèmes animistes, à automatisme mû par l’hystérie, exigent, au moins, la même humilité de la part de leurs adeptes ? On critique vivement l’inintelligence des femmes qui se laissent mener par les prêtres, enseignant que « deux fois deux font cinq », et l’on ne conspue pas le sexe fort, quand, pour lutter contre un obscurantisme séculaire, il invente, impose , un critérium plus obscur encore ! Tous ces lutteurs pour des systèmes savants, mystiques ou réa’is'iques, ne penchent-ils pas de côté, l’un à droite, l’autre à gauche, en soutenant, sans cesse, qu’ils tiennent le juste milieu du droit chemin ? Le droit chemin, c’est, il me semble, de prendre des faits pour des faits et, si l’on ne peut les expliquer, de s’abstenir de toute explication jusqu’au jour où une découverte nouvelle ouvre une voie nouvelle. D’ailleurs, grâce à l’enseignement des Esprits mêmes, nous avons déjà pu comprendre, en grande partie, la corrélation entre les deux univers, visible et invisible. (Justin Kerner nous a le premier ouvert le chemin des investigations, par les questions intelligentes qu’il faisait poser à la voyante en 1824 et les

curieuses réponsesdes invisibles qu’il nousa transmises.) D infatigables et courageux chercheurs (il faut, en effet, être courageux pour se dire spirite !) ont développé la science hyperphysique, de plus en plus, depuis. L’avenir, à son tour, comblera les lacunes, ce n ‘est guère douteux. En attendant, bornons-nous donc à accumuler « des faits », et si, pour y arriver, il faut faire ce qu’il y a de plus pénible, braver le ridicule , ne reculons pas !...

Les deux communications suivantes, que j’ai déjà publiées, il y a quelques années, n’ont pas manqué de susciter des sourires sceptiques. Le directeur de la Revue qui les a insérées dans ses colonnes a encore essuyé un blâme, après sa mort , de la part de ses amis ! « Comment lui, un homme si sage et pondéré, a-t-il pu reproduire des phrases pareillement mal faites (sic !) comme venant d’un Renan ? » disaient-ils. — Peut-être « le pauvre naïf » a-t-il souri à son tour ?

Quant à moi, « leurs railleries » ne m’empêcheront pas de les publier de nouveau, ne pouvant leur refuser la place qu’elles méritent dans les souvenirs que je ressuscite.

Et j’ajouterai : 11 y a peu de livres de Renan que je n’aie lus. Son style est encore nettement dans mon souvenir. Eloquent et clair, il n’a du reste jamais pu manquer d’impressionner le lecteur. Dans 1 entretien suivant que, jusqu'à preuve du contraire, je croirai avoir eu avec l’esprit de Renan (i), j’ai reconnu, non

(1) Le médium n’avait jamais lu un livre de Renan.

SOUVENIRS ET PROR1.ÈMES SPIRITES

seulement quelques tournures de phrases renaniennes, mais meme sa mentalité. Voyez, en effet, cette opinion émise par l’invisible correspondant : « Tel homme n’aurait pu poursuivre son but, sans l’amour charnel de la femme ! » N’est-ce pas du Renan tout pur ? Cet esprit éminent, malgré ses enthousiasmes pour l’idéal, malgré sa sincérité supérieure qu« lui a fait jeter son froc aux orties et avec ce geste courageux, les honneurs grands qui l’attendaient infailliblement, cet esprit éminent, dis-je, avait de grandes faiblesses humaines .

Dans certaines de ses œuvres (plutôt que dans sa vie privée, toute correcte, il me semble), i 1 n’a vu dans la femme que l’objet et la joie de l’homme. Donc, combien la phrase citée de la personnalité, dite de Renan, et qui vient de suite après sa belle envolée vers un christianisme régénéré, le caractérise !

Mais je ne veux en dire davantage ; qu’on lise, sans prévention , les fragments de nos deux entretiens avec « le Renan invisible » et l’on reconnaîtra qu’il ressemble étrangement au a Renan visible » d’antan.

Voici ces fragments :

Moi. — Si c’est bien vous, l’esprit d’Ernest Renan, faites-moi connaître votre impression du monde où vous vivez maintenant,

Lui. —Oh ! je ne fais que marcher de surprise en admiration.

Moi. — Votre réponse est une consolation pour nous, qui peinons ici-bas, mais c’est surtout pour vous

parler de vos œuvres que j’ai sollicité la faveur d'un entretien. Que pensez-vous maintenant de votre ouvrage tant critiqué et admiré à la fois : la Vie de Jésus ?

Lui. — « L’œuvre est partout incomplète > elle n’est que ténèbres. J’ai exagéré le côté humain et laissé une part trop restreinte à deux personnages de la Bible : l’un la Sainte VLtge et l’autre Lazare. Cependant ils ont été des personnalités très importantes et leur influence a ete la principale cheville sur laquelle ont reposé le but et les œuvres de « Jesu ».

Moi. — Pourquoi écrivez-vous Jésus sans « s » final ?

Lui. — C’est plus hébraïque (i).

Moi. — Bien ; alors voulez-vous continuer et me dire ce que vous pensez maintenant de la divinité du Christ, que vous niiez dans le temps?

Lui. — Dieu, c’est l’intelligence, la force, la puissance ; Jésu, c'est la sagesse divine, représentée sous les traits d’un envoyé célest dont la périection devait servir de levier à une ère nouvelle . Le précurseur aimé et puis bafoué, devait laisser à la Terre, dans une trainee de sang, la rénovation des âmes créées par la divinité souveraine.

Moi. — Je tiens surtout à savoir s’il faut prendre le récit biblique, sur la naissance du Christ, à la lettre ; car c'est là la grande pierre d’achoppement dans la croyance au Christ.

Lui. — Dieu choisit dans la tribu de Juda une tille

(1) Voir plus loin ma correspondance avec un rédacteur catholique.

SOUYEMHS ET PHOHLKMKS SPNUTES

dont Pâme était déjà blanchie et qui n’appartenait pas à la Terre ; il lui donna en époux Joseph ; puis, il envoya le souffle de la divinité sur Joseph, et la conception eut lieu dans ses formes presque (c’est l’Esprit qui souligna) naturelles (i ).

Moi. — Qu 'entendez-vous par presque)

Lui. — Je n’ai pas la premission d’entrer dans le détail.

Moi. — Dans ce cas, je passe à un autre su et. Voulez-vous me dire ce que vous pensez de l’Eglise catholique d'aujourd’hui ?

Lui. — C’est un champ de bataille sur lequel la putréfaction des morts a fait disparaître l’odeur glorieuse de la poudre.

Moi. — Fort bien ; je vais réfléchir sur cette phrase. Permetrez-moi encore diverses questions pour bien reconnaître en vous Renan, l’auteur. D’abord celle-ci : Ecririez-vous encore XAbbesse de Jouarre , comme vous l’avez écrit ?

Lui. — Oui et. . . non. Je laisserais l’œuvre subsister comme élan suprême, et Je bannirais les pensées politiques, qui sont quelquefois fausses.

Moi. — Et XEau de Jouvence} Je vous avoue que j’ai fort critiqué cette pièce.

(1) M. l’abbé Petit, dans son Abrégé sommaire des Enseignements de P Invisible^ dans le chapitre V, «de Jésus-Christ», page 50 de la Vie Nouvelle J lait allusion à cette «ommunication très curieuse et souligne la parfaite coïncidence des Enseignements des Esprits au sujet de la conception et naissance du Christ.

Lui. — Vous n’avez pas tort. Il y a là un manque d'envolée.

MOI. — le lui ai trouvé d’autres défauts.

Lui. — Oui, c’est un livre créé par l’imaginatio. . . (ilnachève pas le mot et le barre pour mettre à sa place: le délire des sens). Ce qui est infiniment plus juste.

Moi. — Que faut-il penser de votre Marc-Aurèle , la donnée y est-elle exacte?

Lui. — Cela ne se lit pas ; cela se médite, parce que le champ est vaste pour pénétrer la philosophie, l’œuvre n’a pas été complétée à cause des difficultés à se procurer les documents nécessaires. 11 faut terminer la pensée exprimée et combler les lacunes par la déduction des remarques exprimées.

Relisez et méditez, vous verrez que je ne vous trompe pas.

Moi. — Je n’y manquerai pas et je vous remercie de vos conseils, en espérant que vous êtes plus heureux maintenant que sur Terre, où votre bonne humeur, seule, vous a fait supporter vos souffrances physiques.

Lui. — Oui, plus heureux, toujours plus. Lette Terre ne peut offrir à l'âme autre chose qu une condition inférieure .

Moi. — Mais où êtes-vous? Pouvez-vous me désigner l’endroit spécial que vous habitez ?

Lui. — Non, car j’ai encore pu travailler à des recherches, et j avais besoin pour cela de rester indépendant , de circuler souvent là où aurais tant désiré aller de mon vivant.

SOUVENIKS ET PHOHLÈMES SIMKITES

Moi. — Où voulez-vous dire ?

Lui. — Différentes parties de l’Inde et du Japon où je trouve des choses intéressantes.

Les fluides du médium étant épuisés, notre entretien s’arrêta à cette phrase. Le lendemain, ayant encore rappelé l’esprit de Renan , la main du médium traça ces paroles :

« Soyez assez bonne pour hâter vos questions : j’ai peu de temps à vous donner. »

MOI. — J obéis et vais tout de suite au fait. A quoi peuvent servir vos investigations en Orient, puisque vous ne pouvez plus les utiliser en les communiquant aux humains?

Lui. —Elles apporteront la vérité dans votre monde par les enseignements que je donnerai à quelques Esprits prêts à se réincarner et qui doivent continuer, sur la Terre, mon œuvre commencée.

Moi. — En quittant ce monde, vous êtes-vous rappelé une vie antérieure ?

Lui. — A peu de détails près, j’ai pu remonter le cours des grands fleuves de l’existence.

Moi. — Puis-je vous demander quel rang vous occupiez dans votre précédente incarnation? Ou suis-je indiscrète ?

Lui. — Oui, c’est une question bien audacieuse, car nous n’avons pas la liberté de plonger nos regards dans la conscience de nos frères, et le souvenir est pour P Esprit seul . Quant aux autres, ils ne perçoivent que ce qu’il a été donné à leurs sens de connaître dans

SOUVENIHS ET PHOHLÈMES S1M1UTKS

les existences qu'ils ont eues et partagées. Vous méditerez cette nécessité.

Moi. — Y a-t-il quelque chance que vous reveniez sur cette planète: Ou êtes-vous déji trop avancé pour cela?

Lui. — Oui, Jésu y est bien revenu, pourquoi jugerions-nous cette planète comme bien au-dessous de nous? Les modifications à y apporter sont nombreuses. La lumière n’a pas encore jailli, parce que ses sources sont insuffisantes. La force de cette lumière doit être projetée par des Esprits qui savent plus que leurs frères incarnés. La Terre paraît-elle donc vouée aux ténèbres éternelles, si la charité de nos âmes ne nous poussait à y renaître, celui-ci pour apporter un progrès métaphysique, philosophique ou industriel, celui-là pour y faire simple mission charitable et chrétienne, aider ses frères d’infortune, les soutenir par sa tendresse, son dévouement, et donner à chacun la force morale d’accomplir sa mission ou sa pénitence: Rien ne se perd; Dieu se sert de tout ; de nos passions même, lorsqu’il le juge nécessaire. 7 el homme n aurait pu poursuivre son but sans l amour charnel d une femme .

(Je souligne la phrase, y ayant fait allusion précédemment.)

Moi. — Je ne réponds à vos belles pensées que par une nouvelle question sur le Christ. \ ous dites qu il est revenu sur notre Terre, savez-vous quelque chose sur ses précédentes incarnations?

SPJRITKS

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