‹ Souvenirs et problèmes spiritesChapitre 14 sur 18 · C... raconta alors ce qui s’était passé · texte numérisé non relu

C... raconta alors ce qui s’était passé

Le « maître » écouta avec intérêt ; mais très prudent , comme il faut l’être ici-bas, quand on occupe une position en vue, il ne voulut plus se prononcer sur le nom du compositeur invisible.

Four nous, cette petite anecdote fut une indication suffisante , parce que nous savions que la composition était, positivement, une œuvre médianimique et qu’il n'existait aucune raison pour ne pas croire à l’identité du compositeur. Du reste, tous les spirites savent que les Esprits composent comme ils écrivent, quoique plus rarement.

Il existe des morceaux médianimiques de Mozart. Le médium les a-t-il écrits automatiquement ou sous l’inspiration directe de Mozart, étant doué de suffisantes capacités musicales, je ne saurais le dire. Quant à Mon dernier soupïr ) cette pièce a été produite entièrement mécaniquement , par une femme qui ne sait pas composer, et un expert en musique n"a pas cru devoir exclure son attribution à Schumann, tant quïi liétait pas prévenir, voici les faits établis. Ne sont-ils pas des preuves suffisamment sérieuses en faveur de l’intervention réelle de Schumann ?

Mais je m’empresse d’ajouter, afin de faire acte de sincérité: chaque fois que j’ai soumis l’œuvre média-

SOUVKNIHS KT PHORI.KMl-S SIMHITKH

nimique de Mlle R... à des musiciens, auxquels j’avais d’abord raconté la provenance de cette œuvre, j’en obtins un jugement sévère et une catégorique réponse négative, quant au présumé auteur de la pièce.

Une certame dame de Vienne, grand amateur de musique, se montra même très scandalisée qu’on put attribuer une œuvre aussi « médiocre » que Meiu leizier Seufzer à un grand maître comme Schumann (i). « C'est un blasphème contre le compositeur », dit-elle. « Va pour le blasphème, lui répondis-je, mais vous rendez-vous bien compte qu’une ombre humaine ne peut manifester son génie au moyen de facultés étran gères, comme l’être humain le fait lui-même dans toute la plénitude de son double pouvoir physique et psychique, pondant son incarnation sur terre? Nierez-vous les rayons du soleil qui nous viennent de la pâle face de la lune, parce que ces rayons ne donnent plus ni chaleur ni vie? Non, parce que vous vous rendez compte des « différences » ; il en est ainsi de l’œuvre des vivants et des morts. Quoique toujours euxmêmes, les êtres au delà de la tombe ne peuvent plus que nous envoyer de faibles rayons, leurs idées étant fatalement interceptées sur leur route ! »

Mais cette réflexion à part, quelle est la valeur réelle des noms que portent, ou ne portent pas, les

(1) Les dernières compositions de Schumann, pendant sa vie terrestre, sont loin d'avoir la valeur des œuvres précédentes ; ceci prouve encore que le génie producteur varie selon les circonstances et n’est pas toujours à la même hauteur.

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êtres au delà de la zone limitrophe de notre planète terrestre ? Elle est nulle, sans doute. Par conséquent, pourquoi notre invisible compositeur aurait-il pris un nom d’emprunt (i), surtout quand il pouvait savoir que sa composition serait tout aussi bien accueillie avec sa propre signature ou même sans signature aucune? La réussite d’une composition médianimique offre de telles difficultés, que vraiment on aurait tort d’être exclusif.

Mais soyons conciliants. Admettons, un instant, que malgré l'affirmation de l’Esprit et les preuves qu’il chercha à nous donner de son identité, admettons que l’œuvre en question ne soit pas de Schumann. Eh bien, à quoi devons-nous conclure? N’est-ce pas à ce qu elle soit d’un autre musicien desincarne , sa provenance médianimique ne pouvant être révoquée en doute?

Et puisqu’on arrive à cette constatation, n'est-on pas prêt de s’entendre ? Car, ne faut-il pas convenir que le point essentiel n’est pas d'obtenir des compositions par des musiciens décédés et de pouvoir classer leur musique post mortem dans la catégorie de leurs œuvres reconnues, mais la constatation que, dans le monde des sphères, nous vivons, pensons, agissons, sentons, écrivons, composons , plus ou moins, comme sur terre; en un mot, que la vie, dans ce monde, n‘est qu’une station d’une vie qui est plus importante,

(1) Evidemment, beaucoup d’Esprits farceurs prennent les noms des grands Esprits; mais c’est parce qu’ils savent qu’ils ne seraient pas écoutés sans cela.

parce qu’elle n'est plus soumise aux éventualités de la matière fragile et périssable ?

Shakespeare disait : To be or not to be y that is the question; c’est réellement la seule question que nous devons adresser aux morts . Etes-vous ou n’êtes-vous pas? Si vous êtes , prouvez-le-nous. Vos noms nous importent peu.

Cette digression a longuement coupé le fil de ma narration ; j’ai hâte de la terminer.

L'Esprit de Schumann, ou l’entité se disant l’ètre, tint sa promesse, quant à la Kreisleriana. Au bout d’un mois, quand C... eut terminé l’étude de cette œuvre, se composant d’un cycle de huit pièces, l’Esprit nous fixa un rendez-vous.

11 eut lieu l’après-midi d'un dimanche de printemps. Tous trois nous y fumes exacts. La couleur locale se prêta à l’expérience. Un air tiède et embaumé entra par les fenêtres du salon, au travers de ses persiennes closes. C... s’était mis au piano, attendant le signal de commencer. M !le R..., accroupie sous un palmier, tenait son crayon prêt, sur une feuille de papier, posée sur ses genoux. Moi, j’évoquai l’Esprit en silence. Trois heures sonnèrent. Un tremblement nerveux dans la main du médium nous indiqua la présence du maître invisible. Sans retard, il écrivit : « Me voici fidèle au rendez-vous, comme vous tous. Oui, je suis Robert Schumann, fe viens pour entendre la Kreisleriana . Qu’il commence. »

Je lus ces mots à haute voix.

Aussitôt les doigts de C... de courir frénétiquement le long du clavier en une série ininterrompue et bizarre de crescendos endiablés.

En attendant, le crayon s'était arreté.

A l’accord final du premier numéro, je demandai si l’artiste devait continuer les pièces, l’une après l’autre, ou attendre les réflexions du « Maître ».

Le crayon répondit : « Laissez-le continuer. Je ferai mes observations générales. » Après une pause, il ajouta : « Soignez bien l'égalité et la qualité de votre son dans le premier numéro . (Je fais remarquer que C... n’avait encore jamais joué la Kreisleriana devant personne et que M lle R... ne savait pas que cette oeuvre se composait d’une série de pièces numérotées.) En général, modérez vos nerfs dans tous vos passages de bravoure ; vous accomplirez ainsi votre jeu. »

De nouveau le crayon resta immobile, en attendant que l’exécution de la Kreisleriana se poursuivît. Alors l’Esprit reprit en écrivant : « J'attends impatiemment le n° 6. »

Je compris que c’était la pièce dont le maître invisible avait dit être rarement satisfait. Désormais, je partageai son impatience.

Encore un emballement diabolique et le voici qu’il résonne ce mystérieux n° 6. Comme moi, l’Esprit sembla en écouter l’adagio, tristement mélodieux, dans le genre de la plupart der deulschen Weisen .

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En effet, peu de notes très douces y chantent ein ein fâche s Lied , ou plutôt l’histoire d’une âme éplorée, d’une âme qui exhale longuement, dans la solitude, ses peines, ses angoisses en des harmonies tristes à l’infini, jusqu a ce que, lasse de souffrir, la corde de sa patience se rompt et que dans un délire furieux elle perd la raison ! — En un mot, c’est la triste histoire de la vie de Schumann lui-même (i). L’artiste l’avait compris.

Aussi, dès les derniers accords de ce numéro, le crayon, cette fois-ci très calme, écrivit : « C... comprend très bien la pensée du n° 6. Peu d’artistes l’ont comprise. » (11 me semble inutile de changer un mot du texte, car l’Esprit parlait au moyen du crayon, il n’écrivait pas pour le public.)

Les numéros de la Kreisleviana se succédèrent sans interruption. L’Esprit, /oufours présent , car il m'avait enveloppée , attendit la fin du jeu, pour écrire, après avoir intercalé cette phrase : « Honne cette Juga. », —les reflexions suivantes :

« Je voudrais que C... travaillât la finesse et la légèreté, afin de pouvoir acquérir la nuance délicate et

(1) La Kreisleriana, réunion de Lieds allemands,devrait plutôt s'appeler la Schumanniana , car le compositeur a voulu y tracer les plus vives sensations de sa propre âme, par une longue série d'harmonies, des plus variées. Le nom de Kreisleriana vient de KreisLer t un personnage fantastique des contes de Hoffmann, dont le caractère et la vie paraissaient avoir, aux yeux de Schumann, beaucoup d'analogie avec son propre tempérament et son existence mouvementée.

SOUVENIRS ET PHOIILÈMKS SIMUITES

douce sans le secours de la sourdine. La Kreisle. iana , en général, a été très bien exécutée par C... Je voudrais qu’il la jouât plus tard en public. C... comprend mes œuvres, parce qu’il a mon tempérament. » Une nouvelle signature de l'Esprit, et la séance fut terminée.

Nous n’eûmes point d’autres communications de Schumann. D’ailleurs, mes principales expériences avec M lle R... (i) se terminent avec ce récit.

(1) M lle R... eut plus tard des communications nombreuses avec M œ ' de \\ ...» qui les fit imprimer. Quiconque pourra comparer ces communications avec celles que j’ai obtenues avec ce même médium, constatera la différence des mentalités qui se manifestèrent et se convaincra de l'inanité des théories sur l’automatisme et la conscience subliminale, dans l’écriture réellement médiani7nique .

L’allure des phénomènes qui vont suivre n’est qu’en partie la même que ceux constatés par la médiumnité de la comtesse D... et de Mlle R... ; je vais donc les enregistrer avec un égal soin, afin de les soumettre à l’attention de tous ceux qui, comme moi, sont heureux de trouver des preuves convaincantes de la dualité humaine.

Après m’être séparée à regret, et uniquement par le sentiment d’un devoir supérieur, de Mlle R... et de sa merveilleuse faculté psychographique, je restai quelque temps sans chercher à faire de nouvelles expériences spirites.

D’abord, j’avais assez vu et appris pour être de plus en plus convaincue, et puis le commerce continuel des Esprits que me procura le développement hyperphysique de mes propres facultés sensorielles me dédommagea, en grande partie, des entretiens intéressants que j’eus avec les invisibles pendant plusieurs années et dont je viens de ne publier qu'une faible série. Naturellement, toute ma vie morale, ou plutôt psychique, fut désormais influencée par les enseignements de mes instructeurs invisibles.

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Et si Ton objecte que les dires des Esprits ne représentent que des opinions individuelles, partant rien d'absolu y par conséquent, qu’on a tort de se laisser diriger par eux, je réponds que, quoique cette manière de voir me paraisse fort appréciable, de tout ce que communiquent les désincarnés, quelque contradictoire que cela puisse être parfois, il se dégage pour l’expérimentateur, à l’àme suffisamment évoluée, une vérité fondamentale, tout comme, pour le chimiste, se sépare l’or fin du minerai dans son creuset révélateur.

il en fut ainsi pour moi.

Parfois à mon corps défendant, toutes mes pensées, dans n’importe quel ordre d’idées, portèrent leur stigmate spirite. Et que l’on ne se récrie pas ! Ce stigmate est un des plus réels.

Un vrai spirite se reconnaît, en effet, au bout d’une conversation, souvent de minime durée. Car, tandis que son esprit a cessé d’être conventionnel, sa morale est plus logique, plus indépendante, sa religiosité plus sérieuse, sa solidarité humaine plus réelle. Aussi, les non-initiés le regardent avec étonnement, surtout si, quelque temps auparavant, ils l’ont connu tout autre, c’est-à-dire « ressemblant à tout le monde ».

Quand, il y a quelques années, après mes études spirites, je revis pour la première fois Mme de S... M..., cette amie qui jadis m’avait connue comme disciple enthousiaste de Schopenhauer, elle fut surprise de mon changement d’avatar.

Naturellement, je lui en appris la cause. Elle lui

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sembla intéressante, peut-être surtout parce qu’elle offrait du nouveau. Elle me pria de lui montrer comment on pouvait entrer en relations avec ce monde invisible dont j’affirmais la réalité objective. Je lui indiquai le mode le plus simple : une évocation par l’écriture médianimique, en lui supposant une suffisante médiumnité à cet effet Et comme mon expérience personnelle m’avait démontré que les facultés médianimiques se développent parfois par le simple contact d’une médianimité déjà éprouvée, je posai, à notre premier essai, ma main gauche sur sa main droite, en la priant de se concentrer, tandis que je fis 1 évocation de l’Esprit avec lequel elle désirait particulièrement entrer en relation.

C’est sa mère, qui s’était suicidée, que mon amie me pria d’appeler.

Je fis selon son désir, quoique je fusse convaincue d’avance de nous attirer beaucoup de tristesse.

Nous attendîmes quelque temps, plongées toutes deux dans un respectueux silence.

(Je fais remarquer que notre première expérience fut faite en plein jour et pleine lumière.)

Alors, sans préliminaires et sans ces essais graphiques, habituels chez la plupart des médiums en formation, la main de mon amie se remua lentement, mais spontanément, pour écrire d’une façon lisible, mais avec des traits altérés, ces simples paroles solennelles : « Je suis là ; ta mère ! »

Comme Mme de S... M... me fit signe de prendre la

parole, j’allais m’adresser à la personnalité invisible, quand je vis mon amie soudainement pâlir et retomber sans connaissance sur le dossier de son fauteuil.

Effrayée, j appelai au secours.

C’est mon mari qui accourut. M’ayant aidée à assister la défaillante, nous réussîmes à la ranimer bientôt avec des sels.

Quand elle eut repris ses sens, nous la questionnâmes, comme de juste, sur la cause de son malaise subit.

Elle nous répondit :

« A l'instant même où, après avoir lu ensemble les paroles que ma main avait tracées inconsciemment, je te fis signe de parler, je vis apparaître, en face de moi, une forme humaine entourée d’une lueur bleuâtre. Je lui reconnus les traits de ma mère. L’expression en était infiniment triste. —- Mais ce qui me frappa particulièrement, ce fut le corps du fantôme se terminant en queite de poisson . Aussi en fus-je saisie d’épouvante et perdis connaissance. »

Ce jour-là, nous n’insistâmes pas davantage.

Le lendemain, mon amie ayant exprimé le désir de renouveler l’expérience, nous fîmes la même évocation, dans les mêmes conditions et à la même heure.

La morte se manifesta comme la veille par l’écriture, mais sans se faire voir cette fois-ci. « C’est bien moi, ta mère, qui suis venue hier à ton appel. Je me suis fait voir pour te convaincre. »

sot'VKxms et phouj.èmes spirites

Et puis elle continua à écrire plusieurs phrases se rapportant en partie à son épreuve terrestre, en partie à celle de mon amie, mais dont la teneur générale resta infiniment triste. « Souffre , endure , supporte tout , dit-elle, entre autres, à Mme de S... AL.., mais ne mets jamais fin à tes jours. »

Maintenant, afin que la suite soit compréhensible, je suis forcée d’interrompre mon récit, pour dire quelques mots sur la triste histoire de l’Esprit évoqué.

Ce fut celle d’une pauvre femme qui avait perdu son fils unique, à l’âge de vingt et un ans, à Sadowa, où il se battait contre les Prussiens, en qualité d’officier autrichien ; et qui, douée de la double vue, l’avait aperçu, à une distance de plusieurs centaines de kilomètres, au moment même où, frappé par une balle meurtrière, il roula à la renverse dans un fossé profond.

L’effet qu’en ressentit son pauvre cœur de mère fut si intense, qu elle ne put surmonter désormais la morne et profonde mélancolie qui la conduisit à son acte de désespoir.

baisant allusion à ce douloureux drame de famille, je demandai à la personnalité qui s’était manifestée avec tous les signes possibles d'identité, de me dire ses impressions au moment de mourir. Elle répondit : « Après avoir avalé le contenu de la fiole fatale, je sentis quelque chose d'indescriptible qui me fit supposer que mon âme se détachait de mon corps.

J’en eus une grande frayeur, d’autant plus que je me voyais flotter comme entre le ciel et la terre. Alors je

SOrVENIHS ET PROBLÈMES SPIRITES

voulus rentrer dans ma pauvre dépouille humaine. Impossible ! Et je compris que, pour longtemps, tout bonheur pour moi était perdu...

Moi. — Mais bientôt après, n’avez-vous pas eu la consolation de retrouver votre cher fils qui vous a précédé dans la mort ?

Elle. — Hélas ! non. Ce n’est que maintenant que je commence à le sentir . (Il y avait trente ans que la malheureuse mère avait déserté la Terre.)

Moi. — En attendant, où avez-vous été et où êtesvous maintenant ?

Elle. — Je ne saurais vous dire ou j’ai été. Il me semble que je me réveille d’un long, terrible cauchemar. Maintenant, je suis à lerraticité et mon fils m’entoure parfois, mais je vous le répète, je le sens seulement, sans le voir.

Moi. — Cependant vous n’ètes pas aveugle, vous voyez. Pouvez-vous me décrire ce que vous voyez et ce que vous éprouvez ?

Elle. — Non, je ne suis pas aveugle, je vois ; seulement, je n’ai pas la faculté de voir mon fils. Je ne puis vous faire de descriptions, car je ne sais quels termes employer. Je ne puis vous parler de choses dont vous n'avez pas l’équivalent dans votre monde. Je vous dirai seulement que je suis moins malheureuse maintenant, quoique toujours dans le trouble.

Moi. — Avez-vous retrouvé votre mari ?

Elle. — Non. Et je ne voudrais pas le revoir. Il fut si dur pour moi ! J’ai été si malheureuse ! Je demande

sm'VËMHS El- PUORLKMKS SIMH1TES

pardon à ma fille de lavoir lâchement abandonnée pour suivre son frère. Ah ! j’ai bien expié cette grave faute ! »

Or, que penser de ce phénomène ? Surtout si I on considère le synchronisme qui existait entre le mouvement musculaire et automatique delà main du médium et faction spontanée de son organe visuel ; autrement dit, entre les paroles écrites et l’apparition, — celui delà personnalité évoquée. Tout cela n’était-ce que pure fantaisie? Mais, mon amie était entièrement novice en fait de spiritisme ; alors comment aurait-elle pu décrire un genre de fantôme qui ne s’explique qu’au moyen de la théorie spirite?

D’ailleurs, en admettant l’hypothèse, presque impossible que Mme de S... M... se soit effrayée devant une simple image, créée par sa fantaisie, au point de se trouver mal, il reste la suite de la communication, reçue le lendemain et dont la teneur fut non seulement émouvante de réalité, mais illustrée par des termes spirites, tels qu'erraticité, que le médium ignorait . En plus, mon amie étant positiviste, d'une intelligence absolument réfractaire à tout sentiment religieux, et admettant le suicide comme un moyen final et radical, comment aurait-elle pu écrire, même au moyen de sa conscience subliminale, ce que son crayon, de complicité avec son émotion, nous donna comme une réelle manifestation de sa mère morte ?

Je pose cette nouvelle question aux détracteurs du spiritisme.

Pour moi, la médiumnité spontanée de Mme de S... M... s’explique de la façon suivante :

De sa mère, elle tenait, à son insu, un organisme physique anormal, pouvant occasionnellement lui fournir le don de clairvoyance, de son père une santé robuste, avec exubérance de forces vitales et nerveuses.

Déjà Justin Kerner nous parla du Nervengeist pour nous expliquer la plasticité des fantômes, perçus par la voyante de Prévorst.

Depuis, d’autres érudits en spiritisme ont constaté comme lui que ce sont les centres nerveux de notre corps physique qui fournissent, dans certains cas, les éléments nécessaires à l’agrégation de formes humaines. Il n'y a donc là rien d’impossible, rien qui ressemble à de la superstition, surtout si l’on considère encore que l’existence d’un fluide très ténu qui se dégage plus ou moins de tou c les médiums et qui sert à la construction d’une matérialisation, est une vérité scientifique, prouvée maintes fois de part et d’autre.

Et l’on peut ajouter ceci :

Dans le cas spécial que nous sommes occupés à analyser, le côté fantastique dans l’apparition, loin de démolir les théories spirites et de fournir peut-être une arme aux enseignements dogmatiques sur les peines des damnés, les confirme davantage.

D’abord, il démontre l’inadmissibilité d’une autosuggestion de la fantaisie en éveil ; le médium, au moment de la vision, n’était ni en état de fièvre, ni

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surexcitée par l’appréhension d’un événement ; non, Mme de S... M... était, au contraire, calme et sceptique à tous égards.

Mais, en admettant quand même, un instant, la subjectivité du phénomène en question, par quelle bizarre coïncidence l’apparition aux traits reconnaissables aurait-elle précisément pris une forme connue aux spirites expérimentés et peu imaginable aux noninitiés ?

En effet, la science extra-physique nous dira que l'insuffisance éventuelle de l’ambiant psychique, indispensable à la formation des corps fluidiques, a maintes fois produit des formes analogues à celle de la mère de mon amie...

Évidemment les apparitions, plus que tout autre phénomène, soulèvent des problèmes si ardus, qu’on ne saurait, malgré la science transcendantale et les révélations d’Esprits avancés, donner des explications entièrement satisfaisantes, surtout quand nous nous trouvons devant l’émergence spontanée d’un fantôme presque mythologique. Tout ce que nous dirons donc ne sera qu’approximatif, la nature ne livrant pas ses secrets en entier.

Cependant, pouvoir constater par quels éléments le processus de la matérialisation s’opère, et pourquoi il peut avorter partiellement, est déjà un progrès bien appréciable pour notre époque où le positivisme a fait tavola rasa de la foi aveugle inculquée, comme de la superstition innée.

SOL’VENIMîà 1£T 1‘HOIiLKMKS tfl'MHITKS

Comme il ne faut donc plus croire sans preuve, il ne faut plus nier a priori. Devant des faits il faut s’incliner, dut-on ne point comprendre entièrement .

D’ailleurs, y a-t-il quelque chose que nous comprenions, ce qui s’appelle comprendre ?

Comprenons-nous quelque chose à nous-mêmes ?

La sagesse antique disait bien « gnoti seauton », mais qui est-ce qui est arrivé à réaliser ce précepte?

Comprenons-nous notre genèse physique dans le sein de notre mère ?

La science nous fait suivre les différentes phases embryonnaires de notre développement matériel, mais est-elle capable de nous faire comprendre la marche mystérieuse de nos métamorphoses successives avant de naître?

Constatant ainsi partout notre insuffisance d’aller au fond des choses, nous devons admettre même l’invraisemblable, à condition que nous nous trouvions devant des faits et non devant des élucubrations fantaisistes, car ce qui paraît invraisemblable aujourd’hui sera peutêtre banal demain. A notre époque, tout le monde tombe d’accord sur ce point.

Je crois donc ne pas trop m’avancer en prétendant que mapremière expérience, faite avec Mme de S..M.., vint encore enrichir la phénoménalogie, déjà si volumineuse, des annales spirites.

Mais les faits observés avec elle ne s’arrêtèrent pas là.

Trèsintriguée par nossuccès spirites,MmedeS...M...

p ofita de tous nos instants libres pour tacher d'obtenir « quelque chose » de nouveau.

Sans que j’eusse désormais besoin d approcher ma main de celle de mon amie, Mme de S... M... se mettait à écrire automatiquement peu d’instants après avoir fait l’évocation. Cependant, comme à la comtesse D... et contrairement à ce qui eut lieu pour Mlle R..., l’écriture spirite lui causait une grande fatigne, probablement par la trop subite déperdition de ses forces fluidiques. En effet, elle fut toujours à tel point prise de sommeil quelle était obligée de laisser choir sa tête sur son coude gauche, avancé sur la table. Et c était chose curieuse de la voir, dans cette position, écrire frénétiquement des pages et des pages dont elle ne prenait connaissance qu’après.

Un jour, elle eut, dans cette étrange posture, des messages en huit langues sur une même feuille de papier.

De ces langues, Mme de S... M... n’en connaissait que deux : l’allemand et le français.

Les personnalités diverses qui s'étaient manifestées avaient écrit, en outre : en anglais, italien, espagnol, portugais, latin et grec.

J’étais présente à ce phénomène, mais, contrairement à ce qui m’a déjà été soutenu, il ne pouvait être question de télépathie ; je ne sais ni le portugais, ni le latin, ni le grec.

Quant à la nationalité de mon amie, elle était Hongroise. Or , il n y avait pas un mot hongrois .

SOUVENIHS ET PKOHLÈMES SPIH1TES

Parmi les termes grecs que nous étions obligées de nous faire déchiffrer par notre entourage du sexe privilégié, il y en avait un que personne ne connaissait. Pour en trouver le sens, peut-être seulement approximatif, il nous fallut recourir au dictionnaire.

Le mot est homologoumenos, o;xoÀuyovij.svoÇ. Parmi les différentes explications, nous trouvâmes celle de suicide. Ce mot faisait-il allusion à la douloureuse communication reçue précédemment?

Parfois, le crayon de Mme de S... M... donnait de petits coups secs sur le papier , en produisant des signes télégraphiques ressemblant à ceux d’un appareil Mors.

Comme la comtesse IL.., mon amieMme de S... M... me mit en rapport suivi avec ma mère morte. Cependant les communications obtenues par la médiumnité de cette dernière furent plus émouvantes dans ce sens qu elles manifestaient d une certaine angoisse de la morte de ne pouvoir se faire lire sans témoin, c’est-àdire sans le contrôle du médium.

Et dans cette particularité nouvelle, quelle preuve convaincante de Pobjectivité du fait!

En effet, le médium paraissait à tel point gêner l’Esprit de la défunte, qu’elle n’écrivait jamais que des phrases hachées, en indiquant par une série de petits traits tous les mots qu’elle supposait pouvoir être devinés par moi.

Comme je désirais plus de précision et lui demandais

de ne pas sauter de mots , elle se laissait aller à de petites exclamations, quelquefois de réelle douleur. « Ah ! » disait-elle entre autres, si je pouvais te parler sans Le médium! Comme elle me gène ! Comme elle me gène !»

Et ne voulant toujours pas me laisser convaincre de son identité, elle finit par écrire d’un air impatient : « Mais, tu sais bien et sens bien que tu as été mon enfant. Tu veux que j’écrive mon prénom, eh bien, le

voici.; es-tu contente maintenant? » (Le médium

ne connaissait pas le prénom de ma mère, d'ailleurs peu usuel.) Je n'insistai pas davantage, et la personnalité qui se disait ma mère continua à remplir des feuilles nombreuses, à phrases tronquées et à mots espacés. Au lieu de lettres, cette fois-ci c'étaient des télégrammes d’outre-tombe que je recevais, des télégrammes ayant à éviter la censure— celle du médium.

On avouera que ce fait original détruit toutes les théories des savants sur l’action de la conscience subliminale du médium dans l'écriture spirite.

Cependant, les phénomènes intellectuels produits par la médianimité prodigieuse et spontanée de Mme de S. . . M.. . ne se bornèrent pas à ces communications intimes. Il y en eut aussi d’un intérêt général et parfois d’une grande beauté d’expression. Tantôt en allemand, tantôt en français, nous eûmes des tirades éloquentes, signées d'Adalbert de Chamisso et de Lamartine. Notre cher maître Schumann se manifesta

également. Malheureusement , je n’ai pas retrouvé ces feuilles dans ma collection. Je me souviens seulement qu'entre autres, Schumann écrivit : « Oft war es mir wæhrend ich componirte , als ob der Teujel loos wære (i).

Un jour, Mme de M... S... traçale nom d’une mienne amie de jeunesse avec laquelle je m’étais brouillée et que j’avais complètement oubliée depuis, au point de ne pas savoir si elle était morte ou vivante et à laquelle je n’avais jamais fait allusion au médium. « Oh ! pourquoi m’as-tu négligée ? » disait l’écriture de cette lointaine camarade de mes vingt ans.

Même mon entourage sceptique fut frappé de stupéfaction de cet étrange incident.

Une expérience curieuse fut celle que nous offrirent les communications régulières et suivies avec un malfaiteur anglais, et tout en anglais, avec ce graphisme particulier aux Anglo-Saxons seuls, qui se caractérise surtout par la forme spéciale des « T » majuscules, paraissant des « J » à nos yeux à nous.

Cet Esprit malheureux disait s’être appelé Thoms Brook. (Thoms est une abréviation de Thomas.) Ni le médium ni moi, nous ne connûmes jamais personne d’un nom semblable. (J’espère ne heurter aucun sentiment en le publiant.)

Thoms Brook paraissait s’attacher particulièrement

(1) Pendant que je composais, il me semblait souvent être possédé du diable.

à ma personne, quoique je n’aie jamais su pourquoi. Car, quand je lui demandai un éclaircissement à ce sujet, il me répondit que je saurai beaucoup de choses dans soixante jours ; or, avant l’arrivée de ce terme, mon amie Mme de S... M... avait quitté la campagne où elle était venue passer avec nous six semaines de la saison d’été.

Il se disait très malheureux, ce Thoms Brook. Un jour, il remplit une page entière de lost, lost, lost (i). Je lui prêchai alors, pour le consoler, que personne n’était perdu à tout jamais ; que le Christ nous avait révélé le Père et non le Juge inexorable. Il ne voulut rien savoir et continua à écrire des lost et des lamentations de toutes sortes. Au bout de plusieurs pages de ce genre, il ajouta : And it is justice (Et c‘est justice).

Cetie fois-ci, la manifestation s’arrêta là.

Le lendemain soir, à peine mon amie eut-elle repris le crayon, que ce même Esprit se manifesta, quoiqu’elle en eût appelé un autre. A la vue de son écriture et de ses nouvelles jérémiades (2), mon amie, je ne sais trop pourquoi, fut prise d’un accès de rire. J en fus doublement peinée, quand je vis sa main, à son insu, écrire les mots suivants : Oh ! doii't laugh / crie, crie with me . I’m so unhappy (3) !

(1) Perdu, perdu, perdu.

(2) le les lisais en les traduisant, mon amie ne sachant que peu d’anglais.

(3) Oh ! ne riez pas ; pleurez, pleurez avec moi. Je suis si malheureux !

En attendant, le médium s’étant calmé de son hilarité, l’Esprit me remercia de ma compassion, et lui ayant demandé une explication sur le lieu où il se trouvait et de quelle façon il pouvait se communiquer, il répondit : / don*t knoio , it zs ail dark round me (i).

Les « esprits forts » prétendront que Mme de b... M... s’amusait à mes dépens. Je ne le crois pas. C’était une femme trop supérieure pour se prêter à une comédie. Evidemment, son rire inopportun pourrait la faire passer pour frivole; elle ne l’était cependant pas; elle était seulement réfractaire à tous sentiments religieux, spirites ou dogmatiques. Et cette constatation augmente l’objectivité de la manifestation de l’Esprit de Thoms Brook.

Ce qui l’augmente encore, ce sont les fluides malsains que cette malheureuse personnalité répandait autour de nous et qui nous occasionnaient chaque fois de pénibles maux de tête ; à mon amie encore bien plus qu’à moi.

Cependant, le fait le plus bizarre qui se passa à la même époque fut celui-ci :

Une après-midi, nous étant retirées dans la chambre de mon amie et assises près de la fenêtre ouverte, qui donnait sur le parc et d’où ne nous venaient que des senteurs exquises de plates-bandes en fleurs, mon amie, le crayon appuyé sur le papier, en attendant le résultat

(1) |e ne sais pas. Tout est noir autour de moi.

de notre évocation, se mit tout à coup à crier : « Qu’est-ce que cela ? Quelle odeur affreuse ! Ne sens-tu rien ? — Au contraire, répondis-je ; je trouve que l’air est embaumé. » Mais, je n’eus pas plus tôt achevé cette affirmation, que je fus forcée de la rectifier. « En effet, m’écriai-je à mon tour, qu’est-ce que cela ? C’est horrible que ce courant que nous entoure ! Il répand une odeur de cadavre (i). Nous sommes comme dans une chambre mortuaire. — C’est l’effet que cela me fait, répondit-elle ; sauvons-nous. »

Aussitôt la chambre quittée, nous ne sentîmes plus rien. L’odeur de cadavre s’y était localisée.

Peu de jours après cette aventure, nous eûmes un nouveau phénomène des plus curieux, et qui prouva encore davantage l’objectivité des manifestations que nous obtînmes. Le voici :

Toujours par simple curiosité, mon amie évoqua, un soir, l’Esprit d'une personne de sa famille, récemment

(i) A propos de ce fait, je ne veux omettre de noter une coin' cidence très significative ; la voici. Etaot allée trouver un physionomiste célèbre à Paris, Eugène Ledos, mort récemment, et lui ayant montré le portrait de mon amie Mme de S... M..., afin qu’il me donnât une nouvelle preuve de son prodigieux jugement, ce savant et voyant me dit : « La personne dont vous me soumettez le portrait est douée de grande médiumnité, mais ses fluides attirent surtout les Esprits nouvellement désincarnés. » Et lui ayant raconté l’aventure de la mauvaise odeur qui s’était répandue soudainement autour de nous, avant d'être arrivée au terme de mon récit, il m’interrompit pour dire textuellement : c Pardi, cela sentait le cadavre. »

désincarnée et par laquelle elle avait subi une épreuve pénible.

A peine eut-elle pris le crayon et concentré sa pensée sur l’Esprit en question, que « quelqu’un » se manifesta. Je ne me souviens plus des mots qui furent tracés, mais je vois encore la pointe du crayon se casser et le mouvement automatique qui le fit voltiger au loin. J’allais ramasser le crayon pour le rendre à mon amie, quand soudainement je vis celle-ci atrocement pâlir et ses traits prendre une expression de frayeur mortelle, je voulus l’assister, appeler au secours.

Un signe énergique de Mme de S... M... me cloua au sol. Je ne savais quoi penser. Quelque chose de mystérieux, que je ne voyais pas, nous entourait. Je le compris et suivis, curieuse et inquiète, tous les mouvements des yeux angoissés de mon amie. D’abord, ils paraissaient fixer quelque chose, tout près d’elle ; ensuite, ils se dirigèrent lentement sur une fenêtre au fond du salon (il était d’une longueur exceptionnelle) pour se tourner finalement vers une autre fenêtre à gauche.

Respectueuse de l’ordre reçu, je ne bougeai pas. Mais voilà mon amie qui, d’un air d’automate, reprend le crayon, et les yeux hagards, toujours cloués sur le même point où ils s’étaient enfin arrêtés, se met à dessiner. Je m’approche. Que vois-je ? Un cercueil surmonté d’une croix ! |e m’exclame.

Mme de S... M... revient à elle par un long soupir. La voyant d’une pâleur mortelle, je lui demande la

permission d'appeler enfin au secours. Cette fois-ci, elle y consent. On accourt, on l’entoure, on demande ce qui s'est passé.

Voici ce qu'elle raconta :

a A peine une force invisible eut-elle cassé la pointe de mon crayon et jeté celui-ci loin de moi, que je vis sortir de mou corps , aux environs de ma ceinture, comme une buée grisâtre. A ma stupéfaction et épouvante, je vis cet effluve étrange se condenser petit à petit pour devenir un cercueil. D'abord petit, il se mit agrandir à mesure qu'il s’éloignait de moi. Quand il fut arrivé au bout du salon, il avait la dimension d'un cercueil de grande personne. Alors je le vis se dresser debout (jusqu’à présent, il s’était avancé horizontalement, comme si on le portait), et marcher comme un être humain vers la fenêtre à gauche, où il se fixa. Il me fut impossible d’en détacher les yeux. Je fis signe dès le commencement de ne point appeler, parce qu’il me sembla, je ne sais trop pourquoi, qu’on m’aurait fait du mal pendant le dégagement des effluves et la formation du cercueil mystérieux. Quant au dessin, je ne sais qui l’a produit avec ma main. Je n’ai aucune conscience du fait. »

Nous écoutâmes ce récit avec une surprise croissante et un malaise compréhensible. Mme de S... M..., souffrante par suite de l’émotion subie, dut se mettre au lit. Quant à nos convives accourus, peu partisans du spiritisme > ils profitèrent de l’occasion pour me combattre. Pour le moment, je fus moi-même très découragée.

SOUVEMKS ET PKOIILK.MES SPJU1TE.S

Le lendemain, mon amie, étant entièrement remise de son indisposition et de plus en plus intriguée par l’étrange phénomène auquel sa propre force vitale avait fourni l’élément constructeur, se montra toute disposée à recommencer nos expériences. Cette fois-ci, c est moi qui cherchai à l’en dissuader, fe trouvai, en effet, dangereux de risquer sa santé à des investigations presque inutiles, puisque de mon côté nulle preuve supérieure n était nécessaire à ajouter à celles que j’avais déjà reçues, et du côté « des autres », le scepticisme était à l’état systématique, c’est-à-dire voulu, malgré l'évidence ! 11 y a, en effet, des gens qui ont la maladie du doute.

Donc, contrairement à nos habitudes spirites prises, je n’accompagnai pas mon amie dans sa chambre après le déjeuner et lui recommandai de se reposer sans faire d’évocation.

Quelle ne fut pas ma surprise quand au bout d’une demi-heure Mme de S... M... accourut avec un paquet de feuilles, entièrement noircies par une grosse, énorme écriture !

« Lisez, lisez, dit-elle, haletante, à moi et à mon mari ; c’est inouï ce qu’on m’a fait écrire malgré moi ! Voyez, toutes ces pages je les ai couvertes en un clin d’œil.

La force invisible alla même si vite que j'eus à peine le temps de tourner et de remplacer les pages. Je les jetai donc au vol pêle-mêle pour ne pas perdre la suite. « On » voulut écrire davantage, ajouta-t-elle.

SOrVEXlKS ET PROBLÈMES SPIRITES

mais il n’y avait plus de papier. Voyons si c’est intéressant. Lisons! »

Voici ce que nous lûmes en texte allemand, tel que je le donne, à côté de la traduction (1), afin que ceux qui connaissent les philosophes d outre-Rhin puissent eux-mêmes en chercher l’auteur présumé. On dit : « le style c’est l'homme », mais pourquoi ne dirait-on pas également : « le style c’est l’esprit »

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