ARRIERE-PROPOS
Quoique les derniers mots du précédent chapitre terminent en réalité le travail spirite que je m’étais imposé, je ne veux quitter ma plume sans résumer succinctement les questions qui me semblent les plus importantes à poser et à résoudre au courant de notre vie terrestre, je veux dire celles-ci :
« L’âme humaine, reconnue scientifiquement substance indépendante du corps matériel humain, est-elle nécessairement immortelle ?
Y a-t-il un Esprit Suprême, comme l’ont affirmé tous les peuples, civilisés et sauvages, depuis mémoire d’homme ?
Quel est le seul et vrai sens du christianisme ?
J’ai dit dans mon Introduction que les « faits » peuvent seuls mener à un critérium infaillible, puisant cette assertion dans les enseignements du philosophe Strada. Partant de cette conviction, je me suis donné comme tâche d’accumuler des « faits », surtout des faits intellectuels et psychiques. Ainsi, j’ai laissé de côté tous les phénomènes que la science spirite appelle « faits physiques ». Non pas, je le répète, parce que je les considère comme non réels ou quantité négligeable,
mais parce que je me suis aperçue qu’ils déroutent, en arrêtant beaucoup de chercheurs sur le seuil du monde psychique et dès le commencement de la voie directe qui mène à Dieu. La raison en est des plus simple. Non seulement les phénomènes physiques obtenus au moyen de médiums ne concluent pas, pour beaucoup, en faveur du spiritisme, mais même pour ceux qui les interprètent dans ce sens, ils sont un sujet de recul plutôt que d’avancement transcendantal. En effet, les faits physiques ne pouvant être produits que par des invisibles, tenant encore par toutes leurs fibres au plan physique et ne sachant souvent rien de plus que le plus ignorant des mortels d’ici-bas, leurs démonstrations, raisonnements et sentiments ne peuvent convaincre des vérités plus hautes ceux qui, par témpérament, se plaisent dans le giron étroit des sciences humaines, dont ils osent à peine élargir l’enceinte, de peur d’être lancés par un essor à la portée incalculable, au sein d’un espace infini dans lesquelles leurs déductions, faites d’avance, perdraient infailliblement leur base et où eux-mêmes se sentiraient comme écrasés par la majesté grandiose du problème à résoudre.
Je me suis donc attachée principalement à démontrer la réalité de la médiumnité intellectuelle et sensitive, tantôt par celle des personnes qui m’ont aidée dans mes recherches, tantôt par celle qui existait en moi à l’état latent et qui s’est développée au courant de mes expériences.
Par les multiples coïncidences corroborant aux preu-
SOUVENIRS KT PUOHI.KMES SPJH1TES
ves d’identité, données par les Esprits eux-mêmes lors de leurs manifestations, je crois avoir ajouté quelques faits réels et même peut-être nouveaux à ceux, si nombreux déjà, fournis par des chercheurs éminents.
11 est vrai, celui qui n’a pas voulu se laisser convaincre par les grands auteurs spirites, se laissera encore moins convaincre par moi ; penser le contraire serait téméraire. J’aurais donc pu me tenir ce raisonnement d’avance et m’abstenir d’écrire.
Mais, tel que les immenses océans de notre globe ne dédaignent pas les cours d’eau les plus insignifiants, pour grossir leurs gigantesques nappes liquides, tel la littérature spirite, si riche en documents authentiques et en livres scientifiques et philosophiques de valeur, ne dédaignera pas mes faibles efforts, faits en vue d’étayer toujours davantage sa merveilleuse œuvre de synthèse occulte.
Et ainsi, comme la pauvre veuve de l’Evangile portait son humble obole, j’ai apporté mes expériences personnelles en y ajoutant quelques conclusions sincères. Ces conclusions tendaient sans cesse à prouver la survie individuelle et finalement l’efficacité de la prière mentale.
il me reste maintenant à répondre à mes questions, posées plus haut.
D’abord à celle-ci :
L’âme humaine, reconnue scientifiquement substance indépendante du corps matériel humain, est-elle nécessairement immortelle '
SOUVENIRS ET l'ROULKMES SPIRITES
Sans crainte, affirmons que oui.
Voici pourquoi :
Du moment que le principe psychique, à côté du principe physique, donc indépendant de celui-ci , se prouve être une vérité scientifique, rien, absolument rien, n'autorise à supposer sa fin, à courte ou longue échéance, la désagrégation du corps ne devant pas l'atteindre, et ce premier danger de destruction évité, aucune raison n'existant plus pour qu il en survienne un autre par la suite. Donc, celui qui dit : 1 àme est une substance indépendante du corps matériel, dit nécessairement : survie et partant : immortalité.
Bien plus. L’âme, substance en soi, indépendante de la matière terrestre, ne mourant pas avec le corps dans lequel elle s’est trouvée incarnée, il n’existe aucune raison pour supposer qu elle n’a été créée que pour subir une épreuve dans ce corps qui n avait peut-être qu’une existence éphémère ; par conséquent, la vie de la psyché, indépendante du corps matériel, mène autant à Xhypothèse de la préexistence que de la survie, car rien de plus implacable que la logique.
Beaucoup de métaphysiciens ont trouvé ces vérités en dehors de la preuve scientifique qui leur sert de base, ils les ont trouvées par spéculation, aidés en cela par leur intuition ; mais ceux des philosophes dont l’esprit éprouve le besoin de s’appuyer sur quelque chose de tangible , ont repoussé ces conclusions et ainsi la question est restée un sujet de discussion
« Avons-nous une âme ? » s’est-on demandé à toutes les époques de l’histoire du monde.
La vérité, soupçonnéepar les uns, niée par les autres, n'a été affirmée que travestie par les prêtres de toutes les religions qui ne se sont emparés de la croyance en l’âme que comme le commerçant s’empare d’une marchandise, qu’il sait pouvoir écouler sans risque ni péril.
Il était réservé à la science spirite de résoudre la question d’une façon positive, non afin d’exploiter cette découverte en vue d’avantages mesquins, mais afin de faire faire un pas, le pas le plus essentiel, à l’humanité terrestre.
L’âme humaine est donc définitivement devenue un sujet d’investigation, au lieu d’être, comme par le passé, une pure croyance religieuse. Personne n’oserait nier ce réel avantage.
D’ailleurs, tant que l’âme n’était qu’une croyance religieus z, elle n était qu’une abstraction , tout comme la pensée, la prière, tout comme Dieu. C’était cette erreur fondamentale qui rendait son existence dubitative. En effet, ceux qui y croyaient, croyant sans savoir pourquoi , étaient exposés au doute ; aussi appelait-on et appelle-t-on encore leur croyance : foi , et cette foi, un don du ciel, une grâce spéciale. Cette méthode, qui est plus ou moins celle de toutes les religions, a un grand inconvénient, entre autres elle exclut , elle exclut fatalement tous ceux qui ne jouissent pas du privilège de la grâce, de cette grâce qui est la faculté de croire sur parole, sans preuve .
Donner la croyance, non, la conviction par des prélevés tangibles , en dehors des déductions rationnelles et logiques, c’est donc faire progresser l’humanité d’une façon absolue et générale. Je dis : tangibles , car, nul doute à ce sujet, beaucoup d âmes de défunts se sont soumises aux investigations scientifiques, en se rendant tangibles . Pour celui qui est ignorant des récentes découvertes dans le domaine de l hyperphysique, mon assertion est évidemment une pure fantaisie. Comment ce qui est surnaturel peut-il se prêter à des recherches scientifiques ?
Ce n’est pas dans ce résumé trop succinct qu’on peut répondre à cette question. Je dirai donc seulement avec ceux qui ont étudié ce problème à fond, que Y âme n'est pas plus surnaturelle que nous-mêmes, car tout est naturel et tout est surnaturel, autrement dit, tout est en quelque sorte matière et tout émane de Dieu, principe supérieur, par conséquent surnaturel, si l’on entend par « naturel » la matière inférieure.
Tout comme les corps matériels de tous les règnes, l’âme est donc un sujet d’études scientifiques. Pour avoir méconnu cette vérité, l’humanité a marché sans s’en douter pendant des milliers d’années à côté des phénomènes qui prouvaient la réalité par la tangibilité éventuelle de l’âme, cherchant tantôt la vérité dans la matière grossière de notre planète, tantôt dans la lecture des astres lointains. Les uns visèrent ainsi trop bas, les autres trop haut. C’est en nous, autour de nous qu'il fallait et qu’il faut chercher encore. C’est
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là qu’on a trouvé et qu’on trouvera toujours davantage de preuves.
Tel que les chimistes ont cru faussement à des corps simples, tel les matérialistes ont cru faussement à la nature humaine simple . Mais quand d’autres, plus inspirés, ont parlé de la dualité humaine, expression dont nous avons tous l’habitude, ils n’étaient pas encore dans le vrai, quoiqu’étant sur son chemin. En effet, dualité humaine n’est pas beaucoup plus exact qu'unité humaine, car l’être humain intégral est ternaire, non binaire. Il se compose d’un corps matériel, d'un corps semi-matériel et intermédiaire (appelé aussi corps astral, périsprit ou esprit nerveux) et d’un corps, matière quintessenciée ou psychique. Et c’est cette découverte importante, c’est cette vérité précieuse, prouvée par les expériences, enseignée par les Esprits eux-mêmes, qui est la clef du spiritisme, le sésame de la compréhension de tous les phénomènes psychiques.
Non seulement d’après la science spirite, mais d’après la science officielle la plus récente, l’enseignement des trois états de la matière n’était qu’une erreur. Cependant c’est cette erreur qui a fait considérer le magnétisme et toutes ses manifestations, à travers les âges, comme une puérile superstition. Du moment qu’aucun état intermédiaire n’existait entre la matière visible et tangible et l’âme, corps psychique, ou plutôt abstraction vague, comment le bon sens pouvait-ij admettre que l’âme, une fois exonérée de sa dépouille
SMHITES
SOL’VKNIKS ET PUOIM.KMKS
mortelle, se manifestât d une façon sensible ? Pouvait-il y avoir amalgame entre l’abstrait et le concret ?
Ceux qui raisonnaient ainsi avaient donc apparemment raison ; mais seulement apparemment, car ce sont les faits eux-mêmes qui ont donné la preuve de leur erreur, en ouvrant un horizon longtemps insoupçonné. Désormais donc, pins d’excuse pour l’ignorance! Renier le spiritisme, c’est ignorer lame ou la méconnaître. Les matérialistes et les dogmatiques obstinés se conduisent comme un homme, possesseur d un riche trésor et qui s’entêterait à se dire pauvre, rien que pour ne pas se donner la peine de vérifier et d'examiner son trésor ; en un mot, comme un homme qui préférerait ignorer sa richesse pour en éviter la charge.
D’ailleurs, certaines personnes ont une véritable frayeur d’être convaincues de l’existence de lame. Aussitôt qu elles se sentent en face de sa preuve réelle, elles ferment les yeux comme l’autruche, pour ne pas voir. Et les dogmatiques sont ici aussi lâches que les matérialistes. Les uns confient leur sort au hasard sourd et aveugle, les autres au prêtre. Lesquels sont les plus insensés ?
En attendant, ce sont les spirites qui passent pour fous ! Les spirites, qui ont ouvert les voies à toutes les investigations dans le domaine positif de l’esprit ; les spirites qui, par leurs recherches infatigables, ont découvert le lien fluidique qui relie l’àme au corps, les courants psychiques, propulseurs puissantsdelapensee, l’aura ou atmosphèreextra-subtile, quel’âmesecompose
elle-même, par ses actes, ses pensées et ses sentiments et qui forment, après sa mort, son ciel ou son enfer.
Oui,ce sont les spirites qui sont les tous,parce qu'ils savent , et ce sont les négateurs qui sont sages, parce qü ils ignorent!
Ainsi parle le troupeau humain!
Mais, voyons ma seconde question :
« Y a-t-il un Esprit suprême, comme l’ont affirmé tous les peuples civilisés et sauvages, depuis mémoire d’homme ? »
Hélas ! pour l’idée de Dieu, le spiritisme est divisé. Beaucoup d’expérimentateurs ont fait leurs conclusions sans Dieu. Ce sont ceux auxquels j’ai fait allusion plus haut, ceux qui se complaisent trop dans les expériences physiques, dans ces phénomènesqu’on n’obtient qu’au moyen des Esprits grossiers, complètement ignorants des vérités transcendantales. En effet, parmi ces Esprits, les uns disent: « 11 n’y a pas de Dieu » ; les autres : « C’est nous qui sommes les dieux. »
Et c’est sur ces affirmations que certains spirites basent leur critérium, leur critérium qui est non seulement un danger pour eux-mêmes, mais pour la société actuelle, si tentée de secouer, même le joug le plus doux, le plus légitime et le plus indispensable qu’impose l’ordre hiérarchique, base de toute organisation. Ceux des hommes qui se laissent ainsi tromper par les invisibles de la dernière catégorie, me font l'effet d’un voyageur qui, arrivant d’un pays lointain pour étudier
les rouages de notre gouvernement, les principes de notre morale, le développement de nos arts et de notre science, baserait son opinion sur ce qu il aurait appris des alcooliques dans les cabarets, des filles légères dans les bals publics.
« Il n’y a pas de Dieu, parce que, d’ailleurs, aucun Esprit n’a jamais affirmé avoir vu Dieu », proclament encore certains spirites.
Mais oublient-ils, cès spirites, que la réalité des choses ne dépend pas de notre faculté de les voir t Nombreux seraient les exemples à donner, prouvant le contraire, mais ne désirant pas sortir du giron du spiritisme expérimental, je dirai seulement : ^ a-t-il longtemps qu’on a réussi à percevoir « la pensée » Avant de soupçonner cette possibilité, doutait-on de sa réalité ?
Aucunement. Pourquoi?
Parce que nous vivons tous par la pensée et incessamment nous subissons son effet.
Rien ne me semble plus juste que d’appliquer ce raisonnement à Dieu.
« Personne n’est jamais venu dire qu’il a vu Dieu (i). »
Fort bien ; mais quelqu’un du monde des Esprits est-il venu dire qu’il est entièrement libre, qu’il est omnipotent? Nous n’en trouvons nul exemple. Et ici ma pensée me remémore un fait spirite significatif qui,
(4) J'applique ce raisonnement aux expériences spirites et ne m’occupe pas des légendes bibliques.
SOIJVENIUS l'T PI {OUI-KM ES S1MKITES
entre des milliers d’autres plus ou moins semblables, est un exemple à l’appui de l’idée émise.
Le voici :
Des expérimentateurs ayant demandé à une personnalité qui s’était manifestée « qui elle était », celle-ci écrivit par la main du médium « gott (ce mot veut dire « Dieu » en allemand). Frappés de stupéfaction et naturellement fort sceptiques, ces expérimentateurs, ayant de nouveau demandé <x pourquoi, étant Dieu, la personnalité écrivait ce mot .majuscule par excellence, avec une lettre minuscule, surtout cette manière d’écrire constituant une réelle faute d’orthographe en allemand, où tous les substantifs se désignent par de grandes lettres », l’invisible, après quelques secondes d’hésitation, finit lentement le mot « gott » en y ajoutant « loser », ce qui faisait : « gottloser », c’est-à-dire : pervers, ou en traduction littérale : « sans Dieu ou conscience ».
Je crois que tous ces Esprits ténébreux qui cherchent à nous détourner de l’idée de Dieu et qui parfois veulent se substituer à Dieu, seraient faciles à confondre, si l’on voulait s’en donner la peine.
D’ailleurs, nul doute qu’aucun être créé n’ait jamais pu voir Dieu ! Pour voir Dieu, il faudrait d'un seul coup d’œil savoir embrasser PUnivers entier, car, quoique Dieu doive être distinct de l’Univers, il doit le pénétrer tout entier par son essence ; sans cette nécessité, cette parcelle, qui échapperait à son
SOUVKN1HS KT PHOMMMKS Sl'l MITES
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influence, serait autonome, par conséquent un Dieu, à moins d’etre sous l'influence d'un Dieu adversaire.
On peut donc affirmer sans crainte, d une tai on positive, que Dieu est } tout comme Ici pensée est, parce que pareillement à celle-ci, nous subissons son effet par toutes les vibrations de notre double vitalité physique et psychique.
D'ailleurs, Dieu est par la constatation, non équivoque, de la force Une et Universelle.
Car, s’il y a une force une et universelle, et que cette force n’obéisse pas au hasard, mais à une intelligence dirigeante, que cette force n engendre pas le chaos, mais les œuvres les plus distinctes, les plus diverses et les plus admirables, se mouvant sans cesse dans un ordre parfait, il faut qu’elle émane d’une Unité d'essence en soi.
Cette Unité d’essence en soi, ce A ou-Égai, comme il me fut révélé par un Esprit très supérieur, je le répète, qu'on l’appelle comme on voudra : Dieu personnel ou impersonnel, Dieu I rinité ou Binité, c est-àdire Père, Fils et Saint-Esprit, ou bien Père-Mère, car qu’importent des hypostases,enfants de la fantaisie, — l’essentiel est que nous le reconnaissions comme le principe tout-puissant, comme la source primordiale de toutes les bontés, comme la Justice, réparant toutes les injustices par l’effet fatal de lois parfaites.
Mais, si Dieu s’impose par un effet de la saine raison, il s'impose encore bien plus par la logique dont la base repose dans le spiritisme même.
En effet, toutes les expériences spirites prouvent d'une façon irréfutable que l’invisible est une grande, immense hiérarchie. Tous les Esprits qui se sont manifestés ne se sont-ils pas, tôt ou tard, reconnus soumis à des supérieurs ; la plupart d’entre eux n’ont-ils pas parlé de leurs guides ou des chefs des différentes et nombreuses phalanges ?
Eh bien, à moins que ces supérieurs ou chefs soient autant de dieux, à l’instar des dieux de l’Olympe grec, ils ont à leur tour des supérieurs et ces supérieurs d’autres supérieurs, ainsi de suite à l’infini (i), jusqu’à ce que, le cercle se rétrécissant fatalement par la perfection qui est en soi Unité, nous arrivions à un sommet.
Ce sommet, c’est Dieu.
On peut donc dire : Dieu est le Grand-Aboutissant de la logique, le Point-Terminus de la pensée raisonnée.
Sans Dieu, pas de logique, mais l’incohérence.
Sans Dieu, le triomphe du fou sur le sage.
Nier Dieu parce que les Esprits inférieurs prétendent qu’il n’existe pas, nier Dieu parce que nous ne pouvons ni le voir, ni le saisir, ni le définir, c’est d’une témérité inconcevable. A peine sommes-nous arrivés, après des siècles infinis, à avoir une vague idée de nous-mêmes, de notre être infirme et déjà nous prétendrions connaître Celui qui est au-dessus de tout ; du moins, nous
(1) J’ai soutenu celte même théorie dans la Revue Spirite % il y a quelques années.
SOL’VKN IMS KT l'UOHLIvMÊ? SPimTKS 3K3
nous croirions autorisés à le nier parce qu’il échappe à notre vue, à nos moyens d’investigation !
Fîizarre prétention.
Pourquoi donc des millions et des millions d’êtres humains ont-ils cru à l’existence d’un Etre suprême ?
Uniquement parce qu’ils le sentaient , tout comme ils croyaient à leur àme, qu’ils ne pouvaient ni voir, ni palper, mais seulement sentir . Et c’est au moment où cette croyance vague à l’àme, basée sur le sentiment, devient une conviction, basée, à son tour, sur des preuves tangibles, qu'on oserait affirmer la non-existence de 1* Ame-Suprême qui est Dieu !
Et c’est du spiritisme même que surgirait cette négation téméraire, si nuisible dans ses conséquences, chaque fois qu’elle a pris pied, que déjà Voltaire disait :
« Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. »
Oh ! étranges contradictions humaines !
Tandis que les uns arrivent à nier Dieu, simplement parce qu’il échappe à leurs moyens d’investigation, les autres en parlent comme d'une personnalité définie , d’une personnalité qui leur ressemble, non seulement par ses qualités, mais même par ses défauts.
Est-ce étonnant que ceux qui ne sentent pas Dieu, ni par un effet de logique, ni par celui d’une intuition, rejettent l’idée de Dieu, soit comme quelque chose de trop vague, soit même comme quelque chose de nuisible, comme une pression abusive au nom de laquelle beaucoup d’iniquités se sont commises et se commet¬
tent encore.
soi:vE.\ms et i*hohli':mi:s sîmiutes
« Ni Dieu, ni maître », clament-ils alors les malheureux ! Et à leur point de vue, ils ont raison. Dieu et le maître leur ont été rendus odieux.
Faire aimer Dieu, c’est la tâche de l’œuvre spirite, la tâche de la religion de l’avenir ; quand tous les humains aimeront Dieu, parce qu’ils le considéreront comme l’idéal suprême de la bonté, leur refuge final à tous, il n’y aura plus de mauvais maîtres et la haine du maître disparaîtra dans l’amour de Dieu.
L'amour de Dieu, basé sur la certitude que Dieu est bonté et justice, et non «justicier », est donc la conviction qui, seule, peut nous faire améliorer les conditions. toujours dures, qtielles qu'elles soient , de notre vie sur cette planète ; c est aussi celle qui nous suit au delà de l’atmosphère terrestre et y constitue toute la mesure du bonheur de l’âme.
La vie ici-bas, comme toutes les expériences spirites, a démontré et démontre toujours et toujours cette vérité.
Qu’on observe les humains au point de vue de leurs conceptions déistes ; qu’on regarde ceux qui subissent leurs épreuves avec Dieu et ceux qui les subissent sans Dieu ; lesquels trouvera-t-on plus résistants à la douleur, plus courageux à la mort? (Évidemment il ne faut pas que Dieu se présente sous les dehors d’un épouvantail, tel que le fanatique de certaines théologies barbares se le représente.) Pourquoi l’Oriental est-il moins lâche que 1 Occidental en face de l’épreuve finale." Pourquoi? Iniquement parce que son fata-
sorviîNius et phoulk.mks simuites ÜKô
lisme lui donne une confiance inébranlable en Dieu. Eh bien, c’est cette confiance qu'il serait si utile de lui emprunter. Elle empêcherait les désespoirs, elle empêcherait les suicides qui presque journellement figurent dans les colonnes de nos quotidiens, réservées aux faits divers. En effet, pourquoi se tuer, quand on sait que les peines ne sont que passagères, que tout a une raison, que tout finit en Dieu, c’est-à-dire par le bien, par le bonheur ?
Et partant de ce raisonnement, on peut affirmer positivement que : « plus la conviction de Dieu est grande, plus le fardeau des peines devient léger ».
Qu’on observe également les désincarnés dans leurs manifestations diverses. Qu’on compare les esprits déistes aux esprits athées !
Les premiers se distinguent par l’élévation de leurs pensées, par la sérénité de leur àme, par le bonheur que respire toute leur mentalité, au point que déisme, sérénité, bonheur, se montrent comme synonymes chez toutes les entités élevées.
Les seconds se signalent presque toujours par l’incohérence de leur langage et le trouble de leur àme. Et quant à leur bonheur, prétendrait-on qu’un Esprit, hantant les maisons, tapant dans les meubles, tournant les tables, soulevant des boites, etc., etc., puisse avoir réalisé le bonheur des Esprits qui se disent « vivant en Dieu et dont seuls les rayons nous atteignent » ?
D’ailleurs, se perfectionner, c’est quintessencier son
SOUVENIRS ET IMtOHLEMES SIM HUES
âme, au point de sentir Dieu par l'assimilation de sa nature.
Cette vérité a été entrevue par quelques saints catholiques, mais l’Eglise de Rome s’est toujours empressée de défigurer le sublime (i), au point qu’il n’en est jamais resté qu’une caricature et que même « les faits » qu’elle a avancés de bon droit ont du être rejetés par la saine raison.
Il en est de même de cette vérité théologique qui dit : « Dieu fit l’homme à son image», assertion qui a donné lieu à cette réponse spirituelle de Voltaire : « Et il le lui a bien rendu. »
Dire que Dieu fit l’homme à son image, est une vérité défigurée.
C’est Y âme de l’homme qui est faite à l’image de Dieu, parce que l’âme humaine est le reflet de l’Ame divine ou universelle, comme le microcosme est fatalement celui de macrocosme.
En effet, lame humaine pensante, étant nécessairement une parcelle de l’Ame divine dirigeante, elle est son reflet.
Car, si une intelligence pouvait être par elle-même et en dehors d’un arché-type, elle serait, à son tour,
intelligence indépendante, évoluée et non évoluante ( 2 ).
Etre Dieu , c est être absolu .
( 1 ) J’appelle ici défigurer le sublime que de le rendre dépendant d’une soumission à un dogme quelconque.
(2) Qui oserait dire que nous sommes évolués et non évoluants ?
Toutes ces vérités sont autant d évidences de logique. C’est parce quon les a déformées par les théologies, qu’à beaucoup d’entre nous elles sont restées cachées.
Les théologiens ont dit également que Dieu était le « Verbe ». « Au commencement, disent-ils, il y avait le Verbe . »
Pourquoi le « Verbe » ?
Ne serait-il pas plus juste de dire : « Au commencement (mais déjà cette expression est fausse, car la logique ne nous permet pas de croire à un commencement), il y avait la Pensée » ?
Car, infailliblement, la « Pensée » a précédé le « Verbe ».
Le « Verbe », c'est la volonté exprimée.
Or, avant de vouloir, il faut en concevoir l'idée par la pensée.
C’est la Pensée primordiale , promulguée par la vibration divine et universelle, qui a fait vibrer toutes les couches éthérées de tout temps et a fait sortir de leur sein les mondes et les univers qui se sont succédé.
C'est la Pensée primordiale qui maintient l’espace en équilibre.
C’est la Pensée primordiale qui a prévu et qui pourvoit aux nécessités des êtres et des choses.
Mais la Pensée primordiale n’est autre que l'Ame grandiose, l’Essence en soi, que nous appelons : Dieu.
Et ce Dieu étant également le promulgateur de notre pensée et que, sans la pensee, nous serions des masses
3ss
sans valeur, des matières incohérentes, nous pouvons dire que Dieu, la Pensée suprême, est notre Père à tous et qu’en Lui, en effet, nous sommes frères.
Mais quand les matérialistes, à leur tour, disent que nous sommes frères (i), pour nous rendre solidaires, ils disent, d'api'ès lejtts théories, une parole vide de sens.
En effet, si nous ne sommes que matière, nous n’avons pas tous un père commun. Alors, comment pouvonsnous être « frères » ?
\ raiment, jamais plus grande extravagance ne s’est enseignée !
Je conclus donc : Toute chose ici-bas, et au delà, n’est que par la pensée. Une œuvre, vide dépensée, n est m'en. Quand notre cœur vibre, il se communique par la pensée et s’adresse à elle. Même toutes les facilites affectives ne valent que par la pensée .
Mais la pensée, à son tour, qu est-elle, sinon la manifestation de l ame, et Taine, d’où vient-elle, d'où seule peut-elle venir, sinon de la Grande Ame Universelle qui est Dieit}
Et par ce raisonnement qui n’est que le corollaire des raisonnements précédents, prouvant Dieu par la logique, je réponds par l’affirmative à ma seconde question :
« \ a-t-il un Esprit suprême, comme l’ont affirmé
(1) La scieace. autant que la philosophie, a suffisamment démontré que toutes les races humaines ne descendent pas d’un seul couple.
SOUVENIRS EJ IMtOIlEÈMES SIMMJTKS 3 H[)
tous les peuples civilisés et sauvages, depuis mémoire d’homme ? »
Il me reste à répondre à ma troisième et dernière question :
« Quel est le seul et vrai sens du christianisme t »
Ici, pas n’est besoin de longues dissertations et de preuves logiques. La vérité, dépouillée des élucubrations théologiques, grâce à l’enseignement unanime de tous les bons Esprits qui se sont manifestés depuis l’éclosion de la synthèse spirite, par les médiums les plus divers et sur les points les plus opposés de notre globe, la vérité, dis-je, nous apparaît claire, logique et simple, la vérité que voici :
Le seul et vrai sens du christianisme , c est la charité universelle y prêchée par le Christ ; c est l union de tous les êtres dans le Père , révélé par le l hrist , ce /ils de prédilection , ayant, par ses efforts , atteint au plus haut degré de perfection .
Tous les cultes divins ne valent que par ce principe , car, en dehors de lui, ils ne sont que des modes, instaurés pour satisfaire les imaginations, haire la guerre à ces cultes, quelqu imparfaits qu ils soient, est inutile ; les attaquer, quand ils ne sont pas manifestement nuisibles par leur autoritarisme, c est manquer de charité, par conséquent renier le spiritisme. Chacun ici-bas a le droit d’adorer le Père, comme bon lui semble. Et ici les sauvages sont autant dans leur droit que les civilisés. Le Père aime tous ses enfants, les naïfs comme les intellectuels.
SOL’VEN 1 HS ET PRORLKMES SPIRITES
Prétendre qu’on n’a pas le droit de se passer du prêtre est aussi absurde que de dire : on n’a pas le droit de se passer du médecin. En effet, le prêtre n’est ou ne devrait être que le médecin de l ame. Si donc mon âme nen a pas besoin, qu’elle trouve son remède dans sa science innée ou acquise ; il est abusif de lui imposer le prêtre, surtout à l’article de la mort. Que d’iniquités se sont commises dans ce genre, même visà-vis d’hommes éminents, par les personnes de leur entourage !
« Mourir chrétiennement, c’est mourir en face d’un prêtre », c est là l’idée fixe, ancrée dans les cerveaux de notre civilisation. Peu d’entre nous sont assez évolués pour comprendre l’absurdité d’une telle superstition. Entre l’àme et son Dieu, le prêtre peut être utile, comme intermédiaire, il n’est pas indispensable . L’imposer est presque commettre un crime psychique, c;ir c’est troubler une àme, au moment solennel 011 ses yeux se ferment à la vie terrestre pour s’ouvrir dans la vie des sphères. Oh ! si ces vérités pouvaient être comprises !
Si l’on veut se montrer chrétien dans le vrai sens du mot, qu’on se montre charitable et qu’on laisse en paix l’ame qui n’aspire que vers elle. Qu’on l’entoure de prières, de vœux sympathiques, de façon à créer la paix et l’harmonie autour d’elle, et l’on aura fait acte de christianisme.
« Je vous apporte ma paix », avait dit le Christ.
Mais qu’a-t-on fait ?
SOl'VKMHS i;t phohlkmes sfmr itks
On s’est emparé de l’étiquette du Christ et on a négligé le don précieux qu il voulait fîiire a la I erre où il a daigné se réincarner.
La paix, c’est l’harmonie.
Refusant la paix, on n’a créé que des cacophonies.
En effet, au nom du Christ, le Pacificateur, la trompette de la discorde a sonné de toutes parts, des guerres se sont déchaînées, le sang des martyrs a coulé.
Est-ce étonnant que le nom du Christ soit devenu odieux à certains d’entre nous ?
« Nous voulons déchristianiser la France », disait dernièrement un orateur en pleine Chambre, où il fut applaudi par beaucoup.
Pourquoi ?
Parce que le mot christianisme est devenu synonyme d’oppression psychique, de servitude mentale, d or guet lieux « Phi H titisme ».
Nous débarrasser de ces faux principes c’est, certes, une œuvre de régénération salutaire, mais ce n est pas « déchristianiser , mais dépaganiser la France ».
C’est au spiritisme que revient cette tache grandiose, au spiritisme déiste et chrétien . C est lui qui doit faire comprendre le Père que if Christ a révélé , c’est lui qui doit propager la grande loi de 1 Amour, « sans laquelle point de salut ».
Ci AIRE ü...
Château de Montertreau et Paris, 1904-1905.