‹ Souvenirs et réflexions politiques: documents pour servir a l'histoireChapitre 11 sur 54 · COUP D'ŒIL SUR LA PROVINCE · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL SUR LA PROVINCE

Paris, 28 novembre 4877.

Dans les circonstances actuelles, une excursion de quelques jours en province présente un assez vif intérêt, quand on y porte la préoccupation d'observer et d'analyser scientifiquement (si Ton me permet cette ambition)

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les sentiments et les intérêts, préoccupation qui prédomine dans ces études, et dont il me semble que je sens croître l'impartialité et l'absence de parti pris en raison même de la véhémence et de l'affollement des passions que je vois monter autour de moi.

C'est donc en déplacement dans une grande ville de l'Ouest où les renseignements, les relations et les attaches étaient loin de me manquer, que j'ai suivi les derniers incidents de la crise qui se poursuit, et c'est de ce point de vue prçvincial que je vais essayer de vous en rendre compte.Biensouventjeme suis demandé si la promptitude et la multiplicité de nos impressions parisiennes n'avaient pas pour résultat de donner à notre jugement une pente d'exagération; ne voyons -nous pas les choses avec un caractère excessif de généralité et gouvernées par une logique rigoureuse — logique des passions ou logique des intérêts — que le milieu provincial fait singulièrement dévier ?

Chaque fois que ces doutes me sont revenus et que j'ai eu l'occasion peu après de me retrouver dans un de ces milieux de province que je supposais si différents de celui que je venais de quitter, j'étais forcé, après quelque temps d'observations, de constater que les courants généraux qui dominent l'opinion parisienne se poursuivent en province sans modification très sensible quant à leur direction; ce qui diffère, c'est l'intensité, c'est le volume variable de ces espèces de cours d'eau intellectuels qui rencontrent, suivant les régions, ici des obstacles qui les éparpillent, là des pentes résultant du tempérament local et des précédents historiques qui les précipitent et en accroissent l'impétuosité.

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