‹ Souvenirs et réflexions politiques: documents pour servir a l'histoireChapitre 27 sur 54 · DELA MAUVAISE HUMEUR CONSIDÉRÉE COMME PRINCIPE D'OPPOSITION · texte numérisé non relu

DELA MAUVAISE HUMEUR CONSIDÉRÉE COMME PRINCIPE D'OPPOSITION

Paris, 4 janvier 1878.

S'il existe quelque part à l'heure présente, dans le monde conservateur, un moraliste perspicace et' sans illusions, tel que fut, par exemple, en son temps, le commensal de rhôtel de Broglie, M. Doudan, on pourrait lui indiquer un joli sujet de dissertation : De la mauvaise humeur comme principe d'opposition. Notre moraliste devrait s'appliquer d'abord à mettre en relief les causes de la mauvaise humeur politique; il montrerait que la défaite ne suffit pas à l'expliquer, qu'on peut citer une multitude d'exemples de partis battus, écrasés même par

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la fortune, qui se sont retirés après leur échec dans la dignité impassible de leur principe, considértint les conséquences secondaires de la bataille perdue comme inévitables, indignes, par conséquent, de servir de thème aux récriminations des vaincus, se bornant à protester de haut contre la victoire elle-même et à attendre que l'avenir rétablisse l'équilibre des choses, suivant eux funeslement rompu.

Le moraliste expliquerait ensuite les motifs qui empêchent, à de certains moments, les partis désemparés d!adopter cette conduite fière et ceux qui les portent à user <;e qui leur reste de force en lamentations séniles, en protestations misérables, en chicanes mesquines; il ferait voir que, quand les partis battus en arrivent à ces extrémités piteuses, c'est d'une part que les idées générales et le sens pratique commencent à leur manquer tout à fait, et de l'autre que les questions personnelles, les préjugés de monde et de salon sont restés le seul lien, le seul aliment des coteries à qui l'influence et le pouvoir échappent. Pour que le traité de la mauvaise humeur en politique fût complet, il serait bon d'y ajouter une conclusion destinée à démontrer sa stérilité; on insisterait sur le rétrécissement et le racornissement intellectuel que ce régime de clabauderie grognonne peut imposer à ceux qui le ! pratiquent; on montrerait, de plus, que la mauvaise

! humeur, devenant Tunique excitant d'un parti, l'en-

\ .trainepresque à son insu dans la mauvaise foi, et que,

pour conclure, la combinaison de ces deux sentiments de ^ nature essentiellement subalterne s'oppose à toute reprise

I de crédit, à tout retour de l'opinion en faveur des partis

qu'elle délaisse.

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