PEUPLE
D'après les plans actuels, une fontaine jaillissante, et
en parfaite harmonie avec les ornements des quatre façades intérieures, va s'élever sur l'emplacement de la statue du père du comte de Paris. Il reste une autre statue de ce prince; elle est sur sa tombe dans la chapelle de Saint-Ferdinand, tout près du château de Neuilly, à l'endroit même où il a rendu le dernier soupir. J'aime mieux que l'hommage rendu à un mort soit près d'un sanctuaire que sur la place publique ; ce que la religion garde est bien gardé.
Ce nom de palais du peuple a passé lui-même pour aller tomber dans l'oubli, comme tant d'autres choses pompeuses que les siècles à venir avaient été chargés de conserver à perpétuité!
Cette république, qu'il m'a bien fallu nommer pour mémoire, n'a pas tout à fait perdu son temps ; sa Chambre législative a voté deux millions pour les travaux d'ornement et de restauration du Louvre. Elle a accordé aussi des crédits nécessaires au déblaiement de la place du Carrousel.
Ce n'est plus la vieille monarchie, ce n'est plus la grande et terrible république, ce n'est plus le consulat, ce n'est [)lus l'empire de Napoléon P"", ce n'est plus la restauration, ce n'est plus 1830, ni la république de 1848 : c'est l'em- [jire sous Napoléon III qui a promis le complet achèvement de l'ancien palais de nos rois. Au train dont les travaux sont poussés depuis dix-huit mois, on peut espérer que cette œuvre immense et tant désirée sera bien près d'être accomplie dans quatre ans.
Le comte de Nieuverkerke est aujourd'hui directeur des musées du Louvre et de la France, c'est un grand artiste ;
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élevé à la surveillance des beaux-arts. Savoir oblige comme noblesse : M. le comte de Nieuverkerke a les deux.
D'après la pensée dirigeante, le Louvre ne doit plus être un palais comme les autres résidences de souverain; le Louvre ce sera ie cœur du gouvernement sous une armure de bonne trempe; ses murailles seront belles et élevées, mais fortes et bien gardées, son enceinte à l'abri de tout coup de main. Lorsque Louis XIV alla asseoir son imposante majesté à Versailles, il voulut avoir tous les hôtels des diflerents ministères presque attenant au royal château. Au Louvre (tel qu'on dit qu'il doit être), l'ensemble gouvernemental sera encore plus resserré. Rien ne pourra plus séparer, isoler les membres agissants de la tête qui règle et qui commande : ministères , imprimeries , télégraphes, casernes, fantassins, cavaliers, artilleurs, ofiiciers, généraux, conseillers, tout ce qui agit, tout ce qui garde, tout ce qui défend sera là sous la main du chef de l'Etat. Et si, dans des circonstances critiques, les rues conduisant à ce centre des arts et de la force , si les voies visibles étaient coupées ou interceptées, des voies souterraines de communication existeraient toujours du dehors au dedans et du dedans au dehors. La prévoyance, l'habileté, la sagesse humaine peuvent-elles jamais rien inventer de plus complet pour la défense de Tordre et le salut de tous? Je ne le crois pas, et cependant j'applaudirais à la main chrétienne et pieuse qui graverait bien creux dans le granit de la grande porte du Louvre ces deux versets des psaumes :
Nisi Dominus œdificaverit domum , in vamim lahoraverunt qui œdificant eam.
Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam.