Souvenirs historiques et récits de chasse
Quelques bons juges, MM. Barbier de Meynard, Hagenmeyer et Wellhausen, tout eu manifestant leur sympathie pour mon essai de restitution historique dans la Vie d'Ousâma, ont exprimé le regret que je n'aie pas mis à leur disposition une traduction suivie, exacte, calquée sur V Autobiographie , sans additions et sans omissions, avec l'ordonnance originale du document authentique lui-même. Le reproche impliquait une invitation trop flatteuse pour ne pas être acceptée avec empressement par l'éditeur de Y Autobiograjihie . Il croyait avoir rompu pour quelque temps le lien qui l'a uni à l'émir de Schaizar pendant de longues années. C'est à recommencer, m'assure-t-on, au risque de quelques redites et de répétitions inévitables. Je me soumets, eu saisissant cette occasion de mieux rendre les parties déjà connues de V Instruction par les exemples, d'améliorer la forme de premier jet que j'avais adoptée, quand j'ai reproduit naguère en français un grand nombre de passages.
Lorsque je suis allé à l'Escurial en 1880, les feuillets du texte arabe étaient disséminés au hasard dans plusieurs liasses. Je les ai reconnus et rassemblés. Il ne subsiste plus de lacunes entre eux jusqu'à la fin, y compris la souscription. Mais le commencement, les quarante-deux premières pages, ont échappé à toutes les investigations. En conséquence, pas d'introduction, pas d'avertissement au lecteur. On entre dans le livre au milieu d'un récit de bataille, par la fin d'une phrase commencée. Ce début insohte ajoute encore à ce que la rédaction de l'auteur présente de décousu, d'incohérent, excepté peut-être dans le chapitre final
VI AUTOBIOGRAPHIE D OUSÀMA
sur les soixaute-dix années de chasses, où se sont complus le jeune homme et le vieillard. Celle monographie si curieuse de pure cynégétique devait-elle être omise, comme un hors-d'œuvre sans in'érêl pour la connaissance de l'Orienl laliu ? Après réflexion, je ne l'ai pas pensé. La faune ne doit pas être négligée par ceux qui étudient un pays à une époque donnée et certaines notices d'écrivains chrétiens seront utilement contrôlées par les assertions sincères et expérimentées d'Ousâma.
Je me suis demandé d'autre part si je ne donnerais pas plus de reUef à l'ouvrage sauvé de l'oubli d'Ousâma Ibn Mounkidh, en y pratiquant d'habiles coupures, en l'allégeant de détails insignifiants, d'anecdotes notoirement indifférentes aux historiens qui s'occupent des croisades. Ma réponse à celte question ne pouvait être ni hésitante, ni favorable au système des éliminations. Il m'a paru qu'un choix, pour impartial et pour raisonné qu'il s'efforçât d'être, deviendrait forcément parfois embarrassé, souvent arbitraire, toujours inspiré par des tendances de goût personnel, et que les avantages d'une traduction intégrale, sans aucune mutilation, en dépasseraient de beaucoup les inconvénients. Bien loin de rien élaguer, j'ai tenu à être aussi complet que possible; dans ce but, j'ai ajouté, sous forme d'appendice, trois morceaux que j'ai retrouvés ailleurs, fragments empruntés à la première partie, aujourd'hui perdue, de Y Autobiographie.
On excusera la sobriété de l'annotation : il a paru oiseux de refaire ou de reproduire ici le commentaire qu'avec l'index les amateurs curieux de détails et d'explications n'auroul aucune peine à retrouver dans ma Vie d'Ousâhia.
Vichy, ce 21 juillet 1891.