Mou'in ad-Diu Anar
d'ousâma ibn mounkidh 133
Autre fait du même genre : Nous avions chez nous un baigneur, nommé Sàlim, originaire de Ma'arrat an-No'mân, employé au service de mon père (qu'Allah l'ait en pitié !). Sâlim nous dit un jour : « J'avais installé des bains à Ma'arrat an-No'màn, pour en vivre. Un chevalier d'entre les Francs y entra. Or, ils ont une répugnance contre notre usagQ d'avoir au bain le caleçon serré à la ceinture. Mon client étendit la main, détacha mon caleçon et le jeta. Il me vit alors. Or j'avais, peu de temps auparavant, rasé mes poils du pubis. Il me cria : « Sàlim! », Je m'approchai de lui. Il étendit la main sur mon pubis et dit : « Sàlim est magnifique (sdlim)\ Par la vérité de ma religion, fais-m'en autant. » Il s'étendit sur le dos, et la partie du corps dont il s'agissait ressemblait chez lui à sa barbe. Je lui rasai ce membre. Il y passa la main et s'aperçut que la peau y était devenue lisse. Il me dit alors : « 0 Sàlim, par ta religion, je t'en conjure, fais cette même opération à la dame {dama). » Or, dans leur langue, la dame {dâmâ), c'est l'épouse. C'était à sa femme qu'il pensait. Il envoya un de ses serviteurs prévenir la dame pour qu'elle vînt. Le serviteur se rendit auprès de la dame, l'amena et la fit entrer. A son tour, elle s'étendit sur le dos. Le chevalier répéta : « Fais-lui ce que tu m'as fait. » Je lui rasai ces mêmes poils, pendant que son mari était assis, me regardant faire. Celui-ci me remercia et me remit ensuite le salaire qui me revenait pour ma peine. »
Considérez cette contradiction absolue. Voilà des hommes sans jalousie et sans point d'honneur. D'un autre côté, ils sont doués d'un grand courage. Or, en général, le courage tire son origine uniquement du point d'honneur et du souci que l'on a d'éviter toute atteinte à sa réputation.
Il m' arriva une aventure du même genre. J'étais entré dans les bains publics à Tyr {Soitr), et j'y avais pris place dans une salle réservée. Un de mes serviteurs me dit : « Il y a dans le bain, en même temps que nous, une femme. » Lorsque je sortis de l'eau, je m'assis sur l'un des bancs en pierre. Et voici que la femme, qui avait été dans le bain, était sortie elle aussi et me faisait face. Elle était rhabillée et se tenait avec son père. Je n'étais pas sûr de son sexe et je dis à l'un de mes compagnons : « Par Allah, regarde donc si c'est une
femme, et j'aimerais bien si tu t'informais qui elle est. » Il me quitta tandis que je le suivais des yeux, pendant qu'il relevait la queue de sa robe et parvenait jusqu'à elle. Le père se tourna vers moi et me dit : « C'est ma fille, sa mère est morte, et elle n'a plus personne pour soigner la toilette de sa tète. Aussi l'ai-je fait entrer avec moi au bain pour lui faire des ablutions à la tète. » — Je répondis : « Tu as bien fait ! C'était de ta part une œuvre pie. »
Un autre procédé surprenant de leur médecine est celui que nous a rapporté Guillaume de Bures, seigneur de Tibériade, l'un des principaux chefs chrétiens. Celui-ci accompagnait l'émir Mou'în ad-Din ', qui se rendait d'Acre à Tibériade. J'étais du voyage. On causa en chemin, et voici ce que Guillaume de Bures nous raconta : « Il y avait, dit-il, chez nous, dans nos contrées, un chevalier très puissant. Il tomba malade et fut sur le point de mourir. Notre dernière ressource fut d'aller vers un prêtre chrétien (/wicss) d'une grande autorité et de lui confier le malade, en lui disant : « Tu viendras avec nous pour examiner le chevalier un tel. » 11 y consentit et se mit en route avec nous. Notre conviction était qu'il n'aurait besoin que d'imposer ses mains sur lui pour le guérir. Lorsque le prêtre vit le malade, il dit : « Apportez-moi de la cire. » Nous lui en avions aussitôt apporté un peu qu'il pétrit pour en faire des fils minces comme les articulations des doigts. Il les lui enfonça dans les narines. Le chevalier mourut sur l'heure. Nous dîmes au prêtre : « Eh bien, il est mort! » — « Oui, il se tourmentait, répondit le prêtre. Je lui ai bouché le nez afin qu'il mourût et qu'il reposât. »
Laisse ceci et remets-toi à parler de Harim ^
Nous passons à un autre sujet, après avoir rapporté les procédés médicaux des Francs.
Je me trouvai à Tibériade, alors que les Francs célébraient l'une de leurs fêtes. Les cavaliers étaient sortis de la ville pour s'adonner à des jeux de lances. Ils avaient entraîné avec eux deux vieilles femmes décrépites qu'ils placèrent à une extrémité de l'hippodrome, tandis qu'à l'autre on maintenait