Mou'in ad-Din Anar
sommes plus ou moins nombreux. » — « Non, répondit-il, c'est lorsque nous les aurons rejoints que nous revêtirons nos casaques. »
Il monta à cheval et se dirigea avec nous vers les brigands. Nous les atteignîmes dans la vallée de Halboûn, vallée étroite, où la distance entre les deux montagnes est à peine de cinq coudées et aux deux côtés de laquelle les montagnes sont escarpées, très élevées. Le défilé ne livre passage qu'à un cavalier après l'autre.
Les brigands formaient une troupe de soixante-dix fantassins, munis d'arcs et de flèches en bois. Nous étions arrivés jusqu'à eux, mais nos écuyers étaient en arrière avec nos armes, fort à distance de nous. Nos adversaires étaient, les uns dans la vallée, les autres au pied de la montagne. Je m'imaginai que les premiers étaient de nos compagnons, et je les pris pour des laboureurs de la campagne, que la frayeur aurait entraînés jusque-là; à mes yeux, les seconds seuls étaient les brigands.
Je brandis mon épée, et je m'élançai contre ceux-ci. Mon cheval, en grimpant sur le roc escarpé, faillit rendre le dernier soupir. Lorsque je fus arrivé, et que mon cheval s'arrêta, incapable de se mouvoir, l'un d'eux agita sa flèche en bois dans sa main pour me frapper. Je poussai un cri retentissant, et je l'intimidai. Il retira sa main de sur moi, et je fis aussitôt redescendre mon cheval. J'avais peine à croire que je leur échapperais.
L'émir Mou'în ad-Dîn gravit le sommet de la montagne, espérant y trouver des laboureurs (fallâh), qu'il comptait exciter au combat. Il me cria d'en haut : « Ne lâche pas nos ennemis jusqu'à ce que je revienne », et demeura caché à nos regards. Je revins vers ceux qui étaient dans la vallée; j'avais enfin reconnu que c'étaient les brigands. Je fis une charge contre eux, à moi seul, tant l'endroit était resserré! Ils s'enfuirent en laissant tomber les étoffes de coton écru qu'ils portaient, et je leur enlevai deux mulets qu'ils emmenaient et qui portaient également des étoffes de coton écru. Ils montèrent jusqu'à une caverne située sur la pente de la montagne. Nous les voyions sans pouvoir nous frayer un chemin jusqu'à eux.
L'émir Mou'în ad-Dîn revint vers le soir, mais il n'avait pas
fait de nouvelles recrues. Si l'armée avait été avec nous, pas un de ces brigands n'aurait eu la vie sauve, et nous aurions recouvré toute leur capture.
Une aventure analogue m'arriva une autre fois, et la cause en fut, d'abord l'accomplissement de la volonté divine, puis le mancfue d'expérience guerrière. Nous étions partis avec l'émir Kotb ad-Dîn Khosroù ibn Talîl de Hamâ pour nous rendre à Damas au service d'Al-Malik Al-'Adil Noûr ad-Dîn (qu'Allah l'ait en pitié!), et nous étions parvenus à Homs. Lorsque Khosroû se disposa au départ sur la route de Balbek, je lui dis : « J'irai en avant pour visiter l'église de Balbek ', en attendant que tu me rejoignes. » — « Fais, » répondit-il. Je montai à cheval et je m'en allai.
J'étais dans l'église, lorsqu'un cavalier vint me dire de la part de Khosroû : « Une bande de voleurs a marché contre une caravane, dont ils se sont emparés. Monte à cheval, reviens vers moi dans la direction de la montagne. » Je montai à cheval, je le rencontrai et, ayant gravi la montagne, nous aperçûmes les voleurs, au-dessous de nous dans la vallée, que cette montagne, sur laquelle nous étions, entoure de tous les côtés. Un compagnon de Khosroû lui dit : « Tu vas descendre vers eux. » — J'intervins : « Ne le fais pas. Nous contournerons le sommet, gardant notre position au-dessus de leurs tètes, nous leur barrerons la route vers l'ouest et nous les ferons captifs. )> Ces voleurs venaient des régions franques. Un autre compagnon dit : « A quoi bon contourner le sommet? Nous sommes arrivés jusqu'à eux, c'est comme s'ils étaient déjà nos prisonniers. » On résolut de descendre. Lorsque les voleurs nous virent, ils montèrent sur la montagne. Khosroû me dit : « Monte, rattrape-les. » Je fis des efforts pour gravir la pente, mais sans y réussir.
Il était resté sur la montagne quelques-uns de nos cavaliers, six ou sept, qui mirent pied à terre pour se mesurer avec les brigands et marchèrent, menant en laisse leurs chevaux. Les brigands, qui étaient nombreux, se précipitèrent sur nos compagnons, tuèrent deux de leurs cavaliers et s'emparèrent de leurs deux chevaux, ainsi que d'un troisième cheval dont le