‹ Souvenirs historiques sur la révolution de 1830Chapitre 1 sur 18 · PARIS, PERROTIN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS, PERROTIN, ÉDITEUR

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RiEUti^est plus difficile que cVécrire Thistoire contemporaine. La proximité des événements , la connaissance personnelle des individus ont mis chaque spectateur à même de se former une opinion qu'il voudrait voir reproduire; mais ces opinions étant nécessairement fort diverses, il est impossible de les satisfaire toutes. S'il devait se borner à une simple narration, l'historien pourrait peut-être, à force de soin et d'exactitude, arriver à n'avoir pas de contradicteurs; sa mission est plus haute et plus étendue. Il doit non-seulement tracer le tableau fidèle des faits, mais encore il doit les peser, les apprécier et porter, en un mot, un jugement équitable et impartial. L'idée que je me fais du devoir de l'historien, indique

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assez que je n*ai pas eu la prétention d'écrire une histoire.

Acteur, assez important, des immenses événements qi|*a vus naître l'année i83o, j'ai éprouvé le désir de conserver la trace de ce que j'avais fait. Ce désir est devenu un besoin impérieux pour moi, lorsque j'ai vu avec quelle insigne adresse, ou plutôt avec quelle impudente perfidie on falsifiait ce qui s'était passé sous nos yeux. Notre nature est oublieuse, et nous ne prenons guère la peine de réclamer contre les mensonges intéressés dont nous sommes journellement témoins. li en résulte que ces mensonges finissent par s'établir en quelque sorte comme des vérités, et que les faits les plus évidents sont ainsi complètement dénaturés. C'est contre ces mensonges que j'ai cru devoir protester en disant sans détour, sans ménagement, sans flatterie, ce que je sais être la vérité*

Avec de pareilles dispositions et quelque goût pour le repos, on doit concevoir que jen'ai pas eu l'intention de donner une publicité, surtout immédiate, à ce que j'écrivais. Satisfait d'avoir consigné ce que j'ai vu , de l'avoir exprimé avec franchise et indépendance , j'attendais patiem-

ment, pour qu'il en fui fait un usage quelconque, le calme des passions, qui souvent n'est autre que celui de la mort; mais le pouvoir est envahi par des hommes qui, dès l'origine même de notre isévolution , ont tout fait pour qu'elle avortât ; mais ces hommes poussent de tous leurs efforts le char de l'état dans une voie rétrograde ; mais ils osent hypocritement soutenir qu'ils exécutent ce qu'a voulu la révolution de i83o; U devient donc indispensable de les démasquer, et quelque timide que soit ma voix, elle doit recueillir toutes ses forces pour proclamer que ce sont des ennemis de la liberté qui nous gouvernent en ce moment. Yoilà la cause vraie, sincère, unique j de la publicité anticipée don* née à ce que j'ai écrit sur la révolution de i83o; car, je le déclare, je dédaigne de répondre aux écrits calomnieux publiés sur cette époque 9 de quelque source qu'ils émanent. On me dit que je vais susciter contre moi de puissantes haines; mais, le 6 août i83o, j'en assumais sur moi de puissantes aussi. Je n'ai pas hésité alors, parce qu il me semblait que je remplissais un devoir. Je n'hésite pas davantage, car^aujourd'hui encore j'ai la conscience de remplir un devoir.

Le souvenir des faits passés se perd si vite chez nous, que quelques personnes trouveront sans doute que je joue dans mon récit un rôle beaucoup trop considérable. Je les prie de ne pas perdre de vue que ce sont mes sous^enirs que j'écris et non pas l'histoire des événements. Si je m'étais cru le talent nécessaire pqur en tracer le tableau, j'aurais placé chaque personnage dans son plan, et je me serais trouvé nécessairement fort effacé. Je me suis borné à esquisser un portrait dans lequel tout devient accessoire relativement à la figure principale. C'est là surtout en quoi consiste la différence entre les mémoires et l'histoire.

Quelle que soit l'exactitude à laquelle je me suis astreint, il n'est pas impossible que plusieurs des personnages que je mets en scène cherchent à la contester. Pour rendre ce genre de contestation au moins bien difficile, j'ai fait pour ainsi dire assister des témoins à tous les faits importants que j'ai racontés, et surtout à ceux qui me sont personnels. Presque tous ces témoins existent encore, et on pourra les consulter sur ma véracité. Loin de le redouter, j'appelle leur contrôle. Souvent aussi j'aurais pu produire des preuves bien

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pins convaincantes que je ne l'ai fait de ce que j'avançais , mais elles étaient de nature à être prises pour des personnalités et elles se seraient écartées de la ligne de modération que je me suis tracée, et dont je désire vivement qu'on ne me force jamais à sortir. Je crois pouvoir affirmer que ceux même qui se loueront le moins de mes paroles , me doivent de la reconnaissance pour la réserve avec laquelle j'ai su m'exprimer, et que j'ai eu quelque mérite à ne pas être plus incisif que je ne Taî été.

Une circonstance assez singulière pour devoir être rapportée , vient à l'appui de ce que j'ai dit , et fera connaître le degré de confiance que ma relation peut mériter. Au commencement de i83 1 , un jeune médecin de beaucoup d'esprit , pour qui j'ai de l'estime et de l'amitié, et qui était alors membre du comité de la Société Aide-toi^ le Ciel t'aidera , vint me prier de lui permettre d'extraire de ma relation des journées de juillet y des notes sur la conduite des députés qui y ont joué un rôle. Ces notes devaient servir à' la publication d'une Biogra-^ phie des Députés de la Chambre de i83o, destinée à éclairer les électeurs sur les droits de leurs représentants à une réélection. J'ac-

quiesçai à cette demande, et permis à mon jeune ami devenir faire, chez moi , les extraits qu'il désirait. Il les fit sans que je vérifiasse son travail , et mon étonnement fut grand , en recevant , quelques mois après , avec un exemplaire de cette Biographie, publiée sous le titre de Notes et Jugements de la Chambre de i83o, la lettre suivante :

« Paris, 1 5 juillet i83i.

«€ Monsieur,

« Je vous envoie un exemplaire de la Biographie publiée par la Société Aide-toi y le Ciel t'aidera; il est probable que vous y trouverez plus d'un fait inexact et plus d'une opinion erronée. II ne pouvait guère en être autrement. Un ouvrage fort long, fait dans un laps de temps très-court, est rarement irréprochable. A la prochaine session , car chaque année une publication semblable viendra éclairer le jugement des électeurs ; à la prochaine session , dis-je, ces défauts auront été réparés. Au reste, comme il n'y a pas une rectification invoquée qui ne soit sur-le-champ accueillie et publiée, nous avons le droit d'espérer que si la critique

s'attache aux détails, elle respectera Tesprit qui a présidé à fensemble de Touvrage. Ses auteurs ont voulu être utiles, ils se sont ef* fok*cés d^étre vrais, ils sont assurés d'avoir été consciencieux.

ce Vous remarquerez sans doute dans la Se* rnaine des députés , qui est en tête de la Biographie, un grand nombre de faits et renseignements qui ne sont pas nouveaux pour vous. C'est qu'en effet j'ai, pour rendre aussi complet que possible l'historique de cette grande semaine, mis à contribution l'intéressant mémoire dont je dois la communication à votre amitié. Je ne me suis pas fait scrupule de lui enlever une partie du prix qu'aurait eu sa publication en le dépouillant de l'un de ses attraits, celui de la nouveauté; il y avait service à rendre au pays en démasquant quelques faux sauveurs , je n'ai pas pu douter de votre assentiment.

« Il ne serait cependant pas impossible de dire qu'en agissant ainsi, je vous ai aussi rendu service; c'est une thèse fort soutenable. Quelque digne de foi que vous soyez, les faits rapportés dans votre notice, sur l'interrègne de la royauté en France , n'étaient cependant ,

quand vous me les avez livnés , que des assertions sans contrôle et sans garantie. Je vous les rends bien autrement authentiques. Chacun d'eux a été d'abord discuté par huit ou dix témoins oculaires de presque tous les événements de juillet et d'août i83o, et ensuite opposé aux rapports plus ou moins contradic-^ toires d'autres députés témoins et acteurs du grand drame. Ce n'est que lorsque leur authenticité était devenue incontestable qu'ils étaient adoptés. Ainsi , vous le voyez , je pourrais me dire votre créancier, et vous me devriez du retour; mais je ne veux pasuser de mes avantages, j'aime mieux rester l'obligé. Il y a le plaisir de la reconnaissance, et elle est doiice et légère quand elle s'exerce envers quelqu'un qu'on aime et qu'on estime.

uJe etc.

«Membre du comité de la Société Aide-toi,, le Ciel t'aidera, »

Je ne tardai pas à apprendre qu'on avait en effet puisé dans mon manuscrit beaucoup plus que je ne l'avais cru , et qu'il avait servi de base à la relation intitulée: La Semaine des Députés j du lundi ià& juillet au dimanche i^'

ax)ûi i83o, imprimée en tête de la Biographie. Cette relation, avant d'être publiée, donna lieu à une véritable enquête , à une enquête sérieuse et contradictoire , faite par des acteurs de la révolution, et dans laquelle ils entendirent des témoins oculaires de tout ce qui s'était passé.Comme elle ne diffère de la mienne sur aucun point qui ait la moindre gravité, et qu'elle est seulement beaucoup moins complète ; comme elle n'a fait naître , que je sache , aucune contestation , il m'est permis de m'en prévaloir pour constater que je n'ai dit que la vérité.

. Il est encore une personne qui pourrait au besoin confirmer l'ex^^ctitude de la partie la plus importante des faits que je raconte, parce qu'elle a été témoin ou acteur de ces faits. Cette personne, c'est le Boi; j'invoquerais sou témoignage sans crainte, si jamais il pouvait me devenir nécessaire. '

La confiance que je montre dans le témoignage du Roi suffirait de reste à prouver qu'il ' ne peut pas entrer. dans mon esprit de diriger une attaque même indirecte contre la royauté de i83o. C'est cependant ce que ne manqueront pas de dire de prétendus ou de mala-

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droits amis. Le Boi ne sera pas leur dupe; il sait que le sincère attachement que je lui ai voué est d'autant plus solide qu'il a pour base, des sentiments patriotiques dont il ne se dé« partira jamais. Je serais d'ailleurs bien inconséquent si je me déclarais aujourd'hui l'ennemi d'une royauté que j'ai tout fait , il y a trois ans , pour établir ; or je n'ai donné à personne le droit de m'accuser d'une telle inconséquence. On me trouve trop conséquent au contraire. Je veux trop aujourd'hui ce que je voulais il y a trois ans, et voilà mon crime aux yeux de certaines gens.

A défaut d'inimitié, on m'accusera de dépit. Ceux qui me connaissent savent que je suis peu susceptible d'en éprouver. J'ai trop acquis l'habitude de réfléchir, pour me livrer aisément à un premier mouvement. Ce n'est pas d'ailleurs lorsque plus de dix-huit mois se sont écoulés, depuis que la cause siipposée d'un dépit a cessé, qu'on peut prétendre voir l'effet s'en produire. J'ai été, il est vrai, destitué d'une des premières fonctions de l'administration; mais osera-t-on soutenir qu'il ne m'eût pas été facile de la conserver? On n'eût pas exigé de moi l'abnégation de mes opinions;

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