A.VANT-1M101*0S
gouvernement. Sûr de vous-même , sûr de vos patriotiques intentions, vous êtes Ijlessé d'une défiance que vous trouvez injuste, et qui Test sans doute à votre égard. Ce n'est pas vous, Sire, qui en êtes l'objet; ce sont les hommes qui vous entourent. T^^a France juge ces hommes par leurs antécédents et par leurs actes. Les uns et les autres , il faut en convenir, sont peu rassurants. Si ces hommes sont semblables à ce qu'ils ont toujours été, ils vous seront fidèles tant qu'ils auront intérêt à l'être; mais le jour où un autre intérêt leur apparaîtra, le moment de la défection arrivera pour eux. Je sais qu'ils abondent en protestations de dévouement ; mais, Sire, cette multiplicité de protestations n'est-ellc pas une nouvelle preuve du peu de valeur de chacune d'elles?
«Notre révolution de i83o a été une véritable pierre de touche pour les hommes politiques. A cette époque, la plupart de ceux à qui vous avez confié le pouvoir, attendaient le résultat des événements pour se déclarer. Il en est même qui figuraient dans les rangs ojqiosés. Il est vrai qu'une fois la victoire remportée, ils n'ont pas été longs à venir en aide aux vainqueurs.
AVANT-PROPOS. Sy
«D'un autre côté, tous ceux qui eut lepousssé franchenjent et fermement la dynastie déchue, tous ceu^ qui l'ont combattue au péril de leur tète, tous ceux enfin qui vous ont fait Roi, Sire, sont écartés de votre personne et traités comme des ennemis. Voilà ce qui inquiète , voilà ce qui donne créance à d'odieuses calomnies; voilà ce qui trouble les esprits et produit la désaffection. Ne vous méprenez pas. Sire, sur la cause qni me fait parler ainsi ; elle n'a rien de personnel. Ce n'est pas ma f^iute, si je me trouve dans la catégorie que j'indique; cela ne doit pas fermer ma bouche lorsqu'elle peut faire entendre d'utiles vérités.
«Ce qne j'ai dit, ce qui me reste à dire, a sans doute été déjà dit, écrit, ou imprimé. Sous le rée^ime de la publicité il est difficile d'avoir à exjDrimer une chose entièrement nouvelle. Mais si ce que je dis est vrai, vous devez l'écouter, Sire, car ma voix est une voix amie, dévouée, qui mérite bienveillance, et même encouragement.
«Je ne rappellerai que très-sommairement ce qui est relatif à la position de la France à l'égard du reste de l'Einope. J'aime à ne parler que des choses tlont je me^suis spécialement
occupé. Mais ce que j'en dirai , ce que j'en pense, je le dirai , je le pense avec la presque totalité du pays. Nous souffrons, Sire, nous sommes profondémentblessés du rôle que nous jouons vis-à-vis des puissances étrangères. Nous sommes -surtout effrayés de l'avenir qu'elles nous préparent.
«La Pologne, dont nous avions annoncé que la nationalité ne périrait pas, détruite, dispersée, anéantie; l'Italie, qui avait compté sur notre appui, plus que jamais asservie sous le joug de plomb, sous le pouvoir léthargique de l'Autriche; la Grèce, pour laquelle nous avons prodigué nos hommes et notre argent, qui, à ime autre époque, dut être un royaume pour l'un de vos fils, dont on dispose sans peutêtre daigner nous consulter; le Portugal, où nous formons à peine des vœux impuissants pour un prince à qui nous avons cependant témoigné le plus vif intérêt; la Belgique enfin, qui brûlait de redevenir française, dont la royauté nous fut offerte, qui, sous notre pro- -tection, se consume dans un provisoire que je ne puis comparer qu'à la fièvre lente, que suit une mort inévitable: voilà. Sire, où en sont réduits nos alliés naturels, ceux que
la conformité d'opinions et d'intérêts avait placés sous notre patronage, et qui devaient, pour nous, être des appuis. Ne sommes-nous donc plus cette France de iaqi:elle un monarque du Nord disait : Que s'il avait l'honneur de marcher à sa tète, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe sans sa permission?
«A ce tableau trop fidèle, si j'ajoute les dispositions hostiles hautement manifestées contre nous par les puissances du droit divin; les mouvements de troupes bien plus effectivement hostiles qu'elles ne cessent d'opérer; l'expression de leurs principes, de leurs sentiments politiques consignés dans les notes de la diète de Francfort; j'avoue que notre effroi ne me semble que trop justifié, et que j'ai peine à comprendre la sécurité du gouvernement.
«L'intérieur du pays offre-t-il du moins des motifs sur lesquels puisse se fonder cette sécurité? La tranquillité, la prospérité publiques sont-elles établies sur des bases solides , rassurantes pour l'avenir? En aucune manière.
« Dans une partie de la France, on a osé lever l'étendard de la révolte. Les hommes qui nous gouvernent ont usé de tels rfiénagements
4o AVAi\T-PROPOS.
envers ceux qui cherchent à vous détrôner, que les espérances des révoltés s'accroissent au lieu de diminuer. Si l'on vous dit autrement, Sire, on vous trompe. Le pays que j'hahite en ce moment est voisin de celui où l'insurrection s'est développée : j'ai questionné, j'ai recueilli avec le plus grand soin tous les renseignements possibles, et j'ai acquis la certitude que la révolte, que l'on suppose comprimée, est plus que jamais vivace. Tant que l'espoir ne sera pas complètement éteint dans l'ame des révoltés, ils se j)répareront à de nouvelles tentatives, et ne cesseront de s'apprêter dans l'ombre à occasioner de nouveaux troubles. Leur désarmement même est une mesure illusoire par la manière dont il s'exécute.
«Une bien plus grande partie de la France renferme aussi des éléments de troubles. Là, vos ennemis, moins audacieux ou |)Ius prudents, attendent, pour éclater, des circonstances qu'ils se flattent de voir prochainement arriver. «Partout ils affirment que le gouvernement est leur complice, et l'absurdité d'ini tel bruit n'en trouve pas moins de crédules et nombreux auditeurs. Là aussi l'insurrection se pro-
AVANT-PROPOS. 4 ï
pagera aussitôt que le moindre danger menacera un point quelconque du pays.
«Je n'ai parlé jusqu'à présent que de l'opinion carliste, de celle avec laquelle aucun traité . n'est possible, car elle ne consentira jamais à se départir de ses prétentions, et ses prétentions sont votre renversement.
«Je ne m'occuperai pas de l'opinion républicaine. Erreur d'un esprit généreux chez ceux qui la professent de bonne foi, elle ne me paraît offrir de leur part aucun danger réel. Chez les autres, c'est un masque qu'ils ne tarderaient pas à lever, si elle avait la moindre chance de succès ; car ils ne veulent pas plus que nous de la république. Je dois dire toutefois que si le gouvernement persévère dans la fausse voie où il est engagé , il recrutera luimême en faveur des républicains.
« Il me reste à m'expliquer sur l'opinion patriotique, sur celle qui repousse d'une manière absolue, irrévocable, le retour de l'ancien ordre de choses. Celle-là n'est pas plus satisfaite que les autres. Elle est peut-être plus mécontente encore, parce qu'elle compare sa situation actuelle aux espérances qu'elle avait conçues,, aux droits qu'elle croyait avoir; mais cette opi-
f\-2 AVANT-PROPOS.
iiioli, du moins, ne cherche pas à renverser; elle fera tout, au contraire, pour conserver le gouvernemerit qu'elle a contribué à établir.
«La base de cette dernière opinion est le maintien de votre dynastie. Sire, et l'accomplissement des promesses que vous avez faites, des engagements (jne vous avez contractés lors de votre avènement au trône. Je n'entends point parler ici d'un programme sur leqnel on a pu chercher à épiloguer et à jeter du ridicule, parce qu'il ne reposait, s'il a existé, que sur des paroles plus ou moins vagnes, pins ou moins fugitives ; je parle d'nn fait constant, positif, écrit, que vous avez juré d'exécuter, je parle de la Charte de i 83o. J'ai le droit d'en parler. Sire, car je suis son premier promoteur. Le premier j'ai formulé, trop imparfaitement sans doute, les principes qui vivaient dans le cœur de tous les amis sincères du pays, les conditions auxquelles ils regardaient le gouvernement monarchique constitutionnel comme le meilleur des «gouvernements. La Charte de i83o et ses conséquences nécessaires, indispensables, voilà ce que l'immense majorité de la France réclame, et voilà ce (ju'on lui dénie sous beaucoup de rapports.
« Ce n'est pas ici le lieu d'une discussion de détail destinée à prouver ce que j'avance. Il suffit, pour se convaincre que je dis la vérité, de relire la nomenclature qui termine la Charte du 9 août. Combien de lois n'ont pas même été présentées, qui devaient être discutées ^r/A?^ le plus bref délais et dans quel esprit ont été rédigées celles dont on n'a pas cru pouvoir se dispenser de proposer l'adoption ?
ce Votre ministère. Sire, a manqué de bonne foi à l'égard de la nation , et il vous a soustrait la connaissance de la vérité , parce que vous ne l'eussiez pas souffert si elle vous eût été connue. Les conséquences de cette conduite ont été désastreuses. J'ai déjà dit quels imminents dangers nous menacent au dehors. Au dedans, les émeutes sont devenues pour ainsi dire périodiques. Le sang des citoyens a, je ne sais combien de fois, souillé la cité depuis le i3 mars i83j. H semble au pouvoir que toute raison nous ait abandonnés, et que nous ne soyons plus susceptibles d'être régis que par la force. Ah ! Sire , combien sont coupables ceux qui font adopter un pareil système. Sa suite immédiate est la destruction de l'ordre social.
fc En matière de gouvernement, c'est l'histoire que l'on doit consulter pour savoir comment il faut se conduire. Eh bien! Sire, je vais rappeler quelques faits historiques récents et incontestables.
«Eli 1820, une atteinte grave fut portée à la Charte de 1 8 1 4 , en ce qui concernait les élections des députés. Les citoyens prévirent les conséquences de cette atteinte. Ils s'émurent, des rassemblements se formèrent aux cris de Vive la Charte. ! Le gouvernement d'alors entrait dans les voies qui ont amené sa chute. 11 trouva plus facile de sabrer que de répondre. Les citoyens inoffensifs ne répliquèrent aux coups de sabre que par les cris répétés de Fipe la Charte ! Ils se soumirent, mais la violence dont ils furent alors victimes porta plus tard ses fruits.
«En 1827, le ministère Villèle, dans l'espoir de se perpétuer, osa lecourir à de nouvelles électioiVî. Toutes les mesures que peut inventer la fraude avaient été accumulées, et cependant le ministère déplorable fut vaincu dans le combat électoral. Les amis du pays se ciurent en droit d'illuminer leiu- triomphe. Le pouvoir qui avait fait des progrès ne voulut
/VVANT-PROPOS. 4
pas le souffrir. Il joignit l'infanterie à la cavalerie, les coups de fusil aux coups de sabre- Les citoyens commencèrent à se barricader. Ils se défendirent en jetant des tuiles , des pierres, des bûches par les croisées, mais ils n'osèrent. pas encore en venir aux armes.
« Moins de trois ans après, un ministère de contre-révolution , enhardi par le succès de ses prédécesseurs, crut pouvoir abattre, d'un seul coup, nos plus chères libertés. Le peuple entier se leva ; cette fois il prit les armes, et en deux jours la tyrannie avait cessé d'exister. Les fautes seules du pouvoir ont appris au peuple à connaître sa force; aujourd'hui qu'il la connaît, cette force est devenue un élément de gouvernement qu'il n'est plus permis de négliger, et auquel il est indispensable de faire sa part.
«Il n'y a pas deux mois, sous un prétexte frivole, une nouvelle lutte s'est engagée. Le nombre des fauteurs de troubles n'était pas considérable, le peuple se séparait d'eux, la garde nationale les combattait , et cependant la victoire a été, non pas douteuse, mais vivement disputée. Que serait-il arrivé si, comme en 1 83o , les citoyens ne se fussent pas sépa-
rés des combattants ? Osera-t-on dire que la victoire serait restée à la force régulière ? Mais, Sire, il faut que vous le sachiez : la troupe n'a consenti à tirer qu'après que la garde nationale a été elle-même engagée. « Toujours avec vous, et jamais contre vous » , tel était le mot de ralliement des soldats. Il ne fout pas se le dissimuler, l'armée est devenue citoyenne. On ne peut plus compter sur elle, que lorsqu'on a la justice et les masses pour soi.
«Dans cette dernière circonstance, des cris odieux ont été proférés, des emblèmes révoltants arborés. Cela a suffi pour établir une ligue de démarcation entre les hommes qui ne craignaient pas d'invoquer d'horribles souveluis, et la partie saine de la population. Mais si ces mêmes hommes, plus adroits ou plus perfiilcs, eussent engagé la lutte aux cris de A bas les ministres ^ a bas le système (il faut bien employer l'eji pression qui aujourd'hui le caractérise), à bas le système du Juste milieu ^ il est difficile d'imaginer ce qui serait arrivé.
«De ces faits. Sire, doivent sortir d'importants enseignements. Si l'on persiste dans le système actuel, les moindres collisions deviendront sanglantes. La force légale n'aura plus
de puissance. Il faudra continuellement en appeler à la force matérielle, à laquelle il sera répondu par la force brutale. Nous rétrograderons ainsi jusqu'à la plus affreuse barbarie.
«Lorsque je songe à l'ère d'espérance et de bonheur qui s'ouvrait devant nous, il y a deux ans, je ne puis pas concevoir que rions soyons arrivés au point où nous sommes aujourd'hui. J'invoque vos souvenirs. Sire; cet empressement des citoyens de toutes les parties de la France, ces vœux unanimes, ces acclamations universelles, n'étaient-ils donc pas préférables à l'expression froide et calculée des discours d'étiquette ? Les dépositaires du pouvoir ne craignaient pas alors que vous entendissiez les libres paroles des citoyens. Aujourd'hui, ils voudraient enchaîner jusqu'à leurs pensées. Ils redoutent le concert de |)Iaintes qui arriverait jusqu'à vous, si d'immenses barrières, qu'ils cherchent à rétablir, ne séparaient pas , presque toujours, les rois de ceux que, dans les gouvernements absolus, on nomme encore leurs sujets.
«Les hommes que j'attaque, Sire, sont d'autant plus coupables à mes yeux, qu'ils ont l'audace de vous prendre pour bouclier. Ils
48 AVANT PltOPOS.
exécutent leurs plus fun&stes mesures, en disant qu'elles sont le résultat de votre volonté. Ils commettent ainsi le plus grand crime que des ministres puissent commettre dans un gouvernement représentatif, en faisant disparaître l'inviolabilité royale pour en créer une à leur profit.
«Le discrédit dans lequel sont tombés ces ministres aux yeux de la nation, est tel, Sire, qu'il suffirait de paraître marcher avec eux pour perdre complètement sa confiance. Des citoyens sages, modérés, dont le dévouement à nos institutions et à votre personne, qui en est la pierre angulaire , n'est pas douteux , m'accusaient d'une connivence coupable, par cela seul que je ne résignais pas mes fonctions, qui cependant n'étaient qu'administratives.
Je voulais tirer une conclusion de ce qui précède. Sire; mais la plume me tombe des mains en songeant à ce qu'elle devrait contenir de peu consolant. Sans force au dedans , sans dignité au dehors, indécision partout, tel est le résumé de notre position. En pareille circonstance , être embarrassé de conclure , n'est-ce pas déjà le faire ?
«Dans mon rude langage, Sire, je semble avoir pris le paysan du Danube pour modèle, et comme lui j'ai fait entendre d'austères vérités. Comme lui aussi je me prosterne en disant :
« Cf discours un peu fort
«Doit commencer à vous déplaire,
«Je finis. Punissez
« Une plainte un peu trop sincère. »
«Et j'ose ajouter : Mais en me punissant, Sire, ne négligez pas ce que j'ai dit d'utile. »
Le io juin i833, une discussion s'éleva dans le sein de la chambre des députés , à l'occasion de la mise en liberté de la duchesse de Berry. Garnier-Pagès interpella les ministres sur la conduite qu'ils avaient tenue à l'égard de cette célèbre accusée, et fit ressortir avec beaucoup d'énergie et de talent la violation des lois les plus sacrées dont elle a été l'objet. Loin de chercher à se justifier, soit en invoquant la nécessité, soit en se fondant sur des considérations politiques, le garde-dessceaux et le ministre du commerce montèrent successivement à la tribune pour soutenir impudemment que le gouvernement pouvait, lorsqu'il le jugeait utile, se mettre audessus des lois. Cette doctrine m'iudigria, et je crus rendre service au Roi, en lui faisant connaître le sentiment que les principes de ses ministres faisaient naître dans toute ame patriotique. Je crains qu'il n'y ait tw folie à moi de croire que je pourrais être compris.
«Paris, le ii juin i833.
«Sire,
« Il y a bientôt un an que j'ai osé adresser à Votre Majesté des observations, trop sévères peut-être pour se voir favorablement accueillies , sur la marche politique de son ministère. Ces observations, *j'en ai la confiance au moins, ont dû vous paraître le résultat du plus constant , comme du plus respectueux attachement, et même, quand elles auraient pu vous déplaire, je porterais le défi à la haine la plus envenimée de calomnier le sentiment qui les dictait. Je n'ai pas été assez heureux pour vous persuader, Sire, et votre silence m'a convaincu que le mien vous eût semblé plus convenable que mes paroles. Je me suis donc tu, et, quoique de nombreuses occasions se soient présentées d'exprimer encore des vérités utiles , j'ai fait violence au désir que j'éprouvais de vous donner de nouvelles marques de mon
profond dévouement. Mais toute mesure a (les limites, Sire; et celles que je m'étais imposées viennent d'être franchies par les principes subversifs de tout gouvernement que deux de vos ministres n'ont pas craint de professer du haut de la tribune nationale.
«Je ne répéterai pas ce que j'écrivais au Roi en juillet i832 , bien que mes prévisions de cette époque n'aient été que trop réalisées. Je crois inutile d'ajouter que le ministère du I r octobre est moins national, est plus antipathique au pays que tous ceux qui l'ont précédé. Je me bornerai à dire que le ministère Villèle, et même le ministère Polignac, n'ont jamais porté aussi loin , qu'on vient de le faire , le mépris de tout sentiment de justice. Quand ces ministères violaient la loi, ils lui rendaient encore un involontaire hommage , en cherchant à prouver qu'ils ne sortaient pas de la légalité. 11 n'était donné qu'aux ministres actuels d'établir en principe que le pouvoir, lorsqu'il ie juge convenable, peut se mettre au-dessus des lois.
<( Il faut que les lois et les arrêts de la jus- « tice soient exécutés, mais il est des circon- « stances extraordinaires où le gouvernement
M peut prendre sur lui, et sous sa responsa- « bilité, qu'il proclame hautement, des mesures « éminemment utiles au pays, en faisant court naître les motifs qui l'ont déterminé.» Voilà textuellement ce que disait hier M. le gardedes-sceaux. « On ne peut nier qu'il est des « circonstances où l'on est forcé de se mettre «au-dessus de la loi commune,» ajoutait bientôt après M. le ministre du commerce.
cfLe 3 août i83o. Votre Majesté signalait à la législature l'article i4 de la Charte (de Louis XVIII), que, disiez- vous. Ton avait si odieusement interprété. Cet article, l'une des causes les plus imminentes de la révolution, a été, conformément à votre désir, retranché du pacte fondamental sur lequel repose votre royauté. £li bien! Sire, je le demande, proclamer de tels principes, n'est-ce pas faire bien plus que rétablir ce funeste article j4?
«Les yeux du pays sont ouverts sur les fautes du gouvernement. Jusqu'à ce jour, il n'était pas impossible de les attribuer à l'erreur. A dater d'hier, elles seront, elles paraîtront du moins, l'exécution d'un plan odieusement covabJné.
« Ne souffrez pas , Sire , que l'aveuglement ^
on l'impéiitie (car je ne sais de quel nom qualifier de telles paroles), viennent détruire l'ouvrage que nous avions si heureusement édifié. Il en est temps encore; reconnaissez la voix de vos vrais, de vos fidèles amis, de ceux qui vous ont fait roi des Français, et qui veulent d'autant plus sincèrement que vous ne cessiez pas de l'être, que l'intérêt de la France semble à leurs yeux plus impérieusement le réclamer.
«Vous avez trouvé que je savais dire la vérité, Sire; plus que jamais je la dis dans ce moment. Prêt à quitter la capitale, pour longtemps peut-être, j'ai voulu vous la faire entendre une fois encore. Je ne conçois pas l'espoir de porter dans votre ame la conviction qui m'anime; mais j'ai obéi à ma conscience, et à défaut d'autre satisfaction, je ressentirai celle qui résulte toujours de l'accomplissement d'un devoir. ^