LOUIS-ANTOINE
«Cette abdication, comme on le voit, est conditionnelle , et la condition à laquelle elle est soumise , est l'avènement de Henri V au trône de France. Elle est donc évidemment nulle, si le duc de Bordeaux n'est pas proclamé Roi, et surtout elle ne peut profiter à aucun autre qu'à lui. Voilà ce que disentla logique et le bon sens. Nous verrons bientôt que
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l'une et l'autre ne sont pas toujours à l'usage des doctrinaires. On attachait à cette abdication une si grande importance, que pour en bien constater l'authenticité, on en fit faire sur-lechamp le dépôt à la Chambre des pairs.
«Une autre pièce qui nécessairement devait avoir précédé celle qu'on vient de lire, et qui était datée de la veille, commençait aussi à se répandre dans le public, où elle causait de l'agitation et de l'inquiétude, parce qu'il y avait beaucoup de gens à qui l'on avait persuadé que le duc d'Orléans ne s'était interposé entre le pays et la famille royale, que pour conserver les droits de cette dernière. Le Moniteur l'annonça dans sa partie non-officielle. Voici ce qu'on y lit : « On parle d'une pièce « conçue en ces termes :
« Le Roijvoulant mettre fin aux troubles qui « existent dans la capitale et dans une partie de « la France, comptant d'ailleurs sur le sincère « attachement de son cousin le duc d'Orléans, « le nomme Lieutenant - général du royaume.
« Le Roi, ayant jugé convenable de retirer « ses ordonnances du '^5 juillet, approuve que « les Chambres se réunissent le 3 août, et il « veut espérer qu'elles rétabliront la tranquil- « lité en France.
M Le Roi attendra ici le retour de la personne
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« chargée de porter à Paris cette déclaration. « Si on cherchait à attenter à la vie du Roi « ou de sa famille, ou à leur liberté, il se dé- « fendra jusqu'à la mort.
«Fait à Rambouillet le i^*" août i83o.
« Charles. «
On voit que dans ces graves circonstances rien ne se faisait avec une entière franchise. Les prétentions de Charles X à conserver un reste de pouvoir ou même à le déléguer, avaient été proscrites les 28 et 29 juillet par le peuple de Paris. C'était un fait accompli qu'il fallait loyalement accepter, en livrant au ridicule de la publicité les actes sans valeur d'une puissance déchue. Au lieu de cette marche si naturelle, les ministres doctrinaires cherchaient à tirer parti de ces actes pour y puiser des droits que le peuple seul pouvait consacrer, mais dont ils ne voulaient pas reconnaître la véritable, l'unique origine. J'ai même la certitude que, parmi les personnes qui environnaient le duc d'Orléans, il en est plusieurs qui désiraient vivement que l'on acceptât les conditions dictées par Charles X, sauf à laisser croire au pays qu'on gouvernerait à un autre titre. De cette manière on aurait eu la royauté de/àitdn
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duc d'Orléans, car la régence n'eût pas élé autre chose; on aurait conservé la chance de lui voir arriver la royauté de droit par les voies naturelles, c'est-à-dire par la mort du duc de Bordeaux ; et enfin on se serait trouvé en bonne position, à l'égard du successeur /é^/tinie^ dans le cas où il serait monté sur le trône. On voit que la conduite de nos hommes politiques ne manque pas àliabileté, et qu'elle justifie leur dédain pour ceux dont la conduite n'a de base que la franchise et la loyauté. On a été jusqu'à affirmer que des lettres avaient été écrites dans le sens de cette combinaison à diverses puissances étrangères, et qu'elles ont été depuis l'une des causes les plus directes de nos embarras diplomatiques et de la situation fausse dans laquelle nous sommes placés à l'égard du reste de l'Europe.
«Le 2 août au soir, le bruit se répandit que Charles X refusait de quitter Rambouillet jusqu'à ce que son petit-fds fût reconnu. Ce bruit exaspéra au plus haut degré la population parisienne. Par un mouvement spontané, et avant aucune initiative du pouvoir, les citoyens se réunirent, le 3 au matin , aux Champs- Elysées, et annoncèrent l'intention de se porter sur Rambouillet pour, disaient-ils, en finir une bonne fois avec les Bourbons. On aurait tort