CHAPITRE PREMIER
La révolution de 1848 et la garde nationale de Dieppe. — Une revue du Prince-Président. — Effet produit en Alsace par lo coup d'État de 1851. — Coup d'œil sur ce pays. — Voyage en Allemagne. — Nous apprenons à Bade la victoire de TAlma. — Naissance du prince Impérial (mars 1856). — Retour à Colmar d'un régiment de Crimée. — Deuxième voyage en Allemagne. — La langue française en Alsace. — Monseigneur Roess evéque de Strasbourg. — Passage à Colmar des prisonniers autrichiens en août 1859. — Voyage d'Italie. — Les champs de bataille de Solférino et de Magenta.
Je suis né le 7 février 1846, à Rouen, où mon père occupait les fonctions d'avocat général près la cour royale. Mes souvenirs touchant la révolution de 1848 sont naturellement assez vagues. Mon père, comme beaucoup de magistrats du parquet, avait été destitué au lendemain de la
chute du roi. Il songea, en présence de l'agitation qui régnait à Rouen, à nous envoyer, ma mère et moi, auprès de mes grands parents à Dieppe. Nous partîmes donc en voiture.
Les troupes du général de Castellane, qui commandait à Rouen, couronnaient les hauteurs qui bordent la route, tant pour protéger, disaiton, les princesses d' Orléans fuyant la capitale que pour arrêter les bandes d'émeutiers arrivant de Maromme et de Malaunay pour incendier le pont du chemin de fer et piller la ville.
Mon père vint peu de jours après nous rejoindre à Dieppe et, dès son arrivée, se fit inscrire sur les contrôles de la garde nationale.
Le gouvernement provisoire qui trônait à Paris ne tarda pas à voir qu'il ne suffisait pas, pour être heureux, de faire une révolution et de renverser un prétendu tyran, mais qu'il fallait compter avec les revendications des socialistes et avec les partisans de ce qu'on appelait alors la république rouge.
Trois mois après le départ de Louis-Philippe, la terrible insurrection de Juin éclatait à Paris.
Mon père, qui a toujours été un homme d'ordre, fut d'avis, dès qu'on apprit les événements de Paris, qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour aller porter secours à la capitale et aider à
la répression d'.une émeute qui menaçait l'ordre social. 11 fit de son autorité privée battre le rappel, parvint à décider une partie de la garde nationale, et partit à sa tête pour aller combattre l'insurrection.
Je me rappelle le retour à Dieppe de ce détachement après les journées de Juin. On jetait des Heurs aux défenseurs de Tordre, et chaque garde avait un bouquet planté dans le canon de son fusil. Ils se rendirent sur la plage, où une estrade ornée de drapeaux avait reçu la municipalité qui s'était montrée assez hostile au départ de ces braves gens.
Fidèle image des fluctuations politiques ! Le maire, socialiste ardent huit jours avant, leur fit un beau discours dans lequel il prodiguait les plus chaleureux éloges à des citoyens qui avaient su quitter leurs foyers et tout ce qu'ils avaient de plus cher pour aller terrasser l'hydre de l'anarchie, etc.
Il remit ensuite à chaque garde une médaille commémorative oii était gravé le nom du garde et sur le revers : A ses concitoyens partis à Paris défendre l'ordre et les lois, la ville de Dieppe reconnaissante, juin 1848.
Quelque temps avant le coup d'Etat de 1851, le gouvernement du prince-président sentit le
besoin d'avoir des fonctionnaires énergiques. Mon père, qui, j'ose le dire, appartenait à cette catégorie, fut replacé dans la magistrature et nommé avocat général à Golmar.
En traversant Paris j'eus occasion, pendant le court séjour que nous y fîmes, d'assister, au Champ-de-Mars, à une grande revue passée parle prince-président. Le Champ-de-Mars à cette époque était entouré de talus qui permettaient de bien voir les solennités de tout genre. Le prince, à cheval et entouré d'un nombreux et brillant état-major, arriva par l'avenue de La Motte-Piquet. Il portait l'uniforme de général de la garde nationale : pantalon bleu à bandes d'argent, épaulettes et broderies également en argent, et son chapeau était surmonté d'une aigrette blanche, semblable à celle des colonels et sortant de plumes tricolores retombantes. Il était très acclamé, et il est bon de rappeler qu'on était en juin 1851, par conséquent, six mois avant le coup d'État.
Quelques jours après cette revue nous arrivions à Colmar. La maison que nous y habitâmes pendant quatorze ans avait été jadis la poste royale et le roi Louis XV y avait déjeuné dans un voyage en Alsace.
Sur le cintre de pierre de l'ancienne porte co-
chère était sculpté l'écusson de France et audessous ces mots :
La Poste sauvegarde du Roy, 1750.
Les événements politiques de 1851 n'eurent pas en Alsace de contre-coup sérieux. Tout ce que je me rappelle, c'est qu'en me promenant le soir avec mon père sur les anciens remparts de la ville, quelques jours avant le 2 décembre, il me fit remarquer des feux qui s'allumaient sur les montagnes et qui devaient être, disait-on, des signaux qu'échangeaient entre eux les insurgés.
A cela se borna à peu près l'agitation dans le Haut-Rhin, si toutefois ces feux avaient la signification qu'on leur attribuait.
Le coup d'Etat du 2 décembre ! A-t-il été assez reproché plus lard à son auteur, même par ceux qui, le lendemain, lui donnèrent leurs voix avec bonheur!
Nous nous apercevons que nous n'avons pas encore parlé de cette belle Alsace doublement chère à nos cœurs depuis qu'elle est devenue la proie du vainqueur.
Quelle superbe province et combien la séparation en semble plus cruelle à ceux qui, comme nous, y ont passé les belles années de la jeunesse.
Lorsque, dans nos excursions, nous étions transportés sur les sommets des Yosges, couronnées de distance en distance par les ruines des ♦ vieux burgs du moyen âge, quel panorama admirable il nous était donné de contempler! Une plaine d'une fertilité incomparable, parsemée de bois, de vignes et de coquets villages, et, à l'horizon, la longue ligne argentée du vieux Rhiïi{de?' Vater Rhein) coulant au pied des montagnes de la Forêt-Noire.
Par les temps clairs, la vue s'étendait jusqu'aux glaciers de l'Oberland et on apercevait au nord la flèche de la cathédrale de Strasbourg élevant hardiment vers le ciel sa délicate dentelle de pierre. Quel beau spectacle! Comme il élevait l'âme et on comprenait que cette terre, vraiment bénie de Dieu, avait dû depuis des siècles exciter successivement les convoitises du Franc et du Germain..
Pendant les vacances de .1854 mes parents m'emmenèrent avec eux en Allemagne. Indépendamment de ce que les voyages forment, dit-on, la jeunesse, mon père voulait me perfectionner dans la langue allemande que je commençais à parler. Dire qu'il a fallu la guerre de 1870 pour faire comprendre la nécessité d'apprendre aux enfants la dure langue de nos voisins !
Nous visitâmes Berlin, Leipsick et Dresde, et nous rentrâmes en France par Bade. A Berlin nous logeâmes sur le fameux boulevard Unter den Linden, à deux pas de la statue du grand Frederich et du palais du roi. La garde montante se rendant au. château, précédée de son excellente musique, attirait toute mon attention : « Comme ils sont bien habillés, disais-je, et comme ils font bien l'exercice. » Nous visitâmes le Thiergarten et le château de Gharlottenbourg oii se trouve, dans le parc, le tombeau de la reine Louise, la mère de l'empereur Guillaume P% cette belle reine de Prusse qui fuyait à cheval à léna .devant les hussards de Napoléon et qui plus tard, à Tilsitt, malgré toute la puissance de séduction dont la nature et" l'éducation l'avaient douée, ne put rien changer aux résolutions du vainqueur.
Nous vîmes aussi Potsdam et Sans-Souci, si pleins des souvenirs du grand Frederich.
A Dresde le pont sur l'Elbe, long de plus de 200 mètres et aboutissant à la place de la cathédrale, faisait penser à la bataille livrée le 26 août
Ce fameux pont, Napoléon le traversait ce jour-là au galop à dix heures du matin, suivi des cuirassiers de Latour-Maubourg.
La mémorable bataille de Dresde commençait,
et la Fortune allait accorder un dernier sourire au favori qui avait si longtemps abusé d'elle.
En visitant le palais du roi de Saxe, on pensait à Faffluence de têtes couronnées qui s'y étaient trouvées réunies en mai 1812 lorsque, avant de pénétrer en Russie, Napoléon y avait tenu un salon de rois. Combien la vue de ces appartements nous intéressait et qu'on était fier d'être Français en voyageant à l'étranger à cette époque!
En visitant le champ de bataille de Dresde, nous vîmes le monument élevé sur l'emplacement où Moreau, traître à son pays, fut atteint mortellement par un boulet parti d'une des batteries de la Garde, que l'Empereuravait fait pointer sur le groupe doré que formait l'état-major d'Alexandre. Ce monument entouré de quatre peupliers est très simple. Il consiste en un bloc de granit surmonté d'un casque et d'un glaive romain avec une inscription commémorative.
Notre dernière étape avant de rentrer en France était Bade. Bade si abandonné depuis 1871 !
C'était alors le rendez-vous de toutes les élégances de Paris et de l'Europe. On y coudoyait à chaque pas des Altesses, quand ce n'étaient pas des têtes couronnées.
Ajoutez à cela un site enchanteur, des prome-
nades ravissantes : le vieux château, l'allée de Lichtenthal et son couvent, Eberstein et la Favorite.
De plus, le salon de conversation, la salle des jeux, le théâtre du casino où l'on entendait les meilleurs chanteurs de Paris, où l'on jouait les plus jolies pièces du répertoire ; et enfin l'excellente musique autrichienne venant de Rastadt se faire entendre deux fois par semaine au kiosque.
Arrivés à Bade en septembre, nous y apprenions par le télégraphe la victoire de l'xllma remportée le 20 de ce mois sur les Russes par le maréchal de Saint- Arnaud.
Je vois encore la joie de mon père et la façon enthousiaste dont il s'entretenait de cet événement avec ses voisins de table d'hôte, lorsque par hasard ils parlaient français.
Il appartenait à cette génération qui, bien que née au bruit du canon de Wagram, avait assisté aux désastres qui marquèrent la chute du premier Empire. Mon père se rappelait qu^en 1815, au château de Chevilly, près Paris, appartenant à un de ses oncles, il avait été obligé de porter des fruits aux Cosaques du grand-duc Constantin qui s'y trouvait logé. Il avait conservé très vive la haine de l'étranger et l'extrême désir de voir laver l'affront infligé à la France par les deux invasions.
iO SOUVENIRS INTIMES D'UN LANCIER
Cette première victoire du second Empire annoncée si brillamment par le rapport de Saint- Arnaud à l'Empereur et qui commençait ainsi : « Sire, le canon de Votre Majesté a parlé. L'armée russe, forte de plus de 40 000 hommes, occupait les hauteurs de l'Aima, etc. » lui causa un bonheur difficile à exprimer.
Il 'fut admirable ce jour-là, ce brave Saint- Arnaud que les conseillers municipaux de Paris ont voulu flétrir en débaptisant la rue qui portait son nom. Qu'ils sachent donc, s'ils l'ignorent, que ce maréchal de France, souffrant déjà du mal qui devait l'entraîner au tombeau quelques jours après son triomphe , se faisait, le jour de l'Aima, soutenir à cheval par deux cavaliers lorsqu'il craignait de faiblir au plus fort de la bataille.
Au lendemain du règne de la paix à tout prix que Louis-Philippe avait imposé au pays et sur-' tout après les journées de Juin qui avaient menacé la société dans ses principes fondamentaux, la France reprenait possession d'elle-même. Elle se sentait protégée à l'intérieur par un gouvernement autoritaire et respectée au dehors après ce premier triomphe de son drapeau.
Le 16 mars 1856 tout le monde avait l'oreille* tendue lorsque le premier coup de canon an-
DE LA GARDE IMPÉRIALE. Il
nonça-la délivrance de l'Impératrice. Serait-ce un garçon? Serait-ce une fille ? 21 coups de canon devaient annoncer la naissance d'une princesse et 101 celle d'un prince.
Au 21^ coup l'anxiété était grande mais au 22® la joie la plus vive se manifesta. Dieu protégeait encore la France et l'heure des grandes catastrophes n'avait pas encore sonné.
Avec quel empressement on sortait de sa gaine le drapeau surmonté de l'aigle impériale pour l'accrocher à la fenêtre, et comme je courais avec le domestique acheter des lampions pour l'illumination du soir. Ce vieux lampion d'autrefois !
Il consistait en une petite soucoupe en terre contenant de la graisse et une mèche.. Il fallait un temps infini pour l'allumer, il s'éteignait facilement et sentait bien mauvais.
La guerre de Crimée venait de finir.
Sébastopoî était enfin tombé après un long et mémorable siège de deux ans.
Nos troupes revenaiefit couvertes de gloire et faisaient, à Paris, une rentrée triomphale.
L'armée, que l'Empereur était allé recevoir .à la place de la Bastille, entra dans l'intérieur de la ville sous des arcs de triomphe, aux acclamations d'une foule ivre de joie et d'orgueil.
Napoléon III s'était placé pour le défilé devant
le ministère de la justice, place Vendôme, ayant en face de lui au pied de la colonne d'Austerlitz les vétérans du premier Empire, dont la plupart avaient revêtu leurs anciens uniformes. Lorsque l'armée d'Orient passa devant ces vieux débris, ils attestèrent par leurs acclamations que leurs petits-fils n'avaient pas dégénéré.
A Colmar, où vint tenir garnison le OV'' de ligne, les choses se passèrent plus simplement, mais n'en restèrent pas moins gravées dans mon souvenir.
J'étais allé avec mes parents chez des amis dont la maison se trouvait sur le passage de nos vaillants soldats.
Que c'était beau et à la fois triste de voir revenir ce régiment réduit à un bataillon ! Les hommes portaient sur leurs figures hâlées l'empreinte des souffrances éprouvées, mais leur œil était fier et leur allure bien martiale. Leurs longues capotes effiloquées faisaient penser aux vers de Béranger :
De qu«l éclat brillaient dans la bataille Ces habits bleus par la victoire usés!
Le drapeau à la soie déchirée et noire de poudre disparaissait sous les couronnes de fleurs, tous les hommes avaient des bouquets à leurs
fusils, et la musique, composée à peine d'une quinzaine d'exécutants, jouait tant bien que mal un pas redoublé.
Je le répète, c'était beau et en même temps triste. Je leur jetai les fleurs que j'avais apportées et nous rentrâmes chez nous tout émus.
En 1857 mon père fut fait chevalier de la Légion d'honneur, et j'assistai avec mon frère à la remise de la croix qui lui fut faite, selon l'usage, par le premier président, toutes chambres assemblées.
Mon père était déjà ancien de service lorsqu'il fut décoré, car il était entré en 1832 dans la magistrature. Je ne l'avais cependant jamais entendu se plaindre de n'avoir pas encore reçu cette distinction qu'on accorde si facilement de nos jours, sous prétexte de services exceptionnels.
En septembre 1857 j'accompagnai mon père dans un second voyage en Allemagne. Nous gagnâmes Munich par Bâle, SchatTausen et le lac de Constance. Nous avions descendu, en bateau à vapeur, le Rhin jusqu'à cette dernière ville. Avant d'arriver à Ermatigen, on aperçoit à flanc de coteau et au milieu de beaux arbres le château d'Arenenberg, l'ancienne habitation de la reine Hortense et de l'Empereur lorsqu'il n'était en-
a SOUVENIRS INTIMES D'UN LANCIER
core que le prince Louis. En contemplant cette habitation d'une physionomie toute mélancolique, les vers que M"^ Delphine Gay adressait en 1828 à la reine exilée revenaient en mémoire :
Elle ne vient sur ces bords Réclamer un riche partage, Des souvenirs sont ses trésors Et la gloire son héritage.
Ce n'est pas sans une certaine émotion que nous vîmes disparaître, en doublant une petite presqu'île, les arbres du parc et le château d'Arenenberg.
Après avoir traversé le lac de Constance, nous arrivions à Lindau et nous couchions le soir même à Munich.
Les Bavarois sont très fiers de leur capitale qu'ils appellent pompeusement l'Athènes de l'Allemagne. Le style de beaucoup de ses monuments semble devoir expliquer cette dénomination, mais ce qui manquera toujours à Munich c'est le soleil et le ciel de la Grèce.
En dehors de la ville s'élève la statue colossale de la Bavaria, plus curieuse que vraiment belle.
Le matin du jour oii nous allâmes la visiter, nous avions assisté au camp à une messe en plein air. Le coup d'oeil était magnifique, l'uniforme bleu de ciel des soldats bavarois tranchant sur
l'herbe verte. Le roi Maximilien II, entouré d'un nombreux état-nïajor, assistait à la cérémonie. Le temps était superbe et lorsque, au moment de l'élévation, le canon tonna, que les tambours battirent et que la troupe mit le genou à terre, nous nous sentîmes remués jusqu'au fond du cœur.
Hélas! la France, reniant son passé, a supprimé tout cela, et ses soldats ne franchissent plus le seuil de l'église. C'est bien triste et peu digne de notre pays.
(En janvier 1883, étant capitaine au IP chasseurs à cheval, j'ai été le dernier qui ait eu l'honneur de commander un escadron dans l'église de Saint-Germain-en-Laye pour les prières publiques, supprimées, du reste, peu après.)
A Munich, le château du roi et surtout la vieille résidence méritent d'être visités. N'oublions pas au château royal la salle dite des beautés, dans laquelle on a placé, par ordre du roi Louis, l'ancien protecteur de Lola Montes, qu'il lit comtesse de Lansfeld, une trentaine de portraits des plus charmantes femmes de tous les pays. Comme dans la chanson deMarlborough,il y en a des brunes, des blondes et des châtaines aussi. On sait que le roi Louis était grand admii^ateur du beau sexe.
Nuremberg, vieille ville moyen âge, nous intéressa beaucoup. Nous y vîmes arriver à huit heures du soir le roi Maximilien II. Sur le parcours de Sa Majesté les maisons, avec leurs vieux pignons, étaient illuminées. La voiture royale, escortée de chevau-légers portant des torches et traversant au trot ces antiques rues, présentait un spectacle d'un autre âge et vraiment féerique.
De Nuremberg, nous nous rendîmes à Wurtzbourg et à Francfort en passant par Hanau.
Hanau ! Ce fut la dernière victoire de l'Empereur au delà du Rhin. Les dispositions prises à cette bataille par le général bavarois de Wrede arrachèrent cette exclamation à Napoléon : « Ce pauvre de Wrede, j'ai pu le faire comte, mais je n'ai pu le faire général ! » et il passa sur le ventre des Austro-Bavarois en leur tuant dix mille hommes (30 octobre 1813).
A Stuttgart, le palais du roi nous parut très beau et nous y visitâmes les appartements que l'on préparait pour l'entrevue de Napoléon III et d'Alexandre II.
L'entrevue de Stuttgart! Ce fut l'apogée du second Empire. 11 y avait quarante-neuf ans que Napoléon P'" et Alexandre I"' s'étaient rencontrés à Erfurt. Comme à cette époque les deux souverains pouvaient se partager l'Europe. La suite
des événements a prouvé qu'ils ne l'ont pas voulu.
En 1857, j'étais entré au lycée impérial. Ancien couvent de jésuites, c'était un superbe établissement sain et bien situé en face des Vosges.
A propos d'enseignement et d'Alsace, je veux dire un mot du peu de progrès que la langue française avait faits dans cette province depuis la conquête. La langue est en effet le signe de la race et tous les efforts des gouvernements qui se sont succédé en France depuis 1648 auraient dû tendre à extirper par tous les moyens possibles cette langue allemande mal prononcée, il est vrai, en Alsace^ ce qui lui donne l'aspect d'un patois! Cependant, en captivité en 1870, tous les soldats Alsaciens servaient d'interprètes à leurs camarades de l'intérieur.
Nous sommes arrivés à Colmar en 1851, deux cent trois ans après l'annexion. Eh bien! il était souvent difficile de se faire comprendre même dans les magasins importants. Quant aux gens du peuple, ils ne parlaient pas un mot de français.
Les affiches de la préfecture ou de la mairie étaient rédigées dans les deux langues. L'ignorance de la langue française n'empêchait pas de faire partie du jury et la nécessité d'avoir un