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Souvenirs intimes du temps de l'empire

T) ans le courant du mois de mai 1808, cinq mille soldats français, pour la plupart appartenant à la garde, et qu'on venait d'extraire des pontons espagnols , débarquéj| rent dans l'Ile de Cabréra. Leur premier cri en posant le pied sur la terre ferme avait été un cri de joie, car il y avait longtemps que leurs poitrines ne s'étaient rafraîchies d'air pur. Cependant Cabréra n'offrait pas vestige d'habitation, la trace des hommes ne s'y montrait nulle part; le sol même se refusait à la culture... Il fallait tout entreprendre, tout construire; et personne n'avait d'outil ! Aussi combien la nécessité, ce génie du malheur, fit-elle éclore de plans, de projets propres à vaincre la nudité de ce sol sur lequel ces cinq mille prisonniers avaient été jetés!

Le soir même de leur arrivée, ces vainqueurs de l'Europe, que

les balles et la mitraille avaient respectés, étaient parvenus îi former un camp, qui abrita tant bien que mal le dénûment le plus complet dans lequel créature humaine puisse se trouver.

Le lendemain, au lever du soleil, cette espèce de Thébaïde fut explorée en tous sens; il n'y eut pas un coin de terre qui ne fût visité parles prisonniers, pas un rocher dont ils ne fissent le tour. Cabréra est la plus petite des îles Baléares ; elle est située à sept lieues sud de Majorque. Son étendue est d'environ une lieue un quart de Ion g sur une largeur un peu moindre. . . Cinq mille hommes parqués sur cette étroite limite !

Cependant, ce qu'on avait annoncé aux prisonniers était vrai: Cabréra n'offrait indice ni d'habitation, ni d'agriculture. Le sol se composait de sable, de pierres et de galet, et à peine les fissures des rochers offraient-elles les racines rabougriesdequelquesplantes sauvages et rampantes. Le seul ornement que la nature eût donné à cette lie, c'était un bouquet de bois de sapins, et ce fut ce bois qui offrit les premiers matériaux d'où sortit plus tard une ville naissante; sans ce bois, lespauvres soldats n'eussent jamais trouvé d'autre abri que le creux des rochers. Que de peines, que de difficultés, que d'obstacles à vaincre avant de pouvoir poser la première planche de la cité que rêvaient les exilés ! La chose la plus indispensable à des travaux de charpentage c'étaient des outils... On n'en avait pas un seul. Les vieux cercles d'une barrique servirent à fabriquer de mauvaises scies. De vieux vêtements effilés servirent à fabriquer des cordages indispensables au transport des bois. Une fois les arbres abattus, il fallut les apporter à l'endroit où ils de* vaient être employés, et malheureusement le bois de sapins était séparé de la plage choisie pour bâtir la ville par cinq ou six monticules bizarrement réunis l'un à l'autre par d'étroits sentiers qui faisaient en quelque sorte cahoter le sol, comme le dos d'un chameau. Aussi s'imagine-t-on que de persévérance, de force, de courage et de résignation il fallut avant que le bois, les pierres, l'argile, en un mot tous les matériaux de construction fussent

transportés sur le point où devait s'effectuer leur mise en œuvre.

De longs jours s'écoulèrent, mais au moins chacun se vit-il un asile assuré contre la pluie, le vent et le froid. Mais à ces travaux titaniques succéda un mal moral : l'inquiétude. Combien devait durer cet affreux exil pour les pauvres soldats en proie à la faim, à la soif, privés de vêtements, de chaussures, et incessamment tourmentés, jusque dansleur sommeil, par desmyriadesd'insectes? Aux pemiers et pénibles travaux de bâtisse avaientsuccédéd'autres souffrances non moins cruelles : un ciel de feu durant le jour... et pas d'eau; — - un vent de glace pendant la nuit, et pas de vêtemeuts. Les plus constantes recherches n'avaient amené que la découverte d'une source, sujette à se tarir, et dont les jours d'abondance ne suffisaient pas pour abreuver un millier d'hommes. Jour et nuit, chaque prisonnier se présentait à son tour à la fontaine insuffisante, puisqu'elle asséchait dès l'instant que quelques-uns y avaient seulement trempé leurs lèvres... Les heures étaient comptées, les minutes pesées... Lorsque la source livrait un filet d'eau, malheur à qui s'y arrêtait trop longtemps ! car on le battait impitoyablement : ces malheureux s'égorgèrent entre eux plus d'une fois pour quelques gouttes d'eau !

La faim n'était pas moins cruelle. La ration de chaque homme ne s'élevait qu'à vingt-quatre onces de mauvais pain et deux poignées de fèves gâtées pour quatre jours entiers. C'était là que se bornait la munificence espagnole, tandis qu'un régime sain, sinon abondant, eût été indispensable à ces hommes fatigués par le travail, au milieu d'un air trop vif et sous un climat brûlant. On semblait vouloir réduire par une affreuse famine ceux qui n'avaient point succombé sous leferetle feu desbatailles, ouquiétaient sortis vainqueurs de la trahison. Aussi ne fallut-il que peu de mois pour quecettesacrilégespéculationentraînâtlesrésultatsdésirés.Bientôt les malades se comptèrent par centaines, et les victimes furent tous ceux qui étaient déclarés malades. La dyssenterie, les ophthalmies, le scorbut, les fièvres de toutes sortes ne tardèrent pas à décimer

g SOUVENIRS INTIMES,

cette population exténuée. On ne saurait se faire une idée de la promptitude avec laquelle le mal se propagea dès qu'il se futdéclaré. Le moral une fois frappé, adieu le corps! Dans la cité, sur la plage, dans le creux des rochers, dans le bois, partout des malades, des mourants et des morts... Les Espagnols, suppliés de compatir à tant de maux, finirent par livrer un peu de toile, afin de permettre la formation d'une espèce d'hôpital. Une tente fut dressée dans le voisinage de la source... mais les médicaments ne purent être obtenus... Un nouveau fléau vint fondre sur les pauvres prisonniers : à peine s'était-il écoulé trois jours depuis la formation de l'hôpital, qu'un efFroyable orage vint crever sur l'Ile, et que tout fut renversé, dispersé, anéanti. En quelques heures, tentes, malades et gardiens furent entraînés par un torrent qui se forma de la chute des eaux dans un ravin du centre de l'Ile, et trois cents hommes, la plupart déjà en train de mourir, il est vrai, périrent dans cet affreux cataclysme. .. Aussi le cimetière ne tarda-t-il pas à être plus peuplé que le camp...; la place y manquait pour les morts, de même que, quelques mois auparavant, elle avait manqué aux vivants qui mettaient le pied dans l'Ile.

L'ouragan qui avait renversé l'hôpital et causé la mort de tant d'infortunés eut, au large, un bien triste retentissement, puisqu'il fit éprouver un retard de cinq jours au bâtiment porteur des vivres. Aussi, comment rendre le désespoir et les crisde détresse qui éclataient chaque jour dans cette cruelle attente ! Toutes les têtes s'embrasèrent dans le délire, en même temps que la faim brûlait les entrailles... On assemblait des conseils composés de sous-officiers, qui ne menaient à rien, puisque les éléments de tout secours manquaient totalement. On proposa de se nourrir de chair humaine...; un cri d'horreur unanime repoussa cet avis désespéré.

Au milieu des souffrances que faisait éprouver à ces infortunées victimes d'une atroce politique le manque d'aliments, on se décida à faire un sacrifice aussi douloureux pour ceux qui en prirent la résolution, que risible aux yeux des gens qui ne s'identifieraient

point avec la cruelle position des prisonniers. Ce sacrifice, qui fut au préalable l'objet d'une discussion très-animée, fut la mort de Martin... Martin, un pauvre âne, seul animal vivant qu'on eût trouvé dans l'île au jour du débarquement. Le pauvre Martin, adopté par les soldats, était devenu leur enfant gâté. Mais aussi, quels immenses services n'avait-il pas rendus pour le transport des malades! Pauvre animal ! si doux, si résigné, si sobre surtout et si bon travailleur! Le tuer, lui, Martin, ce fut une proposition qui d'abord révolta l'imagination, mais cependant qu'il fallut bien sanctionner d'un vote unanime, quoique douloureux! Jamais animal n'avait été plus aimé que lui. C'était à qui lisserait son poil gris, à qui lui apporterait quelques brins d'herbes, à qui lui trouverait un peu d'ombre pour dormir plus à l'aise. Ouoi qu'il en soit, la nécessité l'emporta sur les scrupules : la mort de Martin fut résolue. N'ayant pu lui trouver un bourreau, on se décida, pour le tuer, à lui faire gravir le rocher le plus élevé, du haut duquel on le précipita par un vigoureux coup d'épaule...

« 11 s'est tué en tombant ! dirent les soldats comme par un cas de conscience, personne de nous n'a porté la main sur sa chair vivante pour en faire couler le sang ! »

On fit du corps de Martin trois mille morceaux ; chaque prisonnier eut pour sa ration environ trois quarts d'once... les os compris!

Enfin le bâtiment aux vivres arriva ! Il était temps! un jour de retard encore, et il n'eût pas trouvé le quart des prisonniers en vie. Au surplus, tel avait été le souhait des habitants de Palma, car par deux fois ils pillèrent le navire qui allait prendre la mer pour apporter aux prisonniers leur nourriture déjà en retard. Parmi les malheureux exténués de besoin, il en était un qui avait eu le courage et la force de se tratner jusqu'au sommet d'un rocher qui dominait la mer. Le premier il aperçut la barque au pain qui avançait vers l'île, et sa voix, en apportant cette nouvelle, répandit la joie dans tous les cœurs. Tous les malades, les agonisants même se traînèrent

TOMB h. s

sur la plage, et, les yeux ardemment Gxés sur le navire, ils semblaient vouloir hâter sa marche par le témoignage de leur vive impatience. Le bâtiment approchait toujours : une heure plus tard on débarquait les vivres, on les distribuait aux malheureux affamés; et telle fut l'avidité avec laquelle on se précipita sur les rations, qu'on ne s'aperçut pas d'abord que trois cents hommes avaient manqué à l'appel... Ils étaient morts de faiml

Une chose cruelle à dire, c'est que ces morts servirent au moins à quelque chose, à augmenter la ration de ceux qui leur survécurent. Les Espagnols songeaient si peu à leurs prisonniers, qu'ignorant les vides opérés dans leurs rangs, ils continuaient à expédier le même nombre de rations depuis le premier débarquement. Et . cependant plus d'un tiers avait déjà payé le tribut à tant de souffrances et de privations. Les survivants acceptèrent donc avec joie ce triste héritage de leurs frères, qui leur procura momentanément une sorte d'abondance.

Peu à peu les forces furent rendues aux malades, et l'aspect du camp devint moins déplorable qu'il n'avait été pendant te retard du navire chargé des provisions. L'époque, peu éloignée encore, où une montre d'or s'échangeait avec joie contre une demi-livre de pain, ne semblait plus devoir se reproduire. L'espérance rentra insensiblement dans le cœur des captifs, et ils s'occupèrent d'améliorer leur entourage par des travaux nouveaux, pour l'exécution desquels

11 leur était revenu des forces nouvelles. Un peu plus tard, ils trouvèrent même quelques distractions dans le voisinage des canonnières gardiennes de l'île, qui permettaient, de temps à autre, à leurs équipages de se mêler à eux. Ce fut là une source d'échanges entre des objets qui leur étaient inutiles et des outils et des vêtements, possessions bien autrement précieuses. On arrangea une certaine partie du camp de façon à en faire le centre de cette sorte de commerce, et le nom pompeux de Palais-Royal lui futdooné. Certes, on eût vainement cherché là de somptueux magasins, des cafés étincelants d'or et de lumières, et de ces coquettes boutiques où

les étrangers riches venaient alors se pourvoir de ces petits objets inutiles si nécessaires à la vie confortable. Le Palais-Royal de Gabréra n'avait pour tout restaurant qu'une très-modeste cantine. Le Chevet du lieu vendait, contre des couteaux, des boutons, des morceaux oc fer et le peu d'argent que contenait l'Ile, ses galettes de biscuit un peu verreuses, des oignons crus, du vinaigre au piment, du poisson salé et des légumes secs plus ou moins avariés. Mais le vin, qui est presque généralement bon dans toute la Péninsule, facilitait la digestion de ces détestables mets. 11 faut dire que toutes ces drogues se vendaient dix fois plus cher qu'elles ne valaient; mais on s'estimait trop heureux encore d'échanger, contre les jouissances que procure l'abondance après les privations, le peu d'argent qu'on pouvait avoir, ou les objets échangeables dont l'usage n'était pas indispensable. En résumé, les captifs purent vivre, ce qui était un immense bienfait, en raison de leur condition précédente.

Peu à peu, les esprits inventifs, les imaginations spéculatives parvinrent à améliorer encore la physionomie du Palais-Royal. Ils parvinrent à se procurer, des côtes voisines, quelques marchandises qui permirent aux baraques de s'intituler magasins. Bientôt, alléchés par de premiers profits, les spéculateurs offrirent aux regards des promeneurs toutes sortes de marchandises d'une utilité incontestable pour les premiers besoins de chacun : des paniers d'osier, des tabatières et du tabac, des vêtements grossiers, mais solides, des chaussures et des ustensiles de ménage. Les Espagnols euxmêmes, ceux qui appartenaient a la flotte d'observation, finirent par se mêler de cette industrie, et les marchands de l'île firent de bonnes affaires. Cependant le crédit était rare, ou tout au moins très-restreint. Ainsi, on vendait à terme a un soldat une aiguillée de fil uvec un bouton pour mettre à son vêtement ; l'amateur du tabac pouvait se régaler de trois prises qui coûtaient un sou, et pour lesquelles le débitant n'accordait pas plus d'une semaine de crédit. Les vieux bouts de cigares, ramassés sur les traces des riches, se revendaient hachés et à la demi-once pour la pipe du né-

cessiteus. Un ordre extrême régnait partout, et toute Hic ne tarda pas à bénéficier de cette prospérité de quelques-uns. La physionomie jadis si déplorable de Cabrera avait changé comme par enchantement.

Semblables aux boucaniers de l'île de la Tortue, les prisonniers, à force de remuer le sol, finirent par trouver des couches fécondes, et chaque casemate ne tarda pas à posséder son petit jardin. On y planta des légumes et, si l'espace le permettait, quelques fleurs. Les légumes, ajoutés à la ration, permirent d'en échanger la valeur contre la possession d'autres denrées fournies par les négociants. Quant aux fleurs, elles réjouissaient la vue et la pensée de l'exilé, et le faisaient rêver parfois à la patrie absente, aux douceurs du foyer paternel.

Une fois que le génie de l'homme, aux prises avec la nécessité, est parvenu à vaincre cette dernière, son ambition s'étend peu à peu aux choses de luxe. Il faut un aliment à l'esprit ! on construisit une salle de danse et de concerts... Alors les artistes et les professeurs de toute sorte se présentèrent en foule, il est exact de dire qu'une moitié du camp donnait leçon à l'autre. On échangeait leçon contre leçon : de la danse contre des mathématiques, du dessin contre des armes ou du bâton, arts très-prisés des soldats et des matelots. Les exercices gymnastiques avaient surtout un grand nombre d'adeptes. Mais, ce qui est plus étonnant, on institua une loge maçonnique, qui ne contribua pas peu à développer chez les prisonniers toutes sortes de rapports de bienveillance et de dévouement. Les maîtres, les roses-croix créèrent des apprentis et des compagnons de la Fidèle Maçonne. On pleura sur le tombeau d'Iran, on cueillit l'acacia , et l'on s'amusa à faire subir des épreuves. Le sous-officier de la garde de qui nous tenons ces détails fut reçu maçon à Cabrera. L'épreuve qu'on lui lit subir n'eut pas le caractère terrible mis parfois en application, et dont les traditions se sont peu à peu perdues, aujourd'hui que les francs-maçons ne s'avisent plus que de tenter des épreuves morales. On banda les yeux à notre

sous-officier, mais auparavant on avait exposé sur une table placée près de lui une effrayante trousse de chirurgien, garnie de ces aciers aigus, tordus et tranchants, qui font plus d'impression que la douleur qu'ils causent. Un large bassin avait été apporté, et tout l'attirail d'une saignée rigoureuse s'était développé à l'imagination déjà un peu frappée du récipiendaire. On lui découvrit le bras, le docteur chercha la veine, y porta un énorme coup de lancette..., et fit exactement tenir le bassin sous le membre du patient, qui sentit la chaude moiteur du généreux liquide que perdait son corps. Il s'écoula beaucoup de temps, une heure peut-être, avant qu'il osât parler; mais à la fin il crut pouvoir avouer qu'il se sentait extrêmement faible, et que, si l'on continuait à le laisser ainsi répandre son sang, il ne doutait pas qu'on ne le fît mourir. On répondit qu'il fallait que ses veines s'épurassent encore de ce sang profane, et qu'on veillait sur lui. En effet, de temps à autre il sentait une main constater les pulsations de son pouls... Enfin, le mot assez! fut prononcé. . . Il était temps ! le pauvre néophyte venait de s'évanouir! On lui banda le bras, et il fut reçu maçon. La recommandation la plus expresse lui fut faite de se soigner durant quelques jours, de se reconforter, d'avoir recours à tous les moyens possibles pour reconquérir la vigueur musculaire dont cette saignée vraiment exagérée avait dû le priver. An bout de huit jours de plaintes sur sa faiblesse, de soins et de précautions de toutes sortes, le nouvel adepte débauda sa plaie ; mais vainement chercha-t-il la trace de l'incision que lui semblait avoir faite la lancette! rien! H interrogea, on lui avoua qu'il n'avait été piqué que par un cure-dents, et que le sang qu'il avait cru perdre n'était qu'une eau tiède adroitement lancée sur le bras à l'aide d'une petite seringue... L'imagination avait fait le reste !

Il ne manquait plus qu'une chose dans l'île pour que tous les genres de délassements s'y rencontrassent, c'était un théâtre ! On le désira tant, qu'on parvint à l'obtenir. Mais comment? à l'aide de quoi, et quel bâtiment assez Yaste put être stiné à recevoir la foule

curieuse d'assister aux représentations promises? On ne saurait le deviner : ce fut une vieille citerne abandonnée ! On abattit toute la maçonnerie supérieure, la voûte, et l'on parvint ainsi à présenter à l'œil une sorte de caisse vaste et régulière, mais enterrée dans le sol sur lequel reposaient ses parois.

Les travailleurs s'offrirent en foule pour déblayer la citerne; moyennant un décime par jour, on avait des ouvriers a choisir. A l'aide de sable et de pierre, on éleva une partie du terrain qui fut appelé la scène. On tapissa les murs avec des branchages dont les feuilles décrivaient mille ornements naturels. D'abord on n'eut point de rideau, car l'étendue de toile suffisante à son déploiement manquait. Mais on écrivit sur le mur du fond le fameux casltgat ridenâo mores, le plus faux de tous les axiomes populaires, depuis l'invasion du drame moderne. Quant aux pièces, ce fut chose curieuse. On fouilla toutes les mémoires, on interrogea tous les lettrés de l'île, et par lambeaux pris çà et la on parvint à rédiger, de souvenir, celles des pièces sur lesquelles se fixa le choix pour l'ouverture du théâtre, et un beau matin, un crieur proclama par tout le camp que le théâtre serait inauguré le soir môme. Pour en avoir l'accès, il ne fallait que posséder deux sous. Il y eut une telle affluence, que de très-bonne heure les contrôleurs purent, sinon fermer les bureaux, du moins tirer l'échelle. La perception du prix des places s'opérait sur le premier bâton de cette échelle. La salle, la citerne pour mieux dire, ne pouvait contenir que deux cents spectateurs, qui, en cette circonstance, furent deux cents élus. Comme aux grands théâtres de Paris, on avait fait queue de bonne heuro, et il y eut un petit négoce au haut de l'échelle entre les gens libres de descendre une fois leur tour venu et ceux qui consentaient à acheter leur droit d'entrée le double du prix indiqué. D'ailleurs, il n'y avait là ni baignoires, ni stalles numérotées, ni loges grillées, mais bien deux cents places de parterre, et debout; les places les plus recherchées, celles qui avoisinaient la scène, se conquéraient à la force des coudes et môme des poings fermés.

LES PRISONNIERS DE GUERRE. 15 La salle se trouva comble de bonne heure. Elle n'était éclairée ni au gaz comme à Paris, ni aui bougies comme en Italie, mais bien par de nombreuses branches de pin, qui répandaient quelque peu de fumée dans la citerne, et dont les pétillements incessants se mêlaient au débit des acteurs... Mais qu'importe! le spectacle commença. Les deux pièces de début étaient Philoctète, tragédie de La Harpe, et la comédie de Marton et Frontin, deux des ouvrages du Théâtre- Français les plus en vogue alors.

Deux marins de la garde furent chargés des rôles d'Ulysse et de Pyrrhus. Le chef et l'organisateur de la troupe était un sergent d'infanterie, qui se chargea du rôle do Philoctète. Quant au colossal Hercule, on tronva parmi les prisonniers un formidable sapeur de grenadiers, qui consentit à jouer le rôle. Jugez si les éclats de voix et les gestes redondants manquaient! Mais ce qui ne laissait pas que d'être assez plaisant, c'était la façon dout était récitée l'œuvre du poète. Toutes les mémoires consultées n'avaient pu suffire à reproduire textuellement la totalité de la pièce, on n'avait guère pu recueillir que quelques tirades, de façon que tout ce qui manquait avait été remplacé par le sergent d'infanterie, en prose de sa façon, exprimant ou à peu près le sens qu'on supposait être celui des lacunes. Ce langage prosaïque no laissait pas que de contraster un peu avec la poésie de La Harpe ; mais les oreilles des auditeurs s'en contentèrent, et pas une scène ne languit.

La petite pièce vint après la tragédie. Après Pyrrhus, Marton, après Ulysse, Fron tin. Certes, toute la verve de nos acteurs comiques n'a jamais réussi à produire un effet pareil à celui qu'obtinrent les artistes de Cabréro, en raison sans doute des excellentes dispositions de l'auditoire. L'intrigant Frontin était un fourrier de la jeune garde; l'agaçante Marton, un matelot encore imberbe. Les allusions qui se trouvaient dans les deux ouvrages représentés furent saisies avec transport, et la citerne faillit s'effondrer sous l'enthousiasme et les applaudissements qui accueillirent ce vers de Philoctète : Ils m'ont lait tous ces maux ! que les dieux le leur rendent !

Peu à peu, et comme toute chose improvisée, l'entreprise dramatique s'organisa et se compléta d'une façon propre à améliorer l'exécution des ouvrages représentés. Il se trouvait dans l'île une douzaine de femmes qui avaient suivi leurs maris dans l'exil, on parvint a enrôler dans la troupe dramatique les plus intelligentes et les moins laides. On réussit à se procurer des pièces imprimées, achetées sur le continent, et tout le répertoire du Théâtre-Français fut joué ou parodié dans la citerne. Potier et Brunet faisaient à cette époque les délices du théâtre des Variétés : après avoir usé les œuvres littéraires de nos grands poètes dramatiques, on attaqua le répertoire grivois des Variétés et du Vaudeville.

Les artistes dramatiques de Cabréra, constitués en société en participation, firent réellement de bonnes affaires. Les directeurs entassaient les gros sous et les marchandises, car la rareté du numéraire ne tarda pas à faire inventer un nouveau mode de perception. Depuis la formation du bazar, chaque objet, chaque ration ou fragment de ration avait sa valeur à peu près fixe. Celui qui n'était pas en fonds pouvait obtenir l'entrée du théâtre moyennant dépôt d'une chose reconnue d'une valeur égale au prix du billet d'entrée. On pouvait voir le Cid pour une demi-douzaine de cornichons au piment, Andromaque pour une galette de biscuit de mer , et le Tyran domestique moyennant un morceau de cuir large comme la main. On échangeait un abonnement de six, de dix et même de quinze représentations contre une bouteille de vin de Palma ou une paire de guêtres. C'était tout à fait commode. Mais la fureur des représentations théâtrales fut poussée beaucoup plus loin encore. On en vint à faire des traités particuliers, par lesquels on vendait une, deux ou trois journées de son temps au profit des directeurs du spectacle, qui cédaient, aux gens qu'ils avaient mis à la tète de leurs travaux de main, la permission de donner une ou plusieurs entrées. Ainsi, il suffisait de signer sur un petit morceau de papier l'abandon d'un jour entier pour que le porteur de cette obligation eût le droit de vous requérir. C'étaient des espèces de billets à ordre transmissibles.

Bientôt les équipages des canonnières espagnoles eurent l'envie d'assister au spectacle donné par les prisonniers. Les Français profitèrent de leur avantage pour prendre leur revanche des vexations sans nombre que l'étranger leur avait fait subir. Les Espagnols avaient vendu au poids de l'or à leurs prisonniers ce qu'ils avaient apporté des pays voisins... ; les prisonniers se mirent à leur tour h rançonner les Espagnols. Ces derniers ne purent être admis dans la citerne qu'en payant le triple et le quadruple du prix des places, chaque soir envahies par les Français. Cette augmentation de recette permit de livrer gratuitement tous les soirs l'accès du théâtre à une demi-douzaine de soldats trop pauvres pour se donner le plaisir du spectacle. Les Espagnols, que ces récréations dramatiques charmèrenf beaucoup, voulurent en augmenter le bon effet en permettant aux principaux acteurs l'usage de quelques armes propres a concourir à l'illusion de l'action : des haches furent fournies aux licteurs romains, des glaives aux consuls. Hais la faculté d'exprimer la couleur locale se borna là. Les Espagnols jugèrent peu prudent de pousser plus loin leur condescendance.

On devine bien que mille passions, inconnues dans l'Ile à l'époque où tous les prisonniers étaient unis par une triste confraternité de malheurs, ne tardèrent pas à se produire, à l'ombre de cette amélioration dans l'existence de tous. Les rivalités, les ambitions, la cupidité, la jalousie, ne tardèrent pas à suivre les progrès de cette civilisation. De là naquirent les querelles et les différends, les rixes, les duels particuliers. Vainement les Espagnols refusaient-ils aux prisonniers toute espèce d'armes , la fureur de s'entr'égorger rendit la passion ingénieuse. On se fit arme de tout. En place d'épées on trouva moyen de fixer, à l'extrémité de longs bâtons, une pointe de ciseaux, des alênes. On inventa un simulacre de sabre à l'aide de rasoirs entés dans un morceau de bois. On faisait avec ces armes irrégulières des blessures cruelles, dont on guérissait difficilement lorsqu'on n'en, mourait pas sur-le-champ. Ajoutez à cela le manque total de charpie, de médicaments et de mains habiles

pour pratiquer les opérations nécessaires, et on comprendra que le cimetière, qui servait journellement de champ de bataille à ces absurdes rencontres, ne tarda pas à compter dans sa triste enceinte plus de morts que de monticules de terre.

On pensa, un peu tard peut-être, a former un conseil d'administration, qui se porta juge dans l'appréciation des querelles et des résultats qu'elles pouvaient entraîner. A ce conseil fut aussi dévolu le pouvoir arbitraire de prononcer dans les accusations sur la punition de crimes et de délits justiciables du Code pénal. On tint un lit de justice perpétuel, et parfois les juges se donnaient, sans appel, le droit de prononcer en cour pré vô ta le. On chercha, par cet appareil de répression, à diminuer le nombre des duels particuliers; et lorsque le tribunal avait décidé qu'il n'y avait pas lieu à une rencontre entre deux exposants, l'infraction à cette décision, qui entraînait pour résultat du sang versé, était punie par un article spécial du Code improvisé. La punition la plus ordinaire pour duel ou guet-apens était la prison, plus ou moins prolongée, dans un creux de rocher situé vers la partie la moins habitée de l'île. Mais certains délits entraînaient une autre application de peine. Parmi ces délits, celui de tous qui était puni le plus sévèrement était le vol du pain. Les juges, choisis parmi les sous-officiers, se succédaient à tour de rôle, comme un jury, acceptant un défenseur choisi par l'accusé, mais qui sauvait bien rarement de la peine requise le prisonnier convaincu d'avoir volé des aliments. Presque toujours celui qui s'était rendu coupable de cette faute était lapidé par la foule des spectateurs qui assistaient aux débats. Les délits qui entraînaient la peine capitale étaient les mêmes que ceux de nos lois , c'est-à-dire l'assassinat ou les blessures suivies de mort. Le duel qui avait pour résultat la mort d'un des deux adversaires, duel non autorisé par le comité chargé de prononcer sur la gravité de la querelle, impliquait la peine capitale pour le vainqueur. Quant aux autres délits ayant un caractère moindre de gravité, ils étaient punis, outre l'emprisonnement, d'une sorte d'exposition plus ou moins

prolongée. On attachait le condamné à un tronc de sapin, nu, privé de vivres, sans que rien le préservât de la pluie ou de l'ardeur du soleil. Le minimum de cette peine était toujours de deux heures, le temps d'une faction ordinaire, et le maximum de vingt-quatre. Souvent ce maximum avait pour conséquence une maladie mortelle.

Il était un jour dans l'année dont l'arrivée produisait grande sensation parmi les prisonniers; ce jour était le 15 août, fête de Napoléon. Longtemps à l'avance on y songeait, et chacun s'ingéniait en préparatifs, afin de contribuer pour sa part à fêter dignement ce jour splendide. Un ou deux mois à l'avance on prélevait sur la ration journalière une petite dîme, dont l'accumulation promettait une sorte d'abondance lorsque la fête arrivait. Le 15 août, dès l'aurore, tout le camp se trouvait debout pour voir lever le soleil. Dès que l'astre apparaissait sur l'horizon de mer bleuâtre qui s'étendait à perte de vue, c'étaient des hourra ! des transports, des cris d'enthousiasme qui témoignaient de la vive affection que, même au sein du malheur, tous ces soldats d'Italie et d'Egypte conservaient pour leur chef bien-aimé. Le soleil du 15 août, c'était l'Empereur personnifié.

Ce jour-là, on eût dit que le grand homme, furtivement descendu sur l'île, allait passer la revue de ses anciens compagnons d'armes. L'intérieur et l'extérieur des casemates étaient d'une propreté toute flamande ; les lambeaux d'uniformes et les fragments d'attributs militaires étaient brossés et astiqués avec une incomparable minutie. Plus de longues barbes! le rasoir donnait aux mentons un air de cérémonie. Au milieu de la journée, il y avait banquet général; on se plaçait cérémonieusement à table... Les gamelles regorgeaient de fèves ! puis venaient les bidons lourds du vin de la Péninsule : pas d'eau ce jour-là ! C'était le moment des toasts : A la France! à l'Empereur! à tel général! à telle victoire! Les vœux, les souhaits, les désirs se croisaient, et la brise méditerranéenne emportait tous ces cris d'amour vers la pairie !

Ce jour-là, amnistie complète pour les peines prononcées contre

toute espèce de délits. Le soir, on accomplissait le dernier acte de la fôte par des danses et des exercices gymnastique*, des assauts d'armes et de bâton ; puis les chants retentissaient, et tout le camp était illuminé avec des branches de pin qui pétillaient et lançaient en l'air leur panache de fumée odorante, en faisant briller leur lumière étoilée... Que c'était beau! quel aspect que celui de l'Ile ! et combien cette fôte, toute de cœur et d'enthousiasme, était autrement touchante et sincère que ces programmes votés d'avance par le Sénat, et où les deniers publics payaient la poudre des feux d'artiGce et la graisse des lampions des grandes cités de France enthousiasmées à froid f

Enfin, le jour de la liberté, tant désiré, tant attendu, ne devait plus tarder. Jetés à Cabréra à la suite de sanglants revers, les prisonniers français durent la fin de leur captivité à d'autres malheurs de la patrie. On était en 1814, année mémorable qui vit tout à la fois de si grands prodiges et de si grands désastres ; toute l'Europe servait de prison a nos soldats, et l'Angleterre, la Hongrie, l'Espagne, la Sibérie ouvraient leurs barrières à ceux dont le seul crime était d'avoir vu leur courage contraint de céder au nombre. Cabréra gardait dans le sein de ses steppes et de ses plages les corps de trois mille soldats français, respectés par la mitraille autrichienne, russe et prussienne, et anéantis par la faim.

Si les soldats de la garde endurèrent les plus cruelles souffrances pendant le long séjour qu'ils firent dans l'île de Cabréra, leurs frères, jetés sur les pontons en rade de Cadix, n'éprouvèrent pas un traitement moins digne de pitié. Lorsqu'on voit les historiens de ces époques consigner à loisir dans leurs écrits les détails de la situation des marins de la garde sur les vaisseaux-prisons de la rade de Plymouth, on peut se demander si les infortunes des prisonniers parqués à Cadix furent moins poignantes pour qu'on les ait ainsi laissées dans l'oubli.

On sait qu'à la suite du désastre de Trafalgar, les débris de l'escadre française se réfugièrent dans le port de Cadix. Cette flotte

LES PRISONNIERS DE GUERRE. 21 formidable, qui avait causé tant de préjudice à l'Angleterre, ne comptait plus que quatre vaisseaux, V Argonaute, le Héros, le Pluion et le Neptune! L'Espagne était notre alliée à cette époque... Mais la captivité de Ferdinand VII vint brusquement changer la face des choses, et toute alliance fut rompue. Les quatre vaisseaux français, qui se croyaient dans une retraite sure et franchement hospitalière, se virent un matin attaqués par les forts de la ville, en même temps que coupés dans leur retraite par la flotte anglaise, qui bloquait la baie de Cadix depuis l'affaire de Trafalgar. L'héroïque résistance qu'opposa l'amiral Rosilly, qui commandait ce débris de flotte, fut longue..., mais inutile. Il fallut capituler, et les équipages des quatre vaisseaux français furent les premiers jetés dans les pontons qui, un peu plus tard, devaient regorger de leurs frères, vaincus comme eux par la fortune de la guerre.

Une chose atroce signala alors la politique espagnole. Tous les Français résidant dans le pays, quoique pour la plupart nés de parents français, dont l'industrie s'exerçait dans les provinces, furent dirigés sur les pontons. La naturalisation même, cette clause de la loi qui fait un indigène d'un étranger, ne mit personne à l'abri de l'iniquité des Espagnols. Pas un Français ne put respirer librement en Espagne, et les pontons de Cadix furent le centre qui vit réunir tous ces infortunés. 11 y eut même une province où la nouvelle de la reprise des hostilités fut signalée par un effrayant massacre des Français résidants : les moines se mirent à la tête de cette boucherie! De cette façon, le chiffre des prisonniers pontonniers ne tarda pas à s'élever. Un peu plus tard, il fut encore renforcé des nombreux soldats qui furent victimes de la capitulation de Bay len , . mystère politique sur lequel les investigations de l'histoire n'ont pas encore réussi à jeter la lumière désirable pour permettre de porter un jugement. Le résultat de cette déplorable capitulation fut la perte, pour la France, de plus de vingt-un rattle de ses soldats, et cinquante pièces de canon, qui passèrent entre les mains des Espagnols. Aussi ceux-ci, enivrés autant qu'étonnés eux-mêmes de ce

succès inattendu , s'intitulèrcnt-ils les vainqueurs des vainqueurs aVAuslerlUz; et cette rodomontade ne tarda pas à devenir la devise des étendards de leur armée...

On s'imagine bien qu'à la suite de cette déplorable capitulation de Baylen, les pontons ne suffirent plus à Cadix pour contenir un si grand nombre de prisonniers. Aussi les marins de l'amiral Rosilly furent-ils extraits de ces prisons flottantes et transportés à San- Carlos dans l'île de Léon. Le séjour de nos marins dans cette île offre toutes sortes d'analogies avec celui des prisonniers à Cabréra. Souvent les mêmes infortunes, les mêmes privations, et ensuite le même génie pour lutter contre le mal et les mêmes ressources trouvées dans la nécessité. A quelques détails près, l'histoire des uns ressemble à celle des autres.

Ces pontons, vieux vaisseaux hors d'usage ou ruinés par la guerre, avaient été, après leurs courses, convertis, comme ceux de l'Angleterre, en prisons. L'étendue de ces forteresses flottantes destinées à servir d'asile à douze ou quinze cents malheureux, était d'environ cent quatre-vingts pieds de long sur quarante-cinq de large et autant de profondeur. L'absence complète de mâts, de vergues, de cordages et enfln de tout ce qui donne une physionomie à un vaisseau de guerre, faisait de ces bâtiments de véritables cercueils. Lourdement lestés, ils entraient dans l'eau à une grande profondeur ; aussi la cale et le faux pont étaient-ils des endroits d'une mortelle insalubrité. Une nuit épaisse y régnait sans cesse, et un limon infect s'étendait sur les parois des nombreuses cellules pratiquées dans les entrailles de ce gigantesque tombeau. Les ponts supérieurs jouissaient de la lumière du jour ; mais cet avantage était balancé par un inconvénient bien grave; car s'il était nécessaire de tenir les sabords constamment ouverts pour faciliter le renouvellement d'un air vicié et corrompu, les ophthalmies et les rhumatismes aigus vinrent assaillir la plus grande partie des prisonniers parqués dans ces ponts supérieurs. Les endroits habitables de chaque ponton étaient occupés par les marchands qui trafiquaient au milieu de l'entassement

LE TAMBOUR DE WAGRAM. 23 général. Les prisonniers n'avaient pour se reposer ni matelas, ni hamacs, mais tout simplement le tillac humide. Un confortable fort rare consistait alors à se procurer quelques bouts de vieux cordages, à l'aide desquels on fabriquait une sorte de tresse qui formait une couche suspendue, et dont le soldat sortait tatoué comme les Sauvages de la mer du Sud.

1LI5 TAMBOUB DE WAGBAIfc.

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