AU CHATEAU DE SAINT-CLOUD
— Adieu, mes petits amis, leur dit-il en les quittant ; amusez- vous bien ; mais surtout ne vous battez pas pour de bon, je vous le défends.
Ce serait se tromper que de croire que la recommandation de ÎNapoléon fut suivie h la lettre. Le petit Adolphe , jaloux sans doute de ce que l'empereur avait donné à Achille de quoi acheter un autre sabre , tandis que lui n'avait rien eu que l'oreille tirée , lui chercha querelle sous prétexte qu'il ne voulait pas le laisser le premier a la tcte , bien que les autres ne fussent pas plus grands que lui. La dispute s'étant échauffée, ils allaient en venir aux mains . lorsque madame de Larochefoucault , suivie des mamans , vint les prévenir que le goûter les attendait. A ce mot magique les senlimens de haine qui animaient les deux petits rivaux furent oubliés pour faire place au désir et à la certitude de se bien régaler.
La petite troupe s'étant mise sur deux rangs, en laissant de côté le privilège de la taille et du grade, se dirigea au pas accéléré, en exécutant des rrrrans plans plans avec accom-
208 i.i' ,101: F. DE l'ax
pagneiDent obligé de îamlxxirs el <le nompeltf s , vers la citadelle en question , où un buffet magnifie |ue avait été dressé comme par enchanîemenl. L'imjséi'atrice était accourue sur le passage de ses petits protégés pour les voir encore une fois, el de ses blanches mains s'était bouché les oreilles tant que le défilé avait duré.
Neuf ans s'étaien( écoîdés: c'était au commencement <!(• 1814; riùuope.qui iiaguère encore obéissait aux ordres de ÏNapoléou, s'était liguée contre lui. La grande année avait fait des jModiges. Après autant de vi( toires que de combats, fort du succès <le chaque jour, rempereur était venu le 6 mars s établir à Craone, et pour ainsi dire se (amperau milieu des bivouacs delarmée l'usse. concentrée sur tous les points environnans.
Là j pendant la iuiil , il reconnut lui-même les diftérenles positions de lennemi, el le lendemain , à la pointe du jour, toute l'armée se déploya pour livrer bataille. A huit heiires du matin . les cris des soldats signalèrent la pré-
\l r.HATRAL DE SXJLNT'i;! 01 D. 30ft
sence de l'empereur ; laciioii s'engagea. C'était (le ]a possessioi) (léfiniiivc d'uii plateau, pris et perdu alternaiivemeiU , que dépendait le succès de la journée. La ^i-ande difficulté était de pouvoir s'y inaiuteuir, après s en être emparé une dernière l'ois. H est quatre heures ; déjà le jour commence à baisser ei rien n'est encore décidé. Napoléon jeile un regard indécis sur sa vieille garde (pii est là, derrière lui , imuiobile. mais impatiente... 11 n'a qu'un mol à dire, et tout peut finir en un instant. Peut-être va-t-il Ir piononcej', ce mol . lorsipie tout à coujt un aide-de-camp arrive à bride abattue, en cjiani ;
— L'empereur!... l'empereur!.,, où est l'empereur?
Napoléon sort aussitôt du groupe (!c son état-major et s'avance couvert de boue, cai' il n'y a qu'un instant qui! a i»iulé avec son cheval dans un fossé.
— 'Qu'est-ce? dit -il : me voilà! que me veut-on?
— Sire , reprend l'aide-de-camp en mettant pied à terre , nous sonnnes nurures du plateau.
210 LE JODR DE l'an
— Enfin! .. s'écrie l'empereur, en élevant les bras ; qu'on amène mon cheval î
Et tandis que Roustan tient l'étrier, il continue de s'adresser à l'aide-de-camp qui , la figure pâle , l'habit couvert de sang , semble avoir à peine la force de se tenir debout.
— Qui vous envoie?... Est-ce le maréchal ou votre général?
— Sire... ce n'est pas mon général ; il a été tué sur le plateau par les grenadiers russes. . . et... moi-même... je...
Il n'en put dire davantage : ses yeux se ferment, il chancelle et tombe.
— Qu'on prenne le plus grand soin de cet officier, dit Napoléon d'une voix émue ; il est capitaine Un moment, messieurs, attendez!
Détachant sa croix aussitôt, il se baisse et la place sur la poitrine du jeune aide-de-camp blessé mortellement. Celui-ci fait un dernier effort; il saisit la main de l'empereur, et la portant à ses lèvres, lui dit d'une voix entrecoupée et presque éteinte :
— Ah! sire... je meurs content. Je l'avais bien dit à Votre Majesté ? il y a neuf ans , h
AL CHATÊAi; DE S\1M-CL0UD. 211
Saint-Cloiid , que je serais digne un jour de porter cette croix... Sire, vous ne me reconnaissez donc pas?... Je suis Achille Zaluski... Dites à mon père que je suis mort digue de lui :. . . quant à ma pauvre sœur. . .
A ces mots sa tête se pencha, ses lèvres s'agitèrent encore ; mais on n'entendit plus rien.
Pendant ce temps Napoléon l'avait regardé avec attention et comme en cherchant à rappeler un souvenir confus; les dernières paroles du jeune aide-de-camp le firent tressaillir.
— Oui , oui , noble enfant , je m'en souviens, dit-il d'une voix étouffée par l'émotion qu'il éprouvait. A cheval, messieurs, ajoutat-il en élevant la voix ; puis, en passant devant le front d'un escadron de la garde rangé en bataille, il s'écria :
— Hors de selle, grenadiers ! la bataille est gagnée.
Il continua sa route suivi de son état-major et aux cris prolongés de vive l'empereur ! qui se faisaient entendre sur toute la ligne.
Alors quelques-UDS des grenadiers qui ve-
212 LE JOIR DE I;a.\
naient de mellre pied à lerre s'approchèrent d'Achille , dont le corps était resté là gisaili près de son cheval , converl d' écume. L'un (Teux , après l'avoir considéré quelque temps en silence, hocha la tête, et se croisant les l>ras sur sa poitrine, murmura d un lou de <om passion :
— Pauvre lieuteuaiit I si jeune ! Napoléon le lait capitauKî : il lui donne sa propre croix. .. Eh hien ! pas du tout ! plus personne ! . . . (yéiait pourtant pas le cas de mourir.
— Qu'est-ce (pie lu marmottes là, à toi tout seul? reprend aussitôt un brigadier qui sétail j>enché sur le corps du jeune homme, croyant «pi'il respirait encore. Quelle hèlise!... puisque le lieutenant lui avait promis, il y a neui ans, de se faire tuer aujourdhui : tu n'as don<' pas compris ce qu'il a dit *
Le lendemain , Achille reçut les honneurs dus aux braves qui meurent pour la patrie.
Deux jours après, et tandis que Napoléon prenait toutes ses dispositions pour enlevei" Reims aux alliés, il aperçut le général Zaluski : il le fit appeler.
— Général, lui dil-il dun Ion i>rave. votre
ai; nHATEAU DE SAINT-CLOID, 213
lils est mort au champ d'honneur : le saviezvous ?
— Sire, je le savais.
— Il a une sœur, n'esl-ce pas?
— Oui, sire... Elle n'avait plus que lui et moi.
— Et moi , donc ! reprit vivement Napoléon ; vous m'oubliez, général ! J'ai signé hier son admission à mon institution impériale d'Ecouen; je me charge de sa dot. J'avais décoré son fî'ère. Général . je vous ai fait ce matin iïtandofficier delà Légion-d'Honneur...
— Merci , merci . sire î... Mais mon (ils !... Je n'ai plus de fils...
Et comme deux ruisseaux de larmes coulaient sur les joues pâles et amaigries du vieux Polonais. Napoléon mit j^ied à terre avec précipitation et lui tendant les bras :
— Viens, mon pauvre Zaluski, lui dil-il d'un ton pénétré, viens emjjrasser ton empereur, cai" lui aussi est bien malheureux î
A ces mots, le père d'Achille se précipita dans les bras de Napoléon , en laissant un libre cours aux sanglots qui le sutloquaient.
Mademoiselle Zaluski entra à Ecoueu pour
214 LE JOUR DE l'an AU CHATEAU DE SAINT-CLOUD.
passer presque aussitôt à la maison royale de Saint-Denis. Seulement l'empereur n'eut pas le temps de la doter comme il le voulait, parce qu'on l'envoya bientôt, lui aussi, pleurer à Sainte-Hélène un lils vivant , mais exile' comme lui. Le souvenir d'Achille est toujours présent à la mémoire de sa sœur. Dernièrement encore, en me parlant de lui , les yeux de la fdle du brave Polonais étaient baignés de pleurs ; elle me montrait silencieusement, dans un cadre noir placé au-dessus de sa cheminée, une couronne dont les feuilles étaient vieilles et jaunies, un petit sabre d'enfant et une croix de la Légion-d'Honneur : c'étaient la première couronne qu'Achille avait su mériter au Lycée Impérial, les étrennes qu'il avait reçues de l'impératrice Joséphine à Saint- Cloud , et la décoration que l'empereur avait détachée de sa poitrine, à Craone, pour la poser sur le cœur encore palpitant de son frère.
BAYOIE ET MARBAC
EN i803 (1).
Depuis 1791 jusqu'à 1814, une seule nation et un seul homme en Europe ont eu une pen-
(1) C'est à M. Morel, un des rédacteurs habitués de la Nouvelle Minerve, qu'est dû cet article si remarquable sous le rapport de l'authenticité des faits qu'il contient. Jusqu'à présent, peu d'écrivains avaient traité la grande question de la guerre d'Espagne d'une manière aussi précise et aussi intéressante.
(Note de l'éditeur.)
216 RAYO.NNE lii .MAIUUC.
séu et un but : cette nation et cet homme sont la France et Napoléon. Les revers des antres puissances doivent être attribués en grande }>ai'tie à leur étonnement et à leurs indécisiohs ; c'est là surtout qu'il Jaut chercher la cause des malheurs de TEspagne à cette épo- (jue. La France et Napoléon marchaient avec leur l'orce à la conquête de la domination poiili(jue et militaire; les autres nations qu'ils ont eu à combattre j)renaient ou abandonnaient des alliances inutiles ou malheureuses; sendormaient parfois dans détranges illusions, ou se précipitai(^nt tout à coup dans de lolies agressions. Dans les époques de lutte et d<' li'âvail social, la fortune et la puissance appartiennent à celui qui a choisi un but , qui en a conscience et qui dévoue à ce but son intelligence et son énergie.
I^a lévolution française ne trouva quelque sympathie en Fspagnc que dans les classes éclairées. Les classes inférieures. c'es(-k-dire rimmense majorité de la population, poussèrent un (ri de réprobation et de haine. Le saint-oftice lui-jnème se chargea de surveiller la frontière et d'empêcher rinfiltration de l'es-
f5A YONNE tT MARKAC. 217
prit révolulionnairc. Charles lY, roi (lébounaire et facile, simple dans ses goiils el dans ses habitudes, gouvernait F h^spagne. Incapable de régner dans des temps dilïiciles , habitué au joug depuis sa jeunesse , il se dévoua à toutes les dépendances, et tomba enfin dans celle d'Emmanuel Godoy, qu'on vit s'élancer de la couche adultère de la reine aux premiers grades militaires, aux premières dignités de la giandesse. enfin au gouvernement absolu <k' l'Kspagne. Cependant ni les lalens , ni l'énergie . ni les services , ne justifiaient cette fortune extraordinaire : homme d'état médiocre, homme de guerre plus médiocre encore . une prédilection royale, aveugle , put seule l'élever aussi haut et courber devant lui les Aranda , les (Jabanus , les Uzquizo , les Saavedra et les Jovellano. Houjme d'esprit oi'dinaire. seigneur fastueux , d'ailleurs irrésolu el faible au milieu des circonstances qui réclamaient une tète intelligente et une main forte, il a été un instrument dans les mains de Napoléon , et un jouet dans celles des événemens. Il a conservé cependant quelques droits à la reconnaissance de la nation espagnole ; des
améliorations intérieures ont été conquises par lui sur les préjugés, ces habitudes traditionnelles de l'ignorance. Les sciences, les arts, l'industrie, lui doivent un certain développement : on cite ses attaques contre l'hypocrisie sacerdotale. Dans une époque de paix et de quiétude générale, Godoy eût été un ministre habile et progressif; mais au milieu de cette longue tempête qui bouleversa tous les élémensdela société moderne, il dut être écrasé par la tâche immense qu'il avait devant lui.
L'hésitation que la cour d'Espagne mit à reconnaître Joseph Bonaparte comme roi de Naples ne fut pas perdue pour Napoléon, et on se souvient de ses paroles : « Charles IV ne veut point reconnaître mon frère pour roi des Deux-Siciles : son successeur le reconnaîtra. »
C'est h la même époque sans doute qu'il conçut une première idée d'invasion.
Un ambassadeur russe intrigua alors à Madrid , et conçut avec le prince de la Paix et l'ambassadeur du Portugal un plan d'attaque que l'Angleterre devait seconder vigoureusement. Aucune précaution matérielle n'avait été prise encore , et déjà Godoy lançait son
intempestive et malhabile proclamation du 6 octobre 1 806 , à laquelle Napoléon ne daigna pas même répondre. Mais c'était une déclaration de guerre et un utile enseignement dont il devait profiter plus tard. L'Espagne, gouvernée par une famille dont les intérêts devaient être utiles aux siens, serait toujours prête h se rallier à ses ennemis lorsqu'elle en croirait l'occasion favorable, ou lorsque d'autres mains viendraient à diriger plus énergiquement et avec plus d'intelligence sa volonté et ses sympathies. Napoléon songeait déjà à mettre un pied en Espagne , et à briser, par l'épée, ces dispositions hostiles qui n'avaient pas encore le courage de se déclarer.
Cependant Godoy ne tarda pas à rétracter son manifeste ; et d'ailleurs la cour vivait complaisamment sur cette promesse de Napoléon, que rien ne serait entrepris avant la mort de Charles IV.
Telle était la situation de l'Espagne, lorsque le deuxième corps d'observation se rassembla à Bayonne , sous prétexte d'appuyer le premier corps du général Junot , dans l'éventualité d'une attaque anglaise.
220 bayonm; et marrac.
Dans les premiers jours de février; les Français étaient maîtres, sur toute la ligne, de Figuières , de Barcelonne , de Pampelune et de Saint-Sébastien. Au mois de mars , le corps du maréchal Bessières entra en Espagne. De la Bidassoa au Duéro, et de Barcelonne à Saint- Sébastien, le pays était couvert de soldats; l'invasion avait lieu , et les Espagnols, frappés d'une douloureuse stupeur, s'apercevaient tléjà que tout moyen de résistance leur était arraché.
Pendant que les armées iVançaises se succédaient dans le nord de l'Espagne, une révolution de palais éclatait à Âranjuez et à Madrid : Oliarles IV abdiquait le 1 8 mars, et abandonnait le trône au prince des Asturies , Ferdinand VIL Le prince de la Paix , découvert , insulté et maltraité, ne dut la vie qu'à quel- (jues gardes-du-corps. Sur ces entrefaites , l'armée française marchait vers Madrid , où elle arriva le 23 , accueillie par une curiosité mêlée d'inquiétude. Le 24, Ferdinand VII fit soii entrée , et les transports de la foule ne durent pas lui donner la prévision de ces
BiYO.NNK UT MARRA(. 221;
é\éiienien:> tei ribles qui ïo menacèiem plus lard.
Napoléon ôtail pajli de Paris !*• 1 avi i! 1 S(KS, Afin qu'on ne put ëlovei' le nioindie douie sur >ôn jntenlioivde soiendic jusqn à Biiixos aulievanl de Ferdinand VU . des voilures <haigées de meubles de la couronne, des é<juipages el des employés de la niaisoji inqiériale , étaient déjà eniré's en b^spagne : les jelais élaienl prêts et des a|,»parlemens disposés -ur la route. Celte démonstration vainquit la r('sistance de Ferdinand Vil. 11 quitta Madrid le 10 du même mois . accompagné de ses conseillers ordinaires , les ducs de l'infantado et de San-Carlos , Cévallos el le chanoine Esi'orquiiz. Le général Savary. aide-de-camp de l'empereur, ne quitta pas sa voilure jusqu'à Viltoria : les routes élaienl couvertes de troupes françaises qui fermaient derrière le jeune roi le chemin de Madiid.
Fn pressentiment encore vague du piège dans lequel Ferdinand Vil se précipitait semblait sètre emparé des populations espagnoles. Partout aussi les dévoûmens les plus généreux s oftraient à lui; à\itloi'ia. Luiz de Urquijo
et Hervas lui reprochaient énergiquement sa folle confiance; Maron-Carréa tenait deux mille douaniers résolus à l'arracher aux Français ; le duc de Mahon , commandant-général de Guipuscoa , lui promettait à son tour de couvrir sa fuite en Aragon ; le peuple enfin , animé de je ne sais quel instinct prophétique, se pressait autour de sa voiture et coupait les traits de ses attelages ; mais Ferdinand aima mieux écouter les conseils intéressés du généralissime de l'Escurial et du chanoine Escorquitz : le 20 avril il avait passé la Bidassoa.
L'accueil empressé fait au général Junot et au prince Murât avait préludé aux fêtes solennelles et enthousiastes de l'arrivée de Napoléon : déjà son voyage était annoncé.
De Bordeaux h Bayonne , des populations entières se portaient sur la grande route , et abandonnaient leurs travaux pour voir une fois cet homme dont le nom retentissait depuis dix ans au fond du village le plus obscur. L'empereur arriva à Bayonne le 14 avril, à neuf heures et demie du soir. Une foule immense s'était précipitée dès le matin siu- la route de
BAYÛNNE El MARRÂC. 223
Bordeaux ; la longue rue Maubec à Saint-Esprit, la place, les deux ponts, les quais, étaient jonchés de verdure et resplendissaient de la plus brillante illumination ; les cloches, malgré les prescriptions catholiques du jeudi saint, sonnaient h grandes volées; le canon tonnait sur les remparts , à la citadelle, dans le port ; et , du milieu de ce bruit , de cette foule, de cet éclat , de bruyantes acclamations dominaient un moment tous les bruits. C'était vraiment un sublime spectacle que cette marche de nuit à travers une ville presque en délire d'admiration et de curiosité.
Les gendarmes d'élite et les lanciers polonais escortaient les voitures impériales autour desquelles se pressaient un nombreux étatmajor, les deux compagnies à pied et à cheval de la garde d'honneur de la ville , et une troisième compagnie de garde d'honneur basque, les plus beaux hommes choisis dans un pays où la beauté physique est commune. Le berret bleu national orné d'un large gland rouge, une veste ou jaquette rouge , la culotte et la demi-guêtre noires , tel était le costume pittoresques que les Basques avaient adopté , et
22/l RAYONNi; f.T MARRAC.
que faisaient encore mieux valoir leurs tailles nerveuses et élevées.
La garde d'honneur de Bayonne porlaii le y,rand habit rou^e . \o paiilalon de ( asiinir blanc, les guêtres noires ornées d'un gland d'argent, et le shako de velours noir suraionlé d'une aigrette blanche, (l'était le < ouj» «lœil le plus riche et ie plus varié.
Napoléon descendit à i'hofel du gouvernement que la ville avait l'ait meubler et décorer avec élégance; mais il ne tarda pas h choisir le château de Marrac, bâti par la veuve de (îharlesll. 11 l'acheta, ainsi que le domaine de Saint-Michel, à un négociant de la ville, j)Our une somme de 80.000 francs . el il y fixa sa résidence. La position si riante . les ombrages magnifiques et le vaste terrain situé derrière le château firent donc la foi tune ei la célébrité de Marrac. Une sorte de ville provisoire y fut créée ; des barraques en bois servirent de logement à la garde impériale , qui devait faire le service du château avec la garde d'honneur; une belle route, constiuile comme par enchantement par une population entière d'ouvriers el de soldats, s'ouvrit jus-
bayonxï; et marrac. 225
qu'à Bayonne, et cette succursale }3rillante et animée se remplit d' officiers, de fonctionnaires et d'équipages. Tous les travaux étaient pour ainsi dire suspendus , et la ville tout entière , joyeuse , en habits de fête , se portait chaque jour à Marrac pour admirer ce nouveau quartier que la présence de Napoléon et l'activité qu'il jetait autour de lui avaient pour ainsi dire improvisé.
Le parc de Marrac fut bientôt transformé en un camp de manœuvre , et c'est là que Napoléon, vêtu le plus habituellement de l'uniforme de colonel des chasseurs de sa garde , passait en revue et animait de ses regards et de sa voix les troupes qui entraient successivement en Espagne. On prétendit que les corps qui se rendaient en Espagne étaient mécontens : les Français n'avaient pas l'habitude d'être mécontens en entrant en campagne, c'était tout le contraire. Berthier, Duroc, de Champagny, Murât , Talleyrand et M. de Pradt, aumônier de l'empereur, quittaient peu le château. Ils furent tous plus ou moins initiés aux projets de Napoléon sur le sort des princes espagnols.
1;^ .'Jè'A!i.kil T3 .V«J50TArï
La députation portugaise , envoyée de Lisbonne pour complimenter l'empereur, l'attendait à Bayonne ; elle lui fut présentée à l'hôtel du gouvernement quelques heures après son arrivée. Napoléon ne donna pas le temps au comte de Lima, qui en était le chef, de commencer la harangue qu'il avait sans doute préparée, et il prit lui-même brusquement la parole , en disant :
— Je ne sais pas ce que je ferai de vous ; cela dépendra de ce qui va se passer dans le midi. Êtes-vous d'ailleurs dans le cas de faire un peuple ? Avez- vous le volume nécessaire pour cela ? Vous êtes abandonnés par votre prince ; il s'est fait conduire par les Anglais au Brésil. Il a fait là une grande sottise, et il s'en repentira.
Puis, en se retournant vers M. de Pradt, il ajouta d'un air très gai :
— Il en est des princes comme des évêques, il faut qu'ils résident. N'est-ce pas, monsieur l'abbé?
Et s' adressant ensuite au comte de Lima, il lui demanda quelle était la population du Por-
tugal ; et, comme s'il répondait à sa propre question ^ ,;j,;^ .,;. ) >-,■
— Deux millions? ajouta-t-il.
— Sire, plus de trois, répondit le comte.
— Ah ! je ne savais pas, répliqua Napoléon. Et Lisbonne, 150,000 âmes?
— Sire , plus du double , reprit encore le comte.
— Ah ! je ne le croyais pas, continua toujours l'empereur. Enfin , que voulez-vous , vous autres Portugais ? finit-il par dire brièvement ; voulez-vous être Espagnols ?
A ces mots , le comte de Lima se grandissant de dix pieds, s'aflermissant dans son attitude, et portant la main sur la garde de son épée , d'une voix qui ébranla les voûtes de l'appartement , répondit :
— Non . sire , jamais ! . , ,.,,,, , Les anciens héros portugais n'auraient pas
mieux dit.
Napoléon promit cependant de réduire la contribution de guerre frappée sur le Portugal ; il adressa quelques paroles affables aux membres les plus influens, tels que l'évêque
228 BAYONNE ET MARBAC.
deCoïmbre, le marquis d'Abrantès, Pereyra de Mello et le grand inquisiteur du royaume. La dëputation se retira et se hâta d'adresser aux Portugais une adresse pleine de confiance dans les bonnes dispositions de l'empereur. Il est positif que le non énergique du comte de Lima lui avait beaucoup plu.
Le lendemain de l'arrivée de l'empereur, les visites officielles se succédèrent sans interruption à Marrac ; les autorités civiles et militaires, des fonctionnaireSj des négocians, furent présentés à l'empereur, pendant que les dames de la ville faisaient leur cour à l'impératrice. Napoléon s'informa auprès de M. Detchegaray, maire de Bayonne , des besoins de la ville , et il n'a pas tenu à lui plus tard que les embellissemens et les améliorations projetés ne fussent réalisés. On l'a accusé de froisser quelquefois par sa brusquerie ; mais Napoléon n'avait pas l'habitude des lieux communs ; la phrase était pour lui un luxe dont il ne faisait usage que dans ses momens d'intimité. Dans la discussion publique , sa parole était brève , saccadée; mais son esprit supérieur y jetait toujours des éclats de lumière qui éclairaient
BAYONNE ET MARRAG. 229
tout à coup les questions les plus embarrassées.
Napoléon semblait affectionner beaucoup les environs de Bayonne ; les excursions en voiture, h cheval ou en canot prenaient une partie de sa journée, et ces promenades n'étaient pas perdues pour la ville dont il étudiait sur les lieux mêmes les besoins et les améliorations. 11 visita la barre, les quais, les chantiers et les magasins de construction , le cours des deux rivières, les arsenaux, etc., et si les événemens militaires n'avaient appelé ailleurs toute son attention et toute son activité, la ville de Bayonne, que le séjour de l'empereur enrichissait, aurait reçu plus tard d'impérissables témoignages de son passage.
La barre surtout était le but de ses plus fréquentes promenades, et ses variations, ses dangers et son avenir le préoccupaient vivement. On raconte que , dans un de ces momens où il eût voulu que les clémens euxmêmes cédassent h sa volonté , il fit armer la chaloupe du pilote-major, s'y embarqua avec lui, et là, au milieu desbrisans, on le vit jeter lui-même la sonde et déterminer un tirant
d'eau de quinze pieds et demi ; il avait porte à un pied environ la chute de la lame. Napoléon voulait à tout prix que la frégate la Coniète, de quarante-huit canons , qui se trouvait au Passage , se rendît immédiatement à Bayonne. Le commandant de la frégate , M. Maunier, lieutenant de vaisseau, reçut ordre de laisser même son artillerie au Passage et de ne conserver que le tii'ant d'eau nécessaire. En effet, le lendemain la Comète attaqua vigoureusement la barre , donna un terrible coup de talon et entra toutes voiles dehors , au milieu de l'étonnement d'une immense population. Tous les officiers de marine consultés avaient déclaré l'entrée de la Comète impossible.
Le tumulte populaire d'Aranjuez et l'abdication forcée de Charles lY avaient servi merveilleusement les projets de l'empereur, dont la politique tendait évidemment à éteindre la dynastie régnante en Espagne et à y substituer la sienne. 11 aurait voulu peut-être que Ferdinand régnât sous la condition d'une sorte de traité de vasselage ; mais il ne pouvait vouloir à aucun prix qu'il y régnât par l'accla-
mation du peuple et de l'armée. Médiateur naturel entre le père et le fils, il ne tarda pas à exiger du fds, par le père, une abdication qui lui donnait l'Espagne. Lorsqu'on a appelé déloyale celle conduite de Napoléon , on avait oublié que Godoy lui avait déclaré la guerre en 1806; la politique d'ailleurs n'est pas un traité de morale domestique , et Napoléon avait le plus haut intérêt à arracher un drapeau à l'insurrection qui n'avait pas encore éclaté. Cet acte hardi ne fit que hâter les événemens.
Charles IV, qui n'avait cessé de témoigner la plus vive affection à Napoléon, lui adressait d'Aranjuez une protestation contre les événemens du 19 mars, et une lettre dans laquelle il lui confiait sans réserve le sort de sa couronne et celui de l'Espagne. Aussi, le surlendemain de son arrivée à Bayonne , Napoléon, fort de cet appui moral, écrivait à Ferdinand, alors à Yittoria, pour blâmer sévèrement les scènes d'Aranjuez.
« Je ne suis point juge de ce qui s'est » passé , disait-il ; mais ce que je sais bien , » c'est qu'il est dangereux pour les rois d'ac-
» coutumer les peuples à répandre le sang et » à se faire justice eux-mêmes. Je le dis à Votre » Altesse Royale, aux Espagnols et au monde » entier : si l'abdication du roi Charles est de » pur mouvement, s'il n'y a pas été forcé par » l'insurrection et l'émeute d'Aranjuez , je ne » fais aucune difficulté de l'admettre , et je » reconnais Votre Altesse Royale pour roi d'Es- » pagne. Je désire donc causer avec elle sur » cet objet, etc. »
Ainsi Napoléon ne promettait rien, et ne caressait même pas ; c'était à Ferdinand , qui fut depuis si sombre , si astucieux et si méfiant, à apprécier avec plus d'intelligence les événemens qui avaient lieu autotir de lui.
Ferdinand arriva à Rayonne le 20 avril; des appartemens lui avaient été préparés dans la maison Dubroc, sur la place d'Armes, où il descendit avec son frère don Carlos. Vers les trois heures de l'après-midi , Napoléon se rendit à cheval, et au milieu d'un nombreux état-major, auprès du prince espagnol qu'il embrassa aux acclamations de la foule. A six heures, les voitures impériales emportèrent à Marrac les deux princes et les grands seigneurs
BAYONNE ET MARBAC. 233
espagnols qui les accompagnaient. Napoléon et l'impératrice leur firent le meilleur accueil ; et, après un dîner très bienveillant , la jeune cour, comme on l'appelait à Madrid, fut reconduite à Bayonne. Aussitôt après, le général Savary, au nom de l'empereur, somma Ferdinand de remettre la couronne d'Espagne en échange du petit royaume d'Étrurie qu'il lui fit offrir. Le prince espagnol repoussa d'abord la proposition qui lui était faite ; mais il devait bientôt être forcé d'y accéder.
Le jour du départ de Ferdinand , Murât avait exigé h Madrid la mise en liberté du prince delà Paix, qui arriva à Bayonne, sous escorte espagnole, le 26 avril. II précédait de quatre jours l'arrivée de Charles IV et de la reine Marie-Louise , qui occupèrent à Ihôtel du Gouvernement les mêmes appartemens que Napoléon avait échangés contre le château de Marrac. Une longue file de voitures , de chevaux , suivaient le cortège , et semblaient annoncer une longue absence. On eût déjà dit une cour exilée emmenant à la hâte ses meilleurs serviteurs. Charles IV se rendit à MaiTac, où il fut reçu par Napoléon entouré
(le tous les officiers de sa maison. Un mal de jambe rendant sa marche pénible, il dit à l'empereur en montant l'escalier de Marrac , et en s' appuyant sur son bras :
— Soutenez-moi, mon l'rère, j'en ai besoin. Napoléon répondit en souriant :
— Appuyez-vous , et ne craignez rien , je suis fort , moi !
Une foule immense couvrait la route de Marrac et les abords du château. Le séjour de l'empereur et de tant de hauts personnages, les questions si graves qui devaient recevoir une solution à Bayonne, enfin le spectacle extraordinaire que la population avait chaque jour sous les yeux, l'avaient jetée en dehors de ses conditions d'habitude et de travail : c'était à chaque instant une nouvelle fête , un nouveau concours, un nouvel événement, qui venaient entretenir l'attention et les conjectures. Aussi la première entrevue de Napoléon et de Charles IV fut-elle étudiée par des milliers de regards qui cherchèrent à y lire , les uns les sentimens du vieux roi , et les autres les projets de Napoléon.
Charles IV, vieillard de haute taille et de
manières simples, portait sur ses traits ce caractère facile et débonnaire qui avait compromis l'Espagne, et qui l'avait soumis luimême, pendant tout son règne, à la volonté de la reine Marie-Louise , et par elle , au joug dufavory Manuel Godoy. Du reste, il avait accepté avec empressement ces deux influences , et en arrivant à Bayonne , son unique pensée, son unique but consistait à obtenir de Napoléon une vie paisible et obscure avec la reine sa femme et le prince de la Paix, dont il ne pouvait plus se séparer. Il n'y avait plus à craindre que le vieux nom de Bourbons impressionnât les peuples; les Bourbons d'Espagne d'ailleurs n'étaient plus français, même à leurs yeux : les petits-fds de Louis XIV avaient oublié leur langue-mère.
Ferdinand fut bientôt circonvenu pour la cession de la couronne ; la reine et Godoy y mirent plus d'insistance et d'emportement. L'insurrection du 2 mai à Madrid donna plus d'impatience à Napoléon , et le chanoine Escorquitz lui-même conseilla l'obéissance h son royal élève. Ce jour-là, en revenant du palais du roi Charles , l'empereur traversa avec agi-
tation les appartemens du château de Marrac , se rendit dans le jardin, et, après avoir fait trois ou quatre tours avec beaucoup d'agitation , il appela toutes les personnes qui se trouvaient présentes , et , comme un homme plein d'un sentiment qui l'oppressait, il se mit à raconter dans ce style animé, pittoresque, plein de la verve et de l'originalité qui lui étaient familières, tout ce dont il venait d'être témoin : il frissonnait. Ses tableaux avaient transporté ses auditeurs au milieu des acteurs de cette horrible scène. Il peignait le roi Charles se plaignant h son fils de ses conspirations, de la perte de la monarchie que luimême avait conservée entière au milieu des désordres de l'Europe, des outrages faits à ses cheveux blancs. «C'était, dit-il, le roiPriam. » Ce furent ses expressions, lorsque s' arrêtant tout à coup , et après un moment de silence : — La scène devenait fort belle, ajouta-t-il, quand la reine est venue l'interrompre en éclatant en menaces et en invectives contre son fils ; et , après lui avoir reproché de les avoir détrônés , elle m'a demandé de le faire monter sur léchafaud. Quelle femme ! quelle
mère ! s'écria-t-il ; elle m'a fait horreur ! elle m'a intéressé pour son fils !
Le 6 mai , Ferdinand rendit la couronne à Charles IV, qui en avait déjà disposé en faveur de Napoléon dans un traité signé la veille, et renonça h tous ses droits dhéritier : les infans don Antonio, don Carlos et don Francisco adhérèrent à la même renonciation. Cependant Ferdinand avait fait ses réserves dans une lettre adressée à la junte du gouvernement ; mais lacté solennel de renonciation était déjà connu, et la junte eut la faiblesse de déclarer que les ordres de Ferdinand VU étaient inexécutables. Ils ne le furent pas pour le peuple !
Charles IV et Ferdinand VII partirent successivement, le premier pour le château de Compiègne qui lui était assigné avec une liste civile de 30,000,000 réaux, et le second pour Valençay avec une rente apanagère de 400,000 fr. et une rente viagère de 600,000 sur le trésor de France. En même temps Napoléon convoqua, à Bayonne, pour le 15 juin, une assemblée de notables ou junte extraordinaire, composée de cent cinquante mem-
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bres pris dans le clergé , la grandesse , la haute noblesse , l'armée de terre et de mer, les universités et le commerce. Après la réponse de la junte d'état, déjà consultée par le prince Murât , et à qui il ne restait rien qu'un rôle d'obéissance à jouer désormais, Napoléon proclama, par un acte du 6 juin, Joseph Napoléon roi d'Espagne et des Indes. Le peuple seul protesta contre cette usurpation des droits de la nation espagnole , et il protesta matériellement par l'insurrection. Aucun des corps officiels n'osa faire entendre une parole de résistance, et le cardinal primat des Espagnols , quoique Bourbon , fut le premier à envoyer à Bayonne l'adhésion la plus dévouée et la plus explicite.
Joseph , arraché à son paisible et attrayant royaume de Naples, arriva le 7 juin, quelques heures après la promulgation de l'acte qui lui donnait la couronne d'Espagne. Napoléon alla au-devant de lui et le fit monter dans sa voiture, pour l'entretenir tout d'abord des intérêts puissans qui commandaient son acceptation.
— Je peux mourir, lui dit l'empereur; Mu-
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rat, qui a un parti dans l'arniëe ; Eugène, qui , jeune encore , a conquis l'estime de la nation , se disputeront ma succession avant que vous puissiez arriver du fond de l'Italie pour la recueillir. Il ne faut pas que la couronne de France sorte jamais de notre famille. Votre place est en Espagne. Là , en cas de malheur, vous me succédez naturellement et sans obstacle. D'ailleurs, ces arrangemens terminent nos querelles de ménage. Je donne Naples à Lucien.
La voiture qui portait les deux frères traversa rapidement la ville et s'arrêta à Marrac. Joséphine, entourée de ses dames, reçut son beau-frère au pied de l'escalier du château, Les grands d'Espagne , réunis en grand nombre dans le grand salon , se précipitent au-devant de lui et le nomment leur roi , aux acclamations des officiers des deux nations et de toutes les personnes qui assistaient à ce brusque événement.
La junte extraordinaire, convoquée par l'empereur pour le 15 juin . se réunit au jour indiqué. Sur cent cinquante députés appelés, quatre-vingt-six seulement avaient pu se
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rendre à Bayonne ; les autres avaient été retenus par l'insurrection ou s'en étaient déclarés les chefs. La junte extraordinaire tint ses séances à l'évêché, sous la présidence de M. de Aranza , dernier ministre des finances de Ferdinand YII. M. de Urquijo, patriote éclairé ,en était secrétaire. Un grand nombre de ces députés avaient bien compris toute l'irrégularité de leur convocation ; mais ils avaient compris aussi qu'il fallait tourner au profit du pays les cliangemens opérés par une politique ambitieuse, et ils avaient obéi. L'Espagne était livrée h un tel bouleversement, que leur mission était déjà une sorte d'amélioration.
La constitution de Bayonne fut adoptée en onze séances. Une douzième séance fut consacrée au serment. Le nouveau roi s'y rendit. En face du trône, un Évangile avait été placé sur une sorte de prie-dieu recouvert d'une étoffe de velours cramoisi. Joseph jura le premier d'être fidèle à la constitution , et les députés jurèrent d'être fidèles au roi. En même temps , du fond de sa retraite de Valençay, Ferdinand lui adressait, au nom de son frère, de son oncle et au sien , le témoignage de
toute sa satisfaction pour le choix qui l'avait porté au trône. Le roi Joseph partit pour Madrid , le 9 juillet , avec tous les députés de la junte et les grands seigneurs espagnols qui avaient formé , trois mois auparavant , le cortège de Ferdinand VU. La bataille de Rio-Seco, gagnée par le maréchal Bessières sur l'armée de Blake et de Cuesta, lui rendit plus facile et plus siu' le chemin de la capitale.
Enfin Napoléon quitta Bayonne le 21 juillet, non sans laisser derrière lui une grande prospérité dont il avait été. l'occasion par son séjour h Bayonne , et par les événemens politiques dont cette ville avait été le théâtre.