‹ Souvenirs intimes du temps de l'Empire (volume 2)Chapitre 8 sur 23 · LES ORPHELINES · texte numérisé non relu

LES ORPHELINES

nait deux classes ; chaque classe était indique'e par la couleur de la ceinture. Tous les trois mois les inspections avaient lieu, et deux fois l'année seulement, sous le nom de grand concours, présidé par le grand-chancelier, accompagné de la directrice , de l'inspectrice générale , de la Jrésorièreet des autres dames dignitaires , les élèves étaient réunies dans une salle immense, appelée salle Hortense , où des prix et des ceintures nouvelles leur étaient distribués 1 .

(1) Le grand coiuuars pour les orphelines delà /-e'âf/o/i-d'lfo»- «ewrétuil pour elles comme le jour du jugement dernier: les récompenses y éiaieiit distribuées à chacune selon ses œuvres, et si beaucoup d'élèves scnlaient la veille leur cœur palpiter d'espérance en songeant que le lendemain elles seraient proclamées i(ne des bien, et c|u'e]les écliana;craicnl un ceinture verte contre une ceinture violette, quelques autres redoutaient ce moment parce qu'elles devaient être déclarées , aux yeux de tous , sujettes insoumises , e^ recevoir la ceinture grise. Tout, dans ce jour si impatiemment attendu par le plus grand nombre, si redouté par quelques-unes, avait quelque chose d'imposant et de solennel.

Et d'abord on donnait aux élèves des bas blancs, ce qui était une grande l'èle pour elles, car elles n'en portaient habituellement que des bleus. Ensuit?, au signal de la cloche , elles étaient conduites par leurs dames surreillantei dans la salle d'inspection où avaient été disposés des gradins en amphithéâtre dont les derniers s'élevaient jusqu'au cintre. Celte vaste salle circulaire avait été décorée à l'avance d'exemples d'écriture et de dessins exécutés par les élèves (jui axaient été jugées dignes des honneurs de l'exposition. En face de l'amphilhéùlre était le fauteuil réservé au grand-chancelier de la Légion-d'Honneur , avec un bmcau ; de chaque côté devaient s'asseoir la suriutendaule et l'inspectrice générale. D'autres sièges

D1-: LA LÉGlON-D'HONNF.l R. 189

Jusqu'en 1809, l'organisation de 1 iiislilution d'Ecoiien ne fui que provisoire ; mais au

étaient ça et là it un peu en avunl, pour /es dames dignitaires : nulle personne étrangère à i'institulion iie ponvail assister à celte cérémonie, pas même une uiire pour api)Iaiuiirau suce* s de sa fille.

— Chut! silence, luesdeinoiscîles ! s'écriaient rinelqnes dames, voici Af. le maréchal !

Et le îrand-cliancelier , sui\i des daines diffniîaives, entrait dans la salle. Alors toutes se le\aienl en masse; le cri prolovifïé d? vire le maréchal ! se faisait entendre de (ontcs parts : et fiîui-cl y répondait par des saints pleins de hieincillance. Lorsqne le ca'me et le Silence avaient succédé ii l'ap;itation ei aux ciuicliotlemens que celle apparition ne manquait jamais dé piodiiire, le g,ruii!!*ch:!!icplier pri> nonçait , debout, un tout petit difcoitr.'i de circonstance , qnu l'exception des liâmes placées (wès de lui, ppîsonne n'entendait ni n'écoutait, ce qui n'empêchait pas ks élèves, une fois qne l'uralenr ruait fini, de s'écrier de nouveau et à tu(-ièle : Viie noire bon maréchal', (.elni-ii répondait à ces appiaudiss^^nv^ns pi-r de !iou\cai;\ salut s.

C'était alors qne les deu\ premières sections descendaieiU des gradins, et venaiciit former un demi-cercle anionr de la petite labfe devant laquelle le sou\erain juge était assis. Il conimriwfât par interroger les élèves, une à une, sur les différens points d'iiistoire, de géographie et de calcul. Après quoi chacune retournait à sa place. Chaque section venait ainsi subir vni examen qui quelquefois ne tournait à l'avantage ni de l'examinateur ni de 1 élève. Pour ce cas, la faute en était à l'inspectrice qui , de droit , remplissait les fonctions de souflleur. Au surplus, personne n'attachait une grande importance à cet examen dont le programme était connu un mois d'avance: les élèves réservaient leur amour-propre pour une meilleure occasion, la danse, par exemple.

A un signe de la maîtresse de ronds de jambes, s'élançaient de chaque côté de la salle , en sautillant et en fredonnara , celles des jeunes filles jugées les meilleures danseuser. , pour exécuter, au son du piano, une contredanse inédite. Ce dérangrment était ordinairement interrompu par les éclats de rire et les hattemens de mains ÛQS petites classes, surtout lorsqu'M/ic des r/raitdss, en passant devant le maréchal, faisait une révérence un peu gauche et par trop prétentieuse. F.t puis ce n'étaient pas les pieds des figurantes qu'il

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