‹ Souvenirs intimes sur IngresChapitre 4 sur 5 · LA MORT D’INGRES · texte numérisé non relu

LA MORT D’INGRES

Vœux stériles ! vaine espérance,

L’art éprouve un trouble confus, Précurseur de sa décadence !

Quel glas sinistre !.... Ingres n’est plus. Il n’est plus l’apôtre sincère Du culte défaillant d'Homère,

11 meurt épris du beau réel,

Idéal de la Renaissance,

Mystique amour qu’avec constance Son âme voue à Raphaël !

Déplorons la mortelle atteinte Qui, frappant Ingres, blesse l’art, Et, laissant s’exhaler la plainte Que l’ami soupire à l’écart,

Disons qu’en sa morne inertie Le mourant encor balbutie Des vœux chers au pays natal:

Qu’enfin, lorsque l’homme succombe, Un grand souvenir d’outre-tombe Echappe au sépulcre fatal.

L’artiste est citoyen du monde :

Heureux germe éclos parmi nous:

Sur nous est-ce à tort qu’il se fonde En nous déléguant entre tous Pour garder, feuilles précieuses,

Tant d’études laborieuses

Où du grand art priment les lois?

Ah ! qu’un noble orgueil s’en empare, Et, possesseurs d’un legs si rare, D’Ingres légitimons le choix.

Un asile avait su lui plaire, —

Par l’illustre peintre envié Ce sympathique sanctuaire A son génie est dédié.

Ses travaux y cherchent leurs places.

Accueillons-en les moindres traces Dans l’inestimable trésor,

Leur inspiration furtive Y retient de l’âme expansive La pensée au multiple essor.

Franchissant la crise mortelle, Leur mission ne finit pas, Ingres l’adresse à notre zèle Qu’éveille l’airain du trépas.

Qu’une sévère vigilance Réprime la folle arrogance De ses détracteurs envieux;

Et l’avenir trompant l’audace D’une vaniteuse menace Grandira son nom glorieux.

L’idéal que le vrai dirige,

Double idole d’un même autel, Accorde son double prestige Au crayon qu’il rend immortel.

Si dans l’école qu’il domine,

Ingres, fidèle à sa doctrine,

S’abstient d’irréfléchis élans,

L’étude s’éclaire à la llamme Que l’art fait resplendir dans l’âme, Luminaire des vrais talents.

O Montauban qui l’as vu naître !

Reçois, près de l’humble berceau, L’œuvre que l’on vit apparaître Sous l’octogénaire pinceau !

Devant cette offrande dernière, Rienheurcuse cité, sois fièrc Du fils dont le sort te dota !

Grand peintre, c’est peu qu’on le prône, Et l’efligie attend le trône Que, grand exemple, il mérita.

De l’oubli le souffle rapide Peut bien effacer, sans effort.

Au Sénat, l’incident d’un vide Dans les attardés de la mort.

Mais l’artiste illustra la France; Immortalisons la constance De ses hautes convictions !

Et fécondons son héritage En perpétuant d’âge en âge D’infaillibles traditions.

Ingres ! lorsque, vains de la gloire, Nous l’érigeons un monument,

Que le respect pour ta mémoire

En soit le durable ciment

Ecoutez-donc, jeunesse ardente :

D’une vocation puissante Si vous ressentez l’aiguillon,

Sous l’éclat de sa renommée Que l’école soit affirmée;

Suivez son rigide sillon !

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