MONUMENT A LA MÉMOIRE D’INGRES
Quelques mois après que cette notice eut été communiquée à la Société des Beaux-Arts, l’autorité municipale, s’associant aux manifestations du vœu populaire qui réclamait l’érection d’un monument destiné à perpétuer la reconnaissance des Montalbanais envers leur illustre concitoyen, réunit un certain nombre de personnes qu’elle considérait comme propres à faire réussir une souscription pour se procurer les fonds nécessaires. En outre , pour accélérer le travail, une sous-commission eut à s’occuper de la partie artistique de l’entreprise ('), et s’empressa de décider que l’on mettrait au concours l’exécution d’une statue d’Ingres.
Mais après cette rapide décision, un long temps s’écoula sans qu’il fût question de réunir la commission générale dont j’avais
(') Je ne faisais pas partie de ce comité, auquel l’assemblée délégua tous ses pouvoirs, et je ne puis être responsable de ses décisions,
l’honneur de faire partie, et j’appris seulement par la voix publique qu’elle travaillait en secret à rédiger le programme du concours, mais que des dissidences sérieuses s’étaient produites dans son sein à l’occasion de cette pièce importante.
Voyant que le temps s’écoulait sans amener une solution , et sans qu’il me fût loisible de faire entendre des avis officieux , je profitai d’une occasion que m’offrait la réunion mensuelle de la Société des sciences, belles-lettres et arts pour formuler mon opinion et engager cette association à prendre un rôle dans cette sorte de collision, bien convaincu que, soit par les similitudes, soit par les divergences , l’exposé des opinions sincères pouvait offrir des avantages pour atteindre, avant l’adoption du projet délinitif, le but identique de rendre le monument digne à la fois de la ville qui l’érige et de l’artiste qu’il s’agit d’honorer.
Sur ces entrefaites, la commission municipale fut enfin convoquée. Je pus demander officiellement la parole. Mon opinion a été insérée en partie dans le procès-verbal de la séance du 1 5 janvier 1868 ; je la donne ici plus complète.
Monsieur Beulé, dans sa juste appréciation de la personnalité de notre célèbre compatriote, a dit :
a 11 faut avoir compulsé les dessins innombrables que contiennent les portefeuilles légués à la ville de Montauban , pour concevoir quelle recherche infatigable du vrai, quelle abondance d’études, quelles tortures loyales d’une âme qui poursuit la beauté entrevue, avaient précédé l’achèvement du moindre tableau. Il esta jamais regrettable que ces admirables exemples de sincérité soient enfouis dans une ville éloignée ; c’était sous les yeux de la jeunesse de l’École des Beaux-Arts, entre ses mains, qu’ils devaient rester pour lui apprendre ce que c’est que l’honnêteté dans l’art, pour lui prouver que la conscience et le labeur sont une loi,
même pour le génie , et qu’on ne mérite le nom de créateur qu’à force de perfection. »
Cet éloge bien mérité renferme en même temps un blâme : Ces admirables exemples.... sont enfouis , dit-il. Hélas! mes regrets , quoiqu’à titre différent , se joignent à ceux de l’honorable secrétaire perpétuel en songeant qu’un an s’écoule sans qu’on puisse encore exposer, même aux yeux des jeunes gens de la localité doués de quelques instincts de vocation artistique, ces richesses si libéralement et si gratuitement prodiguées à une ville qui, nous devons l’avouer, n’eut pas de titres suffisants à Y adoration que lui vouait l’illustre artiste (’j.
Remplissons avec d’autant plus de zèle envers le donateur les devoirs exigés par la reconnaissance ; réalisons son rêve en créant une école montalbanaise effective !
Cette école , il est vrai , existe nominalement depuis longtemps, mais elle est restée à l’état de germe, pour ainsi dire, et il serait urgent d’en presser la réorganisation telle que M. Cambon en a tracé le plan, et de profiter d’une époque où cette utile institution trouve dans le chef de l’autorité municipale un protecteur aussi éclairé que bienveillant, et qui se montre désireux de prouver que ces admirables exemples de sincérité qu’offrent les cartons de M. Ingres , quoique relégués dans une ville éloignée de la capitale, ne sont pas enfouis comme on semble le craindre.
« La France, dit M. Beulé en terminant son bel éloge d’Ingres, porte un deuil qu’elle gardera longtemps, et dont chaque jour lui fera mieux comprendre la gravité , car elle a perdu , nonseulement un grand artiste, mais un grand caractère et un grand exemple. »
Ces vérités, aussi bien senties qu’heureusement exprimées ,
(l) Le pays natal que j’adorerai tant que je vivrai. (Lettre d’Ingres à son ami, Prosper Debia, 9 août 1862.)
mériteraient seules une manifestation durable de l’opinion des Montalbanais, fiers à bon droit de compter Ingres comme leur plus illustre compatriote ; mais il ne suffit pas seulement d’honorer le grand peintre, l’illustre compatriote, il s’agit encore et surtout de consacrer l’action particulière par laquelle il fait participer Montauban à sa gloire , il a voulu y associer son pays pour l’illustrer it jamais. Ne démentons pas son espérance. En dehors des témoignages d’admiration et de regrets manifestés par la France artistique tout entière, il existe donc pour Montauban une condition, un devoir absolu qu’il faut satisfaire d’abord envers Ingres, et qui doit caractériser le monument que vont lui ériger ses concitoyens.
Puisque la mesure du concours est maintenant un fait irrévocable, sans prétendre m’immiscer dans l’exécution des projets que les concurrents vont élaborer, il me paraît utile, indispensable même, de publier une sorte de programme qui mette en relief l’idée qu’il s’agit d’exprimer. L’œuvre d’art, à mes yeux, doit être la consécration d’un trait historique déterminé, qui le rende aussi vénérable pour la postérité qu’il est cher à ses contemporains.
Voici quel serait le programme du concours :
Ingres éprouvant les symptômes avant-coureurs de la mort, conserve encore son vêtement ordinaire de peintre, la simple blouse du travailleur persévérant. Le manteau de sénateur , l’habit de l’Institut se drapent au hasard et au goût du sculpteur et se groupent avec le trône antique, transformation du siège sur lequel l’artiste, accablé de lassitude, vient se reposer en méditant son travail. Sa main gauche tient encore la palette, et sa droite des pinceaux. Il olïre ces symboles à la ville de Montauban comme dernier souvenir. Son regard attendri se tourne vers elle : à ses pieds est un livre ouvert , l’évangile de saint Luc ,
ch. h, v. 7 et 8. Quelques volumes ça et là montrent leurs titres : c’est Homère, Dante, Virgile, etc. La ville de Montauban, débouta côté du trône, se penche vers le moribond, soutient d’un geste affectueux son bras défaillant, et raffermit sur sa tète la couronne d’or que lui décerna une souscription populaire.
D’autres détails pourraient encore caractériser la vérité historique traduite poétiquement , mais simplement, à la manière d’Ingres. Son violon ne saurait être oublié sur un vaste socle où les œuvres de Mozart, de Gluck, de Beethoven trouveraient utilement leur place à côté de Raphaël , de Michel Ange, Poussin, etc. (‘). Pour ceux qui ont eu l’insigne bonheur de fréquenter, de connaitre intimément Ingres, leur souvenir le plus précieux résiderait-il dans la réminiscence des dehors incorrects d’une forme énergique qu’accentuaient, qu’altéraient journellement des habitudes militantes exagérées (2) ?
Non, Messieurs, pour eux, Ingres est l’affable, l’affectueux ami, l’artiste convaincu, à la conscience inflexible, dont les éminentes qualités se révélaient dans les épanchements de relations familières où la sympathie cordiale s’alliait à la conformité des convictions artistiques. C’est dans ces moments précieux où Ingres se montrait à découvert, c’est dans le négligé de l’atelier, dans le moment où il parle de son cher pays natal qu’il s’agit de le représenter (3).
(1) .... Et cette musique, cette divine musique dont Dieu nous a donné l’intelligence, et les chefs-d’œuvre de la littérature antique et moderne qui m’occupent encore le matin et le soir, celte divine antiquité des Grecs! cette Renaissance, ce Raphaël et ce XVe siècle, voilà ce qui fait vivre ; n’estce pas? Mais, cher ami, nous sommes bien vieux, cassés.... (Lettre d’Ingres à son ami, Prosper Dehia, 10 août 1862.)
(2) .... Toujours sur la brèche à combattre... (Lettre déjà citée d’Ingres à son ami, Prosper Debia.)
(3) Par cette bonne venue, vous me représenteriez la tendre amitié et lo pays natal, que j'adorerai tant que je vivrai. (Même lettre.)
C’est lui que demande à posséder le pays natal au lieu d’un Ingres officiel, posant isolé dans l’apparat d’une représentation théâtrale.
Mais, diront quelques-uns de mes auditeurs , la majorité , l’unanimitc peut-être , — votre projet de monument ne va-t-il pas doubler la dépense présumée ? Songez que le chiffre de nos fonds étant limité, nous ne saurions faire autre chose que la modeste statue d’Ingres.
Ne croyez pas, Messieurs, que la perspective d’un travail matériel plus considérable effraie un véritable artiste. Il en est encore, soyez en convaincus, qui sont dignes d’apprécier l’honneur qui doit rejaillir sur celui qui exécutera le monument. Je me refuse à croire que tous soient des ouvriers absolument mercenaires.
L’artiste véritable n’est-il pas heureux d’avoir une idée grande, noble pour mobile ; au lieu d’être astreint à ciseler le marbre pour en extraire une effigie étrange qui, plus elle serait sincère, plus elle éveillerait l’esprit inné de raillerie d’une foule ignorante, et provoquerait les insultes d’une tourbe d’enfants indisciplinés, ne se sentirait-il pas mieux inspiré par un groupe méditatif imposant l’estime et le respect? La pensée domine la matière.
Ah ! s’il existe un sculpteur qui possède le sentiment élevé de l’art, tel qu’il fut le partage privilégié d’Ingres ; s’il existe un cœur d’artiste qui puisse comprendre la chaleureuse expansion d’amour du célèbre peintre envers sa ville natale ; s’il sait se pénétrer de cette pensée féconde, la rendre sienne, il pourra, en conservant la sévère ressemblance du modèle, donner à ses traits, à son attitude cette beauté idéale dont s’ennoblit le physique le plus ingrat quand l’âme est noblement inspirée.
Cet artiste , qu’un pressentiment me révèle, ce n’est point l’appât de quelques milliers de francs, ou l’épargne de quelques journées de travail qui décideront son choix pour l’exécution
d’une œuvre qui devra l’immortaliser sous l’immortel patronage d’Ingres.
Maintenant, Messieurs, parlerai-je du choix de la matière qui doit recevoir l’efligie, et du lieu où l’on érigera le monument ?
Quoique je n’attache à ces questions qu’une importance secondaire, j’avoue qu’elles méritent une sérieuse attention. Et d’abord si le monument doit être situé dans un emplacement spacieux ou privé d’abri suffisant, nul doute qu’il faut renoncer à la flatterie passagère du fragile marbre, et les articles publiés par notre collègue Cambon ont démontré surabondamment l’absolue nécessité d’adopter le sévère et durable bronze.
Mais si, après avoir reconnu cette première nécessité , nous nous arrêtons devant les diverses stations que l’on a successivement désignées pour recevoir la statue , nous n’en trouvons pas une qui puisse réunir l’assentiment général.
Et d’abord , le terrain qui présente le plus de régularité, la promenade dite des Carmes, a une destination spéciale. C’est là que se rassemblent ces nombreux petits théâtres populaires, les manèges tournants des chevaux de bois, les ménageries d’animaux plus ou moins rares et curieux, les cirques, etc., etc.; la foule s’y presse sans appréhension autour de centaines de baraques; elle y jouit de la plus entière sécurité à l’abri du passage des voitures. Renonçons à cet emplacement de premier choix ; gravissons les marches qui conduisent au Plateau.
Ici le champ est libre : un horizon immense se découvre. Certes, pour un groupe en bronze c’est une belle position ; quel fond admirable !... Passez plus loin, s’écrie l’essaim des sémillants éphèbes et des beautés élégantes, — cet emplacement déjà si restreint, peut-on songera le restreindre encore?...
Qu’on se garde, Messieurs, d’irriter cette charmante catégorie
d’adversaires; songez que ces gracieux despotes sont sans pitié pour ceux qui froissent leurs goûts, leurs habitudes, et si le conseil municipal osait porter la moindre atteinte à leurs droits acquis, on ne manquerait pas de crier haro sur — nos honorables édiles.
Banni du Plateau , le monument viendra-t-il s’installer au beau milieu de la rue entre le faubourg et la porte du Moustier? mais la voie publique en serait incommodément déviée et une autre catégorie de plaignants élèvera des réclamations plus brutales et mieux fondées peut-être.
Enfin le monument, poursuivant sa laborieuse odyssée, tenterat-il de stationner timidement entre le Cercle du commerce et l’hôtel Lacaze? Mais peut-il accepter ce réduit où d’aucun côté ne se rencontre un fond susceptible de le faire valoir?
Ah ! poursuis encore , poursuis ta course, malheureuse effigie! échappe aux méandres incompris des acacias, et frémis à l’aspect de cet espace informe qu’on appelle la place de la Préfecture et qui ne peut offrir de station convenable, en dépit des squarres officieux qui essaieraient en vain d’en déguiser les choquantes irrégularités.
Lassé de cette série de déceptions, je me suis demandé quelle position aurait choisie Ingres s’il avait pu être appelé à la désigner lui-même? — Ah ! Messieurs, je crois connaître assez ses penchants pour assurer qu’au lieu de chercher de vastes horizons ou des réduits informes il se serait trouvé heureux, en entrant dans la cour de la Mairie, de voir s’édifier un portique peu saillant en avant de la grande salle; l’œuvre artistique s’élevant avec ma- ’ jesté sur ce piédestal sévère , décorerait admirablement notre principal édifice et annoncerait dignement le Musée et l’école des beaux arts. Voilà le domaine où le maître souverain doit régner
désormais. Qu’il en prenne possession : c’est la ville qui le lui concède
J’ai désigné la cour de la Mairie, parce que c’est dans cet édifice qu’ Ingres rêvait son installation posthume, et c’est là qu’on la prépare en eiïet.
Sans doute s’il se fut agi d’ériger une statue à un personnage historique mémorable à un autre titre, si l’on devait consacrer par un monument la défense héroïque do notre cité, il est un piédestal tout indiqué pour recevoir l’effigie du grand citoyen Dupuis. C’est le dernier vestige des fortifications, le sommet crénelé de la tour restée debout sur les berges du ruisseau Lagarrigue. Mais à coup sûr ce lieu serait mal choisi pour Ingres, qui n’avait d’héroïsme que contre le mauvais goût. Ce serait à la fois un anachronisme et un contre-sens. Et je comprends qu’on ne s’y soit pas arrêté.
Il n’en est pas ainsi de la place que je propose à la Mairie. Le choix est artistique et rationnel, j’en dirai autant à l’égard du groupe qu’il faut substituer à la simple statue.
Le Courrier de Tarn-et-Garonne, du 25 janvier , a publié le
fragment le plus essentiel de cette communication dans la partie
imprimée du procès-verbal de la séance du 15 janvier, mais il
n’a pas publié la suite du procès-verbal de cette séance, où fut
discuté le programme que la majorité de l’assemblée adopta à la place du mien, en témoignant toutefois le regret de ne pouvoir le modifier conformément à mes vues.
Mais il était trop tard, on avait pris des engagements.
On s’est borné dans le programme officiel à demander aux concurrents une statue d’Ingres dont on fixe les dimensions, selon qu’elle sera assise ou debout, mais sans rien stipuler sur la pose, le costume, l’action quelconque du patient, — « j’allais
presque dire de la victime , » et ce n’est certes pas sans motifs que cette expression m’échapperait.
Je trouve en effet, dans le Courrier de Tarn-el-Garonne du 4 juillet dernier, l’article suivant extrait du Bulletin de Paris et que notre journal insère à titre de renseignement :
« Un concours a été ouvert il y a déjà quelque temps pour élever une statue a M. Ingres sur l’une des places publiques de la ville de Montauban. Ce concours doit être jugé par l’Académie des Beaux-Arts, et, mardi dernier, dans une des salles du palais de l’Institut, on pouvait voir près d’une cinquantaine de modèles rangés les uns à côté des autres et venant de Paris et des départements. C’est un assemblage assez bizarre ; mais il faut reconnaître que la grande difficulté à vaincre dans cette lutte était le sujet. M. Ingres était un artiste éminent, personne ne le conteste, mais jamais figure et tournure ne furent moins capables d’inspirer le statuaire. Aussi ne voit-on dans la salle du palais de l’Institut qu’une suite de bons hommes d’un aspect aussi peu héroïque que monumental.
« Ici M. Ingres est assis dans un fauteuil : là debout ; tantôt avec son costume de membre de l’Institut, l’épée au côté ; tantôt en bourgeois. Les bizarreries ne manquent pas dans ces modèles. L’un représente le défunt avec une grande blouse qui l’enveloppe de la tête aux pieds, la blouse qui servait à préserver les vêtements du peintre des tâches d’huile alors qu’il travaillait ; l’autre, une palette dans la main gauche et de la droite armé d’un immense pinceau pour étaler ses couleurs. Celui-ci le pose en soldat prêt à charger l’ennemi ; celui-là se grattant la tête comme pour en faire sortir une pensée. Il y en a un qui a imaginé de le faire assis devant un vaste portique représentant V Apothéose d'IIomère sous forme d’éventail.
« Plus sage que ses rivaux, l’un des concurrents a trouvé le
moyen d’éluder la difficulté : mais ne lui objectera-t-on pas que son projet ne répond pas au programme? Ce programme demande une statue d’Ingres, et il a escamoté la statue. Sur un élégant piédestal il a placé la figure d’un génie artistique aux formes élégantes et correctes couronnant le buste du peintre. Cette idée est heureuse, poétique ; réalisée, elle produirait un bon effet sur une place. Je la voudrais voir adoptée. Le jury sera-t-il de mon avis ; je le souhaite sincèrement, autant dans l’intérêt de la ville de Montauban que par respect pour la mémoire du peintre célèbre auquel on se propose de rendre un hommage solennel. »
Je ne disconviendrai pas que la préférence du Bulletin de Paris ne soit motivée; mais le groupe exprimant une action déterminée, mémorable, localement parlant, est bien préférable encore , et le geste , et l’expression facilement compris , rendraient le monument cher et respectable à tous les concitoyens dn grand artiste.
Du reste, l’idée du concurrent excentrique n’est pas nouvelle. On peut voir a Taris, place Dauphine , le monument à Desaix qui, sans doute, a servi de type au concurrent. Mieux que le petit modèle, ce monument donne l’idée de ce que serait l’exécution en grand. On peut, en effet, facilement transformer la Victoire en un génie artistique ; mais, comme le dit le Bulletin de Paris, la statue est escamotée, et je crois qu’elle peut et doit être conservée sans tomber dans le ridicule, si l’on se conforme au programme que je persiste à proposer , après comme avant l’épreuve du concours.
Je demanderais surtout qu’on nous lit grâce de cette longue gaine au haut de laquelle on a huché le buste de Desaix , de sorte que le génie de la France a peine à s’exhausser pour placer une couronne massive sur la tête hermès du glorieux vainqueur.
D’ailleurs pourquoi éluder la difficulté de représenter Ingres?
Dans la madone de Foligno, Raphaël, par l’ensemble de sa composition, a su placer au premier plan la figure de Sigismond, et suppléer, par une expression admirable, à la grandeur et à la' noblesse que son modèle ne lui offrait pas.
C’est un semblable trait de génie que l’on doit demander à la sculpture monumentale.