‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 100 sur 293 · CHAPITRE XYII. 33o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII. 33o

traits. Ce n'était pourtant pas que cette jeune princesse edt jamais connu le bonheur en Russie. Si Ton peut dire qu'Alexandre tenait de sa mère par sa beauté et par son caractère, on sait qu'il n'en était pas ainsi de Constantin, qui- ressemblait beaucoup à son père, sans être pourtant tout à fait aussi laid, et qui se montrait comme lui prodigieusement enclin à la colère. 11 est bien vrai que par moments Constantin a témoigné de l'obligeance et de la bonté ; quand il aimait, par exemple, il aimait bien; mais, à Texception de quelques personnes qui avaient trouvé le chemin de son cœur, ses emportements, sa violence, le rendaient redoutable à tous ceux qui l'approchaient. Entre dilTé* rents traits bizarres que l'on racontait de lui, on disait que\e soir de ses noces, au moment de monter chez sa femme, il entra dans une fureur horrible contre un soldat de garde à la porte, qui n'exécutait pas assez strictement sa consigne. Cette scène se prolongea d'une manière si étrange que toutes les personnes de sa cour qui l'accompagnaient ne pouvaient concevoir qu'il re&tât aussi longtemps à maltraiter un factionnaire, au lieu d'aller rejoindre la jeune et jolie femme qu'il avait épousée le matin. Quelque temps après son lûariage, il devint très-jaloux de son frère Alexandre, ce qui amenait de fortes querelles entre lui et la duchesse Anne, indignée de ses soupçons. Les choses allèrent au point qu'il en résulta, comme on sait, un divorce. La princesse alla rejoindre d'abord safamille, et lorsque, beaucoup plus tard, je suis allée en Suisse, elle y éUit établie.

Tout porte à croire que la grande-duchesse Élisa-

l)eth, cet ange de beanlé, n'a pas été plus heureuse que sa belle-sœur à conserver le cœur d'un époux. L'amour d'Alexandre pour une charmante Polonaise qu'il a mariée au prince Narischkin est connu de toute l'Europe. J*ai vu madame Narischkin, bien jeune* à la cour de Saint-Pétersbourg. Elle et sa sœur y arri\èrent après la mort de leur père, qui fut tué lors de la dernière guerre de Pologne. L'aînée des deux pouvait avoir seize ans. Elles étaient ravissantes à "voir, elles dansaient avec une grâce parfaite, et bientôt l'une fit la conquête d'Alexandre, et l'autre celle de Constantin. Madame Narischkin était la plus régulièrement belle; sa taille fine et souple, son visage tout à fait grec la rendait extrêmement remarquable; mais elle n'avait pas, à mes yeux, ce. charme céleste •de la grande-duchesse Elisabeth.

En général, à cette époque, la cour de Russie était composée d'un si grand nombre de femmes charmantes, qu'un bal chez l'impératriceoffrait un coup d'œil ravissant. J'ai assisté au plus magnifique qu'elle ait donné. L'impératrice, trës-parée, était assise dans le fond

de lasalle, entourée des premiers personnages de la cour. Près d'elle se tenaient la grande-duchesse Marie, Paul, Alexandre, qui était superbe, et Constantin, tous debout. Une balustrade ouverte les sépa* f*ait de la galerie où Ton dansait.

La danse n'était autre chose que des polonaises, où je pris place d'abord avec le jeune prince Bariatinski, afin de faire ainsi le tour du bal, après quoi je m'assis sur une banquçtte pour mieux voir toutes les danseuses. Il me serait impossible de dire quelle quantité de

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